Joseph Lépine (né le à Rochefort-sur-Mer et décédé le à ParisActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 1330, vue 14/21.) est un peintre français postimpressionniste.
Biographie Jeunesse et éducation vignette|Port de Martigues (vers 1894), collection privée.
Joseph Lépine n'a que 17 ans à la mort de son père ; sa mère rejoint alors sa ville d'origine, et il passe son baccalauréat à Bordeaux, où il fait aussi ses études de droits. Il cherche ensuite sa voie, et trace ses premières esquisses en 1892, à vingt-cinq ans, avant de s’engager dans la peinture auprès de Louis Cabié, disciple bordelais de l'École de Barbizon. Ses premiers tableaux, datés de 1894, sont des paysages de Martigues et de la Provence ; un premier envoi est accepté dès l'année suivante au Salon de la Société des Amis des Arts de Bordeaux.
Cabié, très réticent à l'évolution de la peinture de son temps, déconseilla fortement à Lépine son départ à Paris ; c'est à Jean-Gabriel Lemoine, le Conservateur du Musée de Bordeaux, que Joseph Lépine avait fait confidence du mot de Louis Cabié souvent répété par la suite : Mais Joseph Lépine n'a pas écouté Cabié : il monte à Paris dès 1897, et fait son entrée dans l’atelier de Gustave Courtois et dans celui de Louis-Auguste Girardot, deux élèves de Gérôme, probablement en même temps qu’à l'Académie Julian comme élève libreLépine exprime clairement sa filiation dans les Catalogues de la Société des Amis des Arts de Bordeaux (SAAB) où la liste des envois peut être précédée par l’impression de cette mention ; il se déclare ainsi élève de Cabié depuis qu’il participe à ce Salon dès 1895, il se déclare ensuite élève de MM Cabié, Courtois et Girardot à partir du Salon de 1900 ; tous ces envois sont photocopiés et visibles dans l’Annexe I de la Thèse Ph Greig (2007). La plupart des Académies de jeunesse ne sont pas datées, mais les seules dates notées sont 1897 (en coll privée) et 1898 (en coll privée et au Musée de Bordeaux). Le passage par l’Académie Julian est attestée par plusieurs sources, en particulier par dans un article dont le tapuscrit est signé de sa main et contresigné par Lépine, ce document étant publié dans la . La recherche de n’a pas trouvé trace d’inscription de Joseph Lépine comme élève dans les archives de l’Académie Julian, mais précise que les élèves libres ne faisaient pas l’objet d’inscription, et il est probable que ce soit son cas ; c’est ce que nous écrivons. ; le Musée de Bordeaux possède une vingtaine de planches de ses Académies, quelques-unes sont datées de 1898. Deux de ses premières œuvres sont acceptées au Salon de la Nationale des Beaux-Arts en 1897 et 1898. Lépine se déclare à partir de 1900.
L’année 1899 marque un tournant pour la famille Lépine brutalement ruinéeC’est l’un des apports de , avec confirmation de la ruine dans l’une de ses lettres, et du voyage à Venise dans .. Joseph Lépine vient d'effectuer un voyage à Venise, dont il ramène quelques toiles exposées en 1901 et 1902 ; en 1901 il devient Membre associé de la Société Nationale des Beaux-Arts. Puis le , Marie-Madeleine, la sœur cadette de Joseph, meurt subitement à l'âge de 35 ans.
Adhésion aux Indépendants vignette|gauche|Rue à Vannes, 1910, collection privée.
L’adhésion de Joseph Lépine à la Société des artistes indépendants, en , aboutissement de son parcours dans la vie artistique parisienne, est une prise de position essentielle de l’artiste à l’intérieur du mouvement pictural de son temps. Pour un article publié en pour la revue Musique et Arts d’Aquitaine., il évoque lui-même , et : . Il parle de d'une certaine présence à Montparnasse (donc de 1897 à 1914), et il dit avoir connu
Il peint surtout la Bretagne et la Corrèze, mais en gardant ce lien toujours très vivant avec la vie picturale de Paris. Moins facile et moins chatoyante qu’à ses débuts, sa peinture a pris de la force et développe des contrastes très accusés avec une montée de couleurs très vives et un contrepoint de brun qui n'existait pas jusque-là ; sa palette s'enrichit en particulier d’une gamme de jaunes flamboyants qu'il utilise volontiers en plein contraste avec l’ombre. Henry Bidou l'a finement décrit dans la Gazette des Beaux-Arts de : Louis Vauxcelles porte un regard similaire, dans La Vie artistique d’, lorsqu’il distingue Lépine, analyste des vieux murs dorés par la lumière, mais voit aussi le bord de l’ombre se nuancer de violet comme le défendait Signac, et note cette dette à la technique Néo-impressionniste de la division du ton. Ce travail aboutit au premier achat de l'État au Salon des Indépendants de 1908 : Vieille boutique, mis en dépôt au Musée de Menton. Cet achat est suivi d’autres marques d'intérêt pour la peinture de Lépine. En 1908 et 1909, il est invité à participer aux deux premiers Salons de l’Allied Artists’ Association au Royal Albert Hall de LondresLa découverte de l’étiquette d’envoi à Londres de l’un des tableaux, la Porte au soleil, avec tous les clichés de la peinture, de l’étiquette, et des deux catalogues anglais retrouvés à la Tate sont publiés dans l’Annexe I de la Thèse ..
En 1910, l'un de ses tableaux est reproduit dans le catalogue du Salon de la Nationale. En 1912, il bénéficie d'un second achat de l'État au Salon des Indépendants pour l'une des Nature morte qui deviennent une part essentielle dans sa création, et il est élu Sociétaire de la Nationale des Beaux-Arts. En 1913, il bénéficie d'un troisième achat de l'État pour l'une de ses Salle à manger qui appartient aujourd'hui au mobilier du Sénat, et il expose aussi au Salon d'Automne. 1914 se termine avec sa participation au jury du Salon de la Nationale qui fut aussi le moment de ses échanges avec Maurice DenisLe fait déjà établi par plusieurs témoignages est très précisément confirmé et précisé par ..
Cette période s’accompagne d’une métamorphose progressive de sa peinture : les contrastes cèdent la place à un éclat coloré beaucoup plus clair, et les touches se font plus fines ; les Natures mortes prennent la place principale avec ses nombreuses Tables noyées dans la nature, et un véritable cycle de la Salle à manger jalonne cette évolution.
Signac, Antibes et la Grande guerre vignette|droite|Les tours d'Antibes, harmonie rose, 1917, collection privée.
La Guerre disperse les relations, et brise l’élan que venait de prendre, trop récemment, sa carrière : Lépine doit poursuivre sa création dans une certaine solitude en porte particulièrement le témoignage : ; il s’efforçait .. Âgé de cinquante ans en 1917, Lépine se trouve à Antibes au milieu de sa vie de peintre : il a tracé 25 ans plus tôt ses premiers croquis, et il posera 25 ans plus tard ses dernières touches. Ce moment et ce lieu marquent aussi le temps le plus fort de sa relation avec Paul Signac conduit à la convergence puis l’éclatement autour de ce moment. Nous ne disposons actuellement d’aucun document précisant le contenu de leur dialogue. Il faut cependant noter le propos tranchant dans : ..
Si Lépine livre alors ses quelques toiles les plus pointillistes, s’il s’enrichit de ses essais avec la couleur et la lumière, il ne s’accorde pas au systématisme d’une formule et s’éloigne clairement de Signac ; il n’exposera plus jamais aux Indépendants. Ces expériences rejoignent cependant la grande liberté déjà prise avec la couleur, et les écarts subtils introduits dans la perspective, ou dans l’effacement des limites rigides. Ses compositions s’évanouissent maintenant dans l’abstraction des touches à mesure qu’elles se rapprochent du bord du tableau, ce qui crée un effet d’émergence du motif entre le cadre et le cœur du sujet. Au retour d’Antibes, Lépine semble ne plus bouger beaucoup jusqu’à l’armistice de 1918 et un peu au-delà. Il plante son chevalet le long du Val de Garonne, entre Bordeaux et Langon, souvent à Verdelais, et il reprend une brillante série de Natures mortes sur des tables de jardin.
Lépine revient ensuite à plusieurs reprises dans le Midi, peut-être de nouveaux passages à Antibes, et certainement sur la baie de Saint-Tropez ; la Côte d'Azur et le Val de Garonne se partagent alors son attentionC’est ici la connaissance de ses œuvres qui a éclairé le parcours du peintre. Le Catalogue dans comporte 490 clichés publiés. Cet inventaire se poursuit, se précise, et donnera assez vite - nous l’espérons – une publication du Catalogue raisonné en ligne.. Puis, vers 1925, il retourne à Paris et se laisse séduire par Notre-Dame : tous les angles et toutes les heures l’y retiennent, et ce lieu lui inspire les inépuisables variations de sa palette ; il repasse aussi par la Bretagne où il traite par exemple le clocher de Saint-Tugen de façon très similaire aux tours de Notre-Dame de Paris. Ces expériences après celles de la Rue à Vannes ou de la Cathédrale de Quimper ont rapidement conduit Joseph Lépine face aux cathédrales d’Amiens puis de Rouen.
Entre la matière et la lumière vignette|Cathédrale de Rouen en plein soleil, collection privée.
Lépine a toujours aimé les vieux murs baignés de soleil, mais avec sa série des Cathédrales, de 1926 à 1928, la façade de pierre occupe à elle seule toute la surface du tableau, l’ancienne fascination se fait à Rouen, hommage et confrontation à Monet, et devient finalement un nouveau tournant dans sa factureOn peut ici consulter avec profit la Thèse , en particulier dans l’Annexe I des Documents et pièces jointes..
Il introduit une couche de préparation de couleur sableuse très claire sur son support, les interstices vierges des perdent leur caractère éteint et mat, et cette transformation du fond la force des pigments. Il cherchait, comme tous les coloristes, à faire monter la saturation des pigments sans rien perdre de la clarté, réunir ainsi matière et lumière, et obtenir à la fois l’intensité et l’éclat ; cette recherche commencée à Martigues, Treignac, Vannes et Antibes trouve ainsi son aboutissement à Rouen. Cette élaboration très attentive à la facture rejoint alors son intérêt ancien pour le pastel, et s’accompagne d’un investissement important de la gravure et du monotype.
Si Bordeaux reste son port d’attache, ses déplacements n’ont jamais été aussi diversifiés : Val de Garonne, Corrèze, Bretagne, et Côte d’Azur. Il reprend des motifs déjà traités avec sa nouvelle facture, mais autour de 1930, il semble partout se trouver face à face avec l’éblouissante fascination de murs nus sans aucune ouvertureC’est là encore le catalogue des œuvres qui est la meilleure source à retrouver. Les échanges qui se sont noués autour des peintures à l’occasion de la rétrospective d’Eysines ont fait émerger fortement ces impressions, avec leurs mots que nous essayons de retraduire ici.. Il aime les traiter avec une intense suggestion tactile qui nous rapproche, nous ramène aux impressions archaïques de chaleur et d’attachement, et la nature tout autour ne sert qu’à les enchâsser ; il offre là un mélange de beauté et d’ascétisme.
Retour à Paris et décès L’année 1933 est un tournant de son existence bien davantage que de son style : marquée d’abord par le décès de sa mère à l’âge de 94 ans, elle est surtout le moment où sa figure émerge de plus en plus à Bordeaux. Jean-Gabriel Lemoine, le Conservateur du Musée, constate que . La critique le distingue nettement, et ce sont les jeunes peintres qui lui manifestent le plus de sympathieLes propos cités ci-dessus sont écrits sous la signature de . mais il s’agit du pseudonyme de J-G. Lemoine. évoquait déjà Lépine comme pour les jeunes peintres (dont il faisait lui-même partie).. En 1939, la ville de Bordeaux fait entrer son Paysage près de Verdelais dans les collections du Musée des Beaux-Arts. Et en 1941, l’État effectue un dernier achat au peintre, la Vue des quais de Bordeaux à Saint-Michel, déposée ensuite au Musée de Libourne.