La guerre civile soudanaise, parfois nommée la guerre du Soudan, la quatrième guerre civile soudanaise ou la guerre des généraux, est un conflit armé ayant débuté le au Soudan opposant les forces armées du pays, dirigées par Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (FSR), une force paramilitaire dirigée par Mohamed Hamdan Dogolo (plus connu sous son nom de guerre Hemedti) et principalement soutenue par Ies Émirats arabes unis. Le conflit est déclenché par les attaques surprises de plusieurs infrastructures militaires à travers tout le pays par les FSR sur ordre de Hemedti, qui souhaite gouverner seul le Soudan et rompre ainsi son alliance avec al-Burhan.

Rapidement le conflit se transforme en une guerre d'usure, voire pour certains analystes une guerre d’anéantissement et une guerre par procuration. Le journaliste spécialiste de l'Afrique et du Proche-Orient Vincent Hugeux conteste quant à lui l'expression « guerre civile » considérant qu'il s'agit davantage d'une puisque qu'elle oppose deux belligérants imposant leur violence à une population pour laquelle ils n'ont aucune légitimité.

Les affrontements commencent lorsque les Forces de soutien rapide (FSR) tentent de s'emparer du pouvoir et lancent des attaques contre des sites clés du gouvernement. Des frappes aériennes, des tirs d'artillerie et des tirs nourris sont signalés dans tout le Soudan, y compris à Khartoum. Le chef des FSR, Hemedti, revendique le contrôle de la plupart des sites gouvernementaux, notamment le siège de la télévision d'État, le palais présidentiel, l'aéroport international de Khartoum et la résidence officielle du chef de l'armée, bien que le dirigeant de facto Abdel Fattah al-Burhan revendique également le contrôle de tous ces lieux. Le conflit entre les deux généraux conduit le Soudan à une quatrième guerre civile après celles de 1955-1972, 1983-2005 et 2003-2020.

En 2 ans, la guerre a fait des centaines de milliers de morts, entraîné le déplacement de plus de 10 millions de personnes et provoqué une crise humanitaire d'une extrême gravité. La famine est déclarée en juillet dans le camp de déplacés de Zamzam, au Darfour. Plus de 25 des 45 millions de Soudanais ont besoin d’aide humanitaire pour survivre dans un contexte de pénurie chronique de nourriture et d’eau potable selon les Nations unies.

Contexte Depuis son indépendance en 1956, le Soudan connait une période d'instabilité continue. Le pays connaît 20 coups d'état, soit environ un coup d'état tous les trois ans, et une série de guerres civiles, de 1955 à 1972 puis de 1983 à 2005, aboutissant à la sécession du Soudan du Sud en 2011. Ces guerres sont causées et alimentées par des facteurs ethniques et religieux (le nord étant dominé par un gouvernement arabe et islamiste alors que la population du sud est majoritairement noire et chrétienne), ainsi que des tensions pour l'accès aux ressources naturelles comme le pétrole, l'or, et les terres fertiles.. L'armée, soudanaise, partie prenante au conflit en cours; dirige le pays de façon quasiment ininterrompue depuis son indépendance.

Après la paix signée avec le Soudan du Sud en 2005, l'épicentre des affrontements se déplace vers la région ouest du Darfour en rébellion contre Khartoum depuis 2003. La répression du gouvernement d'Omar el-Bechir y est d'une brutalité telle que ce dernier est accusé de crimes de guerre et de génocide par la Cour pénale internationale qui émet un mandat d'arrêt contre lui. Deux officiers soudanais jouent un rôle de premier plan dans ces exactions : Mohamed Hamdan Dogolo surnommé « Hemetti », à la tête de la milice Forces de soutien rapide créée en 2013, est considéré comme le principal exécutant du génocide de Darfour pour le compte du président soudanais ; et Abdel Fattah al-Burhan chargé au sein du renseignement militaire de la coordination des attaques de l'armée et des milices contre les civils au Darfour.

En , une révolution populaire éclate au Soudan et conduit quelques mois plus tard au renversement d'Omar el-Bechir qui gouvernait le Soudan d'une main de fer depuis trente ans. Un gouvernement intérimaire est mis en place, dirigé par Abdallah Hamdok, un économiste et ancien haut fonctionnaire de l'ONU. Mais les forces armées soudanaises restent dirigées par des officiers de l'ancien régime, qui s’attribuent des postes clés au sein de ce nouveau gouvernement, craignant de perdre leurs privilèges et de rendre des comptes pour leurs crimes s'ils renoncent à leur influence sur le pouvoir politique. Un événement tragique illustrant le refus des militaires de céder le pouvoir au seul gouvernement civil est le massacre d'une centaine de manifestants pro-démocratie à Khartoum en par les FSR. Parallèlement, des sabotages sont même secrètement organisés par l'armée sur des installations pétrolières afin de provoquer une pénurie de carburant et de blé, qu'ils pourraient imputer à une mauvaise gouvernance du pouvoir civil. En après des mois de tensions, une première tentative de coup d'État militaire est menée contre Abdallah Hamdok par des officiers liés à l'ancien régime, mais ces derniers, minoritaires dans l'armée, sont repoussés. Le mois suivant, un nouveau coup d'État militaire est mené par les généraux à la tête des deux principales forces armées du pays, Abdel Fattah al-Burhan devenu chef des forces armées soudanaises, et Mohamed Hamdan Dogolo, toujours chef des FSR. Cette tentative, réussie cette fois, met brutalement fin à la transition démocratique qui durait depuis presque trois ans au Soudan. Le général al-Burhan prend la présidence du pays et s'octroie les pleins pouvoirs, tandis que le général Dogolo en prend la vice-présidence. vignette|Abdalla Hamdok, Premier ministre soudanais du 21 août 2019 au 25 octobre 2021. Après avoir chassé les ministres civils du gouvernement – à part une brève réintégration d'Abdallah Hamdok sous l'effet de la pression internationale – les deux putschistes se retrouvent en concurrence pour imposer leur suprématie politique et militaire, mais aussi économique sur le pays. Alors que l'armée soudanaise accapare les quatre cinquièmes du budget de l’État, les FSR prennent le contrôle de plusieurs mines d'or au Soudan (celles du Darfour produisent pour plus de d'euros par an), tandis que leurs missions de mercenariat au Yémen au service de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite leur apporte une expérience militaire et une importante source de revenus ( d'euros). Selon l'analyste géopolitique Clément Molin, la situation politico-militaire au Soudan est alors comparable au piège de Thucydide : à mesure que les FSR deviennent plus puissants, nombreux, et mobiles, l'armée soudanaise, après avoir bénéficié de leur collaboration pour son coup d'État et la répression d'opposants, se sent menacée par une puissance rivale. En conséquence de quoi Abdel Fattah al-Burhan ordonne l'intégration des FSR dans l'armée soudanaise (et donc sous son commandement) dans un délai de deux ans, ce que Mohamed Hamdan Dogolo refuse s'il n'obtient pas une place dans l'état major à la hauteur de son ambition et de l'influence politique et militaire qu'il souhaite conserver. Enfin, un certain mépris de classe caractérise les relations entre l'armée soudanaise, commandée par des officiers issus de la capitale et de l'académie militaire, et les FSR commandés par un « éleveur de chèvres » (allusion aux origines du général Dogolo) et dont le recrutement se fait en majorité dans la périphérie du pays.

En , Mohamed Hamdan Dogolo déclare que le putsch d’ a et que la situation . Malgré sa responsabilité dans le massacre de Khartoum, il déplore le nombre de civils tués par les forces de sécurité et tente de se démarquer de son rival en se présentant comme un défenseur de la démocratie et du peuple soudanais. Devenu l'homme le plus riche du Soudan grâce à ses prises de contrôle prédatrices des ressources, ainsi que ses soutiens étrangers comme les Émirats arabes unis, il dépense sans compter auprès de lobbyistes pour blanchir son image, tout en supportant de plus en plus mal sa place de « numéro 2 » à la tête du pays.

En , alors qu'Abdel Fattah al-Burhan tente de consolider son pouvoir et répète qu'il ne tolérera pas que les FSR continuent d'opérer comme une force armée indépendante, son vice-président fait de nouveau part de ses regrets concernant le putsch d’ qu'il qualifie d'. Khartoum est alors au centre d'un ballet diplomatique particulièrement intense : en moins d'une semaine, se succèdent dans la capitale soudanaise le nouveau chef de la diplomatie israélienne Eli Cohen (proche du général al-Burhan), des émissaires américains, français, britanniques, norvégiens, et allemands, ainsi que le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov (proche du général Dogolo). La coïncidence de ces visites montre que le Soudan est un pays convoité bien que fragile, dans un monde de plus en plus polarisé par la guerre en Ukraine. Mais cette guerre d'influence internationale a pour effet d'aggraver la dislocation de la junte au pouvoir, chacun cherchant à en profiter pour conclure des alliances afin de se renforcer, au détriment du peuple soudanais ignoré par ses dirigeants. Tout en proclamant à longueur de communiqués et de réunions avec leurs interlocuteurs internationaux leur acceptation d’un retour des civils au pouvoir, les deux généraux se préparent à la guerre.

Le , la tension monte d'un cran lorsque les Forces de soutien rapide se déploient avec des blindés et des armes lourdes près des villes de Khartoum et de . L'armée soudanaise dénonce une mobilisation et exige le retrait des FSR. Ces derniers temporisent en déclarant que leur déploiement n'a pas d'autre but que maintenir la sécurité et la stabilité du pays, et refusent de quitter leurs positions. Des habitants assistant à cette confrontation partagent sur les réseaux sociaux des vidéos montrant les mouvements des FSR et l’arrivée pendant la nuit de renforts de l’armée soudanaise. La guerre éclate officiellement le lorsque les FSR attaquent l'aéroport international de Khartoum, le palais présidentiel, et plusieurs casernes militaires à proximité. C'est la première fois depuis l'indépendance du pays en 1956 que sa capitale est l’un des épicentres d'une guerre civile. La situation s'embrase au même moment à Merowe. Les deux belligérants semblent certains de pouvoir remporter une victoire rapide, ce qui précipite la guerre et sa contagion rapide dans une grande partie du Soudan.vignette|L'aéroport international de Khartoum, où les premières attaques sont signalées le 15 avril 2023.Selon le journaliste spécialiste de l'Afrique et du Proche-Orient Vincent Hugeux, ce conflit résulte d'un mélange de haine entre deux hommes et de leur . Déplorant que leur coup d'État ait sabordé une résultant de la révolution soudanaise, il analyse ce conflit comme une évolution inévitable entre deux généraux qui, après avoir pris le pouvoir ensemble, ne souhaitaient pas se le partager. Le New York Times dénonce l'aveuglement coupable de la communauté internationale sur la situation du pays en titrant .

Après deux ans d'affrontements, en , la journaliste de Courrier international Ingrid Therwath déplore le fait qu'une soit devenue .

Forces en présence

Effectifs mobilisés

Recrutements de Soudanais S’il n’existe pas de données officielles, des rapports convergents indiquent que le nombre de combattants est à peu près identique au début du conflit avec 100 000 à dans chaque camp. Les deux armées ont sous leurs ordres des effectifs aguerris par leur participation à la guerre du Darfour et aux guerres civiles libyenne et yéménite. Mais avec le prolongement et l'enlisement de la guerre, ces derniers se renouvellent au fur et à mesure des pertes et des nouveaux enrôlements. Selon un rapport du Centre d'études stratégiques de l'Afrique les FAS et les FSR .