L'histoire de Touva, région sibérienne établie sur le Haut-Ienisseï et sujet de la Russie en tant que république de Touva, commence avec des peuplements préhistoriques. Région peuplée par des peuples paléo-Sibériens depuis le Paléolithique supérieur, son histoire reste floue à cause du manque de sources. Peuplée par les Scythes dès le , de nombreux royaumes turcs se sont ensuite succédé. Des conquêtes de Gengis Khan jusqu'au , Touva fut dirigée par des empires Mongols avant d'être soumise par la dynastie Qing. De la révolution chinoise de 1911 à son annexation à l'URSS le , la région fut partiellement indépendante malgré la présence temporaire de troupes blanches, soviétiques ou chinoises. Son développement commença après l'annexion soviétique, et continue depuis. La région est l'une des rares de Sibérie à ne pas avoir perdu de population après la dislocation de l'URSS, grâce à la natalité des Touvains, l'ethnie locale.
Préhistoire
Âge de pierre D'après des études génétiques réalisées en 1999-2000, il y a une similarité forte entre les anciens peuples qui vivaient à Touva il y a et les Touvains actuels. Les premières traces humaines remontent au Paléolithique moyen, à l'époque acheuléenne (de à ), sur les monts Tannou-Oula, près du village de Torgalyg. Pendant la période du Moustérien (de à dans la région), des sites avec des outils en pierre ont été laissés dans le Haut-Ienisseï.
Au Paléolithique supérieur, le développement de l'Homme dans la région commence (il y a à ) avec l'apparition de communautés tribales. Ils pratiquaient la chasse, la cueillette, la pêche et possédaient des grandes pirogues, des huttes et vivaient aussi dans des grottes.
Le Néolithique commence avec le polissage, le perçage et la retouche de la pierre, il y a à , avec la création d'arcs, flèches, poteries et de motifs. Les peuples se sont engagés dans l'élevage d'animaux (chèvre chevaux et vaches), et la population a commencé à augmenter.
Âge du Bronze L'Âge du Bronze à Touva s'étale de la fin du au , et fut marqué par la transition vers un mode de vie sédentaire, avec de l'élevage combiné à une agriculture primitive. La chasse, la pêche et la cueillette sont restées néanmoins importantes. Selon les fouilles, l'usage du cuivre a commencé, avec des objets obtenus par forgeage. Le bronze est aussi apparu, et des divers objets en bronze de cette époque ont été retrouvés : couteaux, poignards, flèches.
L'utilisation de charrettes a commencé, tout comme la confection du cuir, le tissage et le filage. Les habitants d'alors étaient les ancêtres des Dinglings, peuple avec des traits caucasiens et des traits mongoloïdes. Dans les anciennes chroniques chinoises, ils sont décrits de taille moyenne, avec une forte corpulence, un visage oblong, une peau blanche. Ils avaient les cheveux blonds et un nez aquilin.
Période scythe
Au tournant des , les changements de conditions naturelles et climatiques en Sibérie méridionale et dans les steppes d'Asie centrale ont contribué au développement de l'élevage bovin, qui devenait rentable. En même temps, la maîtrise du fer permet la propagation de l'Âge du Fer dans ces mêmes régions. Les Scythes, des cavaliers nomades, excellent dans le domaine militaire, et leurs actions sont connues à la fois en Chine et en Europe. Ces peuples sont supposés parler le proto-turc, et ont donné dans la région les .
Dans l'histoire du Haut-Ienisseï, le début de l'époque scythe commence au pour terminer au Contrairement à d'autres périodes touvaines, celle-ci est très documentée grâce aux nombreux sites retrouvés. Diffusant l'Âge du Fer, la société se développe avec les caractéristiques des Scythes, c'est-à-dire les armes, la monture des chevaux et l'art des Scythes, un type d'art des steppes. De nombreux tumulus ont été retrouvés, notamment dans la vallée d'Ouyouk et dans d'autres lieux du territoire. C'est à ce moment-là que l'élevage bovin nomade apparut, qui persista en partie jusqu'à la sédentarisation en 1945-1955. Grâce à l'excédent de richesses produites, la société s'est stratifiée, avec aussi l'apparition de l'héritage de père en fils. vignette|235x235px|Cerf de « style animalier » de la culture d'Arjan , (. Le style animalier scytho-sibérien en art est caractérisé par des images stylisés d'animaux réels ou fantastiques, des motifs végétaux et animaux liés, où les armes et chevaux sont omniprésents dans la région. On peut aussi voir des parures, des images de cerfs, léopards, chevaux, souvent dynamiques dans leur représentation. Cet art, symbole scythe, montre aussi ses guerriers et cavaliers, avec les vastes espaces steppiques.
La période scythe fait partie de la culture de l'Ouïouk, elle-même faisant partie de la culture Saka, et se divise dans la région en trois étapes:
La () La () La culture Salgy-Baji ()
Vallée des rois La vallée des rois, ou vallée de l'Ouïouk, est le principal site archéologique de Touva, qui date de la période scythe. Cet ensemble de sites, qui datent du au , illustre l'art scythe de par la richesse des découvertes. En , une fouille a permis la découverte de plus de en or (pendentifs, boucles d'oreilles, perles), avec une masse totale de près de vingt kilogrammes. Cette découverte a démontré l'artisanat très répandu dans la région ainsi que sa richesse. La vallée des rois témoigne d'une confédération de tribus militaire et de type féodal dans la région avec une richesse et une puissance importante.
Un des sites de cette vallée est Arjaan ( et ), des tumulus fouillés dans les années 1980 puis en 2001, avec des objets en or, fer, des poignards, flèches, etc. L'ornement en or est omniprésent dans tous les objets. Les sites datent de la période d'essor des Scythes dans la région, y témoignant d'une avance sur son temps, alors que l'Âge du Fer n'a pas encore commencé en Chine voisineElle commence pendant la période des Printemps et Automnes.. Aux tumuli d'Arjan (), une sépulture d'un ancien chef de tribu, de sa femme et quinze proches y a été retrouvés, avec aussi plus de . L'art se développe, formant l'Art des steppes, toujours existant dans certaines sociétés. Le bronze est favorisé dans l'art, tout comme les cornes, les os, la pierre et le bois.
Période Hunno-Sarmate
Dinglings et Jiankuns Les (丁零), qui ont comme ancêtres les Scythes, sont connus sous divers noms, que ce soit les Tiele, les Chile ou les Gaoches. Ils possédaient un État . Le pays était de culture de Tagar. Ils avaient une armée d'environ , étaient des pasteurs nomades, et chassaient pour la fourrure. La population était estimée à , dont un certain nombre dans le Haut-Ienisseï. La population avait des classes sociales et était ethniquement variée, avec de nombreux Jiankuns (堅昆, les Khirgizes). Mais les sources restent faibles, les Chinois n'ayant que peu écrit sur eux, et les traces archéologiques étant faibles. Mais ils étaient assez forts pour avoir fait face à plusieurs confédérations nomades sur plusieurs siècles.
Au , les Jiankuns et les Dinglings s'unissent, et les Jiankuns deviennent prédominants.
Période Xiongnu
Conquête et premier État kirghize Au , la région voit alors des tribus venues de l'ouest du sud du territoire s'installer sur le territoire. Après des batailles acharnées, prouvées par l'archéologie, qui forcèrent sûrement une partie de la population à fuir, de nouveaux arrivants s'installèrent sur le territoire, tandis que la population qui était restée se mélangea aux nouveaux arrivants. La période qui s'entame est appelée hunno-sarmate dans l'historiographie russe. Cette invasion de tribus a commencé à la fin du , lorsque Modu Chanyu, après avoir tué son père en -209, commença à unifier les tribus de la prairie mongole et mandchoue, donnant la confédération Xiongnu, et il envahit alors Touva vers -201. En plus de Touva, il conquit la Mongolie, ainsi que la Transbaïkalie et l'Altaï. Il mit en échec les Han en Chine lors de la en -200, contraignant les Han à trouver d'autres solutions que guerrières envers les Xiongnu. En -198, un traité de paix instaura le paiement régulier de tributs aux Xiongnu par les Han en échange de la paix entre eux.
Après la défaite de l'État Dingling face aux Xiongnu en -201, un nouvel État, Gekun (隔昆 ou 鬲昆), est apparu sur une partie du territoire actuel de Touva. Premier pays kirghize, il avait des classes dans la société avec une dynastie aristocratique. La société était militaire, face à la menace des Xiongnu. Leur économie est développée, avec agriculture et présence d'irrigation, élevage (bovin, ovin et de chevaux). Il y avait de l'artisanat, le travail du fer et du bronze, et des flux commerciaux importants liés à la route de la Soie.
Mais la guerre Han-Xiongnu commence en -133 lorsque le Chanyu d'alors se rend compte que les Han préparent une offensive. Les batailles s'enchaînent, et en -99, le général Li Ling est envoyé avec les Jiankuns, alliés des Han, pour mener la bataille de Tian Shan avec hommes. Mais la bataille fut un échec, et il se rendit avec 5000 hommes.
En -93, Gekun s'effondra, avant que, deux ans plus tard, un nouvel État kirghize-dingling reprenne les terres sous le nom de .
Mode de vie et sites archéologiques vignette|326x326px|Carte de la confédération. Le Haut-Ienisseï se trouve en haut à gauche au niveau du Xiongnu écrit en italique.Dès lors, l'instauration d'un État eut lieu pour répartir les richesses. Les Xiongnu avaient des classes, avec une élite nomade dirigeante. Les tributs étaient partagés entre chefs de clans, et les tribus de Touva s'enrichirent ainsi. Elles étaient proche du pouvoir, mais contrairement à d'autres régions, le relief les protégeaient plus, permettant une meilleure prospérité.
La base de l'économie était dans la région l'élevage de bétail nomade, avec des ânes, chameaux et chevaux dont le Touva, cheval de la région. Il y avait aussi de la chasse, et un peu d'agriculture près des quelques villages des sédentaires. Ils vivaient dans des yourtes, et des chariots existaient pour transporter la marchandise.
Ils laissèrent de nombreuses traces archéologiques, comme près du mont Baï-Dag, dans la vallée du Haut-Ienisseï. Dans ce lieu ont été trouvés un cimetière avec de nombreuses sépultures Xiongnu, des objets en bronze, des céramiques et autres. Il y avait des vêtements en or et en argent, datés de la toute fin du Ier millénaire avant notre ère.
D'après les traces retrouvées, on suppose que les Xiongnu n'étaient pas présents en grand nombre à Touva, mais avaient cependant laissé des gouverneurs et des garnisons, qui, elles, n'étaient néanmoins pas toujours composées de Xiongnu mais bien de peuples locaux. Les gouverneurs et Touva étaient cependant liés étroitement au pouvoir Xiongnu et au sommet de l'État, d'après les richesses retrouvées.
Parmi les localités des Xiongnu retrouvées à Touva, on trouve le site de Kyylyg-Khovu au sud de Kyzyl, celui de Baryk non loin du Ienisseï au centre du bassin de Touva ainsi que le site de Teeli (à l'emplacement du village actuel du même nom) dans la bannière de Baï-Taïga. Ces colonies partageaient des similarités : toutes construites près des fleuves, de forme carrée, orientées vers les points cardinaux (ou presque, ce qui est une caractéristique des Xiongnu), avec des fortifications en argile-terre mais basses (murs faisant environ de haut), et sans construction en pierre dans l'enceinte, laissant penser à l'emplacement de yourtes et huttes. Ces études archéologiques, montrent que l'arrivée et la présence des Xiongnu se sont faites sur une durée assez longue dans les bassins du Haut-Ienisseï et du Kemtchik. Ainsi, après l'arrivée des troupes de Modu Chanyu, des Xiongnu se sont installés, qui donneront à la fin du de notre ère la naissance de la culture de Kokel.
Troubles et guerre civile Xiongnu