Mika Morozov ou Portrait de Mika Morozov (en ) , est un tableau du peintre russe Valentin Serov réalisé en 1901. C'est à l'âge de quatre ans qu'a posé pour le peintre, Mikhaïl Mikhaïlovitch Morozov, futur critique littéraire soviétique (spécialiste de l'œuvre de William Shakespeare), dramaturge, enseignant, traducteur, fils de l'entrepreneur russe et mécène Mikhaïl Morozov. Le portrait a été réalisé dans l'appartement de l'auteur à la Grande ruelle Znamenski à Moscou. Le travail de Serov sur ce portrait est décrit dans les mémoires de Margarita Morozova, la maman du garçon. La toile fait partie de la collection de la Galerie Tretiakov à Moscou, depuis 1917. Elle a été présentée plus d'une fois lors d'expositions nationales et internationales. Parmi celles-ci il faut citer celle Dans les traditions de l'art russe qui s'est tenue en 2004-2005 à la Smithsonian Institution de Washington, et l'exposition des œuvres des frères Morozov à la Fondation d'entreprise Louis-Vuitton à Paris en 2021-2022.
La toile Mika Morozov a attiré l'attention de mémorialistes, d'historiens d'art, de critiques littéraires, aussi bien de la période soviétique, que de la Russie actuelle. Artiste émérite de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, dans son ouvrage Un pont sur l'abîme (2015) observe que la toile reflète les caractéristiques de la représentation de l'enfant dans la seconde moitié du c'est-à-dire « une représentation émotionnelle ou mentale dans laquelle le monde intérieur de l'enfant est plus important que le monde de l'adulte ». L'adulte vit dans un monde « de mensonge et fermé ». Une monde pleinement à découvert n'existe, du point de vue des artistes de cette époque, que chez les enfants. Volkova observe cependant que c'est à partir de la seconde moitié du que les artistes « commencent à s'engager dans le salut du monde », et s'intéressent alors moins aux enfants. L'interprétation de Serov dans ce portrait de Mika Morozov est à la fois « très courte et rapide », mais en même temps « très profonde et fructueuse ».
Une émission télévisée du programme Galerie Tertiakov. Histoire d'un chef-d'œuvre a présenté ce tableau de Mika Morozov. Son réalisateur a obtenu le prix d'État de la fédération de Russie dans le domaine de la littérature et de l'artIl s'agit de Vladimir Venediktov (1943-2013) critique d'art et réalisateur de documentaires, lauréat du Grand Prix du Festival d'art russe à Cannes en France. La toile et l'histoire de sa création ont été utilisées dans la littérature de fiction et dans la presse. L'étude du tableau a trouvé des applications dans l'enseignement des beaux-arts et de la langue russe dans l'enseignement primaire, à l' école moyenne, et même à l'école maternelle.
Représentation sur la toile On prétend souvent que Mikhaïl Morozov, représenté sur le tableau, avait cinq ans au moment de la réalisation de la toile. Vera Bokova attire l'attention sur le fait que l'enfant n'avait que quatre ans à cette époque . Il était le troisième enfant de la famille d'un grand industriel, collectionneur et mécène, Mikhaïl Morozov et de son épouse Margarita Morozova, née Mamontova maîtresse du célèbre salon musical et littéraire. Le garçon est sur le point de se lever de la chaise sur laquelle il est assis. Une sensation de précipitation dans ses mouvements est renforcée par les techniques françaises des impressionnistes. L'enfant est captivé par un jeu ou une autre distraction qui reste inconnue pour le spectateur. Ce que soulignent « ses yeux bruns écarquillés, ses lèvres entrouvertes et la rougeur de ses pommettes ».
Ses cheveux bouclés sont dans un désordre charmant. Il pose ses mains sur les accoudoirs de la chaise. Le spectateur a l'impression qu'il va subitement se lever et s'élancer …. Le critique d'art russe Dmitri Sarabianov estime que « le geste et la posture du garçon sont si bien choisis par le peintre que les émotions du petit héros peuvent se lire à livre ouvert ». La curiosité le saisit et l'amène à se lever, à tendre le cou et à être prêt à s'élancer. Pour Sarabianov, il « semble être l'incarnation de la curiosité enfantine » .
La critique littéraire Galina Iouzefovitch observe que la chaise en bois sculptée des ateliers Abramtsevo qui se trouvait dans sa maison et appartenait à sa parente éloignée, Bella Razarosa, pouvait être celle sur laquelle est représenté Mika Morozov ou, en tout cas, une similaire choisie par Valentin Serov.
Histoire de la création du tableau vignette|gauche|Valentin Serov en 1901 ou 1902 La toile est créée par Valentin Serov en 1901. La technique utilisée est celle de la peinture à l'huile sur toile. Les dimensions sont de . L'artiste soviétique et russe affirme que le tableau a été réalisé dans l'appartement loué par Valentin Serov à la Grande ruelle Znamenski à Moscou . Cette information est confirmée par les notes du critique d'art soviétique Grigory Arbouzov Sergeïevitch, auteur d'une monographie sur Valentin Serov . Le peintre occupait la moitié de l'étage supérieur au-dessus de l'appartement des propriétaires dans la maison des marchands Oulanov. C'était un appartement préféré de la famille Serov, dans lequel ils ont vécu au moins dix ans, jusqu'à ce qu'Oulanov ait demandé à l'artiste de quitter les lieux parce qu'il désirait occuper l'ensemble de l'appartement. vignette|Margarita Morozova, année 1890 La mère de Mika écrit dans ses mémoires, que la mauvaise santé du garçon depuis son enfance nécessitait une sérieuse attention de la part de ses parents. L'automne, la famille allait à la mer et l'été elle vivait dans le gouvernement de Tver. La datcha familiale se trouvait sur les bords d'une rivière dans un environnement de pinèdes. À l'âge de quatre ans Mika parlait aussi bien en russe qu'en anglais, il s'intéressait à l'astronomie; il se souvenait du nom des planètes et aimait les répéter. Souvent il s'asseyait à la table sur une haute chaise, restait silencieux, réfléchissait à quelque chose. En étudiant les illustrations de Gustave Doré dans l'Ancien Testament, Mika plaignait le diable et décidait de prier pour lui. La nuit il priait pour son père, pour sa mama, puis il ajoutait: « ayez pitié du diable ». À cinq ans il a commencé à apprendre à lire et à écrire. Selon les souvenirs de sa mère, c'est à cette époque que Valentin Serov a peint le portrait de son fils. Le peintre a non seulement transcrit les caractéristiques de Mika de cette époque, mais il a également réussi à mettre en évidence « le trait principal de sa nature, sa vivacité extraordinaire, et c'est ainsi que ce portrait a semblé à tous très semblable à celui de Mika adulte ». vignette|300px|Constantin Korovine. Hourzouf, 1914 La maman de Mika Morozov, dans ses souvenirs des événements liés à la création du portrait de son fils, compare l'auteur du tableau à Constantin Korovine, et elle note l'absence de fantaisie chez Valentin Serov, le classant parmi les peintres vraiment réalistes. Elle considère que Serov pouvait être caractérisé par son « humour pessimiste vis-à-vis des gens », voyant dans l'homme une caricature, dont il note en premier lieu les traits de personnalité les plus caractéristiques sur le plan physique et moral. L'homme chez Serov est, à son avis, souvent représenté comme un animal. Selon Margarita Morozova, il est rarement possible dans ses portraits « de ressentir des sentiments simples et doux à l'égard du sujet représenté », mais « les enfants, il les a toujours particulièrement bien représentés »L'étude des portraits d'enfants de Valentin Serov se trouve dans l'article Maîtres des portraits d'enfants de Suzanne Serova (1934- ), artiste émérite de Russie, professeur à l'académie russe des beaux-arts, poète, publiciste, réalisatrice de télévision, dans la revue de la Galerie.
Marguerite Morozova, la maman, rappelle que lors de la création du portrait, l'artiste était « d'humeur excellente ». Elle-même était par contre un peu effrayée et embarrassée par Serov, bien qu'elle le respectait vraiment et qu'il lui plaisait comme homme. Morozova a écrit qu'à l'époque elle ne voulait pas que Serov réalise son propre portrait à elle, parce qu'elle pensait qu'il n'aimait une dame de son genre .
Serov a réalisé des portraits de ses autres enfants, dont celui de Iouri et Sacha. Ces portraits ont été présentés, entre autres, à l'exposition Salon organisée par Sergueï Makovski, au palais Menchikov, du 4 au . Exposaient également des artistes tels que Alexandre Benois, Léon Bakst,Constantin Somov, Anna Ostroumova-Lebedeva, Mikhaïl Vroubel ….
Destin de la toile Pendant longtemps, la toile est restée dans la collection privée de Mikhaïl et Margarita Morozov, les parents du garçon représenté. En 1917, elle est entrée dans la collection de la galerie Tretiakov où elle se trouve encore aujourd'hui. Son numéro d'inventaire est 5325 .
Le tableau a été présenté à plusieurs occasions à des expositions de peintures nationales et internationales. Parmi celles-ci à l'exposition Mir iskousstva (1902, Saint-Pétersbourg, où il a été présenté sous le nom portrait d'enfant). Il a été exposé à l'exposition posthume des œuvres de Serov, à Moscou et Saint-Pétersbourg, en 1914. Également à l'exposition des toiles de Serov, en 1935, à Léningrad et, en 1957, à Varsovie. En 1958-1960, à l'exposition des toiles de Serov à Moscou et Léningrad. En 1966-1967, à Tokyo et Kyoto; en 1975, à Léningrad, en 1991, à Moscou et Léningrad; en 1993 au Japon dans les villes de Nara et Fukuoka ; en 1998 à Moscou et en 2001 à Helsinki.
La toile a encore été présentée dans le cadre d'une exposition Dans la tradition de l'art russe, qui a eu lieu en 2004-2005 au Smithsonian Institution à Washington , et à l'exposition des œuvres de la collection des frères Morozov à la Fondation d'entreprise Louis-Vuitton à Paris en 2021-2022. L'auteur de l'article sur le retour d'expositions paru dans la revue The Art Newspaper, la critique d'art , remarque que : « Le portrait Mika Morozov de Valentin Serov est revenu à la galerie Tretiakov en toute sécurité » .
Le tableau parmi les œuvres des peintres soviétiques vignette|gauche|Valentin Serov. Enfants. Sacha et Ioura Serov, 1899. Musée russe vignette|Pierre Auguste Renoir. Enfant au fouet, 1885. Musée de l'Ermitage Le critique d'art soviétique , note la sympathie de Serov pour le mouvement Mir iskousstva et l'influence de ce dernier sur son œuvre. Les toiles de Serov de la fin du siècle retracent le souvenir des vieux maîtres, dans leur recherche d'une seul leitmotiv de même couleur et du ton-sur-ton. Lebedev y voit l'influence du culte des gammes d'argentCe terme gammes d'argent a été introduit par Igor Grabar dans une monographie sur Serov dans laquelle il étudie l'utilisation par Serov, et aussi par Constantin Korovine de fines gradations de tons argentés et leur méthode d'application sur la toile .. Lebedev cite comme exemple de cette application par Valentin Serov : le portrait de ses enfants Sacha et Iora, le portrait du grand-prince Michel Nikolaïevitch de Russie, et surtout celui de Mika Morozovаn . thumb|Portrait du Grand Duc Michel Nikolaïevitch de Russie L'artiste biographe dans un ouvrage de la série Vie de personnes remarquables publié en 1961, écrit à propos de cette toile de Serov qu'il s'agit du « »meilleur portrait d'enfant de toute la peinture russe ». « Cet adorable enfant bouclé au visage mince et spiritualisé est réalisé avec une telle expression, un tel élan, que tous les autres portraits semblent des portraits de poupées immobiles à côté de lui ». Bien que le portrait date de 1901, la biographe note la ressemblance avec des travaux de l'artiste créés précédemment quand il était à la recherche de la couleur pour de la peinture sur le motif : Vera Smirnova-Rakitina cite à ce propos Enfants. Sacha et Ioura Serov.