Johann Friedrich Oberlin, Jean-Frédéric Oberlin en français, né le à Strasbourg et mort le à Waldersbach, est un pasteur protestant alsacien, piétiste et apôtre du progrès social.

Biographie vignette|upright|« J. F. Oberlin, pasteur à Waldersbach », dessin de , lithographie par Godefroy Engelmann, 1820. BnF.

Jeunesse et études Fils de Jean-Georges Oberlin (1701–1770), professeur au gymnase protestant de Strasbourg, et de Marie-Madeleine, née Feltz (1718–1787), Oberlin reçut son éducation à l'université de Strasbourg. Porté par ses goûts et par une grande piété vers la carrière ecclésiastique, il y étudia la théologie et se fit remarquer parmi ses condisciples non seulement par son intelligence et son application, mais aussi par un enthousiasme religieux qui se rencontre rarement chez un jeune homme de son âge. Ayant obtenu, en 1763, le grade de maître ès arts, il entra, en qualité de précepteur, dans la maison du chirurgien Ziegenhagen, où il passa trois années et joignit, à ses connaissances d'agriculture acquises durant sa jeunesse, des notions de médecine et de botaniqueArrous, ..

Apostolat à Waldersbach

État des lieux à son arrivée

En 1767, il se vit offrir la place peu recherchée de pasteur à Waldersbach, un village pauvre de la haute vallée de la Bruche, situé dans le comté du Ban de la RocheOn écrira ici Ban de la Roche, non Ban-de-la-Roche. En pratique, cela varie selon les auteurs., sur le versant ouest du Champ du Feu. Dès le , quelques pasteurs, pénétrés de l’importance de leur mission, comme Jean Nicolas Marmet, Jean Georges Pelletier, de Montbéliard, et surtout son prédécesseur, Jean-Georges Stuber, avaient contribué à améliorer le bien-être de la population déshéritée de cette région. Stuber avait réussi à établir une école convenable, et grâce à ses soins, grâce aussi à son Alphabet méthodique pour faciliter l’art d’épeler et de lire en français, la plupart de ses paroissiens lisaient à peu près couramment, lorsqu’il quitta ce coin de terre qui partageait avec le reste de l’Alsace le privilège de jouir d’une certaine liberté de conscience, pour aller desservir celle de Saint-Thomas à Strasbourg.

Le , il se maria avec la fille d’un professeur à l’université de Strasbourg, Madeleine-Salomé Witter, chez qui il trouva une compagne fidèle et une aide précieuse pour les réformes qu’il projetait. vignette|Carte muette du Ban de la Roche, gravée par J.-F. Oberlin en 1776Le mot « comté » a été barré à la Révolution..

Travaux d’aménagement routier

Beaucoup restait à faire pour développer la contrée, mais Oberlin ne recula pas devant la tâche. Il fit sentir à ses paroissiens la nécessité de rendre praticables les chemins détestables qui reliaient entre eux les cinq villages de la paroisse, et d’ouvrir une communication régulière jusqu’à la grande route pour mettre le comté en rapport avec Strasbourg. Il vainquit la résistance qu’il rencontra en prenant lui-même la pioche et en se mettant le premier à l’ouvrage. Il leur fit ensuite construire un pont, soutenir par des murailles les terrains près de s’écrouler, bâtir des maisons solides et commodes.

Agriculture et mise en valeur des terrains

L’agriculture pouvant être améliorée, Oberlin fit divers essais de culture, puis il acheta un grand nombre d’instruments aratoires, qu’il vendit au prix coûtant ou même au-dessous de ce prix aux cultivateurs qu’il pourvut de semences appropriées à la nature du sol. Il renouvela les plants de pomme de terre, créa des engrais et des prairies artificielles, planta des vergers et des pépinières dans des terrains auparavant stériles, et introduisit le lin, le trèfle et diverses espèces d’arbres fruitiers, d’herbages productifs, de légumes et de céréales, auparavant entièrement inconnus dans le pays. Avec le temps, et sous sa judicieuse direction, le cours des ruisseaux fut fixé, les marais asséchés et ce sol aride, fertilisé par ses soins, prit un aspect plus riant. La culture de la pomme de terre et celle du lin firent, en même temps, de tels progrès, que les cultivateurs trouvèrent bientôt dans l’exportation d’une partie des produits de leurs champs des ressources considérables qui servirent à des améliorations nouvelles.

En même temps qu’il instruisait les hommes faits, Oberlin apprenait aux jeunes adultes ce qui pouvait les intéresser comme cultivateurs et comme chrétiens. Lorsqu’il vit que ses paroissiens appréciaient l’utilité de ses leçons, il voulut les associer d’une façon plus directe aux réformes dont il poursuivait l’accomplissement avec persévérance et fonda, à cet effet, une petite société d’agriculture, qu’il affilia à celle de Strasbourg, et qui encouragea l’élevage des bestiaux par la distribution de prix annuels. Pour faciliter la transaction des affaires, il organisa deux caisses. Une caisse d’emprunts prêtait sans intérêts aux agriculteurs de petites sommes remboursables à époque fixe, à la seule condition d’une scrupuleuse exactitude dans le remboursement si l’on ne voulait être privé pendant un certain temps de la faculté de renouveler les emprunts. Une caisse d’amortissement, créée à l’aide de cotisations volontaires, contribua à la liquidation des dettes qui grevaient leurs propriétés.

vignette|upright=1.2|Gravure de 1819 représentant le pasteur Oberlin travaillant sur un chemin.

Les services que rendit Oberlin, pendant plus d’un demi-siècle, à l’agriculture, lui firent décerner, en 1818, une médaille d’or par la Société centrale de Paris. À cette occasion, un des membres, François de Neufchâteau, qui à plusieurs reprises était venu sur les lieux, déclara que lorsqu’on voudrait organiser des colonies agricoles, la création de celle de Walsbach ou Waldersbach serait un des meilleurs modèles à suivre ; il ajouta que parmi les communes rurales déjà existantes il n’en était aucune, même des plus florissantes, où les perfectionnements de l’économie sociale fussent aussi complets et où l’on ne pût méditer avec fruit les Annales du Ban-de la-Roche, commencées en 1770 par le bienfaiteur du pays. Il y avait près d’un siècle que son canton plaidait contre les anciens seigneurs au sujet d’un droit de propriété et d’usage dans les forêts qui couvraient la montagne ; même la Révolution n’avait pas mis fin à ces contestations ruineuses. Après y avoir préparé de loin ses paroissiens, tant dans la conversation que dans la chaire, il parvint à les amener à un arrangement, qui fut signé chez le préfet du Bas-Rhin, Adrien de Lezay-Marnésia.

Autres métiers

Comme presque aucun métier, même les plus utiles, n’était exercé dans la paroisse, il en résultait des privations nombreuses ou un surcroît de dépense. Oberlin choisit donc parmi les jeunes garçons ceux dont il devinait l’habileté, les habilla et plaça en apprentissage à Strasbourg un certain nombre de jeunes gens, pour leur faire apprendre les métiers de maçon, charpentier, forgeron, menuisier, vitrier, maréchal-ferrant et charron. Enfin il fit former un maître d’école pour lui faire acquérir des notions de médecine et encourager la formation de sages-femmes, vulgarisa la connaissance et l’emploi des plantes médicinales, et ouvrit une pharmacie. Peu à peu, cette aisance accrut considérablement la population qui, ne se composant que de quatre-vingt à cent familles dans les commencements, en comptait cinq à six cents, quarante ans plus tard.

Afin de fournir du travail à tous les bras, le travail des champs ne suffisant pas à soutenir la majorité des habitants, l’infatigable pasteur chercha dans l’industrie de nouveaux moyens d’existence : il encouragea la filature de coton, et donna des prix aux meilleures fileuses. En 1814, sa réputation attira au Ban de la Roche un ancien directeur de la République helvétique, Jean-Luc Legrand, qui forma une fabrique de passementerie en rubans de soie.

Instruction

Oberlin avait le souci du bien-être matériel, mais il voulait aussi développer l’instruction chez la jeunesse. Il fit marcher de front avec les établissements destinés à pourvoir au bien-être matériel de ses paroissiens, les institutions pour développer l’instruction religieuse et l’éducation intellectuelle. Un de ses premiers soins fut de rebâtir l’école de Waldersbach. Oberlin se fiait à la Providence, mais pouvait aussi compter sur le soutien d’amis de Strasbourg. Ses ressources pécuniaires n’étant pas suffisantes à exécuter ce qu’il se proposait, il s’en procura de nouvelles en établissant à Waldersbach une pension, où il eut souvent jusqu’à douze pensionnaires. Ce ne fut que peu de temps avant sa mort que le traitement d’Oberlin fut porté au-delà de . La suite des évènements justifia néanmoins sa pieuse témérité lorsque, quelques années plus tard les paysans, mieux inspirés, lui vinrent en aide et construisirent à frais communs une école dans chacun des autres villages. Oberlin s’empressa alors d’établir une émulation entre les cinq écoles. La bibliothèque, que son prédécesseur Stuber avait fondée, fut considérablement augmentée et des bibles répandues en grand nombre, avant même la fondation de la Société biblique de Paris. Il publia un almanach dégagé de fables et de préjugés, se procura des cartes géographiques, des livres d’histoire naturelle, une machine électrique et différents instruments de physique.

C’est à lui — ou plutôt à Sara Banzet, qu'il était allé recruter à Belmont — qu’on doit la première idée de l’école maternelle ; il réunit les petits enfants dans des chambres spacieuses, convenablement disposées, et les plaça sous l’inspection de conductrices, qu’il forma lui-même en les faisant passer par une sorte d’apprentissage. Ces surveillantes devaient diriger leurs jeux d’une manière utile, enseigner aux plus grands à filer, à tricoter et à coudre, et varier ces occupations en leur expliquant des cartes de géographie ou des estampes coloriées relatives à quelque sujet tiré de la Bible ou de l’histoire naturelle. vignette|upright|Autoportrait de Jean-Frédéric Oberlin : Moi ? Qui ?, 1785.

Amour de l'humanité

L’influence bienfaisante d’Oberlin se manifesta encore par de nombreux actes. Voyant, un jour de 1779, les paysans accabler d’injures un colporteur juif, il leur reprocha de se montrer eux-mêmes indignes du nom de chrétiens, chargea sur ses épaules le ballot de marchandises de l’étranger, le prit par la main et le conduisit jusqu’à sa demeure. Le dimanche suivant, il prononça en chaire un sermon intitulé « Dieu a-t-il rejeté son peuple ? », où il affirmait

On loue encore son désintéressement, sa tolérance, sa philanthropie qui embrassait tout le genre humain : il vendit son argenterie pour contribuer à l’œuvre des missions ; ému de compassion par le sort des esclaves noirs, il renonça à l’usage du sucre et du café, qui lui semblaient arrosés de leur sang.

Oberlin a donné « Charité » comme deuxième prénom à ses filles Henriette et Louise.

Oberlin et la Révolution française