La guerre franco-allemande de 1870 fut marquée par une domination militaire de la Prusse et de ses alliés, que ce soit d'un point de vue numérique, technique ou stratégique, aidée en cela notamment par l'incompétence des dirigeants militaires français, à l'image du maréchal Bazaine, mais aussi de Napoléon III, venu s'enfermer à Sedan. Les officiers français formés en Afrique, plus baroudeurs que techniciens, ont quant à eux agi globalement dans le désordre.
Racines et causes du conflit Au début des années 1860, l'attachement de Napoléon III au principe des nationalités l'incite à ne pas s'opposer à l'éventualité d'une unification allemande, remettant ainsi en cause une politique menée depuis Richelieu et le traité de Westphalie (1648)Jean-Michel Gaillard, « Sedan, 1870 : l'effondrement d'un rêve européen », L'Histoire . Pour lui, . Il la considère comme notamment parce qu'elle accorde W. Radewahn, Französische Aussenpolitik vor dem Krieg von 1870, Eberhard Kolb, Europa vor dem Krieg von 1870, Munich, 1983.. Cette conviction basée sur le principe des nationalités le conduit non seulement à apporter son soutien à la révolte polonaise contre le tsar en 1863 ce qui provoque la rupture de l'alliance franco-russe mais aussi à adopter une neutralité bienveillante lors de l'affrontement décisif entre la Prusse et l'Autriche. L'empereur espère en fait tirer avantage de la situation quel que soit le vainqueur en dépit des avertissements de Thiers devant le Corps Législatif.
Depuis 1862, Bismarck est le ministre-président du roi Guillaume de Prusse. Son but est de fédérer, autour de la Prusse, l'ensemble des États allemands, Autriche exceptée. À la suite de la bataille de Sadowa (), l'Autriche est refoulée vers les Balkans tandis que la Prusse obtient le Holstein, le Hanovre, la Hesse-Cassel, le duché de Nassau et Francfort-sur-le-Main pour former la confédération d'Allemagne du Nord.
La crise luxembourgeoise et la montée du nationalisme Napoléon III entendait récolter les fruits de son attitude conciliante vis-à-vis de la Prusse. Lors de l'entrevue de Biarritz (1865), le chancelier Otto von Bismarck avait admis que des concessions territoriales puissent être possibles, notamment la Belgique et le Luxembourg (politique dite des « pourboires »). Dans le même temps, Bismarck passait secrètement avec les États d’Allemagne méridionale un traité de protection mutuelle pour se prémunir d’une agression éventuelle de la France. L'annexion par la France du Grand-duché du Luxembourg paraissait en bonne voie, Bismarck fait alors connaître publiquement l'offre française à toute l'Europe, divulguant ainsi la teneur de ces pourparlers secrets, déchaînant une réaction explosive de l'opinion publique dans les États allemands et en Belgique. C'est la crise luxembourgeoise. Tandis qu'en France, l'armée est mobilisée, des députés allemands poussent Bismarck à décréter la mobilisation générale de la Confédération d'Allemagne du Nord. Conscient que son armée n'est pas prête à entrer en guerre contre son puissant voisin, Napoléon III accepte de participer à une conférence qui se solde par le deuxième traité de Londres par lequel la France renonce à ses prétentions sur le Luxembourg.
Le déroulement de la crise luxembourgeoise montra le poids des opinions publiques et la prégnance croissante du nationalisme. L'antagonisme entre la France et la Prusse en sort d'autant plus attisé que Napoléon III réalise désormais à quel point il a été trompé par Bismarck depuis 1864 cité par ., n'ayant obtenu aucune des compensations secrètement convenues avec le Prussien. En conséquence de l'expédition militaire au Mexique, du soutien à la révolte polonaise contre le Tsar et de la crise luxembourgeoise, la France se retrouve ainsi isolée en Europe, y compris du Royaume-Uni, désormais méfiant envers les ambitions territoriales de son voisin.
Néanmoins, pour parachever l'unité allemande, Bismarck a cependant encore besoin d'une guerre. Elle doit se faire contre la France et la succession d'Espagne servira de prétexte.
La succession d'Espagne En 1868, la reine Isabelle d'Espagne est renversée et la république n'ayant pas la majorité, l'Espagne se cherche un roi. Bismarck pousse la candidature à la couronne d'Espagne de Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, cousin du roi Guillaume de Prusse. Un Hohenzollern sur le trône espagnol placerait la France dans une situation d'encerclement similaire à celui que le pays avait vécu à l'époque de Charles Quint.
Le , le roi Guillaume accorde l'approbation, en tant que chef de famille, au prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, pour présenter sa candidature au trône d'Espagne ce qu'il fait le .
Le , la Gazette de France annonce au public français que le Gouvernement espagnol a envoyé une députation en Allemagne pour offrir la couronne au prince de Hohenzollern. Contre tous usages, le Gouvernement français n'en avait pas été informé. Cette candidature provoque également des inquiétudes dans toutes les chancelleries européennes. En dépit du retrait de la candidature du prince le , ce qui constitue sur le moment un succès de la diplomatie française, le gouvernement de Napoléon III, pressé par les belliqueux de tous bords (la presse de Paris, une partie de la Cour, les oppositions de droite et de gauche), exige un engagement écrit de renonciation définitive et une garantie de bonne conduite de la part de Guillaume . Au corps législatif, seul Thiers est opposé à cette démarche. Le ministre des affaires étrangères, Agénor de Gramont, mandate Benedetti, l'ambassadeur de France auprès du roi de Prusse, pour obtenir cette renonciation officielle. Guillaume reçoit par deux fois Benedetti et lui confirme la renonciation de son cousin sans se soumettre à l'exigence française. Cependant, pour Bismarck, une guerre contre la France est le meilleur moyen de parachever l'unification allemande. La version dédaigneuse qu'il fait transcrire dans la dépêche d'Ems de la réponse polie qu'avait faite Guillaume de Prusse confine au soufflet diplomatique pour la France, d'autant plus qu'elle est diffusée à toutes les chancelleries européennes.
Tandis que la passion anti-française embrase l'Allemagne, la presse et la foule parisiennes réclament la guerre. Bien que tous deux personnellement favorables à la paix et à l'organisation d'un Congrès pour régler le différend, Napoléon III et Émile Ollivier, son chef de gouvernement, qui ont finalement obtenu de leur ambassadeur la version exacte de ce qui s'était passé à Ems, se laissent dépasser par les partisans de la guerre, dont l'impératrice Eugénie, mais aussi de ceux qui veulent une revanche sur l'Empire libéral. Les deux hommes finissent par se laisser entrainer contre leur conviction profonde. Même s'il est de nature pacifique, Napoléon III est cependant affaibli par ses échecs internationaux antérieurs et a besoin d'un succès de prestige avant de laisser le trône à son fils. Il n'ose pas contrarier l'opinion majoritairement belliciste, exprimée au sein du gouvernement et au parlement, y compris chez les républicains, décidés à en découdre avec la Prusse, alors que quelques semaines plus tôt il avait hésité à s'opposer à la décision d'Ollivier de réduire le contingent militaire, et ce malgré les avertissements lucides de Thiers.
Si tous les journaux, gouvernementaux et d'opposition, sont à l'unisson pour la guerre, les motivations sont différentes : si pour les uns c'est la consolidation de l'Empire qui est recherchée, chez les autres c'est l'espoir d'un affaiblissement du régime. Le , le Corps législatif vote, à l'unanimité, moins six voix (Emmanuel Arago, Jules Grévy, Desseaux, Esquiros, Glais-Bizoin, Ordinaire - Thiers, Crémieux, Girault et Raspail s'abstiennent et Jules Favre est absent) les crédits spéciaux pour la guerre.
Forces en présence Un flagrant déséquilibre des forces en présence Le , le ministre des Affaires étrangères remet à l'ambassadeur de Prusse à Paris une note dans laquelle la France se considérait comme en état de guerre. L'armée prussienne a d'ores et déjà un avantage substantiel en hommes, en matériels (le canon Krupp) et même en stratégie, celle-ci ayant été élaborée dès 1866.
Ce désavantage et les causes de l'impréparation de l'armée française résultent en partie de l'échec de la loi de réforme de l'armée deux ans plus tôt. La succession de revers internationaux durant la période 1866-1867 et les craintes d'un conflit armé avaient convaincu alors Napoléon III de procéder à une refonte de l'organisation militaire pour la rendre plus efficace. La loi de réforme militaire que l'empereur proposa en 1866, après la victoire des Prussiens à Sadowa, était alors destinée à modifier le recrutement militaire en supprimant ses aspects inégalitaires et injustes (le tirage au sort, par exemple) et à renforcer l'instruction. La loi Niel telle qu'elle s'appelle n'en fut pas moins considérablement dénaturée par les parlementaires, en majorité hostiles, et finalement adoptée avec tant de modifications (maintien du tirage au sort) qu'elle en devint inefficaceHistoire de la loi Niel.. La France n'est ainsi en mesure de mobiliser que tandis que les Allemands disposent de rapidement mobilisés et montés au front grâce à l'utilisation du chemin de fer. Alors que les Allemands mettent au point une stratégie offensive, les Français sont pourtant persuadés que ceux-ci n'attaqueront pas, à l'image des propos tenus par Mac-Mahon lors d'une conférence sur le sujet à Reichshoffen le .
Le chancelier Otto von Bismarck profite également de la solidité de ses alliances militaires. Ainsi la déclaration de guerre contre la Prusse engage les états de la confédération allemande à se battre avec la Prusse contre « l'agresseur français », ce qui les entraîne dans une guerre qu'il exploite pour sceller l'unité allemande autour de son roi, Guillaume de Hohenzollern. De son côté, la France est sans alliée. Elle comptait sur la neutralité des États allemands du Sud mais la révélation aux diètes de Munich et de Stuttgart des prétentions de Napoléon III sur les territoires de Hesse et Bavière les avait amenés à signer un traité de soutien avec la Prusse et la confédération d'Allemagne du Nord. De son côté, le Royaume-Uni reste neutre, ne se souciant que du respect de la neutralité de la Belgique par les belligérants. Attitude qu'adoptera également l'Empire russe, qui ne souhaite pas déclencher un conflit à l'Est avec son voisin prussien. Les derniers alliés potentiels, l'Autriche et l'Italie, demandent, pour le premier un délai avant toute implicationLouis Girard, 475 et pour le second, l'évacuation de Rome par les troupes françaises. L'évacuation du territoire pontifical s'effectuera bien mais le soit trop tard pour permettre aux Italiens d'intervenir efficacement aux côtés de l'armée impériale françaiseLouis Girard, 476.
Faiblesses françaises L'armée française est dirigée par l'empereur en personne jusqu'au , jour où il sait que la guerre est perdue. . Il cède alors le commandement aux généraux. Lors de situations critiques, voire désespérées, ce fut du sacrifice des soldats que dépendit le salut de l’armée..
Au début du conflit, la France disposait de réunis dans l'armée du Rhin contre prussiens, auxquels s'ajoutaient les forces de quatre États allemands du Sud : Bavière, Bade, Hesse et Wurtemberg., soit un total de . La mobilisation terminée, les troupes françaises comptaient contre allemands et prussiens.
La victoire de la France sur l'Autriche en 1859 fit illusion, car lors de la campagne, l'armée française n'avait pas de plan de manœuvre et sa logistique était improvisée.
La supériorité prussienne