Les Ousseltia (), Oueslat ou Oueslatia, sont une tribu tunisienne d'origine berbère et originellement établie dans le djebel Ousselat.

Ils sont connus pour avoir fait à maintes reprises la guerre au bey de Tunis.

Histoire Origines Les habitants du djebel Ousselat se revendiquent de la tribu berbère des Mazata., bien que la migration des Mazata ainsi que des Fatnassa (fraction des Mazata) coïncide avec la révolte d’Abu Yazid au poussant ces Mazata à migrer du Jérid jusqu’au kairouanais et au djebel Oueslat. De plus, il existait des Maghraouas dans le djebel, issus de la confédération des Zénètes, ce qui permet de confirmer que les Ousseltia sont une confédération tribale contenant une population aux diverses origines berbères.

Une hypothèse indique qu'ils se mêlent par la suite aux Kaoub sulaymites., et que le nom de la confédération des Ousseltia apparaît alors lors du mélange des Berbères du djebel aux Kaoub envahisseurs. Le nom Ousseltia viendrait du mot arabe oussel/ouassla qui signifierait , pour parler de l'union entre les Berbères du djebel et les Arabes Kaoub. De plus, de nombreuses familles issues des Kaoub revendiquent une ascendance Ousseltia, tout en assumant la lignée Kaoub, c'est le cas des Ousseâia.. Une autre hypothèse indique que l'origine du nom serait née lorsque les Aghlabides les auraient questionné sur leur supposée islamité, prononçant le mot as'salou-houm, qui veut dire , donnant naissance au mot Ousseltia. Cependant, une hypothèse plus plausible de l'historien Arthur Pellegrin indique que le nom proviendrait du mot ayzlay qui signifierait en berbère , métaphore utilisée pour qualifier la population de courageuse. Sédentaires, ils peuplent le djebel en dechera, qui sont des villages., et sont qualifiés de similaires aux Kabyles par leur mode de vie.

Antiquité Pendant l'Antiquité, Ptolémée aurait cité les Ousseltia sous le nom de Ouzalae, et affirmait que ceux-ci vivaient au sud-ouest du mont Ousalaeton, qui correspondrait au djebel Ousselat.. Pour Alphonse-Marie-Ferdinand Rouire, Ptolémée les aurait également cité sous le nom de , version qui se rapproche de leur appellation contemporaine.. Rouire explique que la continuité de ce nom de l'Antiquité jusqu'aux temps modernes est due au caractère belliqueux et à l'indépendance de cette population.

Moyen Âge Sous les Aghlabides, les Ousseltia résistent et, malgré la supériorité numérique et militaire des premiers, ils ne réussissent pas à les soumettre. En effet, la tribu participe à la résistance de la reine Kahina, avant d'embrasser l'islam après la prise de la capitale, Aïn Djeloula., en adoptant l'ibadisme..

En 1069, alors que les s'installent dans la région kairouanaise durant l'invasion hilalienne, ils tentent à l'aide des tribus Riah et Jochem de piller le djebel, mais y rencontrent une résistance et se font déposséder du territoire par les Ousseltia, poussant les Hudhayl à migrer vers le Nord Les Cahiers de Tunisie, , 1953, ..

Au , alors qu'ils entretiennent de bonnes relations avec les Aghlabides, ils combattent le gouverneur ziride Ali Ibn Yahia en 1116.. Ce dernier charge Maymun Ben Ziad El Sahri El Mouadi de pacifier le djebel. En effet, n'ayant jamais été soumis à l'autorité depuis la conquête arabe, le djebel abrite des brigands qui ne cessent de combattre les troupes envoyées pour les calmer, de terroriser les populations locales et de régulièrement abandonner la religion musulmane. Le général ziride arrive à atteindre le djebel, et un combat éclate entre les forces zirides et la tribu : ces derniers perdent le combat et sont pacifiés de force.

En 1674, ils se soulèvent contre le pouvoir mouradite et accueillent dans leur djebel le révolutionnaire Abou El Qacem El Chouk, cette révolte étant connue sous le nom de ; une forteresse est d'ailleurs construite pour ce dernier.. En 1677, ils accueillent au sein de leur djebel le bey Ali, et en 1699 le bey Mourad III, qui tous deux arrivent à s'emparer du pouvoir.. Ils sont néanmoins soumis à un siège cette année-là. À chaque fois qu'une personne cherche refuge auprès d'eux, ils l'accueillent et se rassemblent pour mener un soulèvement. Ils participent par ailleurs à toutes les rébellions et se soulèvent tout le temps contre le pouvoir, peu importe sa nature.

Révolte d'Ali Pacha (1728)

En 1728, lors du conflit qui oppose Ali Pacha à son oncle Hussein, ils prennent parti pour le clan d'Ali Pacha, et l'accueillent lui et son fils Younès au sein de leur djebel. En effet, en 1725, Ali rencontre un cheikh des Ousseltia et lui demande de rejoindre la montagne, craignant une mort proche. Le cheikh retourne dans sa montagne, et parvient à convaincre les jeunes de la tribu de l'accueillir. Cependant, certains individus refusent et avertissent Hussein du plan. Celui-ci se rend au djebel et campe au pied de la montagne, alors que des individus de la tribu descendent apporter des vivres pour lui et son armée. Ensuite, les cheikhs de la tribu arrivent et prient pour le maintien de ce dernier au pouvoir. Celui-ci se tranquillise mais, peu de temps après, il reçoit à nouveau des rapports à propos des individus de la tribu prêts à se rebeller. Il fait alors fortifier la ville de Tunis par des portes gardées afin d'empêcher les habitants de sortir de la ville le soir. Cette ruse a pour but d'empêcher Ali de s'enfuir de la ville. Apeuré et craignant pour sa vie, celui-ci demande de l'aide à Ahmed Ben Méticha, qui est un garde de l'une des portes, employé par Hussein. Il le met au courant de son plan et celui-ci accepte de l'aider ; ils mettent alors en place un plan et Ali, son fils Younès et Ahmed exécutent l'année suivante le plan et arrivent à s'échapper de Tunis. Ali et son fils réussissent à rejoindre le djebel, Ahmed les rejoignant quelque temps après avec sa famille. Les individus de la tribu qui sont réticents à la révolte sont rapidement convaincus par Ahmed.. Hussein envoie alors le cheikh kairouanais Mohamed El Khadhraoui négocier avec les Ousseltia, se disant qu'ils ne pourraient pas refuser la discussion avec un homme de sagesse, mais en vain puisque ce dernier prend parti pour Ali et, après une discussion avec un vieillard de la tribu, leur donne finalement raison d'accueillir Ali.

C'est alors le début de la révolte de 1728, et ils arrivent à réunir près de , tous aguerris et familiarisés avec l'usage du fusil, du poignard, et de la lance. Ils sont alors soumis à un siège, le bey étant aidé de de son armée (Jlass, Ouled Aoun, Kaoub, Gouazine, Zouaouas et spahis de Béja). Un combat féroce éclate, et de nombreux soldats du bey désertent ou se font tuer ; certains sont dépouillés de leurs armes et vêtements par les Ousseltia, et sont ligotés et livrés à Ali. Ils construisent des enclos pouvant contenir jusqu'à trente hommes, qui peuvent tirer sans être vus. Les femmes, enfants et vieillards de Bourahal, leur capitale visée, s'enfuient pour se réfugier dans les parties inaccessibles de la montagne, la laissant vide. L'armée atteint Bourahal, saisissent leur bétail, arrachent leurs cultures et pillent leurs villages. Cependant, les Ousseltia faisant croire à une fuite précipitée, sont en réalité cachés dans les alentours : ils massacrent alors près de 200 spahis et l'armée, ayant entendu les coups de feu, se précipite vers les lieux sans réussir à les atteindre, étant attaquée de tous les côtés. Les survivants fuient de la montagne pour avertir Hussein, posté dans un camp au pied du djebel. Les soldats âgés sont capturés et non pas tués, comme Moustapha Kahouedji, un dey de Tunis en 1701.

La défaite de Hussein se répand dans le pays, et la population commence à prendre parti pour Ali, tels que les Hanencha (Ouled Amar des Drids), les Ouled Ayad (fraction des Jendoubas), les Amdoun, les Chiahia ou encore les Ouled Bousalem qui envoient des lettres à Ali pour lui demander de razzier des tribus ennemies. Ali accepte et ceux-ci razzient les Zouagha de Béja, les Charen de l'oued Mellègue et d'autres populations aisées soumises au bey. Voyant l'agitation se répandre dans le pays, il soupçonne des hommes de son armée de rejoindre le djebel pour participer à la rébellion d'Ali, dont son père Mohamed Bey (frère de Hussein), et le fait emprisonner. Pendant ce temps, le siège du djebel continue, et les Ousseltia commencent à désespérer, les Ouled Manès décidant de trahir Ali et de prendre part pour Hussein. Les Ouled Amar se font également trahir, par leur cheikh, et écrivent à Ali pour lui demander de leur envoyer son fils Younès, ce qu'il fait. Celui-ci, ayant à peine atteint l'âge de la puberté et accompagné de 500 Ousseltia bien armés, arrive chez les Ouled Amar. Ayant appris l'arrivée de Younès près de la ville, les Keffois se préparent eux aussi à se révolter, mais le bey y envoie des hommes de l'armée pour les en empêcher. Le lendemain, l'armée attaque à nouveau le djebel, visant cette fois Bordj-Chouk. Toutefois, Ali, qui a prévu le coup, fait couper les passages qui y mènent, et fait barricader le village de pierres comme une forteresse, avec des meurtrières, qui permettent aux habitants de tirer contre les ennemis. Ainsi, de nombreux hommes de l'armée périssent, et la bataille est perdue. Pendant ce temps, les hommes envoyés au Kef sont attaqués après leur arrivée, les faisant fuir vers Béja. Hussein, entendant la nouvelle, demande au cheikh de la fraction des Ouled Rezg (Drid), aux kahias et aux aghas si le blocus du djebel doit être levé, ce qu'ils refusent. Il envoie alors les Ouled Rezg et les spahis du Kef camper près des Ouled Amar afin de les forcer à se réfugier dans les montagnes du Kef et de renvoyer Younès auprès de son père. Cependant, un combat éclate, et les Ouled Amar en sortent vainqueurs, tuant même le cheikh des Ouled Rezg. Le chaouch des spahis du Kéf est également tué, et beaucoup de spahis périssent à cette occasion. Les Ouled Amar entrent au Kef, et l'insurrection est proclamée. Lorsqu'Ali entend ces événements, il fait tirer des coups de canons depuis le djebel Ousselat, ce qui affecte le bey puisque Le Kef est un bastion du husseinisme. Il envoie alors des hommes en direction du Kef, fatigués des batailles qui ont eu lieu au djebel, et lève le siège du djebel. Lorsque le bey arrive dans la ville, il condamne 35 rebelles à mort, le reste étant envoyé à la prison du Bardo.. Néanmoins, une autre source contredit la victoire des Ouled Amar pendant les deux batailles, et affirme que l'insurrection du Kef a eu lieu avant même l'arrivée de Younès chez ces derniers. Toujours d'après cette source, après la victoire de la bataille de Bourahal, les Ousseltia auraient pu tuer l'entièreté du camp de l'armée, mais auraient préféré dépouiller les corps des soldats morts. Le bey en aurait alors profité pour envoyer des hommes brûler et couper les oliviers du djebel, et c'est pendant ce même moment qu'il aurait pris connaissance de l'insurrection du Kef et pris la route pour cette ville.