L'opération des Nations unies pour le rétablissement de la confiance en Croatie, communément abrégée en ONURC (en anglais United Nations Confidence Restoration Operation in Croatia, UNCRO), est une mission de maintien de la paix de l'Organisation des Nations unies en Croatie. Elle est créée en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies et approuvée par le Conseil de sécurité dans sa résolution n° 981 le . L'UNCRO a hérité du personnel et de l'infrastructure de la Force de protection des Nations unies (FORPRONU). Son commandement était situé à Zagreb ; les troupes de maintien de la paix étaient déployées dans quatre secteurs nommés Nord, Sud, Est et Ouest. Vingt pays différents ont fourni des troupes à cette mission.
Au début, l'UNCRO disposait de 15 000 soldats, anciens membres de la FORPRONU ; l'effectif a été progressivement réduit à environ 7 000 personnes à la fin de la mission, début 1996. Le diplomate sud-coréen Byung Suk Min était le chef civil de la mission, tandis que les commandants militaires de l'UNCRO étaient les généraux Raymond Crabbe et Eid Kamal Al-Rodan. L'UNCRO était liée à la FORPRONU, qui restait active en Bosnie-Herzégovine, et à la Force de déploiement préventif des Nations unies (UNPREDEP), qui était déployée en république de Macédoine. La mission a pris fin le en vertu de la résolution 1025 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le . Seize soldats de l'UNCRO ont été tués, dont quatre au cours de l'opération Tempête en .
L'UNCRO était chargée de faire respecter le cessez-le-feu de dans le cadre de la guerre d'indépendance croate, de soutenir un accord de coopération économique entre la Croatie et la république serbe de Krajina (RSK), de surveiller les zones situées entre les armées des belligérants, surveiller la péninsule démilitarisée de Prevlaka, assumer des fonctions de liaison, fournir une aide humanitaire et occuper 25 points de contrôle le long des frontières internationales de la Croatie entre le territoire tenu par la RSK, la république fédérale de Yougoslavie et la Bosnie-Herzégovine. L'UNCRO, comme la FORPRONU avant elle, a été critiquée pour son manque de troupes et de ressources adéquates pour mener à bien la mission, et l'accomplissement du mandat de la mission s'est avéré presque impossible.
Contexte
En 1990, à la suite des élections législatives croates et de la défaite électorale du régime communiste en Croatie, les tensions ethniques se sont aggravées. Après les élections, l'Armée populaire yougoslave (Jugoslovenska narodna armija, ou JNA) a confisqué les armes des Forces de défense territoriale de Croatie (Teritorijalna obrana, ou TO) afin d'annihiler toute résistance. Le , les tensions ont dégénéré en une révolte ouverte des Serbes de Croatie, centrée sur les régions de l'arrière-pays de la Dalmatie, majoritairement peuplées de Serbes, autour de Knin ainsi que des zones autour de la Lika, Kordun, la Banovina et la Croatie orientale. La république serbe de Krajina (RSK), établie plus tard dans ces régions, a déclaré son intention d'intégrer la Serbie, et a été considérée par le gouvernement de Croatie comme une région sécessionniste. La JNA empêchait la police croate d'intervenir. En , le conflit a dégénéré en véritable guerre, la guerre d'indépendance croate. En juin, la Croatie déclare son indépendance alors que la Yougoslavie se désintègre, mais la mise en œuvre de cette décision a été reportée au par un moratoire de trois mois. Une campagne de nettoyage ethnique commence alors en RSK ; la plupart des non-Serbes ont été expulsés au début de 1993.
La JNA soutenant de plus en plus la RSK, la police croate ne peut faire face à la situation. En , la Garde nationale croate (Zbor narodne garde, ou ZNG) est créée en tant que force militaire de la Croatie et est rebaptisée Armée croate (Hrvatska vojska, ou HV) en novembre. La fin de l'année 1991 est marquée par les combats les plus violents de la guerre, qui culminent avec la bataille des casernes, le siège de Dubrovnik et la bataille de Vukovar. En , un accord de cessez-le-feu visant à mettre en œuvre le plan Vance est signé par des représentants de la Croatie, de la JNA et de l'ONU, et les combats cessent. Le plan Vance était conçu pour mettre fin aux hostilités en Croatie et permettre des négociations en neutralisant toute influence causée par les combats, mais il n'offrait pas de solutions politiques préétablies. Ce plan prévoyait le déploiement de la Force de protection des Nations unies (FORPRONU), forte de 10 000 personnes, dans les principales zones de conflit connues sous le nom de « zones protégées par les Nations unies » (UNPA). La FORPRONU est chargée de créer une zone tampon entre les belligérants, de désarmer les éléments serbes croates de la TO, de superviser le retrait de la JNA et des HV des UNPA et le retour des réfugiés dans la région. La Résolution 743 du Conseil de sécurité des Nations unies du décrit la base juridique de la mission des Nations unies, qui avait été demandée et approuvée en , sans faire de référence explicite au ou au Chapitre VII de la Charte des Nations unies. Seule une référence au chapitre VII aurait permis à la force de maintien de la paix d'exécuter son mandat quel que soit le niveau de coopération des belligérants.
En raison de problèmes d'organisation et de violations de l'accord de cessez-le-feu, la FORPRONU n'a commencé à se déployer que le . Il lui a fallu deux mois pour se déployer complètement dans les UNPA. Bien que la FORPRONU ait placé la plupart des armes lourdes de l' (ARSK) dans des entrepôts contrôlés conjointement par l'ONU et la RSK en , la force onusienne n'a pas été en mesure de faire respecter toutes les dispositions du plan Vance, notamment le désarmement de l'ARSK, le retour des réfugiés, la restauration de l'autorité civile et la mise en place d'une police intégrée sur le plan ethnique. Elle n'a pas non plus réussi à faire se retirer les forces de l'ARSK des zones situées en dehors des UNPA désignées et qui étaient sous le contrôle de l'ARSK au moment de la signature du cessez-le-feu. Ces zones, connues par la suite sous le nom de « zones roses », étaient censées être restituées à la Croatie. La non-application de cette clause du plan Vance a fait des zones roses une source majeure de conflit entre la Croatie et la RSK. En 1993, craignant que la situation sur le terrain ne devienne permanente, la Croatie a lancé plusieurs offensives militaires à petite échelle contre la RSK afin de s'emparer d'objectifs locaux importants et d'attirer l'attention de la communauté internationale. En réponse, l'ARSK a récupéré ses armes dans les sites de stockage contrôlés par l'ONU/RSK, annulant ainsi le seul grand succès de la FORPRONU en Croatie.
Transition de la FORPRONU à l'UNCRO Le mandat de la FORPRONU a été prolongé à plusieurs reprises, par tranches allant jusqu'à six mois, avec l'accord du gouvernement croate. La situation a changé au début de l'année 1995, lorsque le président croate Franjo Tuđman a écrit au secrétaire général des Nations unies pour l'informer que la Croatie n'accepterait pas de nouvelles prolongations de la mission après son expiration le et pour demander que la FORPRONU quitte la Croatie avant la fin du mois de juin. À l'époque, l'ONU avait pour habitude de demander le consentement du pays dans lequel ses forces de maintien de la paix étaient déployées, et la lettre demandait à la FORPRONU de se retirer complètement de Croatie. Une telle action nécessitait également l'abolition des UNPA, qui ont été identifiées comme parties intégrantes de la Croatie par la résolution n° 815 du Conseil de sécurité des Nations unies du . Deux jours plus tard, le secrétaire général a signalé au Conseil de sécurité des Nations unies que la FORPRONU n'était pas en mesure de mettre en œuvre des éléments importants du plan Vance, de faire respecter un cessez-le-feu ou de protéger ses propres véhicules contre les détournements dans les Zones d'action des Nations unies (ZAPA).
Le , l'ambassadeur américain Peter Galbraith tente en vain de persuader l'assistant de Tuđman Hrvoje Šarinić d'accepter une nouvelle prolongation du mandat de la FORPRONU, en expliquant que le conflit s'intensifierait inévitablement une fois la force de l'ONU retirée. Cette rebuffade a été suivie par des réponses diplomatiques françaises et britanniques sévères appelant l'ONU à ignorer la décision croate, ce qui a conduit Tuđman à rejeter toute prolongation du mandat. Le secrétaire d'État adjoint américain aux affaires européennes et eurasiennes, Richard Holbrooke, a rencontré Tuđman et lui a suggéré que si la FORPRONU était autorisée à rester, la Croatie pourrait compter sur une intégration dans l'Union européenne et l'OTAN. Pour sortir de la querelle diplomatique, Holbrooke a proposé que la FORPRONU soit remplacée par une nouvelle mission utilisant le même personnel et la même structure organisationnelle. À la suite de l'accord de la Croatie, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution n° 981 établissant l'Opération des Nations unies pour le rétablissement de la confiance en Croatie (UNCRO), remplaçant la FORPRONU dans le pays. Le nom de la nouvelle mission est imaginé par le secrétaire général adjoint des Nations unies, Shashi Tharoor.
Mission
Mandat et fonctions La mission de l'UNCRO est établie en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies. Elle devait initialement se terminer le et son mandat consistait à soutenir la mise en œuvre d'un cessez-le-feu convenu par la Croatie et la RSK le , ainsi que d'un accord de coopération économique conclu le . Les fonctions militaires de la mission consistaient à surveiller les zones situées entre les positions avancées de HV et de l'ARSK, à vérifier que certains types d'armes lourdes étaient éloignées d'au moins 10 ou 20 kilomètres des positions militaires avancées, à maintenir des points de contrôle, à présider des commissions mixtes et à assurer des fonctions de liaison. Les fonctions économiques de la mission consistaient à soutenir la négociation et la mise en oeuvre de nouveaux accords économiques, à faciliter et à soutenir les activités visant à ouvrir les voies de transport et les réseaux d'approvisionnement en eau et en électricité.
L'UNCRO était également chargée de l'acheminement de l'aide humanitaire et du contrôle, de la surveillance et de la notification de tout transport de personnel militaire, de fournitures, d'équipements ou d'armes à travers les postes de contrôle frontaliers tenus par l'UNCRO entre les territoires croates tenus par la RSK d'une part, et la Bosnie-Herzégovine ou la république fédérale de Yougoslavie d'autre part. L'UNCRO tenait 25 postes de contrôle frontaliers. Le mandat demandait également à l'UNCRO de surveiller la démilitarisation de la péninsule de Prevlaka à l'entrée de la baie de Kotor, conformément à la résolution 779 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le déploiement de l'UNCRO est officiellement approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies le . La mission devait être réduite en juin à 8 750 soldats de la FORPRONU.