Selon la définition du Fonds monétaire international, un « narco-État » est un État dont .

Dans un narco-État, les activités criminelles sont largement tolérées (par la police, les dirigeants politiques, les chefs d'entreprises), encouragées par les autorités gouvernementales. Des ministres ou le chef de l'État peuvent même être impliqués.

Les groupes criminels peuvent avoir des relations étroites avec les responsables gouvernementaux, en achetant leur protection ou en les corrompant pour garantir leur immunité contre les poursuites. Selon le directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques Christophe Ventura, il ne suffit pas qu'il y ait des complicités de narcotrafiquants dans l'administration d'État pour qu'il soit qualifié de « narco-État », mais il faut qu'une politique d'État soit organisée pour faire du narcotrafic.

L'implication d'un État dans le narcotrafic peut avoir des conséquences graves pour ses citoyens, notamment la violence, l'insécurité, la corruption généralisée et le manque de confiance dans les institutions gouvernementales.

Cette définition inclut certains pays d'Amérique latine, tels que la Colombie (qui produit plus de 60 % de la production mondiale de cocaïne), le Mexique ou le Suriname ; d'Afrique comme la Guinée-Bissau ; du Moyen-Orient comme la Syrie ou l'Afghanistan ; ou encore des Balkans comme l'Albanie.

Concept et analyse vignette|redresse|alt=photo officielle |Manuel Noriega commandant en chef des Forces de défense du Panama, photo US Marshals de Miami, Floride en 1990. Le concept de « narco-État » est difficile à évaluer, car il suppose non seulement qu'une part significative de l'économie d'un pays soit issue du trafic de stupéfiants, mais aussi qu'une complicité existe au sein des autorités dans ce trafic. La définition du FMI est relativement floue, puisque la corruption qu'elle évoque peut exister à différents échelons, du niveau national au niveau local, y compris des petits fonctionnaires. Ce qui rend complexe à évaluer à partir de quel « seuil » d'implication de ses autorités un pays peut être considéré comme un narco-État. Les institutions concernées par la corruption peuvent être sécuritaires, judiciaires, mais aussi bancaires (pour le blanchiment d'argent) ou logistiques (pour le transport de cargaisons), tandis que cette collaboration avec les trafiquants peut être volontaire (motivée par l'appât du gain), ou forcée (obtenue par l'intimidation et la violence).

Quant au comportement des autorités à la tête d'un pays potentiellement considéré comme « narco-État », il peut s'agir :

D'une implication active dans le narcotrafic, comme la Syrie de Bachar el-Assad où la blindée dirigée par le frère du président syrien Maher al-Assad participe à la production et le trafic du captagon, ce qui est aussi le cas dans une moindre mesure de la en Corée du Nord. D'une passivité marquée par un certain « défaitisme » des autorités confrontées à un trafic considéré comme incontrôlable du fait de son ampleur, ou craignant une flambée de violence si elles s'attaquent frontalement aux cartels. Ce comportement peut être assimilée à une forme de complicité, même aucune collaboration étatique avec les trafiquants n'est attestée. Dans d'autres cas, la corruption liée au trafic de drogue peut s'être généralisée dans toutes les institutions du pays (le faisant entrer dans la définition de narco-État) alors même que son gouvernement mène une guerre ouverte contre les narcotrafiquants, ce qui l'oblige à purger régulièrement son administration.

Ces critères permettent de différencier la situation d'un narco-État à un autre, le point commun étant l'impunité dans laquelle les cartels peuvent opérer.

Le risque pour un pays de devenir un narco-État augmente avec plusieurs facteurs :

Le positionnement géographique du pays propice à la production de cultures utilisées dans la fabrication de stupéfiants (comme l'Afghanistan) ou sa proximité avec un marché important (comme le Mexique vis-à-vis des États-Unis, ou la Syrie vis-à-vis de l'Arabie saoudite). Le niveau de corruption, dès lors que les autorités d'un pays, davantage intéressées par l'appât du gain que par l'intérêt public, sont plus enclines à encourager un trafic de stupéfiants sur leur territoire. Il est à ce titre révélateur que la plupart des pays qualifiés de « narco-État » sont bas dans le classement de Transparency International sur l'indice de perception de la corruption : l'Albanie et le Panama (tous deux ), la Bolivie et le Mexique (tous deux ), l'Afghanistan (), le Honduras (), la Guinée-Bissau (), la Corée du Nord (), le Venezuela () ou encore la Syrie (). La pauvreté, et souvent une situation de conflit armé, qui pousse les habitants d'un pays, y compris ses fonctionnaires, à rechercher d'autres sources de revenus. En Syrie, ce sont les sanctions économiques internationales qui poussent le régime à chercher d'autres sources de recettes.

Exemples actuels et consensuels de narco-États

Afrique

Guinée-Bissau La Guinée-Bissau, petit pays côtier d'Afrique de l'ouest, est considéré comme une « tête de pont » du trafic de drogue international entre l'Amérique du Sud et l'Europe dans lequel l'État est impliqué jusqu'au sommet du pouvoir. Cela vaut à ce pays d'être qualifié de « narco-État » par l'Office des Nations unies contre les drogues et le crime. Sa pauvreté fait de ce pays une « proie » idéale : ses fonctionnaires, mal payés, sont faciles à corrompre, notamment les militaires et forces de l'ordre, sa prison est détruite depuis la guerre civile de 1998 et la surveillance des frontières est inexistante.

La drogue y arrive par bateau ou par avion via l'archipel des Bissagos qui dispose des pistes d'avion de fortune construites pendant la Seconde Guerre mondiale alors que la Guinée-Bissau était une colonie portugaise. Tandis qu'une grande partie de l'argent gagné est envoyé et blanchi au Portugal, notamment via des « biens mal acquis » dans lesquels investie l'importante diaspora guinéenne installée dans ce pays.

En 2008, les élections législatives voient pour la première fois l'irruption de l'argent issu de ce trafic dans la campagne, permettant à une trentaine de trafiquants notoires d'être élus députés. En , un double-attentat vise le président Joao Bernardo Vieira et son chef d'état-major des armées, le général Batista Tagmé Na Waié, qui décèdent tous deux à quelques heures d'intervalle. Il est considéré comme probable que ces attaques aient été fomentés par les trafiquants colombiens en représailles de la destitution en du contre-amiral José Américo Bubu Na Tchuto, chef de la marine nationale, qui couvrait le trafic.

Amérique latine

Honduras vignette|redresse|alt=photo officielle |Juan Orlando Hernández en 2015, et Tony Hernández sont accusé de trafique. L'ancien chef d'État hondurien Juan Orlando Hernández, au pouvoir de 2014 à 2022, est accusé par les États-Unis d'avoir conclu des accords avec des trafiquants pour acheminer des tonnes de cocaïne vers l'Amérique du Nord via le territoire du Honduras. Il aurait même déclaré lors d'une réunion avec des représentants des cartels vouloir . Le frère de ce dernier, Juan Antonio Tony Hernández Alvarado, ancien député, est arrêté à l'aéroport de Miami en , et jugé aux États-Unis en pour trafic de cocaïne vers les États-Unis, possession d'armes et lien avec les meurtres de deux narcotrafiquants rivaux en 2011 et 2013. Le scandale devient politique quand le président Juan Orlando Hernández et son prédécesseur Porfirio Lobo sont soupçonnés d'avoir utilisé l'argent issu du narcotrafic pour financer leurs campagnes électorales de 2009 et 2013.

En 2021, le procès d'un trafiquant hondurien arrêté aux États-Unis, Geovanny Fuentes, permet de prouver la collaboration entre les narcotrafiquants et la police, l'armée et le personnel politique, pour leur permettre d'agir en toute impunité sur le territoire hondurien. De nombreuses pistes d'aviation sont ainsi installées dans l'est du pays, d'où décollent régulièrement vers les États-Unis des avions chargés de drogue.

Le , le secrétaire d'État des États-Unis Antony Blinken annonce que Juan Orlando Hernández figure sur une liste de dirigeants politiques corrompus depuis . La semaine suivante, alors que la justice américaine demande son extradition, la police hondurienne émet un mandat d'arrêt à son encontre et ce dernier se rend, tandis que sa maison est assiégée par et des manifestants.. Deux mois plus tard, l'ancien président hondurien est extradé vers les États-Unis pour y être jugé pour trafic de drogue et d'armes, accusé d'avoir participé, entre 2004 et 2022, à un trafic de de cocaïne. Il est condamné à de prison pour avoir reçu des millions de dollars de pots-de-vins de narcotrafiquants (dont Joaquín « El Chapo » Guzmán) mais gracié par Donald Trump en . Selon la justice américaine, Juan Orlando Hernández a déployé des pour faire croire à un engagement contre le trafic de drogue, via la collaboration avec les autorités américaines, tout en protégeant le crime organisé avec ses forces de sécurité.

Suriname Le Suriname est utilisé comme une plaque tournante par les narco-trafiquants pour transporter la drogue produite en Colombie vers la Guyane, région française d'outre-mer, d'où la drogue est transportée vers la métropole. L'ancien président Desi Bouterse (au pouvoir de 2010 à 2020) est condamné en 1999 aux Pays-Bas pour trafic de drogue. Depuis, un mandat d'arrêt international l'empêche de quitter le territoire du Suriname. Ronnie Brunswijk, vice-président du pays depuis 2020, a également été condamné pour trafic de cocaïne avant d'arriver au pouvoir.

Venezuela vignette|redresse|alt=usa 2026|Arrestation du président Nicolas Maduro en 2026.

La Drug Enforcement Administration, le service américain chargé de lutter contre le trafic de stupéfiants, estime que 150 à de cocaïne en provenance de Colombie et à destination des États-Unis ou de l'Europe transitent par le Venezuela chaque année. Selon un ancien cadre de ce service, ce trafic, qui ne pourrait pas se faire sans la collaboration des militaires et des officiels du pouvoir, permettrait au président vénézuélien Nicolas Maduro de se maintenir au pouvoir. En , le procureur général américain, William Barr inculpe ce dernier pour , tandis que Washington propose une récompense de pour quiconque contribuera à son arrestation et à sa condamnation.

L'importance du Venezuela dans le trafic international doit être nuancée. Le Venezuela n'est ni un producteur de drogue ni un acteur majeur du trafic mondial, bien que de petites quantités empruntent son territoire. Seuls de la production de cocaïne de la Colombie, majoritairement à destination des États-Unis, transiterait chaque année par le territoire vénézuélien. Les spécialistes du narcotrafic s'accordent à considérer que le Venezuela ne correspond pas à un narco-État. Les accusations américaines, notamment concernant le prétendu cartel de los Soles, s'inscrivent surtout dans un contexte de tensions entre Washington et Caracas depuis l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chávez.

Nicolas Maduro est enlevé par les États-Unis lors d'une opération militaire le . Moyen-Orient

Iran En Iran, le corps des gardiens de la révolution islamique contrôle une large part de l'économie du pays allant jusqu'à 60 % de son PIB, et incluant des trafics en tout genre, notamment la drogue.

Asie Pacifique

Corée du Nord