Les sanatoriums du plateau d'Hauteville sont des sanatoriums ou des établissements spécialisés dans le traitement de la tuberculose et de certaines maladies pulmonaires infectieuses chroniques, installés au début du siècle sur le plateau d'Hauteville, à Hauteville et à Lompnes, sur l'actuelle commune de Plateau d'Hauteville dans l'Ain.

Cet ensemble est né de la volonté du médecin Frédéric Dumarest et de l'industriel Félix Mangini de créer des lieux pour soigner la tuberculose. Aidé par la loi Honnorat de 1920 qui impose un lieu de soin de cette maladie pour chaque département, leur projet se développe et aboutit à plus de dix établissements durant la première moitié du . Participant pleinement à l'évolution du traitement de la tuberculose, il y est réalisé la première intervention de thoracoplastie destinée à soigner les tuberculeux. L'importance de l'ensemble des établissements et le nombre de patients modifient en profondeur l'économie et la démographie des villages du plateau ; quand les antibiotiques rendent rapidement obsolètes les thérapies prodiguées dans les sanatoriums, ils se transforment en profondeur, ou disparaissent.

Histoire

Les fondateurs : Frédéric Desmarest et Félix Mangini vignette|Félix Mangini L’histoire des sanatoriums sur le plateau d’Hauteville commence avec deux hommes, le docteur Frédéric Desmarest et l’industriel lyonnais Félix Mangini.

Le père de Frédéric Dumarest, lui-même médecin à Hauteville de 1836 à 1882, avait publié un ouvrage sur l’effet bénéfique des montagnes de moyenne altitude sur la santé des patients souffrant de problèmes respiratoires. Son fils va mettre en œuvre les idées de son père alors qu’il commence sa carrière de médecin en 1891.

Pour financer le premier sanatorium populaire de France, Dumarest a besoin de mécènes. Il se tourne vers Félix Mangini qu’il rencontre pendant ses études à l’hôpital Réné Sabran de Gien et qui avait déjà financé de nombreux projets sociaux à Lyon. Celui-ci est d’autant plus sensible à cette cause qu’il a perdu sa fille de la tuberculose.

Une autre mécène importante sera la veuve de Michel Perret, industriel lyonnais avec un don important.

Félix Mangini fait également appel à d’autres lyonnais tels que les frères Lumière, à la chambre de commerce de Lyon et au Pari Mutuel.

La loi Honnorat thumb|Loi Honnorat - Journal officiel de la République - 9 septembre 1919 On peut distinguer deux grandes périodes pour la construction des sanatoriums sur le plateau d’Hauteville : avant la loi Honnorat de 1900 à 1920, et après la loi, entre 1920 à 1950.

En effet, la loi Honnorat obligeant les départements ou les communes à hospitaliser les malades tuberculeux dans des sanatoriums déclenchera la construction de nombreux établissements publics dans toute la France. Les départements ne détenant pas tous de terrains convenant aux conditions propices pour les traitements s’associent à d’autres et c’est ainsi que le plateau d’Hauteville accueille les malades de l’Ain mais aussi ceux de la Seine, de la Meuse, du Jura, de l’Oise, de l’Ille-et-Vilaine et de la Savoie. La loi exigeait également la séparation des sexes.

Construction des établissements Après Mangini est construit l'établissement Bellecombe puis suivent les autres grands sanatoriums d'Hauteville: le sanatorium Belligneux appelé à l'origine sanatorium du Dumarest en 1912, le sanatorium Château d'Angeville en 1920, le sanatorium Le Sermay en 1920, le sanatorium Régina en 1926, le sanatorium l'Espérance en 1927 construit par la fondation Rothschild, le sanatorium Modern'Hôtel, puis le sanatorium L'Albarine qui s'appelait à sa création sanatorium Grand Hôtel en 1930, et enfin le sanatorium Interdépartemental en 1935. Le sanatorium La Savoie est le dernier à être construit en 1935.

La reconversion depuis 1970 En , la tuberculose ayant été quasiment éradiquée grâce aux traitements antibiotiques, un décret autorise les établissements à se reconvertir en diverses activités médicales. Sur le plateau, elle commence en 1970 et les spécialités choisies alors sont la rééducation fonctionnelle, la pneumologie, la psychiatrie, l’addictologie ou bien la dialyse rénale. Un autre se tourne vers le médico-social pour devenir un institut médico-professionnel.

Aujourd’hui, ces centres hospitaliers perdurent en s’adaptant aux évolutions de la médecine, en fusionnant, en changeant de spécialité si cela est nécessaire. Les bâtiments sont rénovés, adaptés ou bien dans certains cas abandonnés et certains rasés. En 1998, les établissements publics, Albarine-Belligneux, Bellecombe-Espérance et l'Interdépartemental ont fusionné, Belligneux et Espérance sont abandonnés respectivement en 2000 et en 2024, Bellecombe est rasé en 2022.

L'activité médicale reste importante pour l’activité économique du plateau avec les différents nouvelles structures qui perdurent ou qui se sont créées à la suite de l'activité sanatoriale tels que la clinique du Souffle ou l'Institut de formation en Soins Infirmiers (IFSI) d'Aides-Soignants (IFAS) du Bugey.

Les établissements

Le premier : le sanatorium Mangini (1900) gauche|vignette|Le sanatorium Mangini dans les années 1900. gauche|vignette|Le sanatorium Mangini en 2024. Le sanatorium Mangini est le premier construit à Hauteville, cela commence par la création en 1897 de L’Œuvre lyonnaise des Tuberculeux indigents par Frédéric Dumarest et Félix Mangini. L’idée était de créer un sanatorium pour les moins fortunés. Le don de la veuve Michel Perret de francs or géré par l’œuvre permet de faire baisser le prix d’une journée d’hospitalisation de 4 à pour le patient.

La construction commence en 1897 selon les plans des sanatoriums observés en Suisse et en Allemagne. Le sanatorium fonctionne en autonomie : un réseau d’alimentation en eau doit être créé car la commune de Cormaranche refuse que l’on utilise le captage des sources de sa commune, Hauteville n’ayant pas de réseau électrique, on construit un groupe électrogène et le chauffage et l’eau chaude est assuré par une chaudière à charbon.

Le sanatorium ouvre en ; conçu au départ pour 120 lits mixtes, il passera à 170 pendant la première guerre, et à partir de 1926, il n’accueillera que des femmes. Le bâtiment a été adapté en 1950 avec le rehaussement des deux ailes latérales pour permettre la modernisation des chambres et la création de blocs opératoires, en 1976 avec la création d’une aile nord pour créer des cabinets médicaux, des salles de radiologie, de la balnéothérapie… La dernière rénovation date de 2000.

Aujourd’hui, Mangini a été repris en 2009 par l’association Orsac et associé avec l’ancien sanatorium Orcet, ils forment le centre Orcet-Mangini. Ils accueillent des patients adressés par les établissements hospitaliers de la région pour des séjours en rééducation fonctionnelle.

Le sanatorium Bellecombe Le sanatorium Bellecombe a été créé en 1903 après le succès du sanatorium Mangini avec 25 lits, il était destiné aux classes sociales aisées. En 1918, le sanatorium est cédé au département de l'Ain et devient le premier sanatorium public de la station. En 1929, l'Ain s'associe au département de la Meuse et l'établissement est réservé aux hommes. En 1975, il est reconverti en centre de pneumologie et le bâtiment est abandonné dans les années 2000 quand les trois établissements publics hospitaliers fusionnent. Il est démoli en pour laisser place à la nouvelle gendarmerie du plateau d'Hauteville.

Le sanatorium Dumarest - Belligneux gauche|vignette|Le sanatorium Belligneux dans les années 1920. vignette|Le sanatorium Belligneux en 2024. Le sanatorium Dumarest - Belligneux est un des premiers à avoir une architecture rectiligne orientée au sud. Il est construit à l'initiative du Dumarest sur deux années et accueille ses premiers patients fin 1912. Comme Bellecombe, il est réservé aux personnes aisées, le prix d'une journée d'hospitalisation se montant entre 15 et . Il possède 50 chambres individuelles avec salle de bains et balcon privatif, et quelques suites de trois ou quatre pièces. Il est agrandi en 1928 et passe à 120 chambres. La société du Sanatorium du Dumarest fait faillite en 1932 et il est vendu au département de la Seine qui le renomme Belligneux et le réserve aux hommes. Après avoir fusionné en 1998 avec les autres établissements publics pour donner l'entité Centre Hospitalier Public d'Hauteville (CHPH), le bâtiment est abandonné en 2000. En 2021, une association a retrouvé des vitraux de style art déco des années 1920 ou 1930 de Paquier-Sarrazin dans les sous-sols. Ils vont être restaurés et exposés.

Le sanatorium Château d'Angeville gauche|vignette|Le château d'Angeville transformé en sanatorium au début de siècle. Depuis 1912 jusqu'au début de la première guerre mondiale, le château d'Angeville fonctionne comme hôtel de luxe pour les visiteurs des patients des sanatoriums. Le propriétaire décide de le fermer dès et il reste alors inutilisé jusqu'en 1917, date à laquelle il est repris par la Croix-Rouge et transformé en sanatorium pour les officiers et les sous-officiers de l'armée. En 1920, à la suite de la loi Honnorat, il est agrandi et devient sanatorium pour femmes. Au moment de la reconversion dans les années 1970, il se spécialise dans la rééducation fonctionnelle. Plus tard, en 2016, il est rénové et des lits de rééducation sont transformés en EHPAD. En , la Croix-Rouge se sépare de toutes ses entités sur le plateau d'Hauteville et cède le château à l'association Orsac. Depuis, il continue de fonctionner comme centre de rééducation et comme EHPAD.

Le sanatorium L'Espérance vignette|Sanatorium L'Espérance en 2024. Le sanatorium L'Espérance, comportant au départ 75 lits a été construit en 1927 par la fondation Rothschild pour accueillir des femmes de confession juive. La rafle du Veld’Hiv provoque un afflux massif de familles d’origine juive à Hauteville car les familles connaissaient déjà la ville pour y être venues se faire soigner de la tuberculose. Le médecin chef Léon Bonafé qui exerce depuis 1926 accepte de faire de fausses attestations de tuberculose pour admettre des patientes à l’Espérance. Ainsi, en 1943, la moitié des patientes ne sont pas ou plus malades. Leurs enfants sont accueillis dans des familles d'accueil sur le plateau ce qui permit de les sauver de la déportation à l'exception de deux enfants Hans Ament et Georges Halpern qui sont raflés à Izieu. Le sanatorium est reconverti dans les années 1980 en centre d'addictologie et l'unité l'Espérance du Centre Hospitalier Public d'Hauteville quitte le bâtiment en 2024 pour des locaux neufs près du site de l'Albarine.

Le sanatorium Grand Hôtel - L'Albarine gauche|vignette|Sanatorium L'Albarine en 2024 Le sanatorium Grand Hôtel inauguré le , appartenait au même titre que Belligneux à la société du Desmaret et est implanté sur les terrains achetés devant Belligneux. Il devait concurrencer les grands sanatoriums luxueux pour attirer les patients étrangers, comme ceux implantés en Suisse, et ne comportait que des chambres particulières ou suites avec sanitaires et salles de bains privatifs. Après la faillite de la société de Desmaret en 1932, il est vendu au département de la Seine et renommé l'Albarine, il est réservé alors aux femmes. Pour accueillir tous les patients du département, le bâtiment est agrandi et avec Belligneux, ils totalisaient 700 lits. Les chambres individuelles disparaissent au profit de dortoirs de 6 à 8 lits . Cette vente transforme deux sanatoriums privés en établissements publics et la clientèle aisée se tourne alors vers d'autres sanatoriums comme le Régina, le Splendid ou la Fresnaie.