Le siège de Berwick est un événement de la seconde guerre d'indépendance écossaise, qui a lieu entre mars et et aboutit à la prise de la ville écossaise de Berwick-upon-Tweed par une armée anglaise commandée par le roi .
La capture de cette ville frontalière stratégique est le premier objectif du roi d'Angleterre lors de son invasion de l'Écosse pour soutenir son prétendant au trône, Édouard Balliol, expulsé après s'être emparé de la couronne écossaise l'année précédente.
Une force d'avant-garde menée par Balliol assiège Berwick en mars avant d'être rejointe par le gros de l'armée anglaise, sous le commandement d'. Une grande armée écossaise est cependant rassemblée pour délivrer la ville et tente en vain de manœuvrer pour contraindre les Anglais à abandonner le siège. Alors que Berwick est sur le point de se rendre après quatre mois, les Écossais se sentent obligés de livrer bataille à Halidon Hill le . Ils subissent une défaite cuisante. Le lendemain, Berwick se rend, et Balliol est rétabli provisoirement sur le trône d'Écosse, non sans avoir cédé d'importants territoires au roi d'Angleterre et lui avoir rendu hommage.
Contexte
La première guerre d'indépendance écossaise débute en , lorsque prend et saccage la ville frontalière écossaise de Berwick en prélude à son invasion de l'Écosse. Trente ans de guerre s'ensuivent, jusqu'à la défaite décisive des Anglais lors de la campagne de Weardale en 1327. Isabelle de France et Roger Mortimer, les régents du jeune signent un an plus tard le traité d'Édimbourg-Northampton, qui reconnaît Robert Bruce en tant que roi d’Écosse. Cette paix, qualifiée de (turpis pax), est largement impopulaire en Angleterre. Certains nobles écossais, refusant de jurer fidélité à Robert Bruce, voient leurs terres confisquées et quittent l'Écosse pour se rallier à Édouard Balliol, fils du roi Jean d'Écosse, qui avait été déposé par en 1296. Ces nobles, principalement menés par Henri de Beaumont, forment le parti des .
Cependant, Robert Bruce meurt en 1329, laissant le trône à un enfant de cinq ans, . En 1331, les se réunissent dans le Yorshire pour préparer une invasion de l’Écosse. Malgré une neutralité affichée, ne fait rien pour empêcher ces préparatifs : il exige simplement que Balliol n'envahisse pas l’Écosse par voie terrestre en partant de l'Angleterre. Une flotte quitte donc le Yorkshire le pour débarquer à Fife. Cette action n'est pas une surprise pour les Écossais, dont la défense a déjà été organisée par le régent de , Thomas Randolph. Mais ce soldat expérimenté meurt dix jours avant le départ des forces de Balliol.
Cinq jours après son débarquement, Balliol et ses rencontrent une armée écossaise de à et l'écrasent à la bataille de Dupplin Moor le . Des milliers d'Écossais loyalistes sont tués, y compris une grande partie de la noblesse du royaume. Édouard Balliol est couronné roi d’Écosse à Scone le . Presque immédiatement, il donne des terres écossaises à pour une valeur de , dont . Ces concessions ainsi qu'un faible soutien en Écosse érodent très vite le pouvoir de Balliol. Quelques mois à peine après son couronnement il est pris dans une embuscade à Annan et obligé de fuir en Angleterre. Il fait alors appel à pour reprendre son trône.
Préparatifs alt=Un mur de pierre en ruine sur un monticule herbeux|gauche|vignette|Une section des murs de la ville médiévale de Berwick. Berwick-upon-Tweed, sur la côte britannique de la mer du Nord, se trouve à la frontière anglo-écossaise, à cheval sur la principale route d'invasion et de commerce dans les deux sens. Au Moyen Âge, c'est la porte d'entrée de l'Écosse vers la marche orientale anglaise. Selon , évêque et chancelier d'Angleterre, Berwick est . La cité est la plus prospère d'Écosse, en partie grâce à l'impôt sur la laine qui y est prélevé et qui est la principale source de revenus de la couronne écossaise. Cette importance stratégique primordiale en fait un enjeu au cours des nombreux conflits livrés au Moyen Âge sur cette frontière. Lors de la seconde guerre d'indépendance écossaise, elle n'est cependant écossaise que depuis environ un siècle et demi : Berwick a été vendue par Richard Cœur de Lion pour financer sa participation à la troisième croisade. ouvre la première guerre d'indépendance écossaise en saccageant la ville en 1296, Robert Bruce la reprend en 1318 puis tente sans succès de l'assiéger à nouveau l'année suivante.
Au début de 1333, l'atmosphère à la frontière est tendue : abandonne toute prétention de neutralité, reconnaît Balliol comme roi d’Écosse et se prépare à la guerre. Le parlement anglais se réunit à York et débat de la situation pendant cinq jours sans conclusion. promet de discuter de la question avec le pape Jean XXII et le roi de France Philippe VI. Peut-être pour empêcher les Écossais de prendre l'initiative, l'Angleterre se prépare ouvertement à la guerre, tout en annonçant que c'est l'Écosse qui se prépare à envahir l'Angleterre. En Écosse, Archibald Douglas prépare la défense, en qualité de Gardien de l'Écosse. Il fait notamment rassembler des armes et des vivres à Berwick et nomme Alexander Seton gouverneur de la ville. Cette dernière est défendue par des murs en pierres construits après la capture de la ville par et améliorés par les Écossais après 1318. Ces remparts s'étendent sur et font d'épaisseur pour de haut. Des tours de parsèment les remparts, tandis que le sud-ouest de la ville est protégé par la Tweed, traversée par un unique pont en pierres protégé par une porte fortifiée. Le château de Berwick, situé à l'ouest, est séparé de la ville par un large fossé, ce qui en fait une deuxième forteresse indépendante. La place forte, bien approvisionnée et équipée, est donc parée à résister à un long siège lorsque les forces d'Édouard Balliol franchissent la frontière écossaise le .
Siège
Mise en place alt=Carte|gauche|vignette|Situation de Berwick en 1333. Le château se trouve à l'ouest de la ville, en dehors des fortifications. Tweedmouth, le port de ravitaillement anglais est de l'autre côté de la Tweed, tandis que le champ de bataille de Halidon Hill est quelques kilomètres au nord-ouest. Aussitôt la frontière franchie, Édouard Balliol brûle et pille tout sur son passage jusqu'à atteindre Berwick à la fin du mois de mars. Déjà isolée par la mer par la marine anglaise, la ville est maintenant isolée par la terre. Au cours du mois d'avril, Balliol met en place des tranchées et coupe l'approvisionnement en eau ainsi que les communications terrestres de Berwick.
arrive à Berwick le après avoir fait étape au château de Bamburgh, une trentaine de kilomètres au sud et y avoir laissé la reine Philippa. Ses troupes comprennent des soldats recrutés dans les marches galloises et les Midlands ainsi que des hommes originaires du nord de l'Angleterre, aguerris par les raids écossais. Les Anglais appliquent sur les environs de Berwick une politique de la terre brûlée, visant à la fois à ravitailler leur armée et à s'assurer que la garnison assiégée ne puisse pas se ravitailler, même en cas de levée du siège.
L'armée est accompagnée d'artisans chargés de construire des engins de siège. Trente-sept maçons préparent également près de 700 projectiles en pierre pour le siège, qui sont transportés par mer depuis Hull le . prend aussi des dispositions pour que l'armée soit ravitaillée par mer via le petit port de Tweedmouth, sur la rive sud de la Tweed, en face de Berwick.
Dans le camp écossais, Archibald Douglas n'essaye pas de lever rapidement le siège comme l'avait fait Robert Bruce en 1319. Au lieu de cela, il rassemble autant de troupes que possible et lance des raids mineurs dans le Cumberland. Ces menaces sont trop faibles pour détourner du siège de Berwick. Le roi d'Angleterre s'en sert cependant pour sa propagande, afin de présenter les Écossais comme une menace.
Assauts alt=Photo couleur de plusieurs trébuchets construits en bois.|vignette|Reconstitutions modernes de trébuchets médiévaux au château de Castelnaud. Avec l'arrivée d', l'assaut sur Berwick commence. Il est commandé par le soldat-marchand flamand John Crabbe. Ce dernier avait défendu Berwick contre les Anglais en 1319, avant d'être capturé en 1332 et de passer au service de l'Angleterre. Sous son commandement, les catapultes et trébuchets sont largement utilisés. Les assiégeants emploient également très probablement des canons d'un type indéterminé, faisant de Berwick la première ville des îles britanniques à être bombardée par des armes à feu selon l'historien Ranald Nicholson. Ces armes causent de gros dégâts dans la ville, endommageant gravement une église, le château et plusieurs tours entre autres. Forcer la ville à se rendre en l'affamant et en la bombardant semble avoir été l'objectif d' à Berwick.
Les Anglais lancent cependant le un assaut par terre et par mer. Les défenseurs tentent de jeter des fagots enflammés imbibés de goudron sur les navires anglais collés aux murs. Toutefois, cet affrontement tourne à la catastrophe pour les assiégés puisque les fagots déclenchent un incendie qui ravage la ville et que William Seton, un fils du gouverneur de la ville, est tué au combat. L'ampleur des destructions dans Berwick pousse Alexander Seton à demander une trêve à . Celle-ci lui est accordée, mais à la condition qu'il se rende à son échéance le si aucune armée écossaise n'est venue le libérer ou le renforcer à cette date. En garantie, Seton livre douze otages à , dont Thomas, son propre fils.
Tentatives de libération Ranald Nicholson considère que la libération de Berwick relève d'un devoir d'honneur pour Archibald Douglas, en sa qualité de gardien de l’Écosse. En outre, ce dernier est en position de force, puisque son armée est forte de près de , contre pour celle d'. Le , il prend et détruit le petit port de Tweedmouth, qui servait au ravitaillement des assiégeants, sans que le roi d'Angleterre ne réagisse. Une troupe de écossais emmenés par réussit également à rentrer dans Berwick par le pont, malgré quelques difficultés. Après ces deux opérations, Douglas considère le siège comme brisé et invite à partir, sans quoi il menace de ravager l'Angleterre avec son armée. En considérant que les constituent les renforts mentionnés dans la trêve conclue fin juin, Alexander Seton fait également savoir qu'il ne se rendra pas. , lui, fait une lecture différente des clauses de la trêve : selon lui, les troupes de libération mentionnées dans l'accord devaient venir d'Écosse. Or, les cavaliers sont venus du sud, en passant par le territoire anglais. Considérant l'accord violé, le roi d'Angleterre fait édifier une potence en face des murs de Berwick et pend le jeune Thomas Seton sous les yeux de ses parents. Il donne ensuite des instructions pour pendre deux otages chaque jour jusqu'à ce que la ville se rende.
Une nouvelle trêve est conclue le , prévoyant la reddition de Berwick si la garnison n'est pas à nouveau renforcée avant le 19. La trêve prévoit que Berwick soit (c'est-à-dire annexée), mais les habitants doivent être autorisés à partir avec leurs biens, sous le couvert d'un sauf-conduit d', comme tous les membres de la garnison. Les conditions qui annuleraient cette trêve sont définies dans le texte à travers trois cas de figure : d'armes écossais au moins qui réussiraient à se frayer un chemin jusqu'à Berwick, l'armée écossaise qui forcerait le passage à travers un tronçon spécifique de la rivière Tweed ou la défaite de l'armée anglaise dans une bataille rangée sur le sol écossais. alt=Photo en couleur d'un grand château fort sur une colline.|vignette|Le château de Bamburgh.