thumb|Visiteurs néofranquistes du Valle de los Caídos portant un . L'histoire de l’extrême droite en Espagne commence au début du aux Cortes de Cadix. Ce courant politique a depuis évolué en suivant diverses tendances (ou ) : le traditionalisme catholique , la droite radicale et le fascisme .

En 1997, l’historien José Luis Rodríguez Jiménez, spécialiste du sujet, affirme que l’extrême droite espagnole a présenté tout au long de son histoire deux traits spécifiques : l’ et la (ainsi qu’une ). L’historien Pedro Carlos González Cuevas, spécialiste de la droite espagnole, coïncide sur le premier point signalé par Rodríguez Jímenez en soulignant que le prépondérance du catholicisme a joué un rôle essentiel en limitant l’impact de l’introduction d’innovations philosophiques externes issues du positivisme, du darwinisme social ou du vitalisme dans ces mouvements.

Des origines à la Restauration Les origines idéologiques de l'extrême droite remontent à la pensée réactionnaire apparue à la fin du et au début du en réponse aux nouvelles idées et principes de la Révolution française, et qui trouvait ses racines dans l’opposition aux Lumières. Ses principaux théoriciens étaient les Français Joseph de Maistre et Louis de Bonald, dont le but était de défendre la monarchie absolue en invoquant son origine divine (le pouvoir des rois leur a été confié par Dieu, si bien que leur autorité doit être absolue) et en présentant une vision idéalisée des sociétés de l'Ancien Régime. En Espagne, différents auteurs défendirent ces idées : les prêtres ou religieux La falsa filosofía, , Lorenzo Hervás y PanduroCausas de la Revolución en Francia en el año 1789 y medios que se han valido para efectuarla los enemigos de la religión y el estado, , Diego Joseph de CadixEl soldado católico en la guerra de religión, ) et (Apología del Altar y del Trono, , ou le juriste Antonio Javier PérezPrincipios del orden esencial de la naturaleza establecidos por fundamentos de la moral y por pruebas de la religión, .

Guerre d’indépendance et Cortes de Cadix (1808-1814) Pendant la guerre d'indépendance (1808-1814), trois grands groupes politiques se constituèrent : les afrancesados qui soutenaient la monarchie de Joseph Bonaparte et ses réformes ; les libéraux, qui reconnaissaient comme roi Ferdinand VII et défendaient la Monarchie constitutionnelle définie dans la Constitution de 1812 approuvée par les Cortes de Cadix ; et les , également connus sous le nom de , qui reconnaissaient également Ferdinand VII comme roi, mais qui défendaient le maintien de ses pouvoirs absolus et bénéficiaient du soutien du secteur majoritaire de l'Église catholique qui considérait la guerre comme une croisade en défense de la religion. Les absolutistes introduisirent le thème des (l'un des clichés récurrents de l'extrême droite espagnole) en qualifiant d', à la fois les afrancesados et les libéraux. Ce manichéisme sera l'un des éléments caractéristiques de l'extrême droite tout au long de son histoire, ainsi que son appel à l'existence de . . L'un des défenseurs les plus radicaux de l'Ancien Régime était le député absolutiste Pedro de Inguanzo y Rivero.

Carlisme

thumb|Drapeau du avec la devise carliste () et le Sacré-Cœur-de-Jésus. L’objectif des de restaurer la monarchie absolue, exprimé dans le Manifeste des Perses, fut atteint lorsque Ferdinand VII revint de sa en France en 1814 et abrogea la Constitution de 1812Voir l’article sur le pronunciamiento d'Elío. Les absolutistes furent connus sous différents noms au cours du règne de Ferdinand VII : durant le Triennat libéral (1820-1823), pendant la Décennie abominable (1823-1833), puis à la fin de celle-ci, en référence à leur soutien au frère du roi, Charles de Bourbon , prétendant à la succession au trône d’Espagne au détriment de la jeune fille du roi, Isabelle, et ferme partisan du maintien de l’Ancien Régime. À la mort du monarque en 1833, la première guerre carliste éclate, en opposition au libéral de monarchie constitutionnelle.

La devise () condense les piliers de l'idéologie carliste (défense de la religiosité « traditionnelle » face à la sécularisation, d'une société idéalisée basée sur les classes sociales et la Monarchie absolue, régie par les coutumes historiques et traditionnelles, non écrites, dans laquelle les Cortes des différentes classes sociales auraient joué un rôle important, et en opposition avec le principe moderne de souveraineté nationale), sans que celle-ci soit définie de façon très concrète. Plus tard, la revendication des fueros des provinces basques et de la Navarre furent ajoutées à la devise, car ces deux territoires étaient ceux où le carlisme s'était le plus enraciné, contribuant ainsi à la vision idéalisée de la société d'Ancien Régime. Concernant les soutiens sociaux du carlisme, José Luis Rodríguez Jiménez souligne que . Selon l’historien Alfonso Bullón de Mendoza, de sensibilité traditionaliste, tous les témoignages de l’époque coïncident pour indiquer qu’en 1833 les carlistes étaient supérieurs en nombre, bien qu’une majorité ne se soit pas impliquée activement dans le mouvement à cause de la répression gouvernementale. Rodríguez Jiménez souligne également que . Le carlisme reçut le soutien d'une partie de l'Église catholique, non seulement pour des raisons idéologiques, mais aussi économiques en raison du désamortissement de ses biens. Le carlisme peut se définir par sa et, en raison de sa persistance au fil des années, il finira par se transformer en la des forces réactionnaires, (en quoi il se rapproche du miguelisme portugais et du légitimisme français).

Après sa défaite dans la troisième guerre carliste (1872-1876) et la consolidation de la Restauration, le carlisme connut la scission de son secteur dit , qui condamnait le rapprochement du prétendant Charles VII avec le libéralisme modéré. À la fin du siècle, la doctrine du mouvement fut réélaborée avec l'approbation de l’Acte de Loredan (1897)Voir le texte du document sur Wikisource en espagnol : Acto de Loredan qui ajoutait à la défense de la « monarchie traditionnelle », de l'unité catholique et des fueros, la promotion de la « vie corporative, en restaurant les guildes avec les réformes nécessaires » (l'idéalisation du corporatisme médiéval se poursuivait) et intégrait la « question sociale » suivant la doctrine sociale de l'Église.

Traditionalisme

thumb|Portrait de Juan Donoso Cortés (debout) et de Jaime Balmes (assis) réalisé en 1848 par Luis Brochetón y Muguruza (Real Academia de la Historia, Madrid). Le traditionalisme est un courant de pensée politique réactionnaire étroitement lié au carlisme qui se développa tout au long du , s'éloignant des courants dominants du conservatisme dans la deuxième moitié du siècle. Ses principaux représentants étaient Juan Donoso Cortés, Antonio Aparisi Guijarro, Marcelino Menéndez Pelayo et Juan Vázquez de Mella. Ces auteurs entendaient la « tradition » comme un « compendium de convictions et de systèmes de valeurs permanents » et leurs propositions étaient fondées sur un « dogmatisme agressif ». Donoso Cortés, dont l'œuvre « représente peut-être le mieux la pensée traditionaliste espagnole », proclama dans son « Discours sur la situation de l'Espagne » (1850) aux Cortès que c'est par la « tradition » que les nations « sont ce qu'elles sont dans toute l’étendue des siècles ».

Cinquante ans plus tard, Vázquez de Mella affirmait que la tradition impliquait « le droit des générations et des siècles postérieurs à ne pas être dépossédés de l'héritage des générations précédentes par une génération intermédiaire mutinée », et définissait la tradition ainsi : « La tradition, considérée subjectivement, est un sentiment qui repose sur le respect des ancêtres [...] Les croyances que nous avons, nos coutumes, les injustices sociales primaires, les traits communs de caractère, la langue dans laquelle nous les exprimons, les influences séculaires sur lesquelles la race a été engendrée, tout cela sans quoi nous ne serions pas les mêmes, est l'objet de la tradition et est transmis par elle ».

Pour tous ces auteurs, dans le cas espagnol la « tradition » était inextricablement liée au catholicisme. Donoso Cortés partait d'une conception providentialiste de l'histoire et niait que les hommes pussent acquérir la connaissance par eux-mêmes (elle leur avait été communiquée par Dieu à travers la Révélation), de sorte que la doctrine catholique devint la seule source de connaissance. De même, l'ordre social et politique avait été établi par Dieu, de sorte que les hommes n'avaient d'autre choix que de se soumettre, car se rebeller les conduirait à la perdition (avec une exception : lorsque les autorités prenaient des décisions contraires aux desseins de Dieu). Selon José Luis Rodríguez Jiménez, « la vision donosienne, adoptée dans les décennies suivantes par une grande partie des dirigeants de l'extrême droite, représente une condamnation de l'état actuel du monde, basée sur une conception manichéenne d'ordre eschatologique, où les forces du bien et du mal luttent perpétuellement jusqu'à la victoire finale et définitive du premier sur le second ». Ainsi, pour Donoso Cortés, « quand les États se dispensent de la pensée catholique et acceptent les principes du rationalisme, le triomphe du mal dans le monde se produit », sous forme de catastrophes ou de révolutions politiques. « Les peuples corrompus n’ont jamais manqué d'anges exterminateurs », déclara-t-il dans son « Discours sur la situation de l'Espagne » de 1850.

thumb|Photographie de Marcelino Menéndez y Pelayo réalisée par Kaulak et publiée dans Mundo Gráfico à l’occasion du décès du premier en 1912. Inspiré par les idées de Donoso Cortés, en 1860 apparut le groupe des néocatholiques dirigé par Cándido Nocedal (le terme «neocatólicos» ou «neos» leur fut attribué par leurs adversaires avec une certaine connotation méprisante, les accusant d'être un mélange de carlisme et d'ultramontanisme). Leur objectif prioritaire était la défense des intérêts de l'Église catholique, avec laquelle la monarchie d'Isabelle II venait de conclure un accord, et de l'unité catholique. Lorsqu’éclata la question romaine et que le gouvernement espagnol reconnut en 1861 le royaume d'Italie, les neos prirent parti pour le Saint-Siège et adoptèrent une position résolument ultramontaine. En outre, ils soutinrent avec enthousiasme la condamnation par Pie IX des « erreurs » du libéralisme. Après le triomphe de la Révolution « Glorieuse » de 1868 qui mit fin au règne d'Isabelle II, les néocatholiques se rapprochèrent des carlistes, les deux mouvements coïncidant dans leur opposition radicale à la sécularisation de la société. La presse néocatholique défendit dans ses pages les droits au trône espagnol du prétendant .