La bataille de Grozny de novembre 1994 est une tentative secrète des services de renseignement russes d'évincer le gouvernement tchétchène de Djokhar Doudaïev, en s'emparant de la capitale tchétchène de Grozny. L'attaque est menée par des formations armées du , dirigées par Oumar Avtourkhanov, avec un soutien clandestin de blindés et d'avions de la fédération de Russie le . Les combats se calment après les dix premières heures, la république tchétchène d'Itchkérie repoussant l'assaut de manière décisive.

Le gouvernement russe nie officiellement toute implication militaire dans l'opération, mais soutient ouvertement le Conseil provisoire. L'attaque se solde par un échec décisif, avec des centaines de miliciens tués ou capturés, en plus de tués et de 35 à . Doudaïev menace d'exécuter les prisonniers dans le but d'obtenir un aveu de la Russie concernant son implication, incitant le gouvernement de Moscou à exiger que les forces armées d'Itchkérie libèrent les captifs et déposent les armes dans les sous peine d'intervention militaire. L'incident conduit à l'invasion militaire à grande échelle de la république qui commence en .

Contexte À l'été 1994, le FSK (l'ancien KGB et futur FSB) entame une coopération active avec les dirigeants de l'opposition interne tchétchène contre Doudaïev, les réunissant au sein d'un organe nommé le . Les forces d'Oumar Avtourkhanov (un ancien officier du MVD soviétique) et Beslan Gantemirov (un ancien maire de Grozny et allié devenu ennemi de Doudaïev) reçoivent de Moscou non seulement de l'argent mais aussi une formation et des armes, y compris des armes lourdes. Les mois d' et de voient le déclenchement de combats entre l'opposition et les forces de Doudaïev. À cette époque, l'opposition a établi une force bien armée de plusieurs centaines d'hommes, équipés de véhicules blindés et secrètement soutenus par des hélicoptères russes opérant à partir de la base aérienne de Mozdok, en Ossétie du Nord-Alanie. Cette campagne militaire culmine lors d'une attaque contre Grozny les et , lorsque les milices de Gantamirov (avançant vers le nord depuis la base nouvellement saisie à ) et Rouslan Labazanov (avançant vers le sud depuis ) tentent en vain de prendre la ville par un joint assaut pour la première fois (Labazanov seul avait auparavant également tenté d'entrer dans Grozny le )Война в Чечне – Хроника войны .

Déçue par ses échecs et consciente de sa faiblesse militaire jusqu'à et après l'assaut d', l'opposition tchétchène, aidée par un ancien président de souche tchétchène du Soviet suprême, Rouslan Khasboulatov, intensifie son lobbying auprès du FSK et de l'état-major du président russe Boris Eltsine en faveur d'une implication plus directe de Moscou. En conséquence, Avtourkhanov et Gantemirov, qui rejoignent alors leurs milices, reçoivent toutes les armes, les instructeurs, la formation et le soutien médiatique qu'ils ont demandés, préparant le terrain pour l'assaut final. En , le ministre russe de la Défense, le général Pavel Gratchiov, ordonne la formation d'un groupe opérationnel spécial de la direction principale des opérations de l'état-major général des forces armées de la fédération de Russie, dirigé par le chef adjoint de la direction principale des opérations Anatoli Kvachnine et le général . Des membres d'équipage de chars en service actif des formations d'élite russes dans le district militaire de Moscou, ainsi que d'autres membres du personnel russe tels que d'équipage d'hélicoptères du district militaire du Caucase du NordДесять лет позорному штурму Грозного , reçoivent de faux documents et sont envoyés en Tchétchénie. Un transport de blindés supplémentaires est également amené par le FSK. Les questions de recrutement (les commandants de chars russes se seraient vu offrir l'équivalent de pour participer au coup d'État) et de transfert d'armes impliquent le directeur adjoint du FSK chargé de superviser le Caucase, le général Sergueï Stepachine (son émissaire en Tchétchénie était le colonel Khromtchenko) et le vice-ministre russe des nationalités, le général Alexandre Kotenkov, ainsi que son supérieur direct, Nikolaï Iegorov.

Attaque Le , le Conseil provisoire commence à préparer son assaut final sur Grozny. Un grand groupe d'officiers russes dirigé par le chef d'état-major, Mikhaïl Kolesnikov, vole de Moscou à Mozdok, et la supervision directe des opérations de combat est confiée au commandant adjoint du d'armée de la Garde russe de Volgograd, le général Guennadi Joukov. Un convoi de véhicules blindés russes entre sur le territoire de la Tchétchénie. Le premier affrontement a lieu à de la frontière près de , lorsqu'un petit groupe de partisans de Doudaïev tend une embuscade au convoi et neutralise deux chars. Le lendemain, en route vers Ourous-Martan, le convoi est de nouveau attaqué près de la colonie d' (Iermolovka) entraînant la perte d'un autre char. Malgré cela, les forces pro-Doudaïev à Grozny sont considérées comme incapables d'organiser la résistance à une attaque d'une telle ampleur.

Le matin du , les Russes et leurs alliés tchétchènes entrent dans la capitale dans les colonnes motorisées venant de deux directions, le et le , soutenus par plusieurs avions d'attaque fédéraux banalisés. Selon le commandant tchétchène Dalkhan Khodjaïev, la force du coup d'État à Grozny compte de combat principaux T-72, huit véhicules blindés de transport de troupes BTR-80, divers autres véhicules, un certain nombre d'avions et plus de . Des sources russes donnent des chiffres similaires d'environ 40 à (d'après un décompte, 14 d'entre eux tenus par l'opposition tchétchène et le reste par des Russes), soutenus depuis les airs par six hélicoptères et six chasseurs Soukhoï Su-27Спецслужбы разжигают войну в Чечне , mais estiment un nombre nettement inférieur en termes de troupes d'infanterie, environ à tchétchènes alliés (y compris les 30 combattants restants de Labazanov après la défaite de sa milice à Argoun). L'attaque se heurte à une défense improvisée mais féroce des forces gouvernementales tchétchènes et des milices loyalistes (principalement le bataillon abkhaze endurci composé d'anciens combattants de la guerre d'Abkhazie et dirigé par Chamil Bassaïev) dans le centre-ville, y compris une embuscade près du palais présidentiel tchétchène et des combats au siège de la sûreté de l'État, à la et au centre de télévision. L'assaut se transforme ensuite en catastrophe lorsque les défenseurs brûlent ou capturent la plupart des véhicules blindés attaquants, faisant des dizaines de prisonniers militaires russes dans l'action (principalement après avoir piégé un grand nombre d'entre eux dans le parc Kirov, dans le district de Leninsky), et met complètement en déroute l'opposition.

Pertes Selon des sources russes, 40 à sont faits prisonniers (principalement des soldats russes) et la quasi-totalité des chars (excepté 18) sont perdus. Selon un décompte russe, les forces pro-Moscou ont subi et le premier jour; une autre source russe allègue que ) de l'opposition de qui s'étaient rendus à la station de télévision ont ensuite été exécutés par la Garde nationale de Doudaïev. Tout ce qui reste de la force de chars russe et des formations d'opposition tchétchènes ont quitté la ville le même jour. Les loyalistes de Doudaïev affirment avoir tué , détruit environ Fire in the Caucasus Time, 12 December 1994. et en avoir capturé quatre ou cinq après la fuite ou la reddition des équipages. Un décompte de 2010 par le centre Kavkaz estime que 300 à de l'opposition et russes ont été tués, des centaines d'autres blessés et 150 à 200 faits prisonniers (dont environ des divisions de la Garde Tamanskaya et KantemirovskayaTank armada of Russian troops defeated in Grozny (Jokhar) on 26 November 1994 - Kavkazcenter.com.). En outre, , (ABC) et (IFV) auraient été détruits et , et capturés. Selon des sources occidentales, plus de sont mortes et les assaillants ont perdu la plupart de leurs véhicules; en outre, de combat russes et un avion d'appui aérien rapproché Soukhoï Su-25 auraient été abattusRussia's Strategy in Chechnya: A Case Study in Failure, Maxwell Air Force Base Air War College, April 1997.. Selon les chiffres cités par Human Rights Watch et le magazine Armor, entre 70Russia's War in Chechnya: Victims Speak Out Human Rights Watch, January 1995. et 120Red Dawn in Chechnya: A Campaign Chronicle, Armor, March–April 1995. militaires russes ont été faits prisonniers.

Conséquences Cette défaite est catastrophique, non seulement sur le plan militaire mais aussi sur le plan politique. Toute complicité russe et toute connaissance de l'opération sont d'abord niées par Moscou, mais par la suite reconnues après la capture de russes ayant défilés devant des caméras de télévisionThe Battle of Grozny: Deadly Classroom for Urban Combat, Parameters, summer 1999.. et Doudaïev menaça de les exécuter si Eltsine ne reconnaissait pas ses propres soldatsDudayev Vows to Crush Rebels Amid New Clashes Around Grozny, Agence France-Presse, 27 November 1994.. Le , Eltsine jure de porter assistance aux prisonniers russes, la première reconnaissance indirecte de l'implication russe.

L'échec de la tentative de coup d'État épuise les moyens de la Russie de faire la guerre contre Doudaïev par procuration et conduit la Russie à lancer une invasion directe totale en . Le , le Conseil de sécurité russe se réunit en urgence, adoptant une décision secrète pour préparer un plan d'opération militaire en Tchétchénie dans les 14 jours. Le président du gouvernement russe Viktor Tchernomyrdine appelle Eltsine à . Le même jour, une grande frappe aérienne de l'aviation militaire russe élimine tous les avions militaires et civils à la disposition du gouvernement de Doudaïev et détruit les pistes des deux aérodromes près de Grozny (la base aérienne de Khankala et l'aéroport de Grozny). Le , Eltsine lance à la Tchétchénie un ultimatum de pour dissoudre toutes les , désarmer et libérer tous les prisonniers. Le , des dizaines de milliers de soldats russes reçoivent l'ordre de se diriger vers Grozny depuis le Daghestan, l'Ingouchie et l'Ossétie du Nord, débutant officiellement la première guerre de Tchétchénie.

Notes et références

Bataille de Grozny 199411 Grozny 199411 Bataille de Grozny 199411 Bataille de Grozny 199411 Grozny 11 Catégorie:Novembre 1994