Marie Brossy-Patin, née le à Paris et morte le à Mont-l'Évêque, est une magistrate française. Elle a notamment été chargée de l’affaire Marcel Barbeault, le « tueur de l’ombre », de l’affaire Alain Lamare, le « tueur de l’Oise », et de l’affaire du journaliste Jacques Tillier, enlevé par Jacques Mesrine en 1979. Elle fait partie, selon le magazine Paris-Match, des « 25 Français de 1976 », comme « symbole de l’entrée en force des femmes dans la magistrature ».
Biographie
Vie personnelle Marie Brossy-Patin naît le , dans le .. Elle est la mère de trois enfants, dont l'historien Nicolas Patin.. Elle meurt le à Mont-l'Évêque..
Débuts de carrière Après l’obtention d’un diplôme d’études supérieures de « sciences criminelles » de l’Institut d’études judiciaires (Paris 2), et une formation à l’école nationale de la magistrature de Bordeaux (promotion 1971)., Marie Brossy-Patin prend ses fonctions de juge d’instruction au tribunal de grande instance de Péronne (Somme), le , à l’âge de 24 ans.. Elle est ensuite nommée juge d’instruction au Tribunal de grande instance de Senlis, dans l'Oise, le . Un des premiers dossiers qu’elle instruit est celui de la catastrophe aérienne d’Ermenonville, qui a provoqué la mort de le . C’est, à l’époque, l’accident d’avion le plus meurtrier de l’histoire.
Affaire Youssef Kismoune Le 26 mai 1975, Mme Bécart, une septuagénaire, est étouffée avec un édredon à son domicile, à Creil. Marie Brossy-Patin, qui instruit l’affaire, fait placer Youssef Kismoune en détention provisoire le 21 octobre 1975, suite aux dénonciations de plusieurs de ses proches et complices. La cour d’assises de l’Oise condamne le suspect à 20 ans de réclusion, le 20 mai 1977. L’avocate de Youssef Kismoune, Gisèle Halimi, se pourvoit en cassation, pourvoi qui sera rejeté le 15 décembre 1977. Kismoune entame alors une grève de la faim. Suite aux pressions de l’avocate et d’un comité de soutien composé de plusieurs personnalités publiques, d’artistes et d’intellectuels, Alain Peyrefitte, garde des Sceaux, gracie Youssef Kismoune pour raisons médicales, le 1er décembre 1978. Il s’agit du premier cas connu de grâce médicale dans le droit français.
Affaire Marcel Barbeault Entre 1969 et 1976, une série de meurtres inexpliqués sème la peur dans la région du bassin Creillois, dans l’Oise. Les victimes, sept femmes et un homme, ont toutes été abattues d'une balle de carabine .22 Long Rifle le soir ou tôt le matin. Ce même mode opératoire conduit les habitants et la presse locale à attribuer ces crimes à un même auteur, surnommé le « tueur de l’ombre ». L’enquête reste longtemps entravée par l’absence de preuves, ainsi que la dispersion des dossiers d’instruction entre différentes juridictions. La magistrate instructrice Marie Brossy-Patin prend alors l’initiative de se saisir des informations pour les huit crimes, et les transmet à l’inspecteur Daniel Neveu de la Police Judiciaire de Creil, avec qui elle avait travaillé sur l’affaire Kismoune. L’inspecteur Neveu parvient à réduire une liste de près de 600 suspects à seulement douze noms., en vérifiant systématiquement leurs alibis et en recoupant cette liste avec le nom des familles enterrées au cimetière de Laigneville, où deux des victimes ont été tuées. Les douze suspects vont être interpellés et interrogés à tour de rôle.
Le , le SRPJ de Creil appréhende Marcel Barbeault, dont le nom figure en troisième position sur la liste, et procède à son interrogatoire.. Au même moment, les enquêteurs découvrent à son domicile une carabine .22 Long Rifle « Gecado », que l’expertise balistique identifie comme l’arme du crime de Françoise Jakubowska, la dernière victime connue du tueur de l’ombre. Deux jours plus tard, Barbeault passe un premier entretien avec Marie Brossy-Patin, alors âgée de 27 ans, pendant lequel il nie toute implication. Cependant, la juge d’instruction décide, au vu des preuves qui relient le suspect à l’arme du crime, d’inculper Barbeault du meurtre de Françoise Jakubowska et le fait transférer à la maison d’arrêt d’Amiens.. Quelques jours après, elle l’inculpe du meurtre de Julia Goncalves, qui a été tuée, selon l’expert balistique Pierre-Fernand Ceccaldi, par la même arme que F. Jakubowska..
Près d’un an plus tard, le , la magistrate instructrice inculpe également Marcel Barbeault des meurtres de Josette Routier, Mauricette Van Hyfte et Eugène Stéphan...
Pendant toute l’affaire, Marie Brossy-Patin préservera scrupuleusement le secret de l’instruction.. Elle veillera également à « faire en sorte que les enfants du prisonnier, sa femme et les siens soient mêlés le moins possible à [cette] affaire judiciaire », selon Léon Gouraud, Procureur de la République de Senlis. D’après Maître Jean Bouly, premier avocat de l’accusé, la juge a instruit le dossier Barbeault « de manière impartiale »., et « avec ardeur et clairvoyance ».. Selon l’inspecteur Daniel Neveu, Marie Brossy-Patin « allait au fond des choses » et travaillait « avec une infinie patience ».
Affaire Alain Lamare
Deux ans seulement après l’inculpation pour meurtre de Marcel Barbeault, la psychose s’installe à nouveau dans l’Oise. Courant 1978, des faits inquiétants ont lieu, sans qu’on puisse affirmer qu’ils soient reliés les uns aux autres. Le 24 juillet, un homme à bord d’une voiture volée, une Renault 12 grenat, tire sur une jeune femme, Karyne Grospiron, qui était en train de rentrer chez elle à pied rue Georges Decroze, à Pont-Sainte-Maxence. Le 3 août, la R12 est retrouvée dans une rue de Creil ; le gardien de la paix Jean-Jacques Verbeck est blessé par l’explosion d’une bombe artisanale lorsque ce dernier ouvre la portière de la voiture. Le 10 novembre, Patricia Cieslak, en cyclomoteur dans Compiègne, se fait suivre et percuter à deux reprises par une Peugeot 504 coupé marron, volée également. Le 16 novembre, à Fitz-James, Brigitte Corette manque de peu de se faire écraser par le même véhicule. Le lendemain, la 504 est retrouvée à la gare d’Orry-la-Ville ; elle est également piégée, et son explosion blesse le gendarme Yonnel Carpentier. Le 30 novembre, une Citroën GS bleue tente de renverser et blesse Laurence Paillart, à Compiègne. Le 1er décembre, un premier meurtre a lieu à Chantilly, celui de Yolande Raszewski, prise en autostop à bord d’une GS bleue.. L’auteur est alors surnommé le « tueur de l’Oise ».. La proximité de ces crimes avec les derniers meurtres imputés à Marcel Barbeault font d’ailleurs planer le doute qu’ils seraient l’œuvre d’un même auteur, encore en liberté.. Enfin, le 29 décembre 1978, Andrée Poirée, 19 ans, est prise en autostop par une 504 verte ; son conducteur la blesse grièvement en lui tirant dessus à bout portant, mais la victime réussit à sauter du véhicule, aux alentours de Crépy-en-Valois.. Après être sortie du coma, Andrée permettra de dresser un portrait-robot très ressemblant.
Marie Brossy-Patin ouvre une information contre X dès le .. Elle confie l’enquête au SRPJ de Lille, alors dirigé par le commissaire divisionnaire Georges Gréco. La juge d’instruction délivre les commissions rogatoires et les ordonnances durant l’enquête.. Les expertises graphologiques et ballistiques qu’elle ordonne permettent de relier le meurtre de Yolande Raszewski aux autres agressions, ainsi qu’à divers vols de voitures et hold-up, établissant qu’ils ont été commis par le même homme. Yvan Stefanovitch, qui a réalisé une enquête journalistique fouillée sur l'affaire Lamare, écrit que la juge fait preuve d’« une extraordinaire capacité de travail, un acharnement hors du commun, n’hésitant jamais à se déplacer elle-même quand il le faut, […] et assume dans le même temps ses fonctions de juge d’application des peines avec une rigueur d’autant plus méritoire qu’elle cache une profonde sensibilité »..
Pendant plusieurs mois, l’enquête piétine, rendue très compliquée par un fait remarquable : l’auteur des crimes, Alain Lamare, est gendarme, et participe même à l’enquête sur ses victimes. Bien que l’inspecteur Daniel Neveu et le maréchal des logis-chef Claude Morel aient rapidement déduit que le Tueur de l’Oise faisait partie des forces de l’ordre, leurs supérieurs hiérarchiques, le commissaire Gréco et le commandant Colson, ordonnent délibérément de ne pas explorer cette piste, entravant l’enquête de la PJ et l’instruction de la juge.
C’est à partir du portrait-robot que le gendarme Claude Morel et sa femme vont finir par reconnaître Alain Lamare. Une vérification de son emploi du temps et une prise d’empreintes vont permettre de démontrer la culpabilité du gendarme, qui est arrêté le 8 avril 1979. Marie Brossy-Patin mène son interrogatoire le jour même, de 19h00 à minuit, à la gendarmerie de Senlis. Lamare ne parlera plus par la suite.. La presse s’en fait l’écho : « Lamare n’a prononcé aucune autre parole en dehors du cabinet du juge d’instruction de Senlis, Mme Brossy-Patin. ». En , sur la base de quatre expertises psychiatriques, Lamare est reconnu irresponsable, et ne sera pas jugé.. L’affaire Lamare a inspiré le film La Prochaine fois je viserai le cœur (2014), dont le titre provient d’une lettre envoyée par le tueur.
Affaire Tillier-Mesrine Le , le journaliste de Minute Jacques Tillier est blessé gravement par trois balles tirées par Jacques Mesrine dans une grotte de Verneuil-en-Halatte.. Marie Brossy-Patin est chargée de l’affaire le .. Après avoir participé à la reconstitution du crime et « longuement entendu Jacques Tillier »., elle inculpe Mesrine du chef de tentative d’assassinat, ce que Mesrine conteste par voie de presse« Les 3 femmes qui traquent Mesrine », France-Soir, 19 septembre 1979.. La mort de Jacques Mesrine, quelques semaines plus tard, le , met fin à l’affaire.
Suites de carrière Marie Brossy-Patin est successivement nommée vice-présidente du tribunal de grande instance de Senlis, dans l'Oise, en , juge de l’application des peines au tribunal de grande instance de Paris en puis premier juge d’application des peines au tribunal de grande instance de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, en .. Elle reçoit la médaille d'honneur de l'administration pénitentiaire le 19 août 1985. Retraitée en , elle devient par la suite présidente de l’ARAPEJ Île-de-France (Association, réflexion, action, prison et justice). puis présidente de la Commission justice de la FNARS (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale)., où elle travaille sur les mesures alternatives à la prison.
En 2006, elle co-écrit avec Xavier Lameyre Vous avez dit justice ?., un ouvrage pédagogique qui explique le fonctionnement de la justice. En reconnaissance 35 ans de services civils, d'activités professionnelles et sociales, elle est nommée Chevalier de l’Ordre national du Mérite en novembre 2005. Par ailleurs, elle est auditionnée à l’Assemblée nationale le par la mission sur la surpopulation carcérale, au titre de présidente de la FNARS.
Publications
Reconnaissance Elle fait partie, selon le magazine Paris-Match, des « 25 français de 1976 », comme « symbole de l’entrée en force des femmes dans la magistrature. ».
Décorations
Notes et références
Bibliographie . . . . .
Liens externes
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