L’agriculture biodynamique, également appelée biodynamie, est un système de production agricole basé sur un dogme pseudo-scientifique de l'anthroposophie posé par l'occultiste autrichien Rudolf Steiner dans une série de conférences données en .

L'une de ses caractéristiques est l'emploi de préparations reposant sur des principes ésotériques, dont la prise en considération de l'influence supposée des rythmes lunaires et planétaires. Ces principes différencient l'agriculture biodynamique de l'agriculture biologique.

Malgré de nombreuses études sur cette pratique, il n'existe pas de preuve scientifique permettant d'établir une plus grande efficacité de ce système de production par rapport à l'agriculture biologique.

Histoire vignette|Rudolf Steiner, polygraphe et occultiste fondateur de l'anthroposophie dont est issue l'agriculture biodynamique. « Cours aux agriculteurs » L'agriculture biodynamique trouve son origine dans une série de huit conférences, connues sous le nom de « Cours aux agriculteurs », données par l'occultiste et anthroposophe Rudolf Steiner du 7 au sur le domaine du comte Karl von Keyserlingk à Kobierzyce, près de Wrocław en Silésie (dans la Pologne actuelle), devant proches de Steiner, dont un tiers étaient liés à l'agricultureJohn Paull (2011) Attending the First Organic Agriculture Course: Rudolf Steiner’s Agriculture Course at Koberwitz, 1924, European Journal of Social Sciences, 21(1):64-70.

Ce Cours aux agriculteurs, qui peut être considéré comme la première présentation connue de l’agriculture biologique, est une réponse de Rudolf Steiner aux questions portant sur l'évolution des pratiques agricoles au début du , notamment avec l'arrivée des engrais chimiques et les prémices de l'agriculture industrielle. Ernst Stegemann constatait des signes de dégénérescence sur les semences. Le comte Karl von Keyserlingk amena une réflexion sur les questions sociales impliquant l'agriculture et l'alimentation. Enfin, des exploitants agricoles comme cherchaient de nouvelles voies de production. Le Cours aux agriculteurs a lieu également peu de temps après la crise du phylloxéra qui décima le vignoble européen.

Le Cours aux agriculteurs, rédigé à partir de notes prises en sténographie, n'est pas un manuel d'agriculture rédigé et complet. À ce titre, Steiner prévient que .

Dans son Cours aux agriculteurs de 1924, Rudolf Steiner n'utilise pas le mot et ne l'a jamais employé. Le recueil de conférences porte initialement le titre de . Vers 1930, il devient , du grec dynamis (la force), car l'agriculteur doit comprendre et travailler avec les « forces » dont l'expression équilibrée permettrait, selon l'anthroposophie, la croissance saine des végétaux et des animaux. L'expression devint seulement par la suite résumée à « agriculture biodynamique ». Durant les premières années, le contenu du Cours aux agriculteurs ne circula que dans les cercles anthroposophiques sous forme de copies privées et numérotées, avec la mention « pour usage personnel seulement ». Ce n'est qu'en 1963 que les conférences sont publiées pour la première fois.

Après le Cours aux agriculteurs : 1924-1940 vignette|Château de Koberwitz (Pologne) où s'est tenu le Cours aux Agriculteurs de Rudolf Steiner. Avant la fin du Cours aux agriculteurs, un Cercle d'expérimentation des agriculteurs anthroposophiques est créé sous la présidence du Comte Keyserlingk, qui en confie dès 1926 la responsabilité à . Ce dernier dirige le mouvement jusqu'à son interdiction et dissolution par les nazis en 1941. En 1933, le Cercle d'expérimentation change de nom pour Fédération du Reich pour la production biodynamique (Reichsverband für biologisch-dynamische Wirtschaftsweise). Bartsch est aussi le gérant de l'association (syndicat agricole) Demeter, créée en 1927, éditeur des Cahiers d'information du Cercle et du mensuel Demeter. En 1931, l'association compte en Allemagne, 109 en Suisse, 104 dans les autres pays européens et 24 hors Europe, sur quatre continents. Les plus anciennes exploitations en biodynamie sont le Wurzerhof en Autriche et le en Allemagne.

Parallèlement, après la mort de Rudolf Steiner en 1925, Ehrenfried Pfeiffer commence à travailler au sein d'un laboratoire de recherche de la Section des Sciences Naturelles au Goetheanum à Dornach (Suisse). Il dirige également l'exploitation expérimentale en biodynamie de Loverendale à Dombourg aux Pays-Bas. Cette exploitation avait pour objectif de réaliser des essais en biodynamie. En effet, le travail d'expérimentation et de mise en pratique de la biodynamie était une entreprise internationale coordonnée par Pfeiffer et la Section des Sciences Naturelles au Goethéanum. Le résultat des travaux de Pfeiffer est publié en 1938 dans son ouvrage le plus influent intitulé La Fécondité de la Terre, paru simultanément en cinq langues (anglais, allemand, français, italien et hollandais). C'est le premier livre qui présente l'agriculture biodynamique à un large public, alors que le Cours aux agriculteurs est encore gardé secret par les anthroposophes. En 1939, quelques mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale, Pfeiffer organise le premier congrès d'agriculture biodynamique, connu sous le nom de « Betteshanger Summer School and Conference » (Université d'été de Betteshanger) dans le Kent. La conférence de Betteshanger est considérée comme le « chaînon manquant » entre l'agriculture biodynamique et l'agriculture biologique puisque l'année suivante (1940), elle accueille Lord Northbourne qui a ensuite inventé et utilisé le terme d'« organic farming » (qui sera traduite en français par agriculture biologique) à partir du concept biodynamique de « ferme en tant qu'organisme ». En 1940, Lord Northbourne publie l'ouvrage Look to the Land, qui suscite de nombreuses discussions sur l'agriculture biologique.

Développement géographique après 1940 + Surface en biodynamie par pays en 2020PaysHectares

Durant la période précédant la Seconde Guerre mondiale, la biodynamie se développe essentiellement dans les états de l'est de l'Allemagne. On compte moins de cent exploitations à la fin des années 1920, et les estimations vont de pour les années 1930. Après la guerre, la biodynamie reprend son essor, d’abord dans les pays germaniques, puis aux États-Unis avec la venue de Pfeiffer, ainsi qu'aux Pays-Bas et dans de nombreux autres pays.

En 1946, Ehrenfried Pfeiffer, qui a émigré aux États-Unis pendant la guerre, fonde un institut de recherche à Threefold Farm, Spring Valley, dans l'état de New-York, et met au point un procédé novateur de compostage des déchets urbains et industriels. Pfeiffer est le pionnier de l'agriculture biodynamique aux États-Unis.. En Australie, c'est l'Allemand Alex Podolinsky, qui émigre en 1947 et développe la méthode biodynamique sur de très grandes surfaces. L'Australie est devenu aujourd'hui le second pays utilisateur de la méthode avec près de en culture biodynamique.

À partir de 1960 en Europe, l'Allemande Maria Thun contribue au développement de la biodynamie avec une approche centrée sur l'utilisation des rythmes lunaires et planétaires. Sur la base de ses propres recherches, elle édite les premiers « Calendrier des Semis ». Ces calendriers se basent sur d'autres rythmes que ceux mis en avant par Rudolf Steiner dans le Cours aux agriculteurs, notamment le rythme sidéral de la Lune.

Dans les années 1970-80 : le développement de l’agriculture biodynamique s’accélère surtout dans les pays germaniques et nordiques, ainsi qu’en Inde, Australie et Nouvelle-Zélande.

En France, le mouvement se développe sous l'impulsion de Claude Monziès, Xavier Florin, François Bouchet, Nicolas Joly, Pierre Masson ou encore Jacques Mell. L'Association française de culture biodynamique est créée en 1958, le Syndicat d'agriculture biodynamique en 1973 et le Mouvement de culture biodynamique en 1975. Toujours en France, l'association Demeter et la marque homonyme, qui certifient les produits issus de l'agriculture biodynamique, voient le jour en 1979. En 2019, Demeter certifie ainsi 400 exploitations dans l'hexagone, dont les deux tiers en viticulturehttps://www.60millions-mag.com/kiosque/naturel-l-envers-du-decor Naturel, l'envers du décor], de consommateurs, hors-série S, août 2018. Dans le domaine de la viticulture biodynamique, un second label voit le jour en France en 1998, issu d'une association viticole, le Syndicat international des vignerons en culture biodynamique. Le label interdit au cours de la vinification l'ajout de levures, d'enzymes et de tanins. Par contre, les sulfites sont autorisés, ainsi que le recours à la filtration du vin grâce à différents types de colles animales (albumine, caséine), végétales (protéines de pois ou de blé) ou minérales (bentonite).

Pierre Rabhi s'est inspiré de la biodynamie au début de son activité agricole dans les années 1960.

vignette|Cartographie mondiale de la biodynamie (projection de Peters) en 2020 (par John Paull).En 2020, onze pays produisent sur plus de hectares en agriculture biodynamique. La France occupe le rang mondial dans ce classement.

Nature et spécificités de l'agriculture biodynamique La biodynamie s'adresse à tous les domaines de l'activité agricole tels que le maraîchage et la production de semences, la polyculture-élevage, l'apiculture, la viticulture, ainsi que le jardinage. Elle se fonde sur une vision du monde (paradigme) spiritualiste : l'anthroposophie. . En pratique, l'agriculture biodynamique se distingue de l'agriculture biologique par l'usage de « préparations » spécifiques pour le sol, les plantes et le compost, par la notion d'exploitation identifiée à un organisme vivant ayant une individualité, ainsi que par la prise en considération de l'influence supposée des rythmes lunaires et planétaires.

Paradigme Les principes et les pratiques de la biodynamie trouvent leur justification dans la vision anthroposophique de la nature développée par Rudolf Steiner. Cette approche ésotérique considère que les phénomènes naturels, donc le développement des minéraux, du sol, des plantes et des animaux, ne sont pas seulement le produit des phénomènes physiques ou biologiques, mais sont également influencés par des forces suprasensibles de nature « vivante » (éthérique), « psychiques » (astrales) et « spirituelles » (forces du Moi), ou encore de « forces cosmiques » et de « forces terrestres ». La biodynamie se fonde par conséquent sur une vision organiciste et idéaliste de la nature, qui se trouve en opposition avec le réductionnisme et le matérialisme scientifique.

Dans ce sens, la biodynamie est considérée par la communauté scientifique comme une pseudo-science, car elle relève de l'occultisme et de la pensée magique, elle relèverait d'une « science extraordinaire » (dans le sens de Thomas Samuel Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques) en mobilisant notamment des savoirs basées sur l'observation, l'intuition et l'émotion, et en faisant appel à la pensée analogique. Pour les sociologues qui travaillent sur le sujet, les biodynamistes questionnent les fondements de la science normale et de l'agronomie.

Andrew C. Lorand définit ainsi les cinq principes ontologiques du paradigme de l'agriculture biodynamique : La Terre est un être vivant au sein d'un univers vivant caractérisé par une matrice physique-spirituelle. Les substances sont les vecteurs des forces qui créent le vivant. Les rythmes cosmiques influencent directement la vie sur Terre. Les animaux et les êtres humains se sont émancipés des rythmes cosmiques. La ferme est une individualité vivante, dynamique et spirituelle (perspective spirituelle).

Si l'agriculture biodynamique est issue de la pensée anthroposophique de Steiner, et s'est développée au début essentiellement par des agriculteurs proches de la pensée de Steiner, les agriculteurs qui la pratiquent aujourd'hui se revendiquent davantage du pragmatisme que de l'idéalisme, comme le montre Jean Foyer dans une étude sur la viticulture biodynamique : .