La guerre civile de Byzance (1352-1357) fut la troisième guerre civile dans l’Empire byzantin au cours du . Elle opposa l’empereur Jean V Paléologue à l’empereur Jean VI Cantacuzène et à son fils Mathieu. Jean V en sortit victorieux et demeura seul empereur ; Jean VI pour sa part dut se retirer dans un monastère où il écrira une « Histoire » qui demeure l’une de nos principales sources pour cette période; son fils Mathieu fut autorisé à se retirer en Morée où il régna comme despote avec son frère Manuel.
Cette guerre permet aux Ottomans de prendre pied en Europe. Ruiné par les guerres civiles, réduit à sa capital, ses environs immédiats et quelques territoires épars et sans cohésion, l’empire byzantin est également privé des ressources commerciales qui avaient fait sa richesse, celles-ci étant aux mains des républiques italiennes de Venise et de Gênes dont les comptoirs commerciaux sont installés dans les anciens territoires de l’empire.
Contexte historique
Une première guerre civile avait opposé de 1321 à 1328 l’empereur byzantin Andronic II Paléologue à son petit-fils Andronic III. Elle devait se terminer par la victoire d’Andronic III qui força son grand-père à abdiquer en sa faveur.
À la mort d’Andronic III dans la nuit du 14 au , ce fut son principal adjoint et ami personnel, Jean Cantacuzène, qui s’installa comme régent pour le jeune Jean V âgé de neuf ans sans toutefois avoir été formellement désigné à ce poste par l’empereur défuntNicol (2005) Fine (1994) . Alors que Cantacuzène était absent de Constantinople, un coup d’État mené au mois de septembre par Alexis Apokaukos, ancien ministre des finances, maintenant commandant de la marine impériale, et le patriarche Jean XIV Kalékas obtint l’appui de l’impératrice Anne et établit une nouvelle régenceNicol (2005) Fine (1994) . En réponse à ce défi, l’armée et les partisans de Cantacuzène proclamèrent ce dernier coempereur en octobre, creusant ainsi le fossé entre lui et la nouvelle régence, et jetant les bases d’un conflit arméNicol (2005) Fine (1994) .
Les forces de la nouvelle régence semblèrent prévaloir au cours des premières années du conflit. À la suite de nombreux soulèvements antiaristocratiques, notamment ceux des Zélotes de Thessalonique, la plupart des villes de Thrace et de Macédoine tombèrent aux mains de la régenceNicol (2005) Fine (1994) . Cantacuzène réussit à renverser la situation avec l’aide d’Étienne Dušan de Serbie et d’Umur Bey, émir d’Aydin. En 1345, malgré la défection de Dušan qui passa dans le camp opposé et le retrait d’Umur, il parvint à conserver ses gains grâce à l’appui du sultan ottoman OrhanNicol (2005) Fine (1994) . Le meurtre du mega dux Apokaukos en porta un dur coup à la régenceNicol (2005) Fine (1994) . Proclamé formellement empereur à Andrinople en 1346, Cantacuzène entra dans Constantinople le Nicol (2005) . Au terme de l’accord passé avec ses adversaires, il devait régner pendant une période de dix ans à titre d’empereur principal et de régent, puis à la majorité de Jean V, comme coempereur avec ce dernierNicol (2005) Fine (1994) .
Cet accord toutefois devait s’avérer éphémère. Les partisans de Cantacuzène auraient préféré que Jean VI dépose simplement la famille des Paléologue et crée sa propre dynastie. Le fils ainé de Jean Cantacuzène, Mathieu, prit également ombrage du fait qu’il se voyait mis de côté au profit du fils ainé de Jean V, Andronic Paléologue, alors qu’en 1341 il avait épousé Irène Paléologue, rapprochant ainsi les deux famillesNicol (2005) Fine (1994) .
Du début de la guerre civile à l’abdication de Jean VI vignette|gauche|L’Empire byzantin (rouge) en 1355. Il possède encore la moitié sud de la Morée, la Chalcidique et la Thrace.
Lorsqu’en Jean VI Cantacuzène fut couronné une première fois à Didymotique, il refusa catégoriquement que son fils Mathieu soit proclamé coempereurNicol (2005) . Il tenta d’apaiser la colère de ce dernier en lui permettant de porter tous les insignes impériaux à l’exception de la couronne et en lui donnant en apanage la Thrace orientale. Celle-ci s’étendait de Didymotique à Christoupolis sur la côte égéenne et était d’autant plus importante qu’elle se situait à la frontière de l’empire serbe de Stefan Uroš IV Dušan, maintenant allié à la régence de l’impératrice-mère et du patriarcheOstrogorsky (1983) . L’Empire serbe s’étendait désormais jusqu’à l’Épire et seule Thessalonique, toujours aux mains des Zélotes, lui résistait. Quant à l’Empire byzantin, il était réduit à des fragments de territoires qui ne communiquaient entre eux que par la mer : une partie de la Thrace, les iles du nord de la mer Égée, Thessalonique et la moitié du PéloponnèseLaïou & Morrisson (2011) Ostrogorsky (1983) .
En 1350, alors que les Serbes se rapprochaient dangereusement de Thessalonique, les Zélotes firent appel à Jean VI Cantacuzène, lequel venu par la mer, y laissa Jean V comme gouverneurOstrogorsky (1983) . Pendant ce temps continuait la « guerre des Détroits » entre Gênes et Venise pour le contrôle de ces détroits qui permettaient de passer de la Méditerranée à la mer Noire. Abandonné à deux reprises par les Vénitiens, Jean VI dut signer un traité avec les Génois qui interdisait à toutes fins pratiques le commerce du blé, source de profits essentiels, aux marchands byzantinsLaïou & Morrisson (2011) . Les Vénitiens pour leur part prêtèrent à Jean V en échange de l’ile de Ténédos qui contrôlait l’entrée des détroits, si il se soulèvait contre Jean VIOstrogorsky (1983) .
Après avoir arraché à l’Empire byzantin près de la moitié du territoire qui lui restait et avoir doublé celui de son propre empire, Stefan Dušan, qui avait pris en 1346 le titre impérial et s’intitulait depuis « empereur des Serbes et des Grecs »Ostorgorsky (1983) , offrit de son côté à Jean V un appui tout aussi intéressé. On dut à l’intervention de l’impératrice Anne de SavoieLaquelle s’installa alors à Thessalonique où elle régna jusqu’à sa mort en 1365. d’éviter la reprise de la guerre civile grâce à une médiation qui donnait à Jean V un apanage en Thrace, lequel comprenait Didymotique et une partie des territoires de Mathieu Cantacuzène que l’on dédommageait en lui accordant Andrinople. Cette médiation ne suffit pourtant pas à satisfaire Jean V Paléologue qui avec l’aide de troupes vénitiennes et serbes reprit bientôt les hostilités contre Mathieu Cantacuzène, forçant ce dernier à se réfugier dans la forteresse d’Andrinople en 1352Laïou & Morrisson (2011) .
La guerre civile recommençait.
Jean VI, abandonné par les Serbes, s’était tourné vers les dynastes turcs, d’abord, puis vers les Osmanlis, signant en 1345 une entente avec le sultan Orhan. Fort de ce soutien, il se porta alors au secours de son fils et rétablit la situation avec l’aide de forces turques qui en profitèrent pour piller la ville et ses environs. Mathieu appela alors à l’aide les Bulgares et les Serbes; Stefan Dušan lui envoya une cavalerie de . Jean VI pour sa part reçut d’Orhan un nouveau corps de conduits par le fils de ce dernier, SolimanSelon les chiffres donnés par Cantacuzène dans l’Histoire qu’il rédigea par la suite (Cantacuzène, III, 248); selon Nicéphore Grégoras (III, 181) les Turcs auraient été au nombre de .. Le sort de l’Empire byzantin se jouait ainsi entre Serbes et Osmanlis : Jean V et les forces turques furent défaitesOstrogorsky (1983) .
Jean VI se décida alors à donner à son fils Mathieu le titre impérial : celui-ci fut fait coempereur en 1353Ostrogorsky (1983) . Toutefois, la situation de Jean Cantacuzène devenait de plus en plus intenable. Son implication dans la lutte qui avait vu la chute du patriarche Jean Kalékas et le conflit hésychaste lui avait valu l’hostilité d’une partie du haut-clergé; la population voyait avec horreur l’installation progressive des Turcs dans la péninsule de Gallipoli; le commerce byzantin sombrait dans les querelles entre Vénitiens et Génois qui se disputaient les faveurs impériales. Jean VI était maintenant considéré par la population comme celui qui « avait piétiné la foi de leurs pères pour les livrer en esclavage à l’infidèle impieGrégoras, III, ».
Jean V pour sa part ne restait pas inactif. Il s’assura des services d’un corsaire génois, Francesco Gattilusio ; leur alliance oblige le Génois à mettre à disposition de Jean V ses deux galères et est cimentée par le mariage de de Marie, la fille de Jean, laquelle apporterait à titre de dot l’ile de Lesbos, la plus grande des iles encore entre les mains des Byzantins. En , Jean Paléologue réussit à entrer dans Constantinople où ses partisans l’accueillirent en triompheNicol (2005) . Sentant la partie perdue, Jean VI renonçant à la violence conclut avec son adversaire un accord prévoyant un partage du pouvoir entre les deux, une amnistie pour leurs partisans; Mathieu pour sa part pourrait conserver son titre impérial à AndrinopleNicol (2005) .
Toutefois, les difficultés que soulevait un tel accord furent telles que le , Jean Cantacuzène abdiqua pour se retirer au monastère de Saint-Jean des Manganes puis à celui de Charsaneitès où il écrivit sa célèbre « Histoire » dans laquelle il justifiait son activité, ainsi que différents traités de théologie défendant la doctrine hésychasteOstrogorsky (1983) Laïou & Morrisson (2011) Nicol (2005) . Maintenant seul empereur, Jean V maintint de bonnes relations avec son prédécesseur qu’il continua à consulter sur les affaires de l’État ; il semble bien par ailleurs que Jean Cantacuzène ne complota jamais pour le remplacer soit à son propre profit, soit à celui de ses filsFine (1994) .
Jean V contre Mathieu Cantacuzène
thumb|right|Monnaie émise par Mathieu en tant qu’empereur. La pauvreté de la facture illustre l’état de l’économie byzantine au milieu du .
L’abdication de Jean VI ne devait toutefois pas mettre un terme à la guerre civile. Restait en effet Mathieu Cantacuzène qui gouvernait son territoire de Thrace.
Au printemps 1355, Jean V avait conclu un accord avec ce dernier : Mathieu conserverait son titre d’empereur associé, mais quitterait la Thrace pour aller remplacer son frère Manuel alors despote de Morée. Ce dernier garderait son titre, mais se retirerait dans l’ile de LemnosTreadgold (1997) Nicol (2005) .
L’accord, on s’en doute, ne fut pas mis en application ; bien plus, Mathieu entendit des rumeurs à l’effet que Jean voulait le faire assassiner. La même année, Stefan Dušan mourait alors qu'il préparait son armée pour marcher sur Constantinople. Il fut remplacé par son fils, Stefan Uroš V, pendant le règne duquel l’empire serbe se démembrera. Mathieu, toujours en Thrace et à la tête d’une armée turque comprenant , profita du changement de régime pour attaquer Serres, capitale serbe de Jean Ugleisha et de la mère de Stefan Uroš. Ce dernier envoya une armée pour venir au secours de sa mère. Cette armée était commandée par le comte de Drama (une forteresse près de Serres) du nom de Vojihna. Serbes et Turcs se battirent entre eux et les Serbes l’emportèrent. Mathieu fut capturé et livré contre rançon à Jean V qui devenait ainsi seul maitre de l’empire. Mathieu fut détenu pendant quelque temps à l’ile de Ténédos, puis avec sa famille dans celle de LesbosNicol (2005) .