Elena Bacaloglu (née à Bucarest le et morte en 1947 ou 1948), aussi connue avec les noms de famille Bakaloglu, Bacaloglu-Densusianu, Bacaloglu-Densușeanu ou sous la forme francisée de son nom Hélène Bacaloglu, est une journaliste, critique littéraire, romancière et fasciste roumaine.

Biographie

Enfance et éducation La famille Bacaloglu est importante socialement et politiquement dans la société roumaine ; la famille descend de D. H. Bacaloglu, un Bulgare de Roumanie décoré de l'ordre de Saint-StanislasGheorghe G. Bezviconi, Necropola Capitalei, Nicolae Iorga Institute of History, Bucarest, 1972, . Les ancêtres de Bacaloglu sont mentionnés comme vivant à Bucarest vers 1826 après avoir immigré et s'être installés pour spéculer sur la terreGeorge Potra, Documente privitoare la istoria orașului București (1800–1848), Editura Academiei, Bucharest, 1975, . Le père d'Elena Bacaloglu, Alexandru, est un fonctionnaire de la famille d'Emanoil Bacaloglu, et sa femme est Sofia G. Izvoreanu. Elena a quatre frères, Constantin, Victor, GeorgeBabeș, . Vital dates in Onofrei et al., et Alexandru dit SandiVestul României, Nr. 32/1923, , 4.

Elena Bacaloglu naît à Bucarest le Calangiu et al., p.xxi. Elle atteint un haut niveau d'éducation pour son époque, étudiant la culture française, l'histoire de l'art et la philosophie à la faculté de lettres de l'université de Bucarest et au Collège de FranceNastasă (2010), , 117, 133–134, 310. See also Calangiu et al., p.xxi. À Paris, elle vit avec son frère et chaperon Constantin Bacaloglu ; c'est là qu'elle rencontre son futur amant Ovid DensușianuNastasă (2010), . Elle épouse l'avocat et poète Călinescu, , après avoir réussi à convaincre ses parents récalcitrants de la laisser se marier avec lui"Diverse. Din Capitală. Drama din strada Lucacĭ", in Epoca, June 18, 1898, . Ils se fiancent le et se marient en janvier, avec pour témoin l'homme politique "Ultime informațiuni", in Epoca, 24 décembre 1896, . Ils ont une fille.

En 1897, Rosetti ne parvient pas à subvenir aux besoins de son épouse et de sa fille et quitte le ménage ; Bacaloglu revient vivre chez son père. En juin de l'année suivante, elle tente de se suicider en se tirant une balle dans le torse ; elle est sauvée après une opération d'urgence sur son poumon droit. Le divorce entre Rosetti et Bacaloglu est prononcé en 1899Nastasă (2010), . Le Calangiu et al., p.xxxv; Nastasă (2010), , Bacaloglu épouse Ovid Densușianu ; en mars ou , ils ont un fils, Ovid JuniorCalangiu et al., p.xxxviMaria Șveț, "Ovid-Aron Densușianu", in Calendar Național 2004: Anul Ștefan cel Mare și Sfânt, Bibliothèque nationale de Moldavie, Chișinău, 2004, . .

En 1903, Bacaloglu publie sa première monographie, Calangiu et al., p.xxi, xxxvi; Mitchievici, ; Onofrei et al., . Il s'agit d'une des tentatives de définir les limites du symbolisme, de la décadence et de la modernité par une autrice roumaine et son travail s'intègre dans la suite des essais d'Alexandru Bibescu et d'. Elle est la première personne à étudier les Serres chaudes d'un point de vue roumainMitchievici, , 135.

En 1904, Bacaloglu divorce de DensusianuPayne, .

En 1906, Bacaloglu publie un roman psychologique, , puis un autre roman en 1908, Calangiu et al., p.xxi; Onofrei et al., . Ses livres sont critiqués par le critique littéraire de , qui affirme qu'il est impossible de lire le premier roman en entierP. N., "Recenzii. Elena Bacaloglu, În luptă", in Viața Românească, Nr. 4/1906, . L'Académie roumaine reçoit une candidature du roman pour le prix de littérature annuel, mais le rejette en affirmant que la technique d'écriture de Bacaloglu est trop et qu'elle ne maîtrise pas suffisamment le roumain littéraire"Secțiunea literară. Premiul Năsturel", in Analele Academiei Române. Seria II, Vol. XXIX, 1906–1907, , 266–267. D'autres de ses écrits sont publiés dans des magazinesElena Bacaloglu, "Vis și realitate", in Noua Revistă Română, Nr. 9/1908, "Revista Revistelor", in Noua Revistă Română, Nr. 6/1909, .

Déménagement en Italie vignette|271x271px|Photographie signée, 1914 Après son divorce, Bacaloglu voyage en Europe de l'Ouest, et surtout en Italie où elle écrit pour Madame, et Il Giornale d'ItaliaSallusto, . En 1908, pendant quelques mois, elle a une relation avec Salvatore Di Giacomo ; elle traduit son Assunta Spina en roumain en . Elle épouse un homme italien.

Au début des années 1910, Bacaloglu vit à Rome. En , elle publie une monographie sur la relation extramaritale entre le poète Gheorghe Asachi et sa muse italienne Bianca MilesiCalangiu et al., p.xxi; Călinescu, ; Onofrei et al., . Elle reçoit la médaille du mérite de Carol IerBurcea (2005), et traduit les écrits de sa femme Élisabeth de Wied en français"Transeuntes literarios", in La Gaceta Literaria, Nr. 46/1928, . Elle représente la Roumanie à l'exposition nationale du Château Saint-Ange et, sous le nom d'Hélène Bacaloglu, elle donne des conférences sur Di Giacomo. Pendant cette époque, elle entre en conflit avec Alexandru Tzigara-Samurcaș, qui la remplace à l'exposition nationale et critique sa personnalité et ses compétencesAlexandru Tzigara-Samurcaș, Memorii. II: 1910–1918, Grai și Suflet – Cultura Națională, Bucharest, 1999, . . Bacaloglu publie sa version des faits sous forme de brochure"Memento", in Noua Revistă Română, Nr. 23/1912, ; Onofrei et al., . Ses conférences sur Di Giacomo reçoivent quant à elles un accueil critique positif. Toutes ses collaborations sont cependant interrompues quand ses partenaires littéraires se disent fatigués de sa personnalité et de son écriture de mauvaise qualitéSallusto, . En 1912, elle intègre la . vignette|430x430px|Bacaloglu (à l'arrière, marquée d'un 5) et les Latina Gens autour de Sebastião de Magalhães Lima (1) et de Jules Destrée (2), en juillet 1916 Peu après le début de la Première Guerre mondiale, Bacaloglu commence une campagne d'interventionnisme pour pousser la Roumanie, alors neutre, à intégrer la Triple-Entente et milite pour l'annexation de la Transylvanie austro-hongroise par la Roumanie. À Bucarest, elle publie l'essai en italien et le texte en français Preuves d'amour. Conférences patriotiques. Elle milite dans une approche pan-latiniste et intègre l'association Latina Gens qui vise une fédération d'États latinsTomi, . C'est au cours de son travail pour cette association qu'elle rencontre Luigi Cadorna, qui devient son protecteur"2a tornata di venerdì 16 giugno 1922. Interrogazioni e interpellanza", in Atti Parlamentari. Legislatura XXVI: CXXVII, , et Sidney Sonnino.

Elle essaie de populariser la cause roumaine sur le Front italien, mais ses efforts sont interrompus par la défaite de la bataille de Caporetto en , la forçant à se réfugier à Gênes. Elle joue alors un rôle dans la création de la , un groupe militaire composé de Roumains de Transylvanie et de sympathisants italiens, qui s'oppose aux Empires centraux en Italie. Cependant, elle n'est pas invitée à la cérémonie de fondation de la légion, tenue à Cittaducale en Tomi, .

D'après Victor Babeș, elle est la plus grande propagandiste roumaine à l'étranger, et surtout en ItalieBabeș, . La cause de la Grande Roumanie fascine également deux de ses frères : Victor, auteur de pièces de théâtre patriotiquesOnofrei et al., , crée un des premiers journaux roumains en Bessarabie, et George se bat pendant la première guerre mondiale et devient préfet du Județ de BihorBabeș, . Elena, Constantin et Victor sont tous trois correspondants de la revue culturelle de leur frère Georges jusqu'au milieu des années 1930Ileana-Stanca Desa, Elena Ioana Mălușanu, Cornelia Luminița Radu, Iliana Sulică, Publicațiile periodice românești (ziare, gazete, reviste). Vol. V, 1: Catalog alfabetic 1931–1935, Editura Academiei, Bucharest, 2009, . .

Engagement fasciste Après la première guerre mondiale, Elena Bacaloglu reste en Italie où elle écrit pour Universul, un quotidien de Bucarest"O mare prietenă...", . Elle est une des premières Roumaines à se familiariser avec l'extrême-droite moderne européenneBucur, ; Heinen, et souhaite transplanter le fascisme italien en Roumanie. Ce projet la passionne depuis le Biennio rosso, où elle échange avec Gabriele D'Annunzio des propos proto-fascistesHeinen, et elle écrit pour Il Popolo d'Italia"O mare prietenă...", . Elle envoie des lettres à Benito Mussolini, qui ne la prend pas au sérieux. Elle discute régulièrement avec Giuseppe Bottai et Piero Bolzon, qui acceptent d'intégrer son groupe de travail sur le fascisme roumain. Elle est également amie avec Benedetto Croce.

Or, alors qu'elle s'engage pour le fascisme, elle entre en conflit avec les autorités roumaines. Elle est défendue par le Parti national fasciste de Mussolini, et Luigi Federzoni accuse l'État roumain de vouloir la kidnapper et la faire taire de force "2a tornata di lunedì 2 agosto 1920. Interrogazioni e interpellanza", in Atti Parlamentari. Legislatura XXV: LXXIX, . En 1922, le tribunal de Casale Monferrato accueille un procès pour violation de la propriété intellectuelle qu'elle intente à l'État roumain. Bacaloglu se plaint à nouveau que des agents de la auraient essayé de la kidnapper pendant les accords de Gênes, et la même année, elle est défendue par Alessandro Dudan, député fasciste, qui accuse à nouveau la Roumanie d'abus de pouvoir. Les accusations de Bacaloglu sont démenties par tous les ambassadeurs roumains successifs, qui l'accusent de fantasmer sa persécution.

Mussolini prend Bacaloglu plus au sérieux qu'auparavant et lui écrit régulièrement, lui donnant des instructions détaillées sur et sur la coopération économique contre le capitalisme. Bacaloglu rend les lettres publiques dans sa brochure après la marche sur RomeEpure, ; Heinen, . Elle essaie activement d'empêcher un rapprochement politique entre l'Italie et la Hongrie, rivale historique de la Roumanie. Elle accuse le gouvernement roumain d'être à la solde de la France dans des articles qu'elle publie pour des journaux italiensEpure, .

En 1921, avec l'approbation de Mussolini, elle crée une association fasciste italo-roumaine, qui devient plus tard le ou MNFIRClark, ; Heinen, . Les membres de l'association ouvrent des ligues fascistes en Roumanie, avec un des premiers cercles ouverts à Cluj-Napoca, la capitale régionale de la TransylvanieAttila Gidó, Două decenii. Evreii din Cluj în perioada interbelică, Editura Institutului pentru Studierea Problemelor Minorităților Naționale, Cluj-Napoca, 2014, . . Le mouvement italo-roumain est antisémite, alors que les fascistes italiens ne le sont pas encoreFrancisco Veiga, La mística del ultranacionalismo: Historia de la Guardia de Hierro, Rumania, 1919–1941, université autonome de Barcelone, Bellaterra, 1989, . . Le groupe est soutenu par Constantin Bacaloglu, qui travaille à l'université de Iaşi avec l'influenceur antisémite A. C. Cuza, et qui soutient l'expulsion des étudiants juifs de RoumanieNastasă (2011), . Bacaloglu s'inspire beaucoup de l'Action française pour son nationalisme anti-industriel et populisteConstantini, .

La branche roumaine du fascisme italien reste mineure. Elle partage avec de nombreux groupes paramilitaires une haine du communisme et de la démocratie, mais est la seule à être directement inspirée par MussoliniConstantini, . Le MNFIR se sépare en 1922 et ses factions les plus puissantes fusionnent avec le parti fasciste roumain Clark, ; Heinen, . En 1923, Bacaloglu fonde un nouveau mouvement national sous le même nom que l'ancien et directement organisé sur le modèle des fascistes italiensBucur, ; Constantini, ; Epure, ; Heinen, .