Emmanuel-Joseph Bailly de Surcy (1794-1861) est un imprimeur et journaliste français. Il joue un rôle actif dans le renouveau catholique en France au . Doté d'une réelle vocation pédagogique, il consacre sa vie au militantisme catholique.
Biographie Emmanuel-Joseph Bailly, dit Bailly de Surcy, nait à Brias dans le Pas-de-Calais le Plusieurs sources le disent, à tort, né en 1793. (18 ventôse an II) dans une famille très catholique. Il est le fils de Joseph-André Bailly, cabaretier en 1794, instituteur à Brias en 1822, cultivateur en 1830, et de Reine Fauquennoy. Pendant la Révolution française, les manuscrits de Vincent de Paul, fondateur des Filles de la charité de Saint Vincent de Paul, et une partie de ses reliques sont confiées au père d'Emmanuel..
Il est l'élève pendant un an du collège Saint-Acheul d'Amiens.. Il envisage de devenir prêtre. et entre en 1815 au séminaire d'Amiens, y étudie la théologie, mais les formateurs doutent de sa vocation à devenir membre du clergé. Il postule alors chez les Lazaristes, choisis par son frère Ferdinand.. Ceux-ci l'envoient enseigner au petit séminaire de Soissons. L'expérience ne dure qu'un an : il abandonne définitivement l'idée de devenir religieux mais y découvre le métier de pédagogue par lequel il commence sa carrière. Il aurait étudié la philosophie chez les Jésuites.
En 1818, à 24 ans, il va à Paris où il s'installe.
Emmanuel Bailly de Surcy, domicilié à Paris 13, rue de l'Estrapade, prend pour femme le , à 36 ans, Apolline-Marie-Sidonie Vrayet de Surcy (1805-1870), à Berteaucourt-les-Thennes, dans la Somme. Le jour de son mariage, il est dit président de la Société des bonnes études et homme de lettres. Sur la demande son beau-père, et afin que le nom survive, il ajoute le nom de Surcy au sien.
Le couple va avoir six enfants, deux prêtres, deux religieuses, deux célibataires, dont Marie-Adrienne, carmélite, Marie (1837-1906), supérieure générale de la congrégation de Sainte-Clotilde, Emmanuel Bailly, troisième Supérieur Général (1903-1917) des Augustins de l'Assomption, et Vincent de Paul Bailly, religieux et journaliste, fondateur des périodiques Le Pèlerin en 1873 puis La Croix en 1880 dans le cadre de la centrale catholique de la Bonne Presse.
Emmanuel Bailly de Surcy vit des dernières années difficiles : sa santé est sérieusement ébranlée, ses affaires en grande difficulté..
II meurt le à Paris, à l'âge de 67 ans. Il est d'abord enterré au cimetière du Montparnasse, mais son épouse obtient que sa dépouille soit transférée pour être admise dans le caveau familial situé à Berteaucourt-les-Thennes, lieu de leur mariage.
Pédagogue En 1818, il vient s'installer à Paris, 7, rue Cassette où il assure le préceptorat de deux jeunes gens. Il se veut guide spirituel laïc. Bailly de Surcy se donne l'objectif d'assurer la défense « du trône et de l'autel.».
En 1819, il fonde à cette adresse une sorte de pension de famille, où il accueille les étudiants provinciaux isolés à Paris, leur assure le gîte et le couvert, et dirige leurs études. En 1821, il s'associe à un ancien condisciple, Georges-Marin Lévêque, pour tenir une pension pour étudiants rue Saint-Dominique d'Enfer, puis place de l'Estrapade. Lévêque prend en charge l'organisation matérielle, Bailly dirige les études et les conférences.. On cite parmi les élèves accueillis au fil des années Frédéric Ozanam, Melchior du Lac, Levavasseur, Emmanuel D'alzon, et même Charles Baudelaire. La pension Bailly, place de l'Estrapade, coûte par an en 1827 ce qui représente une somme notable, seulement accessible à une catégorie d'étudiants disposant de moyens appréciables.. Les familles catholiques de province préfèrent en effet confier leurs enfants à des institutions bien pensantes de ce genre.. Emmanuel Bailly de Surcy reçoit au maximum 30 pensionnaires en même temps, limité par le nombre de chambres qu'il peut mettre à disposition, 15 à 20, soit individuelles soit pour deux personnes
Bailly de Surcy agit en ayant à l'esprit l'idée de communauté rayonnante : un petit nombre de personnes pouvant dispenser les bonnes idées à un public élargi, afin de faire progresser la bonne parole de proche en proche.. De la même manière, les conférences d'histoire, de philosophie, de lettres créées ultérieurement doivent concourir à former les futurs élites, propres à assurer les premières fonctions dans la société, tout en défendant et propageant le foi chrétienne..
Avec les étudiants et pour eux, Bailly de Surcy organise en 1821 une Société des Études Littéraires, sorte d'université « au petit pied », à tendances catholiques et conservatrices. Sont organisées des soirées où ses pensionnaires peuvent inviter leurs amis. On y retrouve Henri Lacordaire, Louis de Carné, Edmond de Cazalès, Charles Lenormant, Hippolyte Fortoul, etc.. Dans le même objectif, Bailly de Surcy crée en 1823 une conférence de droit, où les étudiants en droit pensionnaires chez lui, plaident des causes fictives dans une pièce transformée en salle de tribunal. et en 1827 il met en place une conférence d'histoire. De sept auditeurs en 1819, on passe à 33 en 1821, dont un tiers seulement sont pensionnaires chez Bailly de Surcy.
Le nombre de membres actifs est volontairement limité à 40. On ne peut le devenir qu'en étant présenté par deux membres actifs qui répondent du candidat. Celui-ci doit fournir un travail (lecture d'un texte rédigé par le membre sur un sujet philosophique ou religieux ou littéraire, rapport sur un ouvrage, participation aux discussions) qui est étudié par une commission. La décision d'admission ou de rejet est prise après avoir entendu le rapport effectué sur le dit travail.. Le membre se doit d'être assidu et doit réaliser régulièrement de telles tâches.
Affilié à La Congrégation, association catholique proche du pouvoir, depuis le , il dirige les études de ses protégés dans le sens de cette société et le , il fusionne son groupe d'élèves avec la Société des Bonnes Études, créée par la Congrégation en 1823, tout en gardant son indépendance. De ce fait, il peut changer de local pour domicilier son groupe au 11-13 de la rue de l'Estrapade, ou au 11, rue des Fossés Saint-Jacques, adresse également parfois donnée.. Les pensions Lévêque et Bailly, dont les élèves encadrés et surveillés obtiennent de meilleurs résultats aux examens, deviennent l'internat de la Société des Bonnes Études, qui reste un foyer, un externat. En 1827, l'osmose avec les Bonnes Études s'accomplit lorsque Bailly de Surcy devient le président de l'ensemble et assure le sérieux et la solidité de l'œuvre.. En 1829, Bailly rachète la pension de Jean-Baptiste Poujol située rue d'Enfer..
À la même époque, il est reçu membre de la Société des Bonnes Œuvres, où il préside la section « Visite des hôpitaux ». Il encourage les étudiants à effecteur des visites de charité dans les hôpitaux, prisons, domicile des pauvres.. En 1824, il est secrétaire de la Société catholique des Bons Livres, qui vise à diffuser les bonnes lectures dans les milieux populaires
La Société des Bonnes Études, profondément conservatrice dans son principe, contient cependant en germe tout le futur mouvement catholique libéral. Elle compte 43 membres. Mais les conférences accueillent un public beaucoup plus vaste, en particulier après la fusion du groupe d'élèves de Bailly de Surcy avec la Société des Bonnes Études. Ce succès est atteint bien que les femmes n'étaient pas acceptées. Les conférences, les Bonnes Études, répondent à un besoin des étudiants en fournissant un complément et en élargissant les connaissances au-delà des cours dispensés par l'Université.
Les positions favorables à l'Église et au roi ne vont pas manquer d'attirer les critiques sur Bailly de Surcy, et sur les Bonnes Études qui sont accusées dans différents textes parus en 1826 et les années suivantes, d'avoir un comportement sectaire, quasi « mafieux », réservant par exemple, les postes dirigeants aux anciens membres, ou encore « en lavant » les cerveaux des jeunes gens.. La carrière et les prises de position ultérieures de certains anciens auditeurs, comme Alexis de Tocqueville, qui fréquente l'institution entre 1823 et 1826, et qui ne devient pas pour autant un légitimiste orthodoxe montre l'exagération de ces critiques. Bailly de Surcy pouvait jouer de son influence pour favoriser les souhaits de ses pensionnaires, mais dans certaines limites seulement et uniquement jusqu'en 1830..
En 1827, la Conférence de droit créée par Bailly en 1823 cesse son activité, elle s'intègre dans celle de même type dépendant de la Société des Bonnes Études, plus renommée que la sienne.
En 1828, le Ministère Jean-Baptiste de Martignac fait adopter par les chambres (Chambre des députés, Chambre des pairs), des mesures législatives anticléricales. La Congrégation décide de réagir. Elle s'associe avec d'autres mouvements catholiques et fédère en 1828, ses militants en une association qui, le prend le nom d'« Agence générale pour la défense de la liberté religieuse » puis d'« Association pour la défense de la religion catholique », dont le duc d'Havré, capitaine aux gardes du corps du roi, prend la présidence et Emmanuel Bailly de Surcy la vice-présidence, le dit trésorier de cette association.. L'association défend vigoureusement les intérêts catholiques et la liberté de l'enseignement, malgré les risques encourus. Le , Henri Lacordaire est expulsé de l'école libre qu'il a créée deux jours plus tôt avec Charles de Montalembert et Charles de Coux au 3 de la rue des Beaux-Arts à Paris. Bailly de Surcy est mis en cause avec les autres signataires du manifeste de l'association, mais au final, il n'est pas poursuivi.
La Société d'Études littéraires, quant à elle, après une période de forte activité entre 1824 et 1828, est en crise ouverte en 1829, et finalement dissoute après des séances agitées. Les tensions s'avèrent trop fortes entre la société traditionaliste et l'introduction par certains membres de thèmes libéraux.
En 1830, avec la Révolution de juillet, l'ensemble des Bonnes Études disparait.. Par sa présence, Emmanuel Bailly de Surcy évite la mise à sac et le pillage des Bonnes Études. Mais celle-ci et l'internat de Bailly demeurent presque déserts, les familles craignant de renvoyer leurs fils à Paris. De plus, les Bonnes études étaient trop « marquées » pour pouvoir durer. À la fin de l'année 1830, la Société des Bonnes Études est officiellement liquidée.
Cependant, Bailly de Surcy, toujours associé à Levêque, rouvre son internat, qui va de nouveau se développer. Il reprend progressivement le cycle des conférences mais sans les référencer explicitement à l'ancienne société. En 1832, le préfet de police autorise officiellement la reprise des conférences, malgré la loi interdisant les réunions de plus de dix-neuf personnes.. Elles diffèrent peu de leurs aînées au niveau de leur organisation et des grands thèmes abordés ; droit, médecine, littérature, histoire, comptabilité. Toutefois, elles s'avèrent moins brillantes et plus discrètes que par le passé, et Bailly de Surcy qui souhaite y faire passer des messages de propagande chrétienne a nettement plus de mal à y arriver du fait des étudiants beaucoup plus ouverts aux nouvelles idées souvent « subversives » : idées saint-simoniennes, républicaines, socialistes.