La Bourse de commerce de Paris est un édifice de plan circulaire surmonté d'une coupole situé rue de Viarmes, dans le quartier des Halles du de Paris. C'est aussi une institution qui fut hébergée jusqu'en 1885 dans le palais Brongniart. Ce bâtiment est construit à l'emplacement de l'ancien hôtel de Soissons.

Ce bâtiment est construit en tant que halle au Blé de Paris à partir de 1763 et fut terminée en 1767 sous la direction de Nicolas Le Camus de Mézière. C'est une galerie où sont déposés les menus grains dans des corridors voûtés et construits en briques. Pour mettre à l’abri les marchandises déposées dans la cour, on résolut de couvrir cette construction d’une coupole. Jacques-Guillaume Legrand et Jacques Molinos s’acquittèrent avec talent de ce travail, qui fut terminé en 1783. Cette coupole, construite en bois, fut détruite par un incendie en 1802. En 1887, le bâtiment se transforma en Bourse du commerce.

Histoire

Ruinée par le train de vie dispendieux de son époux, la veuve de Victor-Amédée de Savoie-Carignan se vit obligée après 1741 de rembourser ses nombreux créanciers, de vendre toutes ses collections ainsi que son hôtel de Soissons – ancien palais de Catherine de Médicis – devenu trop délabré faute d'entretien. Ce bâtiment occupait tout l’emplacement limité par les rues du Four, des Deux-Écus et de Grenelle ; son entrée principale était par la rue du Four. Les cours et les jardins s’étendaient depuis la rue d’Orléans jusqu’à la Croix-Neuve, près de la place Saint-Eustache. Ses dépendances avoisinaient l’église de ce nom et la rue Coquillière. La prévôté de Paris racheta le terrain puis rasa tous les bâtiments en 1748-1749.

La halle aux blés Philippe Auguste avait établi les Halles de Paris aux Champeaux : les blés de la plaine de Luzarches y arrivaient par la route, et ceux de la Brie dans des bateaux qui abordaient au port au Blé, au pied de l'hôtel de ville. Mais le quartier était l'objet d'une cohue permanente qui compliquait l'acheminement des grains. Au , la halle au blé se situait entre la rue de la Tonnellerie et la rue de la Fromagerie (au niveau de l'actuel Forum des Halles).

Pour assurer une meilleure efficacité au commerce du blé on envisagea de construire une nouvelle halle aux blés. Depuis longtemps, les terrains de l'ancien hôtel de Soissons, que guettaient les créanciers de Victor-Amédée de Savoie, prince de Carignan, avaient été identifiés comme particulièrement propices à cet usage en raison de leur proximité avec la Seine, par où circulaient les bateaux chargés de grains. Le prince meurt en 1741 et l'hôtel est saisi par ses créanciers qui obtiennent l'autorisation de le démolir pour en vendre les matériaux. L'hôtel est détruit en 1748-1749. En 1755, la propriété est acquise par la ville en vertu de lettres patentes de 1755..

Des lettres patentes du , enregistrées en parlement le suivant, autorisèrent le lotissement de l'ancien hôtel de Soissons et la construction d'une nouvelle halle au blé..

Lettres-patentes du roi en forme de déclaration portant établissement dans la ville de Paris, d’une nouvelle halle aux bleds et d’une gare pour les bateaux. Données à Versailles le 25 novembre 1762.

Construction de la halle Une compagnie fut créée par les frères Bernard et Charles Oblin, avec l'appui du contrôleur général, Jean Moreau de Séchelles et du prévôt des marchands, Pontcarré de Viarmes, et malgré les objections du parlement de Paris. Les frères Oblin projetaient de construire une vaste halle, d'ouvrir des rues alentour et d'y construire des immeubles dont la location financerait l'opération. Ils prévoyaient également de créer une gare d'eau dans la plaine d'Ivry.

L'architecte et théoricien Nicolas Le Camus de Mézières fut chargé de la construction de la halle et du quartier avoisinant entre 1763 et 1767. Comme d'autres architectes de son temps, il admire les édifices antiques circulaires du Panthéon et du Colisée.. Le terrain dessinait un pentagone irrégulier. Les marchands étaient partagés sur la forme à donner à l'édifice : certains préféraient un « carreau » où la lumière du jour permettait de juger de la qualité des marchandises, tandis que d'autres soulignaient les avantages d'un édifice couvert pour les protéger des intempéries. Le Camus opta pour un bâtiment de plan annulaire, de de circonférence, percé de 25 arcades : la partie centrale restait ainsi à ciel ouvert, mais deux galeries concentriques, ouvertes sur l'extérieur par 24 arcades et couvertes de voûtes supportées par des colonnes d'ordre toscan, formaient un abri commode.Les voûtes étaient surmontées d'un vaste grenier vouté..

Ces galeries renfermaient les locaux de la police, du contrôle des poids et mesures, des statistiques. Au premier étage, se trouvaient de vastes greniers couverts de voûtes ogivales en briques et accessibles par deux beaux escaliers tournants dont l'un était à double révolution, comme à Chambord, afin que le personnel administratif et les négociants n'aient pas à croiser les portefaix.

Le nouvel édifice fut très admiré. Il illustrait des conceptions qui commençaient alors à se dégager : la notion de monument public, isolé et dégagé par rapport au tissu urbain ; l'adéquation entre la forme et la fonction. La sobriété, la transparence, le jeu des volumes rappelaient l'architecture gothique, qui recommençait à être admirée. Selon Michel Gallet, ce monument rationnel, élégant, .

On avait d'abord songé à déplacer la colonne astronomique de Ruggieri pour la placer au centre de l'édifice, mais on dut renoncer à ce projet. On se borna donc à réparer le monument, tout en lui ajoutant une fontaine et un cadran solaire, dessiné par l'astronome Alexandre Guy Pingré, et à le laisser en place, aux abords du nouveau bâtiment. Cette colonne est surmontée d’un chapiteau toscan. Ses cannelures étaient couvertes d’emblèmes sculptés, tels que lacs d’amour, couronnes et fleurs de lys, miroirs brisés, chiffres enlacés (C. H.). Une sphère d’un diamètre considérable dominait la plate-forme à laquelle on montait par un escalier à vis pratiqué dans l’intérieur du fût. Cette colonne, construite par Bullant, servait d’observatoire à la veuve de Henri II, qui s’y livrait à des études astrologiques. Lors de la démolition de l’hôtel de Soissons, la colonne de Médicis aurait été détruite par le vandalisme, si un amateur éclairé des arts, M. Petit de Bachaumont, n’eût acheté ce reste précieux de l’architecture du . Cet honorable citoyen en fit hommage à la ville de Paris. Les prévôt des marchands et échevins n’acceptèrent l’offre de M. de Bachaumont qu’à la condition de lui rembourser le prix de son acquisition qui s’élevait à 1800 livres. C’est sous la prévôté de messire Armand-Jérôme Bignon que la colonne de Médicis fut adossée à la Halle au Blé..

Autour de la halle aux blés, on traça une rue circulaire d'où rayonnaient six autres voies : la rue Sartine, qui partait du carrefour des rues Coquillière, de Grenelle-Saint-Honoré et Platrière (actuelle rue Jean-Jacques-Rousseau), la rue Oblin dans l'axe de la rue du Jour, la rue Vannes, qui partait du carrefour de la rue des Deux-Écus (actuelle rue Berger) et de la rue du Four-Saint-Honoré (actuelle rue Vauvilliers), la rue de Varenne-Halle-Au-Blé, dans l'axe de la rue des Vielles-Étuves (actuelle rue Sauval), la rue Babille, qui partait du carrefour de la rue des Deux-Écus et de la rue d'Orléans-Saint-Honoré (rue disparue), la rue Mercier, qui partait du carrefour de la rue de Grenelle-Saint-Honoré et de la rue des Deux-Écus (actuelle place des Deux-Écus).

L'ensemble de ces voies reçurent les noms des échevins (rue Devarenne, rue Vannes, rue Mercier, rue Babille), du prévôt des marchands de Paris (rue de Viarmes), du lieutenant de police (rue Sartine) et celui des lotisseurs (rue Oblin). La largeur de la rue de Viarmes est fixée à et celles des six autres rues à . Au nord, une petite place circulaire devait assurer l'articulation avec le vaste parvis projeté devant l'église Saint-Eustache. Le quartier fut élevé d'un dense réseau d'habitations populaires autour de cours étroites.

Couverture de la cour intérieure

La cour intérieure fut primitivement laissée ouverte, mais cela nuisait à la conservation des grains.

Entre et , les architectes Jacques-Guillaume Legrand et Jacques Molinos la couvrirent d'une coupole en charpente, exécutée par le menuisier André-Jacob Roubo, qui démontrait les qualités de la charpente à petits bois conçue par Philibert Delorme au . Cette charpente était constituée d'arêtes de planches de sapin, séparées par des châssis vitrés, couvertes de cuivre étamé et de lames de plomb. Elle culminait à au-dessus du sol et était surmontée d'une lanterne en fer, dotée de vitres. Elle est mentionnée dans les Mémoires secrets de Bachaumont () comme et sommée d'une girouette et d'un paratonnerre. Mais Bachaumont prend en réalité sa source dans le Journal de Paris de 1783Journal de Paris. , , . , , à 1270..

Cette réalisation fut très admirée, notamment par Thomas Jefferson, alors ambassadeur des États-Unis à Paris. On n'hésitait pas à la comparer au dôme de la basilique Saint-Pierre de Rome. Selon Arthur Young, dans Voyages en France :

La coupole en bois fut détruite par un incendie en 1802. Un décret impérial du prévoit que . Sa reconstruction, entre 1806 et 1811, fut confiée à l'architecte François-Joseph Bélanger et à l'ingénieur François Brunet. Elle était en fonte et primitivement couverte de feuilles de cuivre. Les 25 fenêtres de l'ancienne coupole furent remplacées par une lanterne qui éclairait la rotonde. L'usage de la fonte et du cuivre en faisait un ouvrage d'avant-garde, que Victor Hugo, qui la comparait à une casquette de jockeyVictor Hugo, dans Notre-Dame de Paris, volume 1, écrit : ., n'appréciait guère. En 1838, les plaques de cuivre furent remplacées par des vitres.

La bourse de commerce La construction de la bourse de commerce vignette|L'escalier à double révolution. vignette|Cadrans.

Le bâtiment fut à nouveau ravagé par un incendie en 1854. La halle aux blés, dont l'activité n'avait cessé de diminuer, a été fermée en 1873 et le bâtiment fut attribué en 1885 à la Chambre de commerce, laquelle le fit transformer en bourse de commerce, qui était auparavant hébergée dans les locaux du palais Brongniart. L'architecte Henri BlondelElsa Jamet, Au cœur du système haussmannien : Henri Blondel (1821-1897), architecte, entrepreneur de travaux publics et financier, thèse soutenue à Sorbonne université, 2022., chargé des travaux, fit transformer l'ancienne halle au blé en bourse du commerce. Seule la coupole et les murs la soutenant furent conservés. Il modifia la coupole en fonte et verre (reconstruite plus haute, avec un nouvel étage et un entresol) et fit maçonner la partie inférieure en brique.. Des colonnes corinthiennes et des sculptures allégoriques néo-Renaissance décorent la façade. À l'intérieur, une fresque monumentale orne désormais la coupole. L'ancien escalier à double révolution est conservé

La reconstruction de la bourse s'intègre dans les travaux de transformation de Paris sous le Second Empire. Un décret d' prévoit l'extension du périmètre des halles centrales de Paris . En juin de la même année, le décret déclarant d'utilité publique le percement de la rue du Louvre prévoit la ..

Le décret de n'est toutefois mis en application qu'à la fin des années 1880 au même moment que la reconstruction de la halle. Après qu'un arrêté préfectoral du a déclaré cessible immédiatement les propriétés pour le dégagement des abords de la bourse de commerce à l'ouest, les immeubles sont démolis en juillet-.. La rue de Viarmes est alors élargie à l'ouest et les deux ilots d'immeubles à colonnades encadrant la rue Adolphe-Jullien, nouvellement créée, () sont alors construits Avec les nouveaux travaux, les rues Sartine, Mercier et Babille sont supprimées et la nouvelle bourse n'est plus accessible que par cinq rues : la rue Clémence-Royer, voie nouvelle, la rue Oblin, conservée,