Les rectifications orthographiques du français en 1990 recommandent une nouvelle orthographe, plus simple ou supprimant certaines incohérences, pour certains mots du français. Elles ont pour origine un rapport du Conseil supérieur de la langue française, publié dans les Documents administratifs du Journal officiel de la République française du .
L'orthographe en résultant est qualifiée de « nouvelle », « recommandée », « rectifiée », « révisée », « modernisée » ou « de 1990 », par opposition à l'orthographe dite « traditionnelle » ou « ancienne ». Le Conseil international de la langue française (CILF), où tous les pays francophones sont représentés, lui a donné un avis favorable.
L'Académie française accepte initialement les deux orthographes : (Journal officiel), et en avalise le principe à l'unanimité. .
Histoire Préludes
Le grammairien Louis Meigret propose en 1542 de simplifier l'orthographe en la rapprochant de la prononciation, puis le poète Jean Godard, en 1642, de remplacer des s muets par des accents circonflexes, de même que supprimer les lettres dites étymologiques.. Celles-ci ne renvoient à aucun son prononcé, mais servent à rappeler l'étymologie d'un mot ou son ancienne graphie.. Sous l'impulsion de l'abbé d'Olivet, une réforme est adoptée et consacrée dans la troisième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1740), touchant environ .
Genèse En France, l'association pour l'information et la recherche sur les orthographes et les systèmes d'écriture (AIROE) est fondée en 1983 par Nina Catach. Cette association, composée de linguistes, de membres du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de militants, se bat durant des années afin de faire reconnaître la nécessité de réformer l'orthographe de la langue française. En 2009, cette association disparaît. Elle est remplacée par le Réseau pour la nouvelle orthographe du français (RENOUVO).. Dans d'autres pays francophones, comme au Québec, les associations ont eu plus de facilité pour obtenir cette réforme.
En 1988, plusieurs constats sont faits par le gouvernement de Michel Rocard : déclin de l'utilisation de la langue française au quotidien comme langue de travail à cause de sa « criminelle orthographe » (expression de Paul Valéry) ; difficultés du commerce international renforcées par les modes d'emploi des produits dans une langue française complexe donc mal traduite ; savoir mondial inventorié dans cinq grandes bibliothèques informatisées en langue anglaise dont la traduction automatique en français est plus complexe et plus coûteuse (40 à 50 % plus chère que pour les langues plus phonétiques comme l'allemand, l'italien, l'espagnol, le portugais), français ayant à l'époque une orthographe différente selon les dictionnaires, notamment au niveau des accents ; absence de règle lors de la création d'un nouveau mot (une ou deux dizaines de milliers créés par an, notamment dans le domaine de la pharmacie)Interview de Michel Rocard par Jean-Michel Djian, émission À voix nue sur France Culture, 20 juin 2013..
En France, une enquête est publiée dans le numéro du de l'organe hebdomadaire, L'École libératrice, du Syndicat national des instituteurs (SNI-PEGC).... Alors qu'habituellement ce type d'enquête de la revue ne récolte pas plus de 30 à 50 réponses, les résultats définitifs, annoncés le , montrent que des , c'est-à-dire un nombre de personnes semblable à celui utilisé lors de sondages politiques, sont pour . Prié de décider par les partisans et opposants d'une rectification, le ministère de l'Éducation nationale se prononce contre. Le , dix éminents linguistes parisiens (Nina Catach, Bernard Cerquiglini, Jean-Claude Chevalier, Pierre Encrevé, Maurice Gross, Claude Hagège, Robert Martin, Michel Masson, Jean-Claude Milner et Bernard Quemada) font paraitre un manifeste à la une du journal Le Monde, manifeste ayant pour titre Moderniser l'écriture du français. et souvent nommé le « Manifeste des Dix ».. Cet appel est repris par plusieurs livres au cours de l'été ainsi que par l'ouvrage de Jacques Leconte et Philippe Cibois, Que vive l'orthographe !, paru en septembre (préface de Michel Masson et postface de Jean-Claude Barbarant, secrétaire général du SNI-PEGC).. Le , le Premier ministre français socialiste de l'époque, Michel Rocard, décide la suppression d'une assemblée consultative, le Haut Comité de la langue française, et d'un organisme administratif, le Commissariat général, tous deux rattachés à ses services, et leur remplacement par le Conseil supérieur de la langue française (CSLF), composé de ressortissants français, québécois, belges, suisses et marocains et dont il devient le président, ainsi que par la Délégation générale à la langue française. Le , le Conseil des ministres vote en faveur des décrets et ceux-ci paraissent le lendemain au Journal officiel instaurant le Conseil supérieur de la langue française de France (version en vigueur)..
Lors de la première réunion du CSLF, le , Rocard établit les tâches du Conseil. Il charge le CSLF de dresser un rapport d' avec pour but de mettre fin certaines .. Le CSLF met donc en place un groupe d'experts, présidé par le linguiste Bernard Cerquiglini et composé de ses homologues Nina Catach, André Goosse, André Martinet et Charles Muller, des lexicographes Claude Kannas (responsable des dictionnaires Larousse) et Josette Rey-Debove (responsable des dictionnaires Robert), ainsi que du chef correcteur du journal Le Monde, Jean-Pierre Colignon, et de Jacques Bersani, inspecteur général de l'Éducation nationale. Le groupe commence sa première réunion le . Au printemps 1990, le premier projet du groupe est remis au CSLF qui l'adopte après l'avoir examiné et discuté. Il est ensuite présenté à l'Académie française avec qui la suite de la réflexion continue lors de débats. Le compromis de que représente le rapport final est atteint en faisant, selon les propositions initiales, une suppression du superflu ou au contraire un ajout d'exceptions.. Présentées par le CSLF, ces rectifications ont reçu le un avis favorable de l'Académie française à l'unanimité., ainsi que l'accord du Conseil supérieur de la langue française du Québec et de celui de Belgique (qui, devenu en 2007 le Conseil de la langue française et de la politique linguistique, confirme sa position en sa séance plénière du .). Il est présenté officiellement au Premier ministre le et parait dans les documents administratifs du Journal officiel de la République française, du (JODA /90), avec comme titre « Les rectifications de l'orthographe - Conseil supérieur de la langue française ».. Après sa publication, il connait un succès considérable en librairie et reçoit un avis favorable de la part du CILF où toute la francophonie est représentée. La Fédération internationale des professeurs de français et l'Association française des enseignants de français se prononcent pour les rectifications.
Commence alors la période surnommée la « guerre du nénufar » pendant laquelle une violente campagne de presse et quelques intellectuels parisiens s'en prennent aux rectifications. Ainsi, dans le Madame Figaro du , face à une éventuelle suppression partielle de l'accent circonflexe, Bernard Pivot, Philippe Sollers, Jean d'Ormesson et Frédéric Vitoux expriment leur opposition. Ou encore, dans Le Monde du 30-, le Comité Robespierre, formé du polygraphe Roger Caratini, du professeur Léon Schwartzenberg, de l'avocat Jacques Vergès et du dessinateur Georges Wolinski demande . En réponse à ces réactions, l'Académie française en rediscute lors d'une séance le et d'une réunion le qui aboutit à un communiqué adopté par 23 voix contre 6 dans lequel les académiciens précisent les modalités d'entrée en vigueur des rectifications.. Ainsi, l'Académie française
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Les propositions du rapport ne visent pas seulement l'orthographe du vocabulaire existant, mais aussi et surtout celle du vocabulaire à naître, en particulier dans les sciences et les techniques.
L'Association pour l'information et la recherche sur les orthographes et les systèmes d'écriture (AIROE), pour la France, l'Association pour l'application des rectifications orthographiques (APARO), pour la Belgique, le Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français (GQMNF), pour le Québec, la Coalition pour l'application des rectifications orthographiques (CARO) réunis au sein du Réseau pour la nouvelle orthographe du français (RENOUVO), diffusent régulièrement sur leurs sites respectifs ou dans leurs revues des informations sur le sujet.
Ces règles n'ont aucun caractère obligatoire. La réforme de l'orthographe allemande de 1996 sera imposée plus fermement, par exemple en donnant une date limite aux écoles pour s'y conformer.
Les rectifications orthographiques ont été publiées en France dans le Journal officiel du , dans la partie administrative, qui n'a pas de valeur contraignante. Or, il n'existait aucune loi portant sur la réforme de la langue française, depuis que cette mission a été attribuée à l'Académie française. Autrement dit, la réforme de la langue et de l'orthographe ne fait pas partie des domaines de compétences du gouvernement..
Postérité En France, depuis la parution du Bulletin officiel de l'Éducation nationale hors série du Bulletin officiel de l'Éducation nationale hors série du . (à la faveur d'une note page 37), « l'orthographe révisée est la référence » et est désormais incluse dans les programmes scolaires.. Entre 2008 et 2010, cette réforme reste toutefois peu connue et son application varie encore d'un professeur et d'un dictionnaire à l'autre.. Cependant, certaines rectifications de 1990 semblent être désormais employées par les jeunes Français, ce qui serait la preuve d'une meilleure mise en œuvre de la réforme au cours de la décennie 2010. Par ailleurs, la réforme est largement enseignée et connue dans d'autres pays francophones, au premier rang desquels la Belgique et la Suisse.
La réforme orthographique fait l'objet régulièrement de controverses et résistances nombreuses en France (cf. infra, diffusion en France). Elle a notamment été critiquée en 2016, à la faveur d'un rappel du ministère de l'Education nationale. Cela a conduit l'Académie française, qui en avait approuvé le principe en 1990., à publier le une déclaration sur la « réforme de l'orthographe » dans laquelle elle .. Dans la même déclaration, elle précise que sa déclaration de 1990 ne portait que sur des principes et fut votée en l'absence de tout texte, contrairement à ce qui était invoqué (en 2016) comme une approbation.
Poursuite du mouvement de rectification ? Les organes officiels de gestion linguistique de la francophonie septentrionale, réunis au sein d'Opale (Organismes francophones de politique et d'aménagement linguistiques).Les organismes francophones de politique et d'aménagement linguistiques (OPALE) comprennent : pour le Québec, le Conseil supérieur de la langue française, l'Office québécois de la langue française et le Secrétariat à la promotion et à la valorisation de la langue française ; pour la France, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France ; pour la Suisse, la Délégation suisse à la langue française ; pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Direction de la langue française et le Conseil de la langue française et de la politique linguistique. ont mis sur pied en 2006 un Observatoire du français contemporain, chargé d'établir les bilans nationaux de l'implantation des rectifications de 1990, mais aussi d'étudier la faisabilité scientifique d'autres rectifications portant, cette fois, sur l'orthographe grammaticale.
Les questions ainsi à l'étude sont, par exemple, les doubles consonnesComparer soer et sonore, résoant et résonance, détoer et tonique, citroade et limonade, traditioel et traditionaliste, cantoier et cantonal, trae et attraper…, le pluriel des noms composés et l'accord du participe passé.
L'EROFA préconise une réforme fondée sur l'application de règles de portée générale :