L'histoire des Juifs à Rawicz ou à Rawitsch, commence dès le avec l'installation de deux Juifs. Leur nombre va progresser jusqu'à culminer dans les années 1840 avec . Ils occupent alors une place importante dans l'économie de la ville où ils sont particulièrement actifs dans la fabrication et la commercialisation de draps et de cigares. À partir de cette date, en raison d'une forte émigration vers les grandes villes allemandes et les États-Unis, leur nombre décroit rapidement. La communauté est dissoute après la Première Guerre mondiale, et au moment du déclenchement de la Seconde guerre mondiale, il n'y a plus que deux Juifs à Rawicz.
Rawicz est une ville polonaise de la voïvodie de Grande-Pologne, située à environ au sud de Poznań. Elle compte actuellement un peu moins de .
Rawicz est incorporé sous le nom allemand de Rawitsch au royaume de Prusse lors du deuxième partage de la Pologne en 1793, puis est de nouveau polonaise entre 1807 à 1815, avant de retomber sous la domination prussienne. Allemande jusqu'en 1918, elle redevient polonaise lors de l'indépendance de la Pologne en reprenant son nom polonais de Rawicz. Histoire de la communauté juive Les débuts de la communauté sous la république des Deux Nations Dès l'octroi du droit de cité à Rawicz par le roi Ladislas IV en 1638, les Juifs ont fait des demandes pour obtenir le droit de résidence. Mais en 1645, le nouveau propriétaire, Michał Aleksander Kostka, leur interdit de s'y installer pour une période de six ans. Alors que les citadins ne cessent de se plaindre de la concurrence commerciale exercée par les Juifs, Kostka leur ordonne de quitter Rawicz dans les six semaines et leur interdit de rester dans la ville.
Ce n'est qu'en 1674, grâce au privilège accordé par Jan Opaliński (1629–1684), que le droit de résider à Rawicz est confirmé pour deux juifs, Jakub et Józef Łazarz et leurs familles: Jan Kaźmierczak: Rawicz, gród Przyjemskich. Historyczny rys powstania i rozwoju miasta 1636–1938 (Rawicz, fief de la famille Przyjemski. Aperçu historique de la création et du développement de la ville de 1636 à 1938), Varsovie; 1938; page 43.
L'édit d'Aleksander Przyjemski de 1692 réglemente les questions juives à Rawicz en mettant à jour les différentes décisions précédentes. Le document est rédigé comme suit: D'Aleksander de Przyjma Przyjemski, vice-panetier de la Couronne, propriétaire de Koźmin, Borek et Rawicz: Qu'il soit connu de tous ceux qui le sauront maintenant et dans les temps à venir que, suite aux privilèges de mes défunts ancêtres qui ont permis aux Juifs, Jakub et Józef avec leurs descendants, de s'installer et de commercer librement dans cette ville de Rawicz sine preiudicio cependant pour la ville et les guildes qui s'y trouvent, je donne par la présente mon consentement pour ledit Józef Łazarz et ses enfants, ainsi que les autres enfants et descendants de Jakub le Juif, qui sont maintenant six chefs de famille juifs, c'est-à-dire : Józef Łazarz, son fils du même nom, son gendre Jeleń Jachym, Borach Jakub, Łazarz Mojżesz et Aaron Dawid à vivre dans ma ville Rawicz, que leur habitation leur appartienne toute leur vie, et qu'ils soient également libres de commercer, en respectant les droits et les lois des guildes en vigueur, et que si coupables de toute violation, ils seront jugés par moi, et non par le tribunal. Et comme lesdits Jakub et Józef Łazarz avaient une maison à Rawicz dans laquelle ils vivaient, maintenant qu'ils sont plus nombreux, c'est-à-dire six chefs de famille, je leur accorde un terrain à l'arrière de la maison pour construire une nouvelle maison et je promets à mes successeurs de les y laisser habiter toute leur vie. Comme il est stipulé dans les privilèges de mes ancêtres, ils paieront un certain loyer à notre trésorerie le jour de la Saint-Martin et donneront aussi toile, sel et autres marchandises, mais par ce privilège je les dispense avec mes successeurs de donner toile, sel et autres biens, et, pour cela, ils paieront trois cents tympfsLe tympf (rarement timpf, polonais: tymf) était une pièce d’argent de qualité inférieure dans le Commonwealth polono-lituanien, mais aussi dans le Brandebourg-Prusse et en Russie aux à notre trésorerie chaque année, aux alentours de la Saint-Martin. En apposant ma signature et mon sceau et avec mes successeurs, je confirme et atteste ce qui précède. À Sieraków, ce septième jour de septembre de l'an de grâce mil six cent quatre-vingt-douze: L. Koczy: Dzieje miasta Rawicza 1639–1914 (L'histoire de la ville de Rawicz 1639-1914); Poznań; 1938; page 308 (tapuscrit détenu par le Musée de Rawicz).
À la suite des désastres survenus dans la ville pendant la période de la guerre du Nord, celle-ci se dépeuple et a besoin de nouveaux habitants, parmi lesquels des Juifs. En 1713, ils obtiennent l'exonération de l'impôt imposé dès 1698, tandis qu'en 1719, par le privilège de Jan Kazimierz Sapieha, ils obtiennent une totale liberté de s'établir et d'exercer le commerce et l'artisanat.
Les édits de 1713 et 1719, renouvelés et prolongés en 1731 par Piotr Sapieha, permettent aux Juifs de Rawicz de participer au commerce des draps locaux. Ceci entraine un certain nombre de plaintes du côté de la guilde des drapiers, mais d'autre part, grâce à leurs nombreux contacts, ils stimulent l'économie de la ville et augmentent le rendement des impôts collectés.
En 1732, une capitation est perçue auprès de 35 Juifs. En 1765, cette taxe s'élève à . En 1753, il y a une rue juive (ulica Żydowska) à Rawicz, et à cette époque, la position des marchands juifs en tant que fournisseurs de laine est dominante. Bien qu'en 1730, Piotr Sapieha interdise d'accepter et de transformer des tissus de juifs, en menaçant de punir les drapiers et tondeurs qui n'obéiraient pas à cet ordre d'une amende de , celui-ci n'est pas toujours respecté.
En 1751, un autre propriétaire de Rawicz publie un édit autorisant les Juifs à se livrer au commerce et au courtage du tissu de Rawicz de 24 et 26 aunes. Les marchands juifs sont principalement censés agir en tant qu'agents pour revendre le tissu local aux marchands de Wrocław avec la réserve qu'ils ne peuvent vendre que la moitié de leur stock aux marchands de Wrocław et seulement s'ils viennent à Rawicz en personne. Ils sont censés vendre le stock restant aux marchands de la guilde locale. Quelques années plus tard, ils créent même la Société des draps de Rawicz, à laquelle est associée également des habitants de Leszno et de Chocz: Dariusz Czwojdrak: Z dziejów ludności żydowskiej w południowo-zachodniej Wielkopolsce (l'histoire de la population juive dans le sud-ouest de la Grande-Pologne); éditeur: Muzeum Edmund Bojanowski; Grabonóg; 2004; page 28; .
En 1772, Jan Nepomucen Mycielski, à la suite de conflits répétés entre la guilde et les juifs, nomme quatre agents commerciaux chrétiens et quatre juifs (courtiers), chargés de coopérer avec les fabricants de tissus et les marchands de Rawicz. Le tissu est exporté vers la Petite-Pologne et vers la célèbre foire de Leipzig. Outre le tissu, les Juifs font le commerce du bétail, du cuir, du vin, de la vodka, du malt et des diamants.
Un Beth Midrash est fondé en 1774 et la première synagogue construite en 1783. En 1777, Mycielski émet un arrêté par lequel tous les Juifs qui ne possèdent pas de biens immobiliers ou une licence pour exercer une activité commerciale doivent quitter Rawicz dans les trois jours : Jan Nepomucen Mycielski, staroste d'Ośnica, propriétaire de la ville de Rawicz et de ses environs ainsi que d'autres propriétés: Par cet édit, je réitère mes dispositions antérieures, que dans les trois jours à compter de demain, les Juifs qui n'exercent aucun métier ou commerce pour vivre, ceux qui ne peuvent l'exercer en raison de la pauvreté ou de l'insuffisance de fonds, qui louent leur habitation à des chrétiens ou à des Juifs, seront expulsés de la ville pour empêcher les fraudes indécentes souvent pratiquées en raison de la pauvreté et des privations, pour soulager la communauté juive de ces lourdes dépenses. Un exemplaire dudit édit, traduit et rédigé en allemand, sera cloué sur les portes de la mairie par le maire de Rawicz à la connaissance des chrétiens, et le maire enverra un autre exemplaire dans la même langue au rabbin pour qu'il le publie lors d'une réunion de toute la communauté à l'école juive. Tout chef de famille chrétien ou juif qui ne chassera pas ces juifs errants hors de sa maison, paiera, sans pardon possible, une amende de 30 reisthalersle reisthaler est équivalent à deux florins; voir: Pierre Giraudeau: La banque rendue facile aux principales nations de l'Europe; page: li au château, et un juif errant trouvé dans la ville après trois jours sera arrêté par les gardes de la ville et mis en prison, et par décision du château, sera expulsé de la ville à sa honte. J'y appose ma signature et y fait apposer un sceau d'armoiries. Fait au château de Rawicz, le : L. Koczy… page 310. À l'époque du dernier propriétaire terrien polonais, les Juifs de Rawicz dominent complètement le commerce du tissu et de la laine, rendant progressivement dépendants les marchands locaux. Ils assument souvent un rôle de donneurs d'ordre, confiant la laine aux drapiers et emmenant les textiles fabriqués par eux aux foires de Wrocław, Varsovie, Lipsko et de Petite-Pologne.
En 1790, après le grand incendie de Leszno, un important groupe de Juifs de Leszno s'installe à Rawicz. Parmi eux, il y a aussi le célèbre Akiva Eiger qui, pendant plusieurs mois, devient l'assistant du rabbin de la communauté de Rawicz: John Cohn: Geschichte der jüdischen Gemeinde Rawitsch; éditeur: Louis Lamm; Berlin; 1915; page 56.
Rawitsch sous domination prussienne Malgré la position et les revenus importants obtenus par les marchands et commerçants juifs de Rawitsch, la communauté locale fait face à de sérieux problèmes financiers. Lorsque la ville est prise par les autorités prussiennes en 1793, lors du deuxième partage de la Pologne, la dette de la communauté s'élève à . On doit cependant noter qu'une telle situation est courante et concerne la majorité des communautés juives de la Grande-Pologne, qui ont contracté de nombreux emprunts pour la construction de leur synagogue. Bien que les nouvelles autorités consentent à la mise en œuvre du plan d'amortissement présenté, elles jugent la dette de fer et ordonnent de la rembourser. Ce n'est qu'en 1834 que la dette est remboursée.
À Rawitsch, en , on accueille Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, qui visite ses nouvelles provinces. Les Juifs de Rawitsch se présentent devant le monarque, vêtus de vêtements turcs. Comme leurs contemporains l'ont rapporté, ils ont mis des vêtements turcs car ils ont peur que la situation qui s'était produite à Toruń ne se reproduise. À cette époque, lorsque Frédéric le Grand visita la ville et vit des Juifs portant de longues redingotes noires, il ordonna de les renvoyer immédiatement en Pologne: Jan Kaźmierczak… pages 44–45.