Françoise Loranger, née le à Mont-Saint-Hilaire, en Montérégie, et morte le à Montréal, est une écrivaine, romancière, dramaturge et poétesse québécoise. Elle a œuvré à la radio, à la télévision et au théâtre. Pour la télévision, son téléroman le plus connu demeure Sous le signe du lion, tandis qu'au théâtre, elle a innové dans la forme avec des pièces comme Le Chemin du Roy ou Médium saignant. Enfin, Françoise Loranger a signé un seul roman, Mathieu, paru en 1949.

Biographie

Enfance et formation vignette|Mont-Saint-Hilaire en 1907. C'est là que Françoise Loranger naît en 1913. Françoise Loranger naît à Mont-Saint-Hilaire le , probablement dans la maison de son grand-père Loranger où la famille passait ses vacancesCercle littéraire Françoise-Loranger, Cahier généalogique de Pierre Rivard à Françoise Loranger, Mont-Saint-Hilaire, 2013, p. 35.. Elle est la fille du juge Joseph-Henri LorangerSon père est Louis-Onésime Loranger, avocat et député de Laval (1875, 1879 et 1881), procureur général du Québec (1879) et juge à la Cour supérieure du Québec (1882). Sa première épouse est Marie-Rosalie Laframboise, fille de Maurice et Rosalie Dessaulles. Cette dernière est la petite-nièce de Louis-Joseph Papineau. Cercle littéraire Françoise-Loranger, Cahier généalogique de Pierre Rivard à Françoise Loranger, Mont-Saint-Hilaire, 2013, p. 28. et de Marguerite LareauFille d'Edmond Lareau et de Marguerite Robillard. M. Lareau a été député de Rouville (1886-1890), auteur et professeur. Cercle littéraire Françoise-Loranger, Cahier généalogique de Pierre Rivard à Françoise Loranger, Mont-Saint-Hilaire, 2013, p. 32 et 34.. Ces derniers se sont mariés le à Montréal. Françoise est la troisième de leurs cinq enfantsJacqueline (1910-?), Pierre-Paul-Joseph (1912-?), Françoise (1913-1995), Micheline (1919-2004) et Claude (?-?, il est décédé vers l'âge de 3 ans). Cercle littéraire Françoise-Loranger, Cahier généalogique de Pierre Rivard à Françoise Loranger, Mont-Saint-Hilaire, 2013, p. 32-33.. La jeune Françoise grandit dans une famille de juristesSon grand-père Louis-Onésime Loranger est avocat, procureur général du Québec et juge à la Cour supérieure. Son oncle Louis-Joseph est lui aussi avocat et professeur de droit puis juge. On retrouve également des avocats et des juges dans la génération précédente des Loranger. C'est la même chose du côté des Lareau. Cercle littéraire Françoise-Loranger, Cahier généalogique de Pierre Rivard à Françoise Loranger, Mont-Saint-Hilaire, 2013, p. 28-30..

Il semble que la famille Loranger déménage souvent lorsque Françoise est encore enfant. Elle étudie dans un programme lettres-sciences au couvent de Saint-Louis-de-Gonzague en plus de suivre des cours particuliers de dessin et d’écritureAndré Gaulin, « Mathieu », dans Lemire, Maurice dir., Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, Tome III : 1940-1959, Montréal, Fides, 1995 , p. 619.. Attirée très tôt par la littérature, Françoise Loranger commence à écrire à l’âge de douze ans, alors qu’elle compose des histoires pour les lire à sa sœurAurélien Boivin, Gilles Dorion, André Gaulin, Christian Candendorpe, « Françoise Loranger. Entrevue », Québec français, décembre 1977, p. 29.. Dans une entrevue, elle raconte avoir écrit trois romans au cours de sa jeunesse, qu’elle n’a pas conservésRobert Barberis, « Entretiens avec nos écrivains, Françoise Loranger », Le Quartier Latin, 24 février 1966, supplément 1, p. 10.. Elle publie finalement une première nouvelle dans la Revue populaire en 1936Cercle littéraire Françoise-Loranger, Cahier généalogique de Pierre Rivard à Françoise Loranger, Mont-Saint-Hilaire, 2013, p. 37..

Scénariste de radio-feuilletons vignette|Robert Choquette incite Françoise Loranger à écrire pour la radio. Françoise Loranger fait ses débuts à la radio grâce à Robert Choquette, auteur déjà connuIl a fait ses débuts à CKAC en 1931. Il y a développé un nouveau format : le radiothéâtre. Ses premières œuvres sont Au coin du feu et Le vieux raconteur en 1931-1932. Pierre Pagé, Histoire de la radio au Québec. Information, éducation, culture, Montréal, Fides, 2007, p. 452., qui l’incite à se lancer dans l’écriture de romans-feuilletons pour ce média. Elle dira plus tard que c’est lui qui lui apprend le métier. Aux côtés des Henri Letondal ou Claude-Henri Grignon, Françoise Loranger fait partie d’une petite cohorte de femmes (Jovette Bernier, Aliette Brisset-Thibaudeau et Jean DesprezRenée Legris, « La condition féminine en mutation : le radio-feuilleton québécois (1930-1970) », L’Annuaire théâtral, (7), 1990, p. 25.) qui commence une carrière d’écrivaine pour la radio à la fin des années 1930.

En 1938, elle coécrit d'abord avec Robert Choquette Le vieux raconteur pour CBF-FM, la radio de Radio-Canada. Forte de cette première expérience, Loranger coécrit avec lui Dans ma tasse de thé (1938-1939), toujours pour la radio de Radio-Canada (CBF)La Rivardière, vol. 14, no 2, été 2014, p. 16..

De 1940 à 1942, Françoise Loranger travaille également pour Paul L’Anglais à CKAC où elle traduit de l’anglais quelques émissions de la série Ceux qu’on aime, aussi publié en feuilleton dans la revue Radiomonde. En 1941, pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle signe à Radio-Canada et à CKAC La victoire par l’épargne. Il s'agit d'un radio-feuilleton. Puis, de 1942 à 1943, Françoise Loranger-Simard - elle s'est mariée entre-tempsElle accole le nom de son époux au sien pendant quelques années. -, scénarise La vie commence demain à la radio de CKAC.

À la fin des années 1940, elle écrit quelques sketches pour L’école des parents (1947) ainsi que le radio-roman Les Mercier (1949) à Radio-Canada. Ce dernier est réalisé par Judith Jasmin.

Mariage et vie de famille vignette|Françoise Loranger habite à Saint-Marc-sur-Richelieu pendant une vingtaine d'années. Le , Françoise Loranger épouse Paul Simard, alors lieutenant dans la Marine royale canadienne, à la basilique de Québec. Elle aura une fille avec lui : Puck Simard, née le Madame Simard épouse Jacques Kasma le 18 novembre 1960. Le couple a un fils, Renaud. Cercle littéraire Françoise-Loranger, Cahier généalogique de Pierre Rivard à Françoise Loranger, Mont-Saint-Hilaire, 2013, p. 34.. Avec lui, Françoise Loranger a habité un temps à Ivry Nord. Le couple y gérait L'Auberge Barbe RousseCercle littéraire Françoise-Loranger, Cahier généalogique de Pierre Rivard à Françoise Loranger, Mont-Saint-Hilaire, 2013, p. 36.. Elle a également vécu dans un camp de chasse et pêche, administré par M. Simard, situé à Lac La Pêche en Mauricie. Paul Simard décède et est inhumé à La Martinique à une date indéterminéeCercle littéraire Françoise-Loranger, Cahier généalogique de Pierre Rivard à Françoise Loranger, Mont-Saint-Hilaire, 2013, p. 34..

Elle épouse en deuxièmes noces Jean Michaud, architecte, le . Une fille, Danièle, naît de cette union le Elle épouse Alain Dubuc. Le couple aura deux enfants, Constance et François. Cercle littéraire Françoise-Loranger, Cahier généalogique de Pierre Rivard à Françoise Loranger, Mont-Saint-Hilaire, 2013, p. 34.. Le couple habitera Saint-Marc-sur-Richelieu pendant 20 ans. Ils résideront aussi à Montréal de 1963 à 1970. Comme M. Michaud enseigne à l'Université Laval, ils éliront domicile à Saint-Nicolas à partir de 1973, avant d'occuper un appartement à Québec. Le couple s'installe finalement à Montréal à la retraite de M. Michaud.

Écrivaine d'un seul roman En 1949, elle présente son roman Mathieu au prix du Cercle du livre de France. Bien qu'elle obtienne le plus de votes de la part du jury, le prix n'est pas attribué cette année-là, étant donné qu’aucune œuvre n’est jugée méritoireExpliqué par un membre du jury dans La Patrie : O’Leary, Dostaler, « La décision du jury du “Livre de France” », La Patrie, 23 septembre 1949, p. 9.. Françoise Loranger souffre de cet échec qui la décourage d’écrire d’autres romansJean Bouthillette, « Françoise Loranger. Un auteur, un jour », Le Droit, 9 octobre 1965, p. 26, 28-31; Michelle Tisseyre, « Rendez-vous avec Michelle Tisseryre », La Revue Populaire, 1er octobre 1961, p. 6-7. Voir aussi Hermine Beauregard, « Mme Françoise Loranger, une étoile de notre ciel », Le Petit Journal, 28 février 1965, Cahier A, p. A49 ; Robert Barberis, « Entretiens avec nos écrivains, Françoise Loranger », Le Quartier Latin, 24 février 1966, supplément 1, p. 9.. Elle reviendra sur ce moment dans plusieurs entrevues. vignette|En 1949, Françoise Loranger met en scène une tout autre image d'une famille québécoise dans son roman Mathieu. Malgré la décision du jury, l’éditeur décide de publier tout de même l’ouvrage de Françoise Loranger la même année. Elle s’y distingue par son style théâtral (les dialogues et une division tripartite). Elle se démarque également par l’analyse psychologique de ses personnages. Selon André Gaulin, « Avec Mathieu, roman de l’intérieur, contestataire d’une société destructive des individus, négatrice de la vie et dont la religion vorace et l’esprit d’échec interdisaient le bonheur, Françoise Loranger s’inscrivait dans l’imaginaire romanesque de son tempsAndré Gaulin, « Mathieu », dans Lemire, Maurice dir., Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, Tome III : 1940-1959, Montréal, Fides, 1995 , p. 619-620.. »

Le roman met en scène le personnage de Mathieu Normand, qui est fils unique. Son père ayant quitté le foyer familial afin de refaire sa vie aux États-Unis avec une autre femme, Mathieu habite avec sa mère dans un appartement de l’Est de Montréal. Femme aigrie, elle rabaisse constamment son fils et dilapide son argent à la recherche de son mari.

La télévision En 1952, avec l’arrivée de la télévision au Québec, la carrière de Loranger prend une nouvelle tournure. Elle est ainsi rapidement appelée à y œuvrer, écrivant plusieurs dramatiques théâtrales pour Radio-Canada. Elle est en outre scripteure pour Sophie-Magazine, une série destinée aux adolescentes.

Françoise Loranger est l’autrice du téléthéâtre Madame la Présidente, présenté à la télévision de Radio-Canada le . La réalisation est assurée par Gérard Robert. Parmi les comédiens figurent Denise Pelletier, Jean Duceppe, Paul Dupuis, Gabriel Gascon, Thérèse Cadorette et Ginette LetondalAlexandre Cadieux, « Les grands bonds dramaturgiques de Françoise Loranger, précurseure oubliée », 13 septembre 2019, Aujourd’hui l’histoire, https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/132837/francoise-loranger-grands-bonds-dramaturgiques-alexandre-cadieux?isAutoPlay=1. Prenant place dans une famille québécoise issue de la bourgeoisie, il s'agit d'une satire de la psychanalyse et une caricature de Sigmund FreudLa semaine à Radio-Canada, 10 mars 1956, p. 8.. vignette|Françoise Loranger écrit un premier texte pour la télévision en 1956.