La sculpture hellénistique a été produite depuis la mort d'Alexandre le Grand, en 323, jusqu'à la conquête de l'Égypte par les Romains en 30 et au règne d'Auguste en 27 avant l'ère commune, même un peu au-delà. Les sculptures exécutées au cours de cette période se trouvent donc à la charnière où la sculpture grecque classique rejoint celle de Rome. La sculpture grecque antique se métamorphose au fil de générations qui s'imposent dans cet espace immense, celui hérité de l'empire d'Alexandre le Grand, puis se mêlent avec des cultures millénaires mais aussi avec des populations nouvellement arrivées, comme celles venues des steppes.

La sculpture hellénistique est donc particulièrement variée et complexe. Cette richesse, le fait, aussi, qu'elle ait été copiée ou utilisée comme référence par les Romains a donné d'innombrables modèles pour des siècles de sculpture occidentale. vignette|center|alt=Carte du monde hellénistique après la mort d'Alexandre le Grand : depuis la Grèce et le royaume de Macédoine jusqu'au berges de l'Indus, au nord de l'actuel Pakistan. Plus des trois quart étant constitués de montagnes.|Le monde hellénistique à la mort d’Alexandre le Grand. Vue d'ensemble

Dans la présentation de l'exposition « Le Corps et l’Âme. De Donatello à Michel-Ange »Présentation de l'exposition, Louvre : ., les conservateurs du Musée du Louvre ont eu cette expression pour évoquer les sculptures de la Renaissance en Italie : . La sculpture hellénistique avec la sculpture réalisée pour des romains par des sculpteurs hellénistiques, et les copies réalisées ensuite ont été, en effet, découvertes à Rome aux , alors que la sculpture grecque classique était encore ignorée. Elles ont eu, alors, un impact considérable sur la culture occidentaleÀ côté des innombrables sculptures inspirées par l'art hellénistique et ses copies à l'époque romaine, cet impact est considérable aussi sur les débuts d'une Histoire de l'Art au milieu du , avec les descriptions du Laocoon par Winckelmann ( ). Il a publié l'« Histoire de l’art de l’Antiquité » en 1764 , première Histoire de l'Art qui s'appuie sur l'étude des œuvres (..

Les sculptures qui nous sont parvenues avaient une fonction qui pouvait se rapporter à un culte, à la célébration d'un évènement ou d'une personne, être une monnaie, mais il pouvait s'agir aussi d'éléments décoratifs dans une demeure (comme les porteurs de flambeaux) ou bien dans un jardin, où elles pouvaient chercher à produire une surprise et, bien souvent, donner l'occasion de se faire valoir en en parlant. Lorsque l'on connaît précisément le lieu de la découverte, dans certains cas on peut partir de l'angle sous lequel la sculpture était visible et en déduire l'effet recherché, par exemple l'instant dans une histoire bien connue des Grecs et que l'on peut supposer. C'est une recherche de ce type qui est en cours à propos de la Vénus de Milo, découverte dans une exèdre (un abri bâti en pierre) mais après avoir été déplacée, car la base de la statue a été retaillée dans l'Antiquité.

Dans leur diversité la plupart des sculptures hellénistiques ont une origine difficile à localiser, les matériaux comme les sculpteurs se déplacent à cette époque. Il n'y a souvent plus de tradition locale. Ensuite, sous la domination romaine, des sculpteurs, bien souvent itinérants, réaliseront des copies, mais qui pourraient être des variations, voire obtenues en assemblant des éléments moulés sur les originaux classiques ou hellénistiquesSur les copies, dans cet article, voir : Copies et variations.. Ces originaux ont, aujourd'hui, disparu et ils ne peuvent être qu'approximativement imaginés et situés dans le tempsCe bilan était à peu près celui de Brunilde Sismondo Ridgway in " Images & ideologies : Self-definition in the hellenistic world ", W. Bullock and al. ed. UCLA Press, 1993. . Grâce à la qualité des recherches actuelles, la situation a pu évoluer ponctuellement et la vue d'ensemble est devenue plus complexe..

Les styles de cette période se distinguent par les nombreuses références à la sculpture classique. D'ailleurs les sculpteurs opèrent souvent des assemblages de formes empruntées à la sculpture classique : "Relief votif avec scène de sacrifice", . et réalisent des compositions nouvelles, souvent plus expressives, plus sensuelles qu'auparavant. Les emprunts s'étendent aussi à des périodes bien plus anciennes, archaïques et à des styles étrangers. Enfin, la demande des commanditaires exige, surtout pour les portraits domestiques, mais aussi pour les portraits honorifiques, un naturalisme détaillé, réaliste, qui existait précédemment, au et dans la seconde moitié du , mais beaucoup moins souvent.

Si l'image de la femme évolue peuSur le traitement de la femme - dans la vie réelle - en Grèce antique voir Place des femmes en Grèce antique et dans ses représentations nues et vêtues, concours de beauté féminine : Nu dans la Grèce antique. Dans cet article : Images de la femme., d'autres sujets prennent un nouvel aspect. Le portrait, en particulier celui des rois fait usage d'un naturalisme (une représentation exacte du visible) qui retrouve l'individu singulier de chacun d'entre eux. Le naturalisme s'applique aussi, à cette période, à des corps disgracieux et à des animaux. Par ailleurs, le goût que les rois, les puissants et les riches romains, avaient pour les références à leur propre histoire et aux grands textes de leur culture, favorise la production d'œuvres nouvelles, parfois colossales et qui placent leur présent dans la perspective glorieuse du passé. Leurs commandes concernent aussi des copies d'œuvres anciennes, celles-ci n'étant, d'ailleurs, jamais à l'identique. Toutes ces dernières réalisations répondent en grande partie à la demande romaine ; un marché de la copie d'art qui se crée à cette époque.

Les recherches ont parfois permis de retrouver le contexte de certaines sculptures, en s'appuyant sur les bases dédiées par une inscription où l'étude du tracé des lettres - en paléographie - permet une datation approchée. Par contre, pour prendre un exemple précis, la Vénus de Milo était placée, lors de sa découverte, dans un contexte qui pourrait n'avoir aucun rapport avec le contexte originel. Tandis que le contexte de la Victoire de Samothrace est mieux connu. Chaque fois ce contexte nous éclaire sur l'usage et le sens de ces sculptures pour leurs contemporains antiques.

Quant aux procédés de sculpture, révélés par les travaux des restauratrices et restaurateurs d'aujourd'hui, ils évoluent : les marbres en plusieurs parties assemblées par mortaise et goujon sont une nouveauté d'une extrême complexité parfois et .. Les sculptures en bronze continuaient d'être traitées avec des ajouts de métaux de différentes couleurs. Le marbre était encore peint ou/et doré - la recherche actuelle découvre, en particulier à Délos, une couche de préparation au blanc de plomb (éventuellement laissé comme couleur définitive) sur un marbre lisse (pour les chairs) ou râpé (pour les tissus), puis des couleurs ont été passées, pures, et plus ou moins diluées ou superposées. C'était un véritable . Mais on n'en connait pas le liant. L'or, à la feuilleL'or était collé sur une base aqueuse. Pline évoque l'œuf ()., pouvait couvrir les chairs, le drapé étant plus ou moins intégralement coloré. Les statues chryséléphantines en bois, marbre, bronze, pierres dures pouvaient être recouvertes de tissus brodés, d'ivoire et d'or comme à l'époque classique. Leur entretien restait identique : par l'huile pour les métaux et l'ivoire ou avec l'aide de bassins et l'aspersion d'eau pour les statues chryséléphantines.

La sculpture hellénistique traverse trois périodes politiques : celle des Diadoques (323-270), puis celle des royaumes bien établis (270-150) et enfin sous l'influence grandissante de Rome (150-30). Mais l'art ne semble pas se plier à cette périodisation : les particularités de l'art hellénistique apparaissent avant, dans la sculpture classique, surtout dans sa phase finale, et d'autres se sont poursuivies bien après, aussi bien à Rome qu'en Grèce Orientale comme la « Mort de Laocoon et ses fils », réalisée à l'époque romaine par un sculpteur grec.

La sculpture hellénistique constitue une référence centrale dans toute l'histoire de la sculpture occidentale depuis la Rome antique. Mais elle a longtemps été pensée comme si elle avait été, dès l'origine, en marbre et d'un blanc immaculé. La réalité a été bien plus complexe, comme on vient de le voir et 2015 , en ligne en BU . Aujourd'hui, les questions que pose la période hellénistique dans le domaine artistique, sont particulièrement complexes sur ces territoires très étendus, entre monde grec, monde romain et marges orientales, jusqu'aux berges de l'IndusNotice de : Queyrel, 2020 sur Numérique Premium ..

Héritage classique, nouveautés

Monuments

L'héritage classique : il s'agissait, essentiellement pour les riches commanditaires et les sculpteurs, de conserver le prestige de la grande sculpture classique. Ils allaient reprendre les motifs les plus célèbres par exemple en termes d'équilibre, avec l'évocation d'un mouvement fugace dans une statue immobile pour l'éternité. La sculpture peut ainsi être perçue et construite mentalement comme une action suspendueAlfred Gell. Art and agency. An anthropological theory, 1998. . François Queyrel prend comme exemple le Galate mourant..

La Victoire de Samothrace est saisie dans ce type de mouvement fugace ; elle représente une Nikè, divinité associée à la victoire qu'elle apporte aux hommes. Ici, elle vole encore en se posant au sol, mais un pied seulement, sur la proue d'un bateau de guerre, dans le Sanctuaire des Grands Dieux de Samothrace. Elle est saisie dans l'instant qui apporte à la fois la victoire et l'émotion due à cette victoire - mais on ne sait pas de quelle victoire il s'agitVictoire de Samothrace, Louvre collections .. C'était, au moins depuis l'époque classiqueLa Victoire de Samothrace peut être comparée à la Victoire de Paionios, réalisée vers 420 dans le « style riche » (430-370) de l'époque classique., un défi à relever que de faire cet « atterrissage » en douceur d'une statue qui pèse moins de deux tonnes, en six blocs de marbre de Paros, sur un tel ensemble de vingt trois blocs de marbre de Rhodes, soit vingt sept tonnes et demi, pour en assurer la stabilité. Par ailleurs, cette figure reprend le motif classique de l'épaule dénudée et du « drapé mouillé » - bien plus bouillonnant à l'époque hellénistique - mouillé ici par les embruns, deux solutions qui évoquent le mouvement, l'air et l'eau. Autre emprunt à l'héritage grec, la ceinture placée haute et qui souligne les seins, solution esthétique venue tout droit de la fin du ; le manteau était souligné d'un galon bleu, d'autres traces de bleu ont été découvertes dans les plumes avec d'autres couleurs..