Marthe de Noaillat (née Marthe Devuns) le au Crotoy et morte le à Paray-le-Monial) est une catholique française, ascète et conférencière. Elle est parvenue à convaincre le pape Pie XI d'instituer, en 1925, la fête du Christ-Roi.
Biographie
Jeunesse Marthe était la septième d’une fratrie de douze enfantsActes de naissance de ses onze frères et sœurs : AD Nièvre : 1855 , 1869 , 1871 , 1874 , 1876 – AD Loire : 1857 , 1859 , 1861 – AD Paris: 1862 , 1864 -- AD Yvelines : 1867 .. Son père, Jean-Baptiste Devuns, de famille ancienne de Saint-ÉtienneArchives municipales de Saint-Étienne, registre de la paroisse Saint-Étienne, mariage 26 février 1781 des grands-parents de Marthe, tous deux stéphanois, 2 GG 99 /56., y était magistratAvocat au barreau de Saint-Étienne, Journal des villes et des campagnes 25 décembre 1851 (a. 38, ), .
Juge d'instruction près le tribunal civil de première instance (Loire), La Gazette de France 5 décembre 1852, .
Avocat à la cour impériale de Paris. Cf. Acte de naissance de son fils Alfred Devuns en 1862 à Paris, Acte .. Sa mère, Anne Zélina GoyardActe de mariage à Villiers-sur-Yonne 09 07 1853, . Arch. Départ. 5 Mi TD., était très pieuse, .. À huit ans , Marthe avait commencé à collecter des dons pour les pauvres. Grandirent avec elle sa passion de l’apostolat, la défense des opprimés (des actes de son initiative dans son entourage le prouvèrent), et un goût inné de la lecture : pendant ses sept années de scolarité à l’école privée de Clamecy elle dévora les de la bibliothèque paroissiale sans pour autant nuire à son travail scolaire. Bref, elle montre .. Sa quinzième année, elle l’avait voulu loin, pensionnaire des religieuses éducatrices de l'Assomption d'Auteuil, pour leur enseignement plus fort. Elle y mena de 1880 à 1885 de très brillantes études, et tout en se dévouant à tous, prépara et Emmenée pour ses à Rome par l’abbé Paul Devuns son oncleCuré de Haute-Rivoire et ancien aumônier supérieur du d’armée en ., elle écrivait le soir, pendant ce séjour, ses impressions :
Vie cloitrée Cet oncle à qui elle avait confié sa décision d’entrer en religion, avait frémi intérieurement d’« une telle contrainte si peu conforme aux besoins de la nature extrêmement vivante de Marthe ». Le , la demande de la jeune fille était acceptée ; elle entrait postulante au noviciat de cette chère congrégation qui avait répondu affirmativement à sa question : puis-je espérer être envoyée en pays de mission.. L’abbé Devuns avait vu juste: ravalée jusqu’à anéantir non pas seulement ses ravissements intellectuelsLa rhétorique, la philosophie ; le latin qu'elle avait appris sans maitre. . mais son assistance habituelle aux démunis et jusqu’à ses propres mortifications corporelles devenues interdites aussi, Sœur Marthe-Emmanuel de la CompassionNom qu'elle s'était choisi. était prête à tout accepter mais trop de souffrances intérieures réagirent sur sa santé. Elle qui n'avait jamais été malade., au bout de cinq mois, elle a été transférée au couvent de Jouarre où la règle contemplative de Saint Benoît pouvait mieux lui convenir ; sa santé s’altéra encore plus rapidement. Son cher Cuncy la rétablit en quelques mois ; de nouveau acceptée par les Assomptionnistes mais à leur couvent de Poitiers où sa sœur était jeune professeMarie Adélaïde Augustine Devuns [1861-ca 1940], Loire., elle prit l’habit le . Quinze jours après, sereine, elle était de retour à la maison-mère pour y faire son noviciat tout en prodiguant des leçons de latin aux sœurs. Elle se mit alors à maigrir au point d’inquiéter la supérieure qui bientôt la renvoya pour l’été en famille puis, à sa demande suppliante, la reprit. Pour changer d’air, leur couvent de Cannes s’est ouvert à elle ; puis, en prolongement, celui de Saint-Martin-Vésubie. Le dépérissement est devenu alarmant mais la novice voulait mourir dans l’habit de professe. Même échec à Bordeaux. La novice, que l’hiver 1891-1892 à Cuncy avait encore ranimée, eut la joie de pouvoir poursuivre sa préparation aux vœux, à Gênes ; cette étape-là, plus longue, de 1892 à 1894, lui fut la plus douloureuse. Moins comprise et moins encouragée qu’ailleurs, plutôt accusée, elle put, dans la nuit de l’âme, devenir professe de l’AssomptionLe 16 mai 1893, cf. ., mais à quel prix ! . Cette fois elle tombe assez gravement atteinte pour que la clairvoyante Supérieure de l'Ordre mette définitivement fin à la vie religieuse de Marthe . Il fallut à que Marthe se réadaptât moralement et physiquement à la vie séculière chez les siensPhoto de de Noaillat-Devuns .
Missionnaire dans la cité « Marthe n’est pas faite pour vivre entre quatre murs, avait dit une des supérieures de l’Assomption, c'est sur les places publiques qu'elle doit prêcher ».. Tout en observant dans le monde, comme au cloître, ses vœux de religion, .. Son engagement assidu auprès des pauvres trouva à reprendre rue MouffetardSes deux frères étant étudiants en médecine à Paris, Marthe avait décidé sa mère veuve d'aller y vivre ensemble. .puis elle s'isola à Nevers dans des conditions spartiates pour visiter les pauvres, les malades, assister les tuberculeux ; évangélisant des forains sous la direction de l’abbé Merle, le fondateur du journal La Croix du Nivernais.vignette|190px|Tombe Noaillat au cimetière de Paray-le-Monial
Directrice du cours Bossuet à Paris Une congrégation enseignante se sécularisant en prévision de la nouvelle loi cherchait une diplômée pour pouvoir ouvrir une maison d'éducation, le cardinal Richard dut intervenir dans ce sens pour que Devuns acceptât le poste, ce à quoi elle se résolut à condition que ce soit sans rémunération. À partir du , elle habita cette école nouvellement installée 75, rue Mozart, où, pendant trois ans, recevoir les parents, donner des cours en petite classe comme en terminale, tenir une nombreuse correspondance, ne la privèrent pas de ses visites aux hôpitaux, aux malheureux habitants des terrains vagues du lieu. ; à la chapelle des Apprentis d'Auteuil, catéchiser tous les dimanches matins des enfants obtenus par sa démarche auprès des familles.
Directrice de la Ligue patriotique des femmes patriotes françaises C’est alors que sa vie fut orientée vers un champ d'action plus vaste ; la conjoncture se fit inopinément par le curéL'abbé Collas. de Villiers-sur-Yonne, en réunion à Clamecy en même temps que le vice-président de l’A.C.J.F Association de la jeunesse catholique de Paris, Georges de Noaillat1874-1948, jeune avocat nivernais. Docteur en sciences juridiques de l'Université de Paris (en 1899). à qui il apprit l’existence de sa zélée paroissienne de Cuncy. La sœur de Georges, Simone1878-1947, future biographe de Marthe., étant elle-même attachée aux œuvres d'Emmanuel de GiberguesEmmanuel de Gibergues (1855-1919), prêtre sulpicien du diocèse de Paris, fondateur et supérieur des Missionnaires diocésains de Paris (1892-1912) puis évêque de Valence. Les paroisses de Paris ne faisant que grossir de provinciaux et d’étrangers venant s’embaucher, le rôle du missionnaire diocésain a été d’amener la population de la banlieue industrielle à retourner à la pratique religieuse vers le Christ. Devant la montée de l’anticléricalisme, surtout au Nord et à l’Est, une sorte de haine sauvage contre le prêtre se perpétuait depuis la Commune ; leurs missions difficiles étaient de trois semaines par localité. Cf. .; l’amitié s’établit entre eux trois. Frappée par la piété ardente de l’ascétique Marthe et sa grande intelligence, Simone en avisa Geneviève de Bournoville., présidente de la Ligue patriotique des Françaises qui enrôla Marthe, conférencière.. C'était alors une nouveauté que de voir des femmes participer à la vie nationale. La Ligue — née au lendemain des décrets de persécution — répondait à un besoin de la France catholique. de Noaillat-Devuns, « Formation des Dirigeantes appartenant aux Conseils de Département, d’Arrondissement et de Canton », Congrès de la LPDF tenu les 15-19 mai à Paris, Paris, LPDF, 1913, .. Le moyen le plus sûr pour ramener le peuple à la foi est, comme l'explique l'un des premiers tracts de la LPDF, de répandre de bons journaux, d'organiser des conférences, de Archives de l’Action Catholique des Femmes (AACF), H. 565, Tract LPDF, « La LPDF, ce qu’elle est, ce qu’elle veut ! », vers 1902.. Cette — Guy Thuillier.. Lancée dans l’action, Marthe, le cours Bossuet abandonné en juillet , se dévoua corps et âme en tournées, héritière de l’éloquence paternelle ; préparant à l’occasion l’élection de candidat catholique dans les divers départements, organisant des comités locaux et y revenant, les conditions de déplacements et de logements de la France d'alors ne la distrayant jamais de l'office religieux journalier ni de la lecture du bréviaire qui était son apaisement, sous la direction spirituelle de Jean-Martial Besse. Elle devint la directrice de l’Association et y fonda en 1911 le premier cercle de jeunesse féminine.; l’objectif souhaité était de « former un jour des Ligueuses, non pas plus zélées que celles d’aujourd’hui, ce serait bien difficile, mais plus instruites, plus averties».. Elle les forma à s’intéresser à la société, à rédiger, à prendre la parole dans des causeries et affermir leur foi.
Mariage Simone et son frère Georges habitaient rue du Four, près de Saint-Sulpice, avec leur grand-mère paternelle (leurs parents étaient morts, à 43 et ). Quand elle quitta l’école de la rue Mozart, Marthe s’installa dans leur immeuble pour favoriser la collaboration étroite des deux ligueuses. Au décès de l’aïeule, le Palmyre Élisabeth Augustine Pietresson de Saint-Aubin Archives municipales de Paris - acte de décès - registre 6D 159- ., le trio emménagea dans un endroit plus calme Avenue de Breteuil — chacun voyageant pour leur fondation, congrès ou conférences — et se disloqua quand Simone se maria le Elle se maria avec Paul Ponvert [1874-11961], notaire à Tours : Archives départementales de la Vienne - - acte de mariage - registre 9 E 229/482- page 101. Georges () et Marthe qui en avait 45 se marièrent quelques mois plus tardLe 15 novembre 1911, Acte , Villiers-sur-Yonne. [4 E 312/15Archives de la Nièvre]., ce qui ne changea nullement l’activité apostolique laïque des époux, autorisés par leur évêque à pouvoir mener une vie chaste.
Directrice du Musée du Hiéron
Marthe va désormais prendre une part plus grande aux œuvres personnelles que son mari se voit chargé d’entreprendre. Lui qui jusqu’alors, son devoir professionnel rempli., soutenait des syndicats chrétiens, faisait des conférences, écrivait des articles dans certains périodiques, a vu à sa vie brusquement changer. L’ami, , qu’il s’était fait en allant prier à Paray le Monial, et avec qui , Alexis de Sarachaga le désigna en successeur de l’œuvre qu’il y menait depuis quarante ans: .. Marthe ne se borna pas à mettre en valeur les collections de l'histoire eucharistique que possédait le musée d’art religieux.
Un vœu à l’origine d’une fête
L’origine de l’œuvre critique qu'a été le Hiéron spirituel. en 1876, avec la fondation de la Société du règne social du Christ-Hostie par le Père Drevon., convint pleinement à Marthe de Noaillat, .. Elle reprit aussitôt l’initiative. du jésuite italien, P. Jean Marie Sanna-Solaro de Turin. qui, venu à l’appel du pèlerinage en , avait envisagé la nécessité d’une fête en faveur de Jésus Christ-Roi, il s’en était même ouvert au Vatican ; Léon XIII ne donna pas suite. ; cinquante ans plus tard. Marthe rédigea donc une supplique, trois grandes pages à adresser au Pape. À l’occasion à Rome de la canonisation de Marguerite-Marie le suivant, l’évêque d’Autun la proposa à Benoît XV, mais sans succès non plus, car l’attestation d’un consentement universel obligatoire manquait.
Propagandiste L'historique du mouvement parti du Hiéron (ou Société du Règne social de Jésus-Christ) est relaté par sa directrice elle-même.
Auprès des hauts dignitaires ecclésiastiques