Francisco Canals Vidal, né à Barcelone le et mort dans la même ville le , est un philosophe, théologien, universitaire et militant catholique laïc espagnol. Longtemps titulaire de la chaire de métaphysique de l'université de Barcelone, il est surtout reconnu comme l'un des thomistes contemporains les plus distingués et le chef de file de l' ; il consacra principalement ses travaux scientifiques à la métaphysique de la cognition. En tant que théologien, il se spécialisa en théologie de l'histoire et en joséphologie, en tant que laïc catholique, il contribua à la dévotion pour le Sacré-Cœur de Jésus. Historien des idées et partiellement théoricien politique lui-même, il fut lié à la version carliste du traditionalisme et est considéré comme l'un de ses plus grands maîtres contemporains.
Famille et jeunesse left|thumb|Barcelone, juillet 1936. La famille Canals est parmi les plus connues de Catalogne ; elle acquit à la fois de la reconnaissance et une position sociale au , avec la co-fondation, la reprise et la gestion ultérieure des , l'une des premières grandes industries textiles de la région. Le grand-père paternel de Francisco, Emilio Canals Moret (1841-1907), milita dans le Parti conservateur et entra en 1902 dans son comité exécutif de Barcelone.. Il épousa María Paz Arrieta Acuña ; le couple eut au moins 10 enfants, dont le père de Francisco, Manuel Canals Arrieta (1877-1938). Ce dernier épousa Carolina Tay Sucre avec qui il eut un enfant avant la mort de cette dernière. Remarié, il épousa Manuela Vidal Cabot (1886-1973)La Vanguardia du 20 février 1873, p. 29. Le couple vivait à Barcelone et eut 5 enfantsLa Vanguardia du 11 août 1940, p. 2, dont Francisco fut le cadet.
Les enfants de la famille furent élevés dans une ambiance profondément religieuse. Francisco commença ses études à l'école piariste de la ; en 1932, faisant déjà ses études secondaires, on l'inscrivit au collège du Sacré Cœur, toujours à Barcelone. Une source affirme qu'il fréquenta le collège jusqu'en 1939, une autre que, vivant dans la Barcelone contrôlée par les républicains, il fréquenta divers établissements et obtint le bachillerato peu après la fin de la guerre civile. Il commença des études de mathématiques, mais abandonna au bout de peu de temps et rejoignit en 1940 le séminaire jésuite de Veruela, qu'il abandonna à son tour après quelques mois de noviciat. Plein d'incertitudes quant à son avenir et cédant à la pression de sa propre famille, il décida de suivre des études de notaire et, en 1943, s'inscrivit en droit à l'université de Barcelone. Avant d'obtenir son diplôme en 1946 et d'envisager des études juridiques d'introduction à l'enseignement général, il entama des études de philosophie et lettres ; il obtint son diplôme en 1950. À la fin des années 1940, Canals assuma des fonctions d'enseignant auxiliaire à l'université de Barcelone. vignette| En 1950, Canals épousa Isabel Suris Fábrega. Le couple s'installa à Barcelone et eut 11 enfants. Parmi ceux-ci José María Canals Suris est actif dans la politique liée au traditionalisme ; en tant que candidat de la , il se présenta sans succès au Sénat, en 2004 pour Albacete.
Carrière académique gauche|thumb|Le lycée Balmes de Barcelone (site actuel). Diplômé en philosophie et lettres, Canals décida au début des années 1950 de se consacrer à la philosophie et entreprit des études doctorales sous la direction de Jaime Bofill. Il présenta sa thèse, El logos, ¿indigencia o plenitud? () à l'université de Madrid en 1952. Il obtint un second doctorat en 1956, avec Cristianismo y Revolución (), dans le Département de droit de l'université de Barcelone. Bien qu'il donnât des cours mineurs depuis 1949, ses tentatives pour obtenir des chaires de métaphysique à Valence et de droit politique à Barcelone s'avérèrent infructueuses ; il fut néanmoins engagé dans la capitale catalane pour enseigner la théorie de la connaissance. En 1958, il commença à enseigner à lycée Balmes, un prestigieux établissement d'enseignement secondaire de BarceloneABC du 30 avril 1958, et fut également admis dans le Cuerpo de Catedráticos Numerarios de Institutos Nacionales de Enseñanza Media.
Canals commença à travailler à temps plein à l'université de Barcelone dans des circonstances controversées. En 1965, Manuel Sacristán Luzón, de plus en plus reconnu comme philosophe marxiste et soupçonné d'être membre du Parti communiste espagnol clandestin, n'obtint pas le renouvellement de son contrat et c'est Canals qui reprit ses cours. En 1966, il assuma la chaire de métaphysique, en remplacement de Jaime Bofill qui prenait sa retraite ; Canals occupa ce poste pendant plus de 20 ans, jusqu'à ce qu'il prît à son tour sa retraite en 1987. À la fin des années 1960 il dirigea le département de philosophie théorétiqueDiccionario Biográfico Español Contemporáneo, Madrid 1970, vol. 1, p. 377. Dans les années 1970, il cofonda la Société internationale Thomas d'Aquin, dont il présida la section espagnole (1981-1986) et fut vice-président de son exécutif international (1991-1997) ; dans l'intervalle, il obtint un autre doctorat, en théologieen 1981 ; il obtint tout d’abord une maîtrise en théologie in 1973. En 1989, Canals fut nommé à l'académie pontificale saint Thomas d'Aquin, basée au VaticanLa Vanguardia du 19 mars 1989, p. 16. Au , il fut docteur honoris causa des universités de Manille, celle de Mar del Plata et de l'université Abbé Oliva CEU de Barcelone. Canals fut également un conférencier actif au-delà du cadre universitaire. thumb|Université de Barcelone Canals considérait son travail académique comme un service à la science et à la religion ; il ne voyait aucune incompatibilité dans la recherche de la vérité scientifique et dans l'attitude missionnaire et apostolique. Il considérait que les deux étaient liés de près et s'attacha à eux avec passion ; ses cours furent remarqués pour leur logique rigoureuse, mais aussi pour la ferveur avec laquelle il les menait et l'animation qu'il leur insufflait. Lorsqu'il remplaça Sacristán, Canals affirma avoir accepté le poste « pour sauver les étudiants du feu éternel », auquel ils avaient été exposés lors des discours de son prédécesseur. Les étudiants se mirent en grève et Canals échappa de peu à une agression physique ; il fut fustigé plus tard pour et pour avoir placé un crucifix sur le mur de la salle de cours. Dans les années 1970, il était déjà une icône ultra-réactionnaire ; lors des émeutes de 1971, des centaines d'étudiants envahirent son bureauLa Vanguardia du 27 mars 1971, p. 31 et se vantèrent plus tard d'avoir expulsé un réactionnaire de la facultéLa Vanguardia du 1 avril 1971. Pendant la transition démocratique, Canals fut particulièrement alarmé par la déchristianisation des universités et resta déterminé à affronter la marée marxiste montante. inquiet de l'infiltration par le PCE du domaine académique dans la poursuite de ses objectifs révolutionnaires.. Il dénonça encore plus tard les activités subversives. et essaya d'empêcher la marginalisation de la religion et de la foi à l'Université..
Philosophe gauche|thumb|Thomas d'Aquin L'intérêt de Canals pour la philosophie fut éveillé par , un prêtre catholique et philosophe qu'il rencontra au milieu des années 1940 ; leur coopération intellectuelle qui dura 15 ans et leur amitié personnelle firent de Canals un thomiste. Une autre personnalité qui contribua à sa formation fut Jaime Bofill Bofill, également disciple d'Orlandis et son successeur à la tête de l'. Canals lui succéda au milieu des années 1960 ; il dirigea le groupe informel durant les 40 années suivantes et devint un maître pour ses représentants ultérieurs, José María Petit, José María Alsina, Antonio Prevosti, Margarita Mauri, Ignacio Guiu, José María Romero, Francisca Tomar, Misericordia Anglés, Eudaldo Forment et d'autres.
La contribution de Canals à la philosophie couvre la métaphysique, l'ontologie et l'épistémologie, ses trois sujets principaux étant la métaphysique de la connaissance, la métaphysique de l'être et la métaphysique de la personne ; son principal domaine d'intérêt était la théorie de la cognition. Cependant, son œuvre est généralement reconnue pour avoir fourni une synthèse du thomisme avec de multiples facettes, peut-être la toute dernière qui ait été réalisée. La contribution la plus originale de Canals à la compréhension du thomisme est une théorie du « réalisme pensant », qui se focalise sur la relation entre un humain et la transcendance en discutant de l'intégrité de l'acte d'être et de l'acte de savoir parle de duplex esse, le dernier étant manifestatif et locutoire. Cette théorie est combinée et étayée par l'accent mis sur les praecognitia, les propriétés cognitives d'un humain ; L'approche substantialiste de la personne est un autre trait caractéristique du discours de Canals, dans le cadre de sa conception générale d'un « humanisme théocentrique » Un autre trait marquant l'approche novatrice de Canals envers le thomisme est un certain détachement de l'analyse de l'orthodoxie scolastique et néo-scolastique traditionnelle et la définition du concept dans le discours avec une pensée fondée sur l'approche kantienne et hégélienne . Loin de chercher un terrain d'entente, Canals chercha à démontrer la robustesse de l'œuvre d'Aquin en tant que capable d'affronter et de surmonter les limites perçues de la pensée moderne. vignette|Somme théologique de Thomas d'Aquin Le traité philosophique de Canals le plus notable et distinctif est certainement Sobre la esencia del conocimiento (1987), une étude approfondie et éruditeBarcelone, 1987, , 699 pages traitant de l'épistémologie du point de vue thomiste, décrite par certains comme « le livre qui fait histoire ». Un ouvrage plus synthétique sur Thomas d'Aquin, rassemblant la plupart de ses sujets antérieurs et résumé à la fin de la vie de Canals, est Tomás de Aquino. Un pensamiento siempre actual y renovador (2004)Barcelone, 2004, , 350 pages. Deux ouvrages antérieurs, plus compacts et le dernier en partie répétitif, sont Para una fundamentación de la metafísica (1967)Barcelone, 1967, 238 pages et Cuestiones de fundamentación (1981)Barcelone, 1981, , 227 pages. Il publia d'autres travaux mineurs éparpillés dans des revues spécialisées. L'œuvre thomiste de Canals est complétée par une anthologie qu'il édita, Sant Tomàs d'Aquino. Antología metafísica (1991), accompagné de deux autres anthologies de textes philosophiques contemporains (1974) et médiévaux (1975), tous deux réimprimés à plusieurs reprises au cours des deux décennies suivantes, . L'ouvrage qui connut la plus grande popularité, cependant, est conçu comme un manuel pour les étudiants en philosophie : Historia de la filosofía medieval (1976), qui fut réédité 4 fois jusqu'au début des années 1990.
Théologien left|thumb|Le Sacré-Cœur par Batoni