alt=280|vignette|Cliché 280 (détail). Pris depuis l'intérieur de la chambre à gaz du Krematorium V. alt=281|vignette|Cliché 281 (détail). alt=282|vignette|Cliché 282 (détail) dans le bois de bouleaux entre le Krematorium V et le Krematorium IV. Les photographies du sont quatre photos prises clandestinement par un détenu, membre du , en dans le camp de concentration et d'extermination d’Auschwitz II-Birkenau.
Contexte
Prise de vue Hormis les photos des déportés prises à l’entrée du camp à des fins de propagande par les SS Ernst Hoffmann et , qui dirigent le service d'identification du département politique, il était strictement interdit de prendre des photos dans l’enceinte du camp, y compris pour les SSCirculaire de Rudolf Höss du 2 février 1943 : « J’indique une fois encore qu’il est interdit de photographier dans les environs du camp. Je punirai très sévèrement ceux qui ne se conforment pas à cette ordonnance » in R. Boguslawska-Swiebocka et T. Ceglowska, « KL Auschwitz Fotografie dokumentalne », ..
Début , les détenus Erich Kulka et Ota Kraus trouvent un petit appareil photo dans un landau, parmi les biens confisqués aux déportés et triés dans l’entrepôt du Kanada. Une autre versionTémoignage de Stanislaw Klodzinski in Hermann Langbein, Hommes et femmes à Auschwitz, . désigne un travailleur civil polonais, Mordarski, qui aurait introduit l’appareil en fraude.
Les hommes du ont intentionnellement endommagé le toit bitumé du Krematorium V : David SzmulewskiTémoignage de Szmulewski in Jean-Claude Pressac, Technique and operation of the gas chambers, Beate Klarfeld Foundation, 1989. En ligne ici : http://phdn.org/archives/holocaust-history.org/auschwitz/pressac/technique-and-operation/pressac0424.shtml., qui fait partie du Kommando volant, chargé de le réparer et qui est membre de la résistance, cache l’appareil photo dans une gamelle à double-fond. Une fois sur le toit, il le fait parvenir à un Juif grec, surnommé Alex, posté contre le mur Nord sous la saillie du toit. Pendant que trois autres membres du , Shlomo Dragon, son frère et Alter Fajnzylberg, font le guet, Alex, depuis l’intérieur du bâtiment, fait des photos du bois de bouleaux et des fosses d’incinération. Selon le réalisateur Christophe Cognet, les ombres plus courtes des déportées dans le bois de bouleaux situées au Sud-Est par rapport à la prise de vue, et la lumière du mois d'août, indiquent que les photos 283 et 282 ont été prises entre 10 heures et 11h30. La direction des ombres dans les clichés 280 et 281 des fosses de crémation, pris à l'Ouest-Sud-Ouest par rapport à la prise de vue, et la lumière du mois d'août, indiquent que ces photos ont été prises entre 15 et 16 heures.. Tout porte à croire qu'il s'agit d'un même transport photographié avant et après un même gazageEn ce début du mois d'août, deux convois arrivent à Birkenau : le convoi 26 parti de Malines le ( et dernier convoi venu de Belgique) arrive le ; le convoi 77 parti de Drancy le 31 juillet (dernier grand convoi venu de France) arrive le (Auschwitz 1939-1945, Danuta Czech, p. 678-679)..
Développement L’appareil est ramené au camp par Fajnzylberg qui le transmet ensuite à Szmulewski. Le bout de pellicule est extrait de l’appareil, ramené au camp central et sorti d’Auschwitz dans un tube de dentifrice où l’a caché Helena Dantón, employée à la cantine SSHermann Langbein, Hommes et femmes à Auschwitz, . Ainsi que Hermann Langbein, La Résistance dans les camps de concentration nationaux-socialistes : 1938-1945, Fayard, 1981.. Il parvient le à la résistance polonaise de Cracovie, accompagné d’une note écrite par deux détenus politiques, Józef Cyrankiewicz et . Cette note décrit le contenu des photos et enjoint d’envoyer les photos à Tell, à savoir Teresa Lasocka-Estreicher, membre de la résistance à Cracovie. Cette dernière confie le développement des photos à qui prend l’initiative de recadrer les imagesJanina Struk, Photographing the Holocaust: Interpretations of the Evidence, I. B. Tauris, 2004, .. Alex enterre l’appareil photo dans le sol du camp, de même qu’Alter Fajnzylberg enterre des restes de Zyklon B dans une boîte en métal et des notes en yiddish sur le nombre de personnes destinées au gazage.
Publication Certaines de ces images recadrées sont publiées en 1945 et alors attribuées à David Szmulewski, dans un rapport sur Auschwitz-Birkenau rédigé par juge polonais Jan SehnJean-Claude Pressac, Technique and operation of the gas chambers, Beate Klarfeld Foundation, 1989. En ligne ici : http://phdn.org/archives/holocaust-history.org/auschwitz/pressac/technique-and-operation/pressac0422.shtml.. L’une d’entre elles est exposée à Auschwitz en 1947, et d'autres sont publiées en 1958 à Varsovie dans un livre de Stanislaw Wrzos-Glinka, Tadeusz Mazur et Jerzy Tomaszewski, . Dans cette édition, certains personnages ont été retouchés pour les rendre plus évidents. En 1960, Wladyslaw Pytlik du mouvement de résistance de Brzeszcze offre un témoignage de ses propres expériences de guerre au musée national d'Auschwitz-Birkenau, et apporte trois exemplaires des photographies recadréesJanina Struk, Photographing the Holocaust: Interpretations of the Evidence, I. B. Tauris, 2004, p. 117.. Ce n’est qu’en 1985, après le décès de Pytlik, que sa femme fait don au musée des photos, et que le musée découvre les versions non recadrées. Les exégètes font valoir que ces recadrages offrent une version biaisée des événements, oblitérant le danger auquel s’exposaient les cinq détenus, ainsi que l’acte de résistance qu’ils accomplissaient, comme le souligne le philosophe Georges Didi-Huberman :
Attribution des photographies Pendant longtemps, l’auteur de ces photos n’est pas identifié. Elles sont alors créditées comme anonymes ou, par défaut, attribuées à Dawid Szmulewski, même si ce dernier mentionne un certain Juif grec nommé AlexConférence de Philippe Mesnard, Bruxelles, 2013 : https://www.youtube.com/watch?v=4zEZk8-CUYw.Sur le sujet aussi : Gary Spicer, The Sonderkommando photographs : https://www.academia.edu/2552802/THE_SONDERKOMMANDO_PHOTOGRAPHS.. Le récit de ces photos est consigné par Alter Fajnzylberg dans ses écrits où il évoque la figure de ce Juif grec prénommé Alex, dont il a oublié le nomAlter Fajnzylberg, Les cahiers d'Alter Fajnzylberg : ce que j'ai vu à Auschwitz, les Éditions des Rosiers, 2014.. En , Fajnzylberg répond à un courrier du musée national d’Auschwitz-Birkenau :Or, dans ses carnets écrits immédiatement après la guerre, il mentionne la tentative d’évasion d’un Juif grec, nommé Aleko Errera. Son véritable nom est en fait Alberto Errera. Sa tentative d’évasion est racontée par plusieurs témoins survivants : Errikos SevilliasErrikos Sevillias, Athens-Auschwitz, Lycabettus Press, 1983., Schlomo VeneziaShlomo Venezia & Béatrice Prasquier, Sonderkommando : dans l'enfer des chambres à gaz, Albin Michel, 2006., Léon CohenLeon Cohen, From Greece to Birkenau : the crematoria workers'uprising, Salonika Jewry Research Center, 1996., Marcel NadjariMarcel Nadjary, Χρονικό 1941–1945 [Chronicle], Ιδρυμα Ετσ - Αχα'ι'μ, Thessaloniki, 1991., le dr. Miklos NyiszliMiklos Nyiszli, Médecin à Auschwitz, J’ai lu, 1971., Alter FajnzylbergAlter Fajnzylberg, Les cahiers d'Alter Fajnzylberg : ce que j'ai vu à Auschwitz, Éditions Rosiers, 2014., Henryk Mandelbaum Igor Bartosik et Adam Willma, Dans les crématoires d'Auschwitz – Entretien avec Henryk Mandelbaum, Auschwitz-Birkenau State Museum, 2012., Albert MenascheAlbert Menasche, Birkenau (Auschwitz II): Memories of an eyewitness : how 72,000 Greek Jews perished, 1947. et Daniel BennahmiasRebecca Camhi-Frome, The Holocaust odyssey of Daniel Bennahmias, Sonderkommando, University of Alabama Press, 1993..
Description Ces images sont, avec quelques photos de l’Album d'Auschwitz, de rares documents photographiques documentant les chambres à gaz. Elles sont numérotées de 280 à 283 par le musée national Auschwitz-BirkenauDan Stone, "The Sonderkommando Photographs", Jewish Social Studies, 7(3), Spring/Summer 2001, (), , n. 3.. centré|vignette|792x792px|Les quatre photos originales, disposées de gauche à droite selon l'ordre de la prise de vues. Les photos 280 et 281 montrent la crémation de cadavres dans une fosse d’incinération, vue à travers le cadre noir de la porte de la chambre à gaz. La photo 282 montre des groupes de femmes, dont certaines, nues, se dirigent vraisemblablement vers la chambre à gaz du Krematorium V. On aperçoit en arrière-plan, l'une des cheminées du Krematorium IV. Dans le haut du cliché 283, on ne voit que la cime des bouleaux en silhouette et le bas de l’image est bouché par le contre-jour. Dans le cliché 281, on aperçoit, à gauche, un fragment du cliché 282, ce qui signifie que l'ordre dans lequel ont été prises les images contredit la numérotation du Musée d'État : les images de déshabillage dans le bois de bouleaux précèdent les images des fosses d'incinération.
Postérité En 2001 se tient à l'Hôtel de Sully, à Paris, l'exposition Photographies des camps de concentration et d'extermination nazis.. Les images du , ., donnent alors lieu à une controverse., sur la question de la représentation de la Shoah, entre Claude Lanzmann et Georges Didi-Huberman...
Le film Le Fils de Saul , réalisé en 2015, fait allusion aux photographies du ..
Plusieurs photographies du sont analysées par Christophe Cognet, en 2021, dans son documentaire À pas aveugles..
Ces photographies ont inspiré au célèbre peintre allemand Gerhard Richter son cycle Birkenau.
Notes et références
Sonderkommando Catégorie:Photographie de la Shoah Catégorie:Auschwitz Catégorie:Mémoire de la Shoah Catégorie:Photographie des années 1940 Catégorie:Document historique relatif à la Shoah Catégorie:Œuvre photographique réalisée en Pologne