Le naufrage de Gournah ou naufrage de Korna ou désastre d'Al-Qurnah est la perte de nombreuses antiquités assyriennes issues de fouilles archéologiques françaises, coulées dans le Chatt-el-Arab, à la confluence du Tigre et de l'Euphrate à Al-Qurnah, en Irak actuel, le 21 ou le .

Un transport raté Des antiquités mésopotamiennes vignette|redresse|gauche|Fouilles de Victor Place à Khorsabad. Photographie de Gabriel Tranchard. Les pièces archéologiques transportées sont surtout issues des fouilles effectuées sous la direction de Victor Place, consul de France à Mossoul, principalement sur le site de Khorsabad, à partir de 1851..

Ces antiquités, rangées dans des caisses, rassemblent un nombre impressionnant de pièces, essentiellement de grandes sculptures, notamment deux taureaux ailés de Khorsabad, ou lamassu. Beaucoup de tablettes cunéiformes sont transportées à Paris séparément par Félix Thomas. Victor Place réussit à les faire transporter au bord du Tigre en , prêtes à embarquer pour descendre le fleuve vers Bassorah. Ces caisses restent ainsi à Mossoul, dans l'attente d'être transportées à Paris, du au . Victor Place leur fait alors commencer leur voyage.

De Mossoul à Bagdad En effet, un navire français, le Manuel, doit arriver à Bassorah fin avril 1855 pour récupérer ces antiquités et il ne peut y rester plus de 120 jours. Il s'agit donc d'organiser la descente de ces pièces archéologiques sur le Tigre jusqu'à Bassorah, sur une flotte de radeaux ou keleks. Les keleks sont des radeaux composés d'outres de peaux de bouc ou de mouton, gonflées et réunies entre elles par des pièces de bois. Ce sont des esquifs très mobiles et de très faible tirant d'eau, mais très fragiles et dont les outres doivent être changées au bout d'un mois.

Parti de Mossoul avec un convoi de huit radeaux le , Victor Place atteint sans encombre Bagdad le , mais doit, conformément à ses instructions, y abandonner son convoi pour retourner à Mossoul attendre son successeur au poste de consul. En effet, il est lui-même nommé sur un nouveau poste en Moldavie.

Les autorités ottomanes de Bagdad cherchent à le dissuader d'organiser la suite du voyage parce qu'une digue s'est rompue et parce que des tribus sont révoltées dans le Sud. Pour ces autorités, l'expédition de Place est beaucoup trop risquée et elles le lui disent. L'assyriologue britannique Henry Rawlinson lui avait déjà fait part de ses doutes à ce sujet en février. Mais Victor Place, pris entre des injonctions contradictoires, considère que le transport ne peut attendre, sous peine de rater le bateau à Bassorah.

Victor Place fait réparer les keleks et décharger ceux qui portent les pièces les plus lourdes, pour charger celles-ci sur un voilier de cinquante tonneaux. En plus de la collection qu'il a constituée, ce convoi transporte aussi des caisses d'antiquités qui proviennent des fouilles menées par Fulgence Fresnel et Jules Oppert à Babylone à partir de 1852, dans le cadre de l'expédition scientifique et artistique de Mésopotamie et de Médie..., soit un ajout de quarante caisses pesant deux tonnes.

Un enchaînement fatal Victor Place désigne un enseignant de Bagdad, A. Clément, pour assurer la suite du voyage. Il lui confère le titre d'agent consulaire, organise et contemple le départ. A. Clément part de Bagdad le , à la tête d'un grand voilier et de quatre radeaux, qui transportent 235 caisses d'antiquités. Même si Maurice Pillet affirme qu'il est français, A. Clément est en réalité suisse. Il est installé à Bagdad depuis et il entretient de bonnes relations avec les autorités locales. Nonobstant sa nationalité suisse, il accepte volontiers d'accomplir des missions pour le gouvernement français.

Peu après le départ, A. Clément perd le contrôle de l'équipage du navire. Le capitaine du bateau accoste pour charger une grande quantité de ballots de soie de contrebande. Il espère ainsi profiter de l'exonération de taxe dont bénéficie le transport des antiquités de Victor Place. A. Clément ne peut s'y opposer. Le bateau est trop chargé et fait eau.

Le , A. Clément est malmené physiquement par un cheikh local et contraint de lui donner tous les cadeaux prévus pour rémunérer les intermédiaires pendant l'ensemble du voyage. Les 20 et le convoi est de nouveau pillé par différents groupes, qui réclament de l'argent pour les laisser passer.

Le ou le , près de Al-Qurnah, le bateau est encore attaqué et des pirates le mettent à sac. Le bateau heurte la rive et commence à sombrer. A. Clément est frappé et dépouillé. Le capitaine d'un navire de la flotte fluviale ottomane, isolé, n'intervient pas pendant l'attaque, mais lui fournit ensuite des vêtements et lui permet de gagner la résidence britannique de Maaghill, au nord de Bassorah. Sur les quatre radeaux, deux s'échouent ou coulent. Les deux autres arrivent jusqu'à Bassorah avant de sombrer mais on réussit à sauver une partie de leur cargaison, dont un des deux grands taureaux de Khorsabad. La date précise de l'événement est sujette à discussion : d'après des récits locaux, Jules Oppert et Maurice Pillet le situent le , mais Bulent Genç, s'appuyant sur les mêmes sources le date du .

Le , de Mossoul, Victor Place rédige un rapport montrant son inquiétude quant à ce transport, alors qu'il est déjà probablement au courant du désastre. Il quitte Mossoul et la Mésopotamie deux jours après.

Des pertes considérables Un sauvetage très partiel

Sur les 235 caisses du chargement, seules 28 sont sauvées, comprenant un des deux taureaux ailés de Khorsabad, ou lamassu, les antiquités provenant des fouilles menées par les Anglais et quelques autres caisses appartenant à Victor Place. L'ensemble est chargé, avec difficulté, à bord du Manuel qui est finalement arrivé à Bassorah le . Les autorités ottomanes participent à l'organisation de ces récupérations d'objets. Les recherches pour sauver d'autres pièces se poursuivent, sans succès, jusqu'à la fin février 1856. Les pièces sauvées et transportées par le Manuel arrivent au Havre le et entrent au musée du Louvre le .

Le taureau ailé qui a été sauvé des eaux est actuellement conservé au musée du Louvre.. Il a été identifié par le conservateur du département des antiquités orientales Edmond Pottier. C'est le seul taureau ailé monolithe des collections du Louvre, les autres ayant été sciés en six morceaux pour leur transport. Son séjour dans l'eau a endommagé la face, la couronne et le bas, mais l'état général de conservation est bon..

Victor Place n'ayant pas dressé d'inventaire préalable, les pertes sont difficiles à connaître avec précision, mais elles représentent des années de travail, non seulement des antiquités, mais aussi des notes, des plans et de nombreux livres. La collection de Fresnel est entièrement perdue. Elle comprenait des statuettes de terre cuite, des bijoux, une quarantaine de cylindres gravés, des poteries et plus d'une centaine de tablettes.

Une catastrophe archéologique De Constantinople, Victor Place écrit au ministre, Achille Fould :

Après avoir quitté Bagdad vers 1863, A. Clément publie en 1866 un compte rendu de cet événement dans la revue suisse de géographie Le Globe. Il ne s'agit pas pour lui de se défendre de quelconques manquements, puisque personne ne le met en cause. Il propose plutôt le récit d'un fait curieux susceptible d'intéresser le lecteur.

En 1971, une mission japonaise explore le Chatt-el-Arab à la recherche des pièces archéologiques perdues, mais ses investigations, pourtant menées scientifiquement avec des appareils modernes, ne permettent pas de les retrouver. Cette mission, menée en collaboration avec le gouvernement irakien, dure d' au . Elle analyse le lit du Tigre de sa jonction avec l'Euphrate jusqu'à en aval en utilisant un sonar, identifiant ainsi vingt-quatre emplacements digne d'intérêt. Il sont ensuite examinés par dragage et par des plongeurs. Pendant ce temps, l'équipe étudie aussi les berges du fleuve et interroge les personnes âgées à la recherche d'informations sur d'éventuels épaves ou restes submergés. Ces efforts restent vains.

Les destructions causées par les fouilles et la perte des pièces archéologiques dans le Chatt-el-Arab ont altéré la connaissance du site de Khorsabad.

Notes et références Note

Références

Voir aussi Bibliographie Principales sources . . .

Études historiques . . . . . . .

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Liens externes .

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