vignette|219x219px|Marie-Jeanne Vallet et La Bête Marie-Jeanne Vallet est une paysanne du Gévaudan du , qui se rendit célèbre à l'âge de 19 ou 20 ans par son combat contre la Bête du Gévaudan le à Paulhac-en-Margeride. François Antoine, le porte arquebuse du Roi Louis XV, rédigea un procès verbal de ses investigations et surnomma Marie-Jeanne « La Pucelle du Gévaudan ». Épouse d'aubergiste sous Louis XVI, dans des années difficiles pour son village, elle sera condamnée en 1778 pour vols et perturbations du commerce de grains et fut enfermée à Aigues-Mortes. Plus tard de retour au village elle vécut le drame de l'assassinat de son époux en 1784 et elle décéda le à l'age d'environ 41 ans. Depuis 1995 une statue située à Auvers honore sa mémoire et son combat contre la Bête du Gévaudan.

Origines Dans la généalogie de la famille on trouve en 1557 Pierre Cortailhac, notaire royal domicilié au Cheylard L’Evêque dont descendent les Vallet, plusieurs métayers ou marchands ainsi que quelques nobles. La famille Vallès ou Vallet (les graphies varient) vivait avant 1600 dans la paroisse de Sainte-Hélène à l'est de Mende. Plus tard Guillaume Vallet, le grand père de Marie-Jeanne, laboureur originaire du hameau de Granouillac, paroisse d'Arzenc de Randon, se marie en 1701 avec Agnès Sollier, fille de tisserand de toiles du bourg de Paulhac-en-Margeride.

Naissance Marie-Jeanne serait née en 1745 ou 1746 à Paulhac-en-Margeride, fille de Jean-Antoine Vallet laboureur et de Marie Laurent. L'absence de l'acte de baptême est signalé dès 1782 ; la perte de cet acte peut s'expliquer par la mauvaise tenue des registres paroissiaux par le curé Vye de Paulhac.

Enfance vignette|Dièges à Paulhac en Margeride (Lozère).|221x221px

D'après les relevés d'imposition de la familleAD48 C 367 Rôles d'impositions des communautés du Diocèse; paroisse de Paulhac-en-Margeride 1700 -1789. nous savons que la famille Vallet habitait au bourg de Paulhac lors des baptêmes de Marie en 1738, d'Hugues en 1741 et de Guillaume en . Pour Marie-Jeanne on ne sait pas. Mais au printemps 1746 Jean-Antoine Vallet devient locataire de Jean Baptiste Tuffier, sieur de Fontaubettes, bourgeois du Malzieu, et ainsi "rentier d'un domaine" à Dièges toujours sur la paroisse de Paulhac, Dièges dépendait de la baronnie du Besset et relevait aussi du Duché de Mercœur. Le domaine était de plus sur les terres des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem de la Commanderie Gap-Francès du Grand prieuré de Saint Gilles. En 1749 Marie-Thérèse de Moré, l'épouse de Jean-Baptiste Tuffier, sera même la marraine de Thérèse Vallet. Naîtront ensuite sur le domaine Marie-Anne en 1754 et Jean-Antoine filsen 1757. Jean-Baptiste Tuffier renouvellera le bail du domaine en 1761 pour 9 ans pour le prix de 144 livres. A Dièges de 1761 à 1764 la famille travaillait la terre et moissonnaitBail Hugues Vallet la récolte. Lors de celle de 1764 la dîme de 196 cartons de blé (mesure du Malzieu) due au prieur Chaleil de Saint-Privat laisse penser que la famille récoltait 24 tonnes de blé (seigle) pour une estimation de 24 hectares cultivés. Le domaine total était plus grand en comptant la rotation des cultures, les pâturages et les bois. La famille élevait des vaches, des volailles, des abeilles et probablement des moutons, mais aussi des chevaux et peut-être des muletsAD48, 601 B2 Procès archives de La Baronnie du Besset vente d'une jument promise porteuse d'un mulet par Jean-Antoine Vallet père de Marie-Jeanne 1766..

La Bête du Gévaudan Attaque du 11 août 1765 vignette|Marie-Jeanne Vallet combattant La Bête! vignette|Eglise et cure où Marie-Jeanne était servante AD13 56 H 1920. Le dimanche sur les 10 à 11 heures du matin, Marie-Jeanne Vallet, alors servante du curé Louis Bertrand Dumont, et sa sœur Thérèse se rendent plus haut dans la montagne à la métairie de Broussoux. Arrivées au fond d'un petit vallon où confluent la rivière Desges et le ruisseau de Broussoux, elles franchissent un premier pont de bois et arrivent sur "une sorte de petite île" où elles furent attaquées par la Bête qui "tournoyait autour d'elles". Marie-Jeanne recula de 4 à 5 pas et quand la Bête s'élança sur elle, Marie-Jeanne, munie de "sa baïonnette" (bâton armé d'une lame métallique), planta son arme de toutes ses forces dans le poitrail de l'animal. La Bête blessée poussa un cri de douleur, se roula dans la rivière puis s'enfuit. Cet acte héroïque suscitera l'espoir de retrouver La Bête morte ou affaiblie. Le curé Dumont alla alerter en urgence les chasseurs envoyés par le Roi. François Antoine mena l’enquête et constata que l'arme utilisée était teintée de sang sur 3 pouces (environ 7 cm) ce qui laissait présumer une blessure profonde. Les chiens suivirent la trace de La Bête sur 400 pas sans pouvoir la retrouver. François Antoine rédigea un procès-verbal des interrogatoires et dans une lettre M. de Ballainvilliers, intendant d'Auvergne, attribua à Marie-Jeanne le surnom de "Pucelle du Gévaudan". Il demanda également le soutien de l'intendant auprès du ministre M. le comte de Saint Florentin afin d'obtenir une récompense pour Marie-Jeanne. Elle était alors âgée de 19 à 20 ans et sa sœur Thérèse de 16 à 17 ans. Et d'après le Courrier d'Avignon malgré le fait que Marie-Jeanne était une fille robuste, hardie et adroite, elle serait tombée en dépression à la suite de son combat contre La Bête.

Description de La Bête Marie-Jeanne décrivit "qu'elle lui était apparu de la taille d'un gros chien de troupeau, ayant une tète très grosse et plate, la gueule noire, de belles dents, le collier blanc, le col gris, qu'elle était beaucoup plus grosse par devant que par derrière, et qu'elle avait le dos noir"; Thérèse Vallet confirma cette description.

Lieu de l'attaque de La Bête vignette|300x300px|Lieu de l'attaque sur Marie-Jeanne Vallet juste sur l’île après la traversée du pont

L'attaque eu lieu sur une petite île accessible par un ancien pont de bois. De cette île un deuxième pont menait à la métairie de Broussoux. Le lieu du combat a eu lieu après le pont entouré de glissières de sécurité sous la chaussée et non comme souvent mentionné à l'endroit du pont de pierre situé en amontAlain Bonet Chronodoc 2023. Marie-Jeanne au sud de Paulhac avait pris la petite route qui mène à l'actuel cimetière parcourant environ 300m pour arriver à la Desges.

Arme utilisée contre La Bête Deux armes ont été attribuées à Marie-Jeanne. L'une, décrite dans le Courrier d'Avignon, est une lame tranchante sur les deux côtés, montée sur un bâton. La tradition orale affirme par ailleurs qu'une ancienne faux pliée et clouée sur un solide manche, visible au musée de la Bête à Auvers (Haute-Loire), serait l'arme utilisée par Marie-Jeanne.

Suites vignette|Dessin du loup des Chazes dans sa nature avec toutes ses proportions . Marie-Jeanne n'obtiendra pas de récompense et la Bête reprit ses attaques. À la suite d'un signalement le un gros loup est tué au bois de Pommier sur les terres de l'Abbaye Royale des Chazes. Le lendemain au château du Besset les curés et les consuls présentent à François Antoine les personnes qui ont vu de près la Bête. Marie-Jeanne Vallet la reconnaît, tout en faisant preuve d'hésitation sur l'emplacement de la blessure, qui ne peut dire à quel endroit elle l'avait blessée. Un examen de l'animal avait montré que la Bête avait été blessée à l'épaule droite. Identification de l'attaquant Les témoignages de Marie-Jeanne laissent planer le doute sur l'identification de l'animal qu'elle affronta avec le loup de François Antoine, sans toutefois l'exclure. Il est possible que l'affaire de "la Bête" ait en réalité impliqué plusieurs animaux, et que Marie-Jeanne ait blessé l'animal qualifié de "Bête de Jean Chastel" ou le "loup du Bois Noir", voire un autre animal mort de sa blessure et non retrouvé.vignette|427x427px|Hameau et restes du Château du Besset où fut reconnu le Loup de François Antoine par Marie-Jeanne (La Besseyre Saint-Mary; Haute-Loire).vignette|Le Besset et son château en ruines début 1900 (La Besseyre Saint-Mary; Haute-Loire).|centré

Mariage et vie à Paulhac Le mariage de Marie-Jeanne est célébré le par le curé Louis Bertrand Dumont. Au préalable les fiançailles eurent lieu au presbytère de Paulhac AD13 56 H 1920 Perspective de l’église, cure et cimetière de Paulhac et vue de dessus église et cure ainsi que les plans des parcelles du membre de Paulhac le tout réalisé en 1742 et extrait des terriers des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem avec prétendants, parents, famille, le curé Dumont et les témoins. Constant notaire du Malzieu, rédige le contrat. Marie-Jeanne et Jean Baptiste Verdol de Pébrac font rédiger leur contrat de mariage le mais celui-ci est annulé dès le 27, lorsqu'un un nouveau contrat est rédigé entre Hugues Crouzet de Paulhac et Marie-JeanneAD48 3 E 2119 Notaire Constand 3 contrats avec celui de Jean-Baptiste Verdol et Marie-Anne Vallet et une annulation de contrat Marie-Jeanne et Jean Baptiste Verdol. La dot de Marie-Jeanne est de 200 livres et un septier de blé à la récolte suivante, le tout payé par les parents Vallet. Marie-Jeanne donne cent vingt livres de ses économies à son futur époux.

Le la famille Crouzet - Vallet loue une maison à Paulhac puis, le , achète une maison proche et en vis à vis de l'église. En 1778 Marie-Jeanne est surnommée "la Parisienne" ; elle et son époux sont aubergistes cabaretiers à Paulhac, mais Hugues Crouzet est aussi "rentier" : il loue des terres agricoles.

Descendance Le naquit Jeanne-Marie Crouzet, première fille du couple. Celle-ci put se marier malgré tous les malheurs de la famille, son oncle et sa tante, Jeanne-Marie Crouzet de Chanaleilles, sans enfants, décidant de lui faire épouser en 1803 un voisin et lui donnant en dot leur maison et leurs biens à la condition quelle s'occupe d'eux le restant de leurs joursAD43 3 E 488/46 Contrat de Mariage Jean André Nurit Jeanne-Marie Crouzet . La seconde fille de Marie-Jeanne, nommée Marie-Anne naquit le et mourut sans descendance en 1791.vignette|La Bête et l'Auberge Le Bon Accueil située à l'emplacement de l'ancienne habitation de la commanderie. Incendie de la commanderie et affaires - 1777 Un incendie détruisit la ferme des Hospitaliers de Paulhac, le fermier François Velay est accusé d'avoir laissé brûler les bâtiments, il doit réparer. Le 1e Antoine Couret se rendit adjudicataire "des fruits loyers et revenus" de François VellayAD48 278 B 12 Antoine Couret contre François Vellay locataire de la commanderie incendiée 1777-1779. La moisson de la commanderie à cette date n'étant pas récoltée et il est possible que cela ait mis plusieurs familles dans la misère dont celle d'Hugues CrouzetAD48 Greffe du Malzieu Contestation saisie des biens de François Vellay par Hugues Crouzet Jean Pierre Roux Jean Chapel et Louis Comte le 2 avril 1777. Antoine Couret sera aussi en procédure avec le beau-père de Marie-Jeanne: Barthélémy Crouzet dit "manchot" jusqu’en pour une dette de son frère Jean Crouzet due pour la location de terres de la commanderieAD48 278 B 12 Antoine Couret contre Barthélemy Crouzet dette de son frère locataire de terres de la commanderie incendiée 1779.

Actes de brigandage, mars 1778

Tentatives du 21, 22 et vols du 23 mars 1778 Trois membres de la fratrie Vallet avec plusieurs habitants du village de Paulhac (probablement soumis à la disette ou affamés car manquant de pain à la sortie de l'hiver) participèrent à des attaques sur des voyageurs qui transportaient du blé à la sortie du village de Paulhac le 21, 22 et . Ils menaçaient les hommes et maltraitaient les chevaux afin de voler leurs chargements. Le 23, il volèrent des sacs de blé. Une plainte fut déposée le jour même devant la justice du MalzieuAD48 21 B 9 Procès vols à Paulhac en 1778.

Arrestations d'Hugues Vallet et de Marie-Jeanne Vallet, procès et condamnations