Les violences sexuelles et sexistes (VSS) dans le cinéma français sont les actes de violence sexuelle et sexiste commis par des professionnels du cinéma français, le plus souvent des hommes sur des femmes.

Depuis les années 1970, la tolérance envers les VSS dans le cinéma français, au nom de l'expression nécessaire de la liberté et de l'exception de la culture française a été la norme en France. Ce qui a mené à ce que certains analystes nomment une omerta, préjudiciable aux victimes.

Après que plusieurs affaires d'agressions sexuelles ayant fait les manchettes, et la libération de la parole portée par le mouvement MeToo, les institutions du cinéma français mettent en place, à partir de 2019, des moyens pour endiguer celles-ci, via notamment des formations obligatoires, s'adressant aux professionnels du milieu du cinéma, afin de lutter contre le harcèlement sexuel.

Historique

Pour le sociologue français Éric Fassin, en France, le cinéma d’auteur a généré une culture du viol à la française, liée à son idée d'exception culturelle française en matière de production culturelle et artistique. Il rappelle la déclaration de Frédéric Mitterrand au sujet de l'arrestation pour viol sur mineur de Roman Polanski, en 2009 en Suisse : vignette|redresse|Adèle Haenel en 2017. Selon les universitaires Giuseppina Sapio et Irène Despontin Lefèvre, pour The Conversation, il faut prendre une perspective historique pour comprendre comment une omerta sur les violences sexuelles et sexistes a pu régner dans le cinéma français.. Il faudrait aussi, selon ces auteures, se questionner notamment sur la réception des témoignages de victimes.

Le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) publie en 2017 la statistique de féminisation des « petits métiers » du cinéma français soit par exemple : 96 % chez les scriptes, 88,4 % pour les habilleuses ou 74 % pour les coiffeurs-maquilleurs. Interrogées par Virginie Ballet, une journaliste de Libération, certaines témoignent, en 2019, du climat sexiste qu’elles estiment subir sur les tournages. Peu considérées, avec un statut précaire, elles préfèrent « serrer les dents » si elles sont importunées : .

Lors de la cérémonie des César en , le César de la meilleure réalisation est attribué à Roman Polanski, accusé de plusieurs viols au fil des ans. ; Adèle Haenel, suivie de Céline Sciamma et d’autres professionnels, quitte la salle en criant :

Judith Godrèche, plaignante contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon pour agressions sexuelles, dénonce « l'omertà » et « l'écrasement de la parole » face à l'emprise et aux violences sexuelles.. Elle prononce le , un discours lors de la cérémonie des César pour évoquer et la place des femmes dans le cinéma en général... Au lendemain de cette intervention Judith Godrèche constate l' du milieu du cinéma et demande des « changements » dans les institutions cinématographiques. Ainsi, elle s'interroge ; comment Dominique Boutonnat, président du CNC, mis en examen pour agression sexuelle sur son filleul, peut Dans le même temps, Rachida Dati, ministre de la culture, dénonce « un aveuglement collectif, un aveuglement qui a duré des années » et annonce une remise en question profonde pour le cinéma français..

Le , Judith Godrèche est auditionnée par la délégation parlementaire aux droits des femmes et à l’égalité entre les hommes et les femmes du Sénat : elle demande une commission d’enquête concernant les violences sexistes et sexuelles dans le cinéma. Elle préconise l'obligation d'un référent indépendant, non payé par la production, sur les tournages avec un mineur, afin « qu’un enfant ne soit jamais laissé seul ». Elle demande aussi un coordinateur d'intimité pour les scènes d'ordre sexuel. Par ailleurs, elle précise avoir reçu de victimes sur une adresse électronique, ouverte à cet effet..

Le , en présence de Judith Godrèche qui l'avait demandée, l’Assemblée nationale décide la création d’une commission d’enquête sur . La rapporteuse de la commission est la députée Francesca Pasquini... À la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin, la commission disparait sans avoir terminé son travail., mais est rouverte par un vote à l'unanimité le . Dans son rapport rendu le , la commission liste 86 recommandations..

Le , l'actrice Camille Cottin déclare, dans son discours d'ouverture du festival de Cannes : « Les rendez-vous professionnels nocturnes dans les chambres d’hôtel des messieurs tout-puissants ne font plus partie des us et coutumes du vortex cannois suite à l’adoption de la loi du mouvement #MeToo. » Au cours de la cérémonie, l'actrice Juliette Binoche, qui vient de livrer un long récit dans Libération le , remet une Palme d'or d'honneur à Meryl Streep.

Mesures pour endiguer les violences sexuelles et sexistes

En 2019, à la suite des accusations d'Adèle Haenel et du mouvement #MeToo, le ministre de la Culture Franck Riester s'engage, lors des deuxièmes Assises sur la parité, l’égalité et la diversité dans le cinéma, à faire accorder les aides du CNC sous réserve du respect de règles contre le harcèlement sexuel.. Ainsi le CNC rend obligatoire des formations aux dirigeants des structures (producteurs, distributeurs et vendeurs internationaux), qui lui demandent des aides financières, pour lutter contre le harcèlement sexuel..

Pour sa part, la télévision publique s'engage sur un quota de réalisatrices à partir de 2020, une clause de diversité contractuelle pour l'ensemble de ses productions et la création d'un « référent harcèlement sexuel sur chacun des tournages »..

Publié à l’occasion des troisièmes assises du collectif 50/50 en 2020, le livre blanc « pour la prévention et la lutte contre le harcèlement sexuel & les violences sexistes et sexuelles dans l’audiovisuel et le cinéma » est une boîte à outils à l'usage de la profession... Il est « pensé comme une aide concrète destinée aux professionnels du cinéma et de l’audiovisuel pour définir, sensibiliser, détecter, réagir », et comprend des chiffres clés, des informations légales ou encore des modèles de courriers..

Le métier de coordinateur d'intimité commence à prendre de l'ampleur aux États-Unis à partir de 2017. En France, il n'existe pas à cette date de formation spécifique à ce nouveau métier du cinéma.. En 2024, quatre coordinatrices d’intimité sont recensées en France, contre quatre-vingts aux États-Unis. L’activité reste donc faible, même si des productions américaines tournées en France, comme Emily in Paris, les font intervenir. Aussi, la Commission paritaire nationale emploi et formation de l'Audiovisuel (CPNEF-AV) étudie la création d’une certification professionnelle et envisage de former six personnes par an dès ...

En , le nombre des producteurs qui ont suivi la formation obligatoire, mise en place depuis 2019, est de . Il y est notamment précisé qu'il existe une porosité sur le tournage d'un film entre vie personnelle et vie privée. Ainsi la responsabilité de la production ne s'arrête pas aux heures de travail et aux infractions pénales. Le producteur Marc Missonnier, président de l’association des producteurs de cinéma, indique : Par ailleurs, la cellule d’écoute installée en 2020 pour le secteur de la culture, a reçu un millier d’appels avec 52 % d'entre eux pour des actes et agressions physiques et 48 % pour des attitudes ou des propos sexistes..

Toujours en , Rima Abdul Malak, ministre de la Culture, annonce un renforcement des mesures de prévention contre les violences sexistes et sexuelles dans le cinéma français. Il s'agit en particulier d’élargir la formation obligatoire au début du tournage, à destination de toute l’équipe d’un film soutenu par le CNC...

En 2024, le Bureau de l’Académie des César décide que . La personne concernée ne peut pas participer à la cérémonie, et de fait récupérer de César du cinéma. Ce principe a déjà été utilisé en 2023, en effet l'acteur Sofiane Bennacer est retiré de la catégorie Révélations après sa mise en examen pour viols et violences sur des anciennes compagnes..

Lors du Festival de Cannes en mai 2024, la ministre de la Culture Rachida Dati annonce qu'un « responsable enfants » sera obligatoire pour les tournages intégrant des mineurs. Cette mesure sera une des conditions pour recevoir les aides publiques..

Condamnations Le réalisateur Jean-Claude Brisseau est condamné en 2005 pour harcèlement sexuel auprès de deux actrices dont Noémie Kocher, puis pour agression sexuelle sur l'actrice Julie Quéré en 2006..

Le producteur Thomas Langmann est condamné en 2008 à quatre mois de prison avec sursis pour violences sur son ex-épouse. et, en 2019, à dix mois de prison avec sursis pour harcèlement moral contre son épouse, avec laquelle il se trouve en instance de divorce.

En , le réalisateur est condamné à huit mois de prison avec sursis, assortis d'une mise à l'épreuve de deux ans, pour des violences commises à l'égard de son ex-compagne, l'actrice Judith Chemla..

En , l'acteur Aurélien Wiik indique avoir été abusé, de ses 11 à 15 ans, par son agent et d’autres membres de son entourage. Il indique avoir porté plainte à l'âge de seize ans, son agresseur est alors condamné à cinq ans de prison. Il incite d'autres victimes à parler, il explique : ...

Le réalisateur et acteur Nicolas Bedos est condamné, en , à un an de prison (six mois sous bracelet électronique et six mois avec sursis probatoire), pour des agressions sexuelles commises en 2023 sur deux femmes.. Cette condamnation est définitive, puisque l'acteur s'est désisté de son appel en .

En 2019, Adèle Haenel accuse le réalisateur Christophe Ruggia d’« attouchements » et de « harcèlement sexuel » entre 2001 et 2004, alors qu’elle était âgée de 12 à 15 ans. ; puis elle porte plainte.. En 2025, le réalisateur est condamné en première instance à quatre ans de prison dont deux ferme sous bracelet électronique ; il fait appel de cette décision.. En , il est requis en appel cinq ans de prison dont trois ferme à son encontre.

En , le réalisateur Olivier Vidal est condamné coupable pour des faits de viols aggravés sur trois jeunes garçons, d’agressions sexuelles sur cinq, et de corruption de mineurs concernant douze plaignants. Les faits s’étalent de 2001 à 2021, à Montpellier et à Paris. La cour condamne Olivier Vidal à 16 ans de réclusion criminelle. Une interdiction définitive d'exercer toute activité en lien avec des mineurs est également prononcée.

Accusations et affaires médiatisées

Le Dernier Tango à Paris vignette|redresse|Maria Schneider en 2001. En 2013, le réalisateur Bernardo Bertolucci admet que, sur le tournage de son film Le Dernier Tango à Paris, sorti en 1972, il avait organisé avec Marlon Brando la scène du viol par sodomie de Maria Schneider, la plupart du temps nue dans le film, sans la prévenir car il attendait une réaction

Bien que simulée, la violence de la scène est destructrice pour l'actrice de 19 ans...

Années 2010 À la suite du Mouvement #MeToo et de l'affaire Harvey Weinstein, plusieurs personnalités du cinéma français sont impliquées dans des affaires d'abus sexuels..

Le producteur et cinéaste Luc Besson est accusé, en , de viols par l'actrice Sand Van Roy. Puis huit autres femmes l'accusent de violences sexuelles ou de comportements déplacés.. Un non-lieu est prononcé par la juge d'instruction en 2021. Les autres témoignages restent sans suite, souvent prescrits..

À partir de , Gérard Depardieu est accusé de viols et d'agressions sexuelles par plusieurs femmes et il est mis en examen en 2020. En 2023 et 2024, quatre nouvelles accusations de viol et/ou d'agressions sexuelles puis la diffusion d'un reportage le concernant provoquent une véritable affaire Gérard Depardieu. Celui-ci conteste ces accusations relevant du pénal... En , l'acteur est reconnu coupable d’avoir agressé sexuellement deux femmes lors du tournage du film Les Volets verts, en 2021, et condamné à dix-huit mois de prison avec sursis ; son avocat a annoncé qu’il allait interjeter appel.