La messe « Cum Jubilo » est une courte messe composée par Maurice Duruflé en 1966 pour un ensemble vocal composé d'un baryton soliste et d'un chœur de barytons. Cette messe existe en trois versions différentes, avec orgue (éd. en 1967), grand orchestre (1971) et orchestre réduit (1972).

La partie vocale de l'œuvre est monodique et présente une atmosphère proche du chant grégorien.

Composée tardivement en 1966, elle est l'avant-dernière œuvre sacrée publiée par Duruflé, la dernière étant un Notre Père à quatre voix en 1977. Duruflé, élève de Paul Dukas, semble avoir repris l'extrême exigence autocritique de ce dernier et le principe qu'une musique doit être irréprochable pour être publiée. Ainsi cette messe n'est que son opus 11 sur 14 opus publiés.

Dédiée à sa femme Marie-Madeleine Duruflé, l'œuvre a été créée à la Salle Pleyel à Paris le , avec Camille Maurane en soliste, le chœur Stéphane Caillat et l'orchestre Lamoureux dirigé par Jean-Baptiste MariNotice de l'oeuvre Tivo metadata.

Circonstances de la composition

La composition de cette messe semble liée aux bouleversements de la liturgie catholique provoqués par le concile Vatican II dans les années 1960, réformant également la musique d'églisep. 292. Duruflé était très attaché au chant grégorien et à l'orgue comme constitutif de la liturgie, et il témoigne dans ses mémoires que c'est même ce qui l'a déterminé à devenir organisteMaurice Duruflé 1912—Rouen, La maîtrise et La cathédrale de Rouen dans Maurice Duruflé: Souvenirs et autres écrits, chez Frédéric Blanc (Biarritz, France: Atlantica-Séguir, 2005). Bien que la constitution Sacrosanctum Concilium édictée lors de Vatican II accordait toujours en principe une place importante au chant grégorien et à l'orgue, Duruflé constate une dérive, à ses yeux, et un non respect de cette constitution dans la pratique d'églisep. 294.

Duruflé montre sa détermination en rédigeant pas moins de dix essais entre 1965 et 1970 pour plaider la conservation du chant grégorien et de l'orgue dans la musique d'églisep. 293Maurice Duruflé Le chant grégorien est-il condamné à mort? Le chant grégorien est-il en voie de disparition? L’Organiste (Juin 1965); L’Orgue dans la nouvelle liturgie L’Orgue 115 (Juillet-Septembre 1965); Maurice Duruflé expose le point de vue des musiciens d’église La France catholique (Juillet 1966); Pourquoi je n’écrirai pas de messe en français Le Monde (29 Décembre 1966); Retour à Vatican II: ne pas appauvrir le trésor de musique sacrée mais l’enrichir La France catholique (29 Mars 1968); La Musique de jazz à l’Église La Croix (8 Octobre 1968); L’Expérience des nouveaux chants liturgiques en français La Croix (13 Décembre 1968); Carte blanche à Maurice Duruflé: L’Opinion d’un musicien d’église sur les messes en jazz Journal musical français 180 (Mai 1969); Une Table ronde sur la musique religieuse L’Orgue 130 (1969); La masse silencieuse du clergé L’Orgue 134 (1970); Réflexions sur la musique liturgique Una Voce 83 (Novembre–Décembre 1978); Maurice Duruflé on Church Music since Vatican II Una Voce 111 (Juillet–Août 1983);. Il a également contribué à la modernisation du chant grégorien dans la seconde moitié du siècle et a reçu à ce titre la distinction de "Commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand" en 1961James Frazier Maurice Duruflé: A Centenary The American Organist 36, no. 11 (November, 2002): 58.

Pendant cette période, il compose donc la messe "Cum Jubilo", une messe de concert fondée sur ce qu'il considère être les fondamentaux de la musique d'église : le chant grégorien et l'orgue.

Réception

Jacques Longchampt, dans Le Monde du Jacques Longchampt, La messe latine de Duruflé Le Monde, 21 Décembre 1966, considère la messe comme anachronique dans le cadre d'une révolution liturgique en cours et le p. 297.

William Tortolano décrit la messe comme une William Tortolano Maurice Duruflé: A Tribute by William Tortolano Journal of Church Music 29 (Avril 1987).

En 2013, le musicologue Christopher Rios perçoit plutôt cette messe moins comme une protestation que comme un moyen de trouver un sens et une direction à la musique sacrée après Vatican IIChristopher Rios Messe ‘cum jubilo’ as Memorialization Bulletin de l’Association Maurice et Marie-Madeleine Duruflé 13 (2013).

L’œuvre

L'indication « cum jubilo » est le sous-titre du Kyriale de l'ordinaire de la messe, donnée lors des fêtes mariales, telle qu'on peut le trouver encore aujourd'hui dans le Graduale Triplex (Solesmes 1979). Les mouvements de la messe sont fondés sur les plainchants de cette kyriale. Contrairement à son Requiem, la ligne mélodique des chants grégoriens est inaltérée dans chacun des cinq mouvements.

Comme pour son Requiem, Duruflé a d'abord composé cette messe pour orchestre et orgue, et a ensuite arrangé l’œuvre pour petit ensemble instrumental et orgue, et pour orgue seulNotice du disque Maurice Duruflé Complete Choral Works Houston Chamber Choir, Robert Simpson.

L'harmonie, qui semble surgir sans effort du caractère modal de la progression mélodique, est entièrement confiée à l'orchestre ou à l'orgue. Le résultat est un chant grégorien harmonisé, chanté en unisson traditionnel, alternativement vigoureux, voire explosif, puis introverti et encadré dans des harmonies mystérieuses qui sont si caractéristiques du style français de l'après-guerreNotice du disque Lux aeterna par l'ensemble vocal The Gents dirigé par Peter Dijkstra..

La durée moyenne d'exécution de l'ensemble de la messe « Cum Jubilo » est de vingt minutes environ.

Commentant la partition, Norbert Dufourcq souligne que .

Kyrie

Le premier mouvement, le Kyrie, est dans un climat général très recueilli. Il est en trois parties. Les barytons interviennent avec un rythme en triolets, puis sont sollicités mezzo forte dans la partie supérieure de leur registre pour le Christe eleison, avant la reprise piano du Kyrie eleison initial. L'orchestre ou l'orgue harmonise continuellement le plainchant, en imitant le début et la fin des phrases vocales pendant les pauses du chœur.

Gloria

Le Gloria, deuxième mouvement et cœur de l'œuvre, déborde d'une jubilation brillante et éclatante, confiée aux cuivres aigus dans les parties initiale et finale, tandis que la partie centrale Gratia agimus tibi est plus humble et confiée au baryton soliste, illuminée par un dialogue et des imitations subtiles entre la voix et l'orgue.

Sanctus

Le troisième mouvement, Sanctus, en mi majeur, est présenté sur une basse obstinée de carillon en ut majeur. De caractère psalmodié, dans un tempo plutôt lent, il s'anime sur le Pleni sunt coeli. Un crescendo conduit ensuite au puissant Hosanna in excelsis, en .

Benedictus

Le Benedictus, quatrième mouvement, est traité comme une brève pièce autonome confiée au baryton solo, dans un ambitus restreint. La ligne de chant est dépouillée, .

Agnus Dei Le cinquième et dernier mouvement, , est caractérisé par la participation du chœur et se déploie en une grande courbe vocale tendue vers le registre aigu. L'entrée de chaque est précédée d'un interlude à l'orgue (ou à l'orchestre) en .

Discographie Éric Lebrun, orgue ; Didier Henry, baryton ; Ensemble Vocal Michel Piquemal ; Orchestre de la Cité ; Marc Vieillefon, violon ; dir. Michel Piquemal (, Naxos) Marie-Claire Alain, orgue ; Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano ; Thomas Hampson, baryton ; chœur ; Orchestre du Capitole de Toulouse ; dir. Michel Plasson (, EMI) Erwin Wiersinga, orgue ; Chœur The Gents ; dir. (, CCS SA 22405) Richard Pinel, orgue ; Mark Chaundy, ténor ; The Choir of Magdalen College Oxford ; English Sinfonia, dir. Bill Ives (, SACD Harmonia Mundi) Régis Rousseau, orgue ; Marc Boucher, baryton ; Chantres musiciens ; dir. Gilbert Patenaude (, Disques XXI) Stephen Cleobury, orgue ; Ashley Riches, baryton-basse ; Chœur du King’s College, Cambridge, dir. Richard Gowers (, The Choir of King’s College) Randall Harlow, orgue ; University Of Northern Iowa Varsity Men's Glee Club ; dir. John Wiles (concert , CRC 3715)

Annexes

Bibliographie

.

Liens externes Discographie sur Association Maurice et Marie-Madeleine DURUFLÉ

Notes et références

Catégorie:Messe (musique) Catégorie:Musique classique vocale française Catégorie:Musique classique vocale en latin Catégorie:Œuvre de Maurice Duruflé Catégorie:Œuvre musicale composée en 1966