Clovis Hugues, né le à Ménerbes (Vaucluse) et mort le à Paris, est un poète, romancier et homme politique socialiste français.

Journaliste républicain sous le Second Empire, il participe à l'éphémère Commune de Marseille en 1871 puis est arrêté. Libéré en 1875, il milite activement comme républicain et socialiste durant les premières années de la Troisième République en adhérant au Parti ouvrier français puis en se faisant élire député en 1881. Il se joint par la suite au mouvement boulangiste puis finit sa carrière politique comme socialiste indépendant.

Il est l'époux de la sculptrice Jeanne Royannez et le père de Mireille Andrieu.

Biographie Du séminaire au journalisme Ce fils de meunier fait ses humanités à Saint-Didier au séminaire de Sainte-Garde, dont il sort sous-diacreVaissermann, « La Jehanne Darc de Clovis Hugues dans son contexte idéologique : une Jeanne maçonnique », Le Porche, , mai 2007, p. 9 (en ligne)..

À sa sortie, il tâte du journalisme à Marseille et se décrit comme un Ruy Blas littéraire.

La Commune de Marseille gauche|vignette|L'armée bombardant les insurgés marseillais depuis Notre-Dame-de-la-Garde, le , dernier épisode de la Commune de Marseille. Il a dix-neuf ans quand éclate la Commune insurrectionnelle de Marseille. Il est à Marseille quand l'avocat-poète Gaston Crémieux proclame la « république sociale » le . Elle dure jusqu'au quand la troupe régulière écrase le bastion communaliste de la préfecture, à l'aide des canons de Notre-Dame-de-la-Garde.

Le , défendant en août les hommes de la Commune dans un article du Vrai Marseillais, Hugues est condamné à trois ans de prison et à une amende de francs pour délit de presse, par le 1er conseil de guerre permanent de la 9e division militaire siégeant à Marseille du général Espivent de La VillesboisnetArchives départementales d'Indre-et-Loire (ADIL), 2Y418, registre d'écrou (4 janvier 1870 - 7 mai 1872), p. 201.

Sa peine de prison Hugues commence sa peine de prison le ADIL, 2Y418, registre d'écrou (4 janvier 1870 - 7 mai 1872), p. 201. D'abord à la maison de correction d'Avignon, il est transféré à la prison cellulaire de Tours le . À Tours, il retrouve Auguste Sorbier, autre marseillais condamné pour délit de presse à la suite de la Commune de Marseille. Au cours de sa peine, il côtoie Eugène Garaudel, Joseph Pollio et Marc-Amédée Gromier, journalistes comme luiADIL, 4M930, dossier de Clovis Hugues.

Sa peine se déroule sans incident notable. Mais ses relations avec l'administration pénitentiaire et plus particulièrement le directeur Emmanuel Matthieu se détériorent à la suite des confiscations de lettres par ce dernier, surtout lors de l'été 1874, marqué par la tentative de suicide de l'un de ses codétenus.

Sa peine se termine le , mais son amende de 6 000 francs étant impayée, il reste en détention à cause de la contrainte par corps de 2 ans et doit donc passer à la catégorie des détenus pour dette. Cependant, à sa demande, il resta dans la catégorie des détenus pour délit de presse.

Le , Hugues est gracié par le Président de la République Patrice de Mac Mahon. Il sort de prison quelques jours après et retourne à Marseille avec Joseph Pollio.

Son mariage avec Jeanne Royannez Libéré, Hugues reprend la plume dans les colonnes de La Jeune République pour demander l'amnistie des prisonniers politiques et des communards. Parce que son journal le charge d'une enquête sur les milieux socialistes, il rencontre des vieux quarante-huitards dont le journaliste républicain Adolphe Royannez (1829-1894), directeur de L’Athée et de La Voix du Peuple, membre de la Commune de Marseille, compagnon de Gaston Crémieux, proscrit en 1851, et tombe amoureux de sa fille, Jeanne Royannez, qu'il épouse à la mairie de Toulon le archives.var.fr, ..

Le duel De retour à Marseille, le couple est dénoncé le dans L'Aiglon des Bouches-du-Rhône comme ne s'étant pas marié à l'église. L'affaire va jusqu'à une rencontre sur le pré entre le dénonciateur et le calomnié. Hugues sort vainqueur de ce duel après avoir occis son fielleux confrère d'un coup d'épée. Il est acquitté par la cour d'assises d'Aix-en-Provence, le .

Le militant socialiste En , il est candidat radical-socialiste dans la 2e circonscription des Bouches-du-Rhône en remplacement de François-Vincent Raspail, décédé, mais il n'est pas éluNos portraits, députation de la Seine,in Le Bon citoyen de Tarare et du Rhône. Supplément littéraire illustré, 8 avril 1900. .

En 1879, il participe à Marseille au Congrès constitutif de la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France (FPTSF) et se présente sous cette bannière aux élections de 1881, dans la même circonscription. Il est élu au second tour de scrutin, par 5 456 voix (10 009 votants, 19 940 inscrits), contre 4 414 à M. Simonin, républicain modéré). Il entre à la Chambre des députés, devenant ainsi le premier adhérent à un parti ouvrier élu à la Chambre. Le nouveau député déclare que grâce à son élection « il fera des petits ». Le jeune élu socialiste des Bouches-du-Rhône et son épouse s'installent à Paris.

Député et poète

Hugues commence alors à publier ses poèmes dans Le Tambourin et dans La Lune rousse, hebdomadaire qu'il édite avec André GillLe caricaturiste montmartrois, André Gill, était aussi le fondateur du « Lapin Agile », le rendez-vous de toute l'intelligentsia parisienne.. Tout en écrivant ses poèmes, il attaque à la Chambre Jules Ferry, morigène le ministre de la guerre de Gambetta, exige la libération des communards et fait l'éloge des mineurs de Decazeville en grève. Puis rentré chez lui, auprès de Jeanne, il reprend la plume pour composer en alexandrins Les Soirs de bataille ou Les Jours de combat. Maurice Blum écrit d'ailleurs à son propos : « Ce poète si soucieux du classicisme de ses alexandrins s'emploie sans relâche à briser le cadre de la société de l'époque ».

Il gagne, en 1884, le concours poétique sur le vin de Champagne, organisé par Armand Bourgeois et doté par le Champagne Moët & Chandon.

L'affaire Morin Une ancienne voisine de Jeanne, la comtesse d'OsmontDans le film de Gérard Oury, la comtesse porte le nom de Madame Lenormand., qui jouit de quelques protections, s'emploie à briser le ménage en ruinant la réputation de Jeanne Royannez et à tenter de mettre un terme à la carrière politique de Clovis Hugues. Elle en charge son homme de paille, Jean Morin, qui réussit dans un premier temps à jeter un tel trouble que le tribun socialiste se voit interdire par son parti d'assister aux funérailles de Louis Blanc en 1882.

Les plaintes déposées par le couple menèrent le corbeau devant un tribunal, qui le condamne le . Les relations de la comtesse jouent et Morin se retrouve rapidement hors de sa prison et recommence ouvertement son petit jeu de calomnie contre son épouse.

La vengeance de Jeanne Royannez Repris, Morin allait être rejugé le quand une argutie juridique repousse son procès.

Excédée par quinze mois de tortures morales et par le persiflage du calomniateur qui se vante de son impunité, Jeanne Royannez sort alors un revolver et tire par trois fois sur Morin qui s'écroule mortellement blessé. L'affaire fait grand bruit, à tel point que le procès est accéléré et que Royannez est acquittée par ses juges le .

Du boulangisme à l'Affaire Dreyfus Réélu à la Chambre après les élections législatives de 1885, Clovis Hugues se joint avec enthousiasme au boulangisme. Déclarant approuver « pleinement le mouvement d'opinion dont le général Boulanger s'était fait le porte drapeau », il entre dans le même temps, en , au comité directeur de la Ligue des patriotes.

Devenu député de Paris en 1893 après avoir été battu comme candidat boulangiste à Lyon, il fréquente les groupes socialistes révisionnistes de la Villette et fait l'éloge de Henri Rochefort lors de réunions ; proche de Armand Grébauval et Georges Feltesse, il se dit alors antidreyfusard et antisémite en et accable de façon virulente Émile Zola pour la publication de J'accuse…!. De nouveau en , il tonne contre Dreyfus qu'il juge « archicoupable » et s'en prend aux « misérables » qui le défendent, fulmine à plusieurs occasions contre les « financiers » dans La Délivrance du Peuple du Marquis de Morès, dans La Guerre aux abus de Francis Laur ou dans La Libre ParoleRaphaël Viau, Vingt ans d'antisémitisme 1889-1909, Paris, Fasquelle, 1910, . et assure au journaliste François Bournand lors d'un entretient que les partisans de Édouard Drumont « ont rendu un grand service à la cause de la Révolution sociale, parce qu'en créant des antisémites, ils ont créé des socialistes dans un milieu religieux où une autre propagande aurait certainement échoué ». Pour condamner l'attitude antidreyfusarde de Clovis Hugues, le journal L'Aurore écrira : « Il y'a quelque chose d'écœurant à voir la façon dont nos adversaires prétendent que s'est faite leur prétendue conviction. C'est pitié des les voir recourir au mensonge et inventer les bourdes les plus extraordinaires, ou faire semblant d'ajouter foi aux histoires les plus extravagantes (…) Ces conceptions d'ordre intellectuelles valent bien la niaiserie de M. Clovis Hugues, par exemple, qui s'est fait deux fois interviewer au sujet de l'affaire Dreyfus et qui a, d'abord, donné une juste idée de ce qu'on peut avoir de veulerie et de bassesse quand on tient à son siège de député (…) La vérité est que M. Clovis Hugues ne croit pas un mot de tout cela. Mais il faut bien vivre ; il faut bien placer sa copie ; et, pour cela, il faut bien ne pas se brouiller avec son directeur bien pensant. M. Clovis Hugues s'en tire en faisant le rôle d'un naïf. Combien en est-il qui agissent comme lui ! » vignette|Clovis Hugues en 1898 par Charles Léandre. Il se convertit par la suite au dreyfusisme après la découverte du faux d'Henry sous les huées de son comité électoral. Indignée, la presse antidreyfusarde ne tarira pas d'injures à son égard : « Clovis Hugues était un antidreyfusard chaleureux, quand il était simple candidat, parcourant le quartier de la Villette, sollicitant les suffrages des électeurs. Il avait des indignations émues quand il parlait des traîtres, quand le nom de Dreyfus lui venait aux lèvres (…) Depuis lors, il a été élu (…) Maintes fois l'affaire Dreyfus a été agitée et il a fallu prendre parti. Autant de fois, le représentant de la Villette a suivi docilement le mot d'ordre dreyfusard. La volte-face a été complète. Sa veste a été retournée prestement. Aujourd'hui, M. Clovis Hugues fulgure et tonitrue, mais en faveur du juif Dreyfus ». L'intransigeant écrira quant à lui : « Clovis Hugues est en délicatesse avec ses électeurs. Il s'était présenté à eux comme patriote et antidreyfusard. Brusquement on l'a vu afficher des opinions diamétralement opposées. Le Syndicat de la Trahison n'a pas, à cette heure, de plus fervent adepte ; il est l'apôtre de l'internationalisme juif et le disciple respectueux de la religion nouvelle dont le chef réside - un peu contre son gré - à l'île du Diable ». Clovis Hugues dans le même temps continue à publier ses poèmes, romans et comédies, œuvres pleines d'esprit et de vitalité. Fait membre d'honneur du Flourege Prouvençau par Frédéric MistralFlourege Prouvençau - 1907, il rédige de nombreux écrits en provençal et est élu, en 1898, Majoral du Félibrige (Cigalo de Durènço).

Clovis Hugues, qui apprécie beaucoup la ville d'Embrun (Hautes-Alpes), souhaite y être enterré. L'une des rues principales de la cité porte son nom et une statue à sa mémoire se trouve dans un parc de la ville.

Hommages et postérité thumb|Buste de Clovis Hugues, au jardin des Félibres de Sceaux, sculpté par son épouse Jeanne Royannez.