, né le à Grand-Popo au Dahomey (actuel Bénin) et mort le dans la même ville, est un journaliste, homme politique, homme d'affaires, diplomate dahoméen, cofondateur et dirigeant du premier parti politique de l'histoire de son pays, l'Union progressiste dahoméenne (UPD).
Biographie Jeunesse et études Augustin Azango naît le à Grand-Popo au Dahomey, d'un père commerçant. Il est prénommé Kokou. Lors de son baptême, ses parents lui donne le prénom chrétien d'Augustin. Il devient, plus tard, élève à l'école des pères, à la mission catholique de Grand-Popo.
En 1921, Il est l'un des membres fondateurs de l'association Nonvitcha dont il écrit le règlement intérieur.. Nonvitcha a comme dessein initial de rassembler les Xwéda et les Xwla, peuples vivant principalement sur la zone côtière du Dahomey..
En 1924, afin de poursuivre ses études supérieures, il quitte le Dahomey pour la France où il s'installe à Paris. Il est admis à HEC, à Sciences-Po et l'École supérieure de journalisme.
Carrière professionnelle et politique Débuts à Paris vignette|Logo de l'agence de presse Métromer. Ses études terminées, Augustin Azango travaille un temps chez Dunlop avant de devenir journaliste. À Paris, il crée, en 1934, et dirige, Métromer, une agence de presse d'outre-mer, qui publie bimensuellement un bulletin d'information, dont René Maran, premier écrivain noir à recevoir le prix Goncourt, en est le rédacteur en chef .. Augustin Azango souhaite que cet organe soit le trait d'union entre la presse métropolitaine et celle d'outre-mer en fournissant, à l'une comme l'autre, des articles traitant « de près ou de loin [les] intérêts coloniaux » mais qui d'ordinaire ne traversent pas l'Atlantique. L'organe de presse permet également aux entreprises métropolitaines, souhaitant s'ouvrir de nouveaux marchés en outre-mer, de diffuser leur publicité..
En , il s'insurge contre le manifeste des « 64 intellectuels » et soutient la réponse à ce texte, rédigée par une autre partie de l'élite française.. Ce manifeste, signé par Henri Massis et publié dans la presse parisienne le 4 du même mois, approuve l'invasion de l'Italie fasciste en Éthiopie.
Il découvre, en 1937, les prémices de l'organisation politique, en étant désigné secrétaire général de l'association Le Bénin qui regroupe des Dahoméens et Togolais résidant ou de passage en France.. Également connue sous le nom de Gbedjinovi, qui signifie « les frères qui sont à l'extérieur », elle a pour but d'« apporter sa confiante et loyale contribution aux études et solutions des problèmes intéressant l'évolution des deux pays et de l'Afrique en général ». Louis Ignacio-Pinto, un de ses futurs acolytes politiques, en est le président.
Retour au Dahomey Augustin Azango rentre au Dahomey en 1939 ; un groupe agro-alimentaire métropolitain, spécialisé dans la fabrication de jus de fruits, lui confie la mission de prospecter dans les colonies d'Afrique-Occidentale française afin d'évaluer la capacité et la qualité de leurs productions fruitières..
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la France appelle les populations de métropole et d'outre-mer à participer à l'effort de guerre. Augustin Azango y contribue en cherchant à mobiliser les Africains. Dans le cadre de son activité professionnelle, il réalise des allers-retours réguliers entre le Dahomey et le Togo, notamment entre Grand-Popo et Anécho et en profite pour diffuser au Togo de la propagande alliée.
Nouveaux rapports métropole-colonies Au sortir de la guerre, la France est à reconstruire et connaît des réformes qui transforment son paysage institutionnel. En effet, le gouvernement provisoire qui dirige à présent le pays souhaite une refonte de la Constitution et rédige un projet constitutionnel devant être approuvé par le peuple français par voie de référendum. Le gouvernement qui souhaite conserver l'empire colonial français, repense, dans ce projet, les rapports qui lient la métropole à ses colonies, en proposant à ces dernières de leur accorder une autonomie dans la gestion de leurs affaires et une représentativité au sein des institutions nationales.
Convenue lors de la Conférence de Brazzaville, une commission, menée par Gaston Monnerville, est créée le dans l'optique de concevoir les textes fondateurs de cette future et nouvelle relation entre la France et ses territoires d'outre-mer, qui seront intégrés dans le projet de Constitution à venir. Le ministre des colonies Paul Giacobbi propose à une jeune pousse dahoméenne, Sourou Migan Apithy, expert-comptable, d'intégrer ce groupe, avec notamment Léopold Sédar Senghor. La commission Monnerville, qui prend le nom de son président, est également chargée, entre autres, .
Sourou Migan Apithy veille à résumer le fond des séances à Augustin Azango, qu'il perçoit comme l'un des . D'ailleurs, c'est autour de ce dernier que se crée un « comité des sages », qu'il préside, réunissant la fine fleur dahoméenne. Parmi elle, des notables, les instituteurs Émile Poisson et Émile Bodé Zinsou, son fils, le médecin Émile Derlin Zinsou mais, aussi, des journalistes et directeurs de journaux locaux, comme Augustin Nicoué, fondateur du journal Le Phare du Dahomey, qui parviennent à mettre de côté leurs divergences et s'unissent pour se concentrer sur un intérêt commun, l'avenir des colonies. Ce comité rassemble les avis et émet des recommandations à Sourou Migan Apithy afin que les colonies puissent faire entendre leur voix et maîtriser leur destinée future. Mais les Africains présents au sein de la commission Monnerville échouent dans leur tentative de faire obtenir les mêmes droits aux autochtones que ceux des colons, notamment lors des élections des différentes Assemblées.
Installation de la vie politique Premières élections françaises au Dahomey L'ordonnance du ., bien que conférant le droit à tous les territoires d'outre-mer d'être représentés à l'Assemblée nationale constituante, n'accorde pas l'équité souhaitée par les Africains.
Malgré cela, les Dahoméens se mettent à préparer, pour la première fois, des élections conduisant leurs représentants à la députation. Ces élections se déroulent au scrutin uninominal à deux tours et deux collèges électoraux distincts sont formés, l'un pour les électeurs « citoyens », l'autre pour les électeurs « non-citoyens ». En somme, les électeurs ayant le statut civil français mais aussi les « évolués » votent au premier collège et ceux conservant leur statut personnel se prononcent au second collège.
À cette occasion, des comités électoraux, prémices des partis politiques, sont créés dans le but de coopter puis de soutenir les différents candidats. Ces comités peu ou mal organisés sont dirigés par les élites de la colonie telles qu'Augustin Azango ou encore l'ethnologue Paul Hazoumé.
Considéré comme candidat naturel par les intellectuels dahoméens, Augustin Azango est encouragé à se présenter aux élections constituantes françaises de 1945 mais repousse l'offre et propose en retour la candidature de Sourou Migan Apithy.. Si Augustin Azango ne postule pas à la position de député, il n'en demeure pas moins un acteur actif à ces élections. Il est convié à rejoindre, le , une commission chargée du recensement général des votes de la circonscription « Dahomey-Togo ». pour des élections qui ont lieu quatre jours plus tard sur le territoire. Le révérend-père Francis Aupiais et Sourou Migan Apithy remportent respectivement ces élections. au premier et second collège, devenant les premiers députés de l'histoire à représenter le Dahomey et le Togo.
Création du premier parti politique Après un premier échec, une nouvelle Constitution est promulguée le ; celle-ci permet de faire place à la Quatrième République et de donner naissance à l'Union française. Si l'article 80 de cette Constitution stipule que , il spécifie également que ., confirmant le maintien du double collège et le traitement inégalitaire qui subsiste entre les nationaux français et les autres ressortissants de l'Union française.
Conformément aux intentions initiales, la Constitution accorde un semblant d'autonomie aux territoires d'outre-mer avec l'instauration d'une Assemblée élue, appelée Conseil général en Afrique-Occidentale française, qui a la charge de la gestion territoriale.. Au Dahomey, le Conseil général est constitué de 30 membres, dont 12 élus au premier collège, citoyens de droit civil français et 18 au second collège, citoyens de statut personnel..
La formation de partis politiques est désormais permise ; ainsi en ., sur les fondations des comités électoraux, Augustin Azango cofonde, avec Émile Derlin Zinsou, le premier parti de l'histoire de la colonie, l'Union progressiste dahoméenne (UPD), dont le journaliste en devient le dirigeant.
Au sein du parti, une classe politique émerge ; celle-ci est éduquée, cultivée et représente l'ensemble des régions et des ethnies que compte le Dahomey. L'UPD regroupe des docteurs (Justin Ahomadegbé et René Deroux), des instituteurs (Hubert Maga, Tahirou Congacou, Émile Poisson, Michel Ahouanmènou ou encore Adrien Degbey), des journalistes, etc.
Mais l'ère du parti unique ne dure pas, les rivalités tribales, les tensions interrégionales, les guerres d'ego et les querelles intestines font disloquer le groupe. Augustin Azango n'est pas homme à régler les conflits, impuissant face à la situation, ne parvient pas à redresser la barre. Justin Ahomadegbé et Émile Poisson sont les premiers à quitter le parti près de huit mois seulement après sa création et fondent ensemble, le , le Bloc populaire africain (BPA).
D'une élection à l'autre Les premières élections territoriales au Dahomey, qui se tiennent entre le et le , voient Augustin Azango être élu conseiller général au second collège dans la deuxième circonscription, cercles d'Abomey-Ouidah. L'UPD est plébiscitée, le parti obtient la majorité absolue à l'Assemblée, ses candidats s'adjugeant 20 des accessibles.
Une fois le Conseil général installé, la présidence de l'Assemblée est naturellement proposée au dirigeant de l'UPD, celui-ci la décline mais est tout de même désigné vice-président.. Dans les faits, Augustin Azango n'a aucune ambition politique et n'a pas cherché à se faire élire au Conseil général mais son statut lui imposait. Il n'a pas non plus une soif absolue de pouvoir, ce qui l'anime réellement c'est de créer une unité autour de son parti et plus largement de fédérer les Dahoméens... Le philosophe Emmanuel Mounier cerne ces traits de caractère lors de leur rencontre, durant un voyage dans la colonie, et le décrit comme un faisant preuve d'une et donne .
Robert Dossou définit Augustin Azango comme un ., capable de se sacrifier et de se dévouer pour les autres sans contrepartie.. Mais ce dévouement est insuffisant pour éviter les fractures que subit l'UPD à l'approche des élections législatives françaises de 1951. Pour ces élections au collège unique, deux sièges sont à pourvoir.. Un consensus se dégage initialement autour du député sortant Sourou Migan Apithy et d'Émile Derlin Zinsou pour représenter l'UPD mais une frange du parti souhaite qu'un des deux candidats soit un homme originaire du nord du pays, à savoir Hubert Maga. Cette requête n'est pas accordée, ce dernier quitte alors la formation avec ses soutiens et fonde le Groupement ethnique du Nord.
L'UPD propose finalement à Sourou Migan Apithy d'être le colistier d'Émile Derlin Zinsou, ce qu'il refuse et acte son départ en créant la liste « Union française ». Avec celle-ci, il parvient à se faire réélire député, arrivant en tête des suffrages, et retrouve le palais Bourbon accompagné d'Hubert Maga, sorti deuxième des urnes. Émile Derlin Zinsou ne se classe qu'en troisième position ; son parti échoue dans sa quête à conserver un siège à l'Assemblée nationale française et ressort irrémédiablement affaibli par les défections successives.