redresse=1.40|vignette|alt=Un homme vêtu d'un manteau royal et portant un sceptre est assis sur un trône, tandis qu'il reçoit un baisement de la part d'un autre homme en habit de cour. Une assemblée nombreuse regarde la scène|L'acclamation de Jean IV de Portugal en 1640, par José da Cunha Taborda (1823)
Lacclamation des souverains de Portugal (en portugais ) est le nom donné à la cérémonie d'investiture des rois et reines de Portugal. Présente depuis les origines de la monarchie portugaise, elle a été réalisée tout au long de son existence : ainsi, tant le premier roi de Portugal que le dernier porteur du titre ont été acclamés. Il s'agit d'une cérémonie au cours de laquelle le pouvoir du souverain et la légitimité de celui-ci sont reconnus par les Cortes ou par la population directement. Elle n'est cependant qu'une sanction du pouvoir déjà conféré, et ne conditionne pas l'exercice du pouvoir royal.
Au cours de l'acclamation, une prestation de serment réciproque entre le souverain et ses sujets est réalisée : la population reconnait les droits et les prérogatives du souverain, en échange de son allégeance et de protection de ses coutumes et privilèges.
L'acclamation est ainsi une preuve de la double nature de la monarchie portugaise : le roi règne de par la volonté de Dieu mais aussi grâce au pacte qu'il a conclu avec son peuple.
Histoire Couronnements médiévaux La première acclamation remonte à , qui fut acclamé roi par ses armées en 1139 avant le « miracle d'Ourique ».. Il faudra cependant attendre 1179 pour que son statut royal, indépendant des autres royaumes ibériques, soit formellement reconnu par la bulle papale Manifestis Probatum..
Même si la chose est parfois contestée par certains chercheurs., il est possible de trouver de nombreuses preuves littéraires et iconographiques. démontrant que les premiers souverains portugais étaient oints, sacrés et couronnés dans des cérémonies similaires à celles des autres souverains de la péninsule ibérique. C'est d'ailleurs à cette époque que la couronne devint le symbole d'une royauté sacrée et surnaturelle. La cérémonie comportait alors une onction des mains, de la poitrine, du dos et des bras par le patriarche de Lisbonne, une bénédiction et la remise d'une épée d'apparat, d'un pallium ou d'une chape, d'une crosse épiscopale, ainsi que l'imposition d'une couronne. Ce déroulé, constituant un ordo légèrement divergeant du Pontifical romano-germanique., peut très bien avoir été fixé dès le couronnement de . D'autres documents semblent aussi mentionner une consécration pour la reine consort, mais il est plus difficile de savoir en quoi elle pourrait avoir consisté.
Il est par contre possible de se questionner sur la perpétuation de tels rituels après l'avénement de la maison d'Aviz. Il semble en effet que , en tant que bâtard de Pierre et meneur d'une révolution populaire, n'ait pas pu recevoir l'onction liturgique rituelle. Malgré des bulles demandées et accordées par les papes Martin V et Eugène IV, les conditions imposées étaient inadmissibles pour le roi Jean et son fils . Ainsi, ce seraient les exigences du Saint-Siège qui auraient amené la disparition d'une véritable cérémonie de couronnement au Portugal.
Ce fut probablement à ce moment que l'acclamation devint la véritable cérémonie d'investiture du souverain . Un tel rituel montre bien la dualité des fondements de la monarchie portugaise, comme le remarquait le roi Édouard lui-même : seul Dieu avait pu permettre au roi de vaincre les Castillans, mais son titre royal ne lui serait reconnu qu'une fois la décision des Cortes du adoptée . Dorénavant, sans nécessité de couronnement, l'acclamation fut considérée comme l'acte de fondation de la souveraineté royale et de sa nouvelle légitimité populaire. D'autres cérémonies d'acclamation eurent lieu pour et .
Sous le règne de , la Salle des blasons () du Palais national de Sintra fut construite dans l'objectif d'abriter les futures acclamations des rois de Portugal..
Période espagnole Pour certains, le prétendant Antoine de Portugal se serait fait acclamer roi à Santarém. avant de quitter le pays à la suite de ses défaites face aux troupes espagnoles.
Pour la dynastie de Habsbourg, seul eut droit à une véritable acclamation sous le nom de Philippe . La cérémonie se déroula le à Tomar, au sein du couvent de l'ordre du Christ du château local. Le roi y signa les Statuts de Tomar, qui reprenaient en vingt-cinq articles les exigences portugaises pour la réalisation de l'Union ibérique et la préservation de leur indépendance.. Après un bref passage à Santarém, Philippe retourna à Madrid..
Des cérémonies d'acclamation eurent aussi lieu lors de la période espagnole, mais en l'absence de le ., et de le ..
Restauration des Bragance alt=Devant une assemblée nombreuse, un homme vêtu d'un manteau d'hermine porte une couronne et un sceptre. un homme en uniforme porteur d'un drapeau flottant au vent le désigne à la foule|vignette|Couronnement de Jean IV, par Veloso Salgado (1908) Le , pour réaffirmer l'indépendance du royaume, fut acclamé roi de Portugal. La restauration partielle de l'ancien rituel d'acclamation permettait, comme le soulignait le discours officiel., d'établir la légitimité du nouveau souverain face à l'ancien conquérant espagnol.. Pour l'occasion, Jean IV couronna une statue de Notre-Dame de la Conception à Vila Viçosa et la déclara , dans un geste de dévolution mariale très en vogue lors de la Contre-réforme . Des festivités eurent lieu dans l'ensemble des colonies portugaises pour fêter la restauration de la dynastie des Bragance...
vignette|alt=Une femme et un homme, assis sur un grand trône commun, sont entourés de nombreux personnages et reçoivent un présent d'une femme à genoux, porteuse d'une cape d'hermine et d'une couronne|Allégorie de l'acclamation du roi le 8 septembre 1750, attribué à Joana do Salitre
Lors de la révolte du Rio de la Plata de 1641, les révoltés paullistes acclamèrent comme roi Amador Bueno da Ribeira.. Celui-ci pourtant refusa et jura fidélité au nouveau roi Jean IV.
Comme pour leur père, et ne purent pas recevoir de véritables cérémonies d'acclamation selon les anciens rites en raison du contexte politique de l'époque. Le premier eut cependant droit à une petite cérémonie le ..
À partir de l'acclamation du roi , le , les Cortes ne furent plus convoquées pour effectuer l'acclamation. Leur dernière réunion remontait à la reconnaissance du statut d'héritier du prince Jean en 1698 . Leur intervention n'était plus considérée comme nécessaire, soit par renforcement de la puissance monarchique, soit par inutilité au vu des amendements apportés aux lois fondamentales du royaume en 1641 . Pour conserver le principe de l'investiture populaire, la cérémonie se déroula dorénavant en plein air et en présence du public . Il était aussi initialement prévu que le roi se ferait oindre et couronner, ce qui ne fut finalement pas le cas. L'acclamation cessa donc à partir de ce moment d'être une cérémonie de remise du pouvoir entre les mains du roi par les Cortes, pour ne plus être qu'une simple cérémonie de reconnaissance du souverain.
Á l'occasion de l'acclamation de le , de très nombreux bâtiments éphèmères furent construits, à l'emplacement de l'ancien palais royal détruit dans le tremblement de terre de 1755 .
Toutes les acclamations ne se déroulèrent pas sur le territoire portugais : ainsi le , le roi fêta son acclamation à Rio de Janeiro, capitale du nouveau Royaume-Uni de Portugal, du Brésil et des Algarves.. L'acclamation fut réalisée plus de deux ans après la mort de la reine Marie, rompant ainsi avec la tradition d'une reconnaissance officielle pour des raisons de troubles politiques. Cette cérémonie, conçue pour renforcer le prestige d'une monarchie fortement abîmé par les invasions napoléoniennes, fut d'ailleurs la dernière à suivre précisément le déroulement traditionnel des acclamations . Ce fut aussi lors de cette cérémonie que fut créé l'Ordre de l'Immaculée Conception de Vila Viçosa, en souvenir du vœu de Jean IV .
, et n'eurent pas l'occasion de réaliser une cérémonie d'acclamation. Cette-dernière n'eut droit qu'à une petite séance parlementaire le , à la fin de la guerre libérale..
Monarchie constitutionnelle L'acclamation étant un acte fondamental pour la monarchie portugaise, elle est mentionnée dans la Constitution de 1822 (art. 126)., la Charte constitutionnelle de 1826 (art. 76). et la Constitution de 1838 (art. 87).
vignette|alt=Dans une salle remplie d'hommes en habits élégants, un homme portant une cape d'hermine se trouve sous un dais|La cérémonie d'acclamation de Charles dans la salle des Cortes, illustration du journal portugais A Illustração (1890)
La première cérémonie d'acclamation dans la monarchie constitutionnelle portugaise fut effectuée au Palácio das Necessidades à l'occasion de l'avènement au trône de le , et fut donc préparée sous la régence de son père le roi consort . Cette acclamation, faisant suite à une longue période troublée, a été préparée avec soin afin de rénover les formes et la signification de l'ancien cérémonial..
La cérémonie d'acclamation de , réalisée le au Palais national de Belém dans le contexte triste et terne de la mort de Pierre V et de son frère Jean, modifia peu le déroulement de la cérémonie précédente. Les seules variations furent le changement du lieu des cérémonies religieuses (la cathédrale de Lisbonne fut ainsi abandonnée au profit de l'église Saint-Dominique) et la disparition du rituel du baisemain royal.
vignette|alt=Dans une salle remplie d'homme en habits élégants et en uniforme décorés, un homme vêtu d'une cape rouge en hermine est assis sur un trône et lit en document|Acclamation de Manuel II
Pour l'acclamation de le , d'autres modifications substantielles furent apportées : la cérémonie de remise des clés eut ainsi lieu à l'intérieur, ce qui fit disparaitre le caractère « populaire » de l'événement . La presse a d'ailleurs regretté le manque de solennité de l'événement et le ridicule de la décoration.. La cérémonie se fit en présence de l'empereur Pierre II du Brésil..
Enfin, la dernière acclamation eut lieu pour le . En raison de l'insécurité régnante et de l'instabilité politique., comme le montre l'assassinat de Charles et son fils ainé, il fut décidé de réduire au maximum les cérémonies pour ne plus laisser qu'une acclamation au Cortes et une parade militaire . Certains ont toutefois regretté cette absence de réjouissances..
Regalia Contrairement aux autres monarchies, les dynasties ayant régné sur le Portugal ne se sont pas transmis d'objets utilisés comme reliques dans les cérémonies : tous les objets ont connu des variations importantes, car seuls les principes qu'ils représentaient comptaient et ils n'étaient perçus que comme des objets destinés à rendre visible et tangible la souveraineté royale. La seule exception notable est le reliquaire de la Vraie Croix, sur lequel les souverains prétaient leurs serments et qui reste effectivement inchangé .
À partir de l'acclamation de Jean IV et du couronnement de la statue de la Vierge, les rois ne portaient plus de couronne . Le vrai symbole du pouvoir royal devint alors le sceptre, le seul regalia remis au cours de la cérémonie par le Grand Chambellan.
vignette|alt=Un homme en uniforme et portant de très nombreuses décorations et une cape rouge doublée d'hermine est debout devant un trône|Portrait de Jean VI de Portugal, par Jean-Baptiste Debret (1817)