La Petite Église désigne des communautés locales, anciennement membres de l'Église catholique de France, ayant refusé la Constitution civile du clergé (1790) puis le concordat signé en 1801 par le Premier consul Bonaparte et le pape Pie VII. Ces communautés ont compté jusqu'à fidèles au . Malgré l'absence de prêtres depuis 1852, certaines communautés perdurent en organisant des prières calquées sur le déroulement de la messe catholique, dont la Petite Église des Deux-Sèvres, celle du Lyonnais, de l'Aveyron, de Bretagne, de Saône-et-Loire et de Belgique.

Historique Histoire générale La Petite Église est le fruit du mécontentement engendré dans certaines régions de France et de Belgique à la suite du Concordat de 1801, soit au sein du clergé, particulièrement dans le chef de certains évêques gallicans de l'Ancien Régime, mécontents de la perte de leur siège épiscopalNotamment Coucy évêque de La Rochelle (qui 1819, désapprouve publiquement le mouvement de la Petite Église qui persiste) et Thémines, évêque de Blois, alors tous deux émigrés en Espagne., soit au sein de la paysannerie de province - particulièrement dans les régions demeurées favorables à la royauté - désorientée par les mutations concordataires comme les nouvelles lois sur le mariage, la modification des fêtes chômées, le redécoupage des évêchés... mais surtout par le fait que le pape puisse rompre la chaîne de succession apostolique en démettant un évêque. Recension par ..

Organisées dans un premier temps autour d'un clergé non-concordataire, une quarantaine de communautés locales dissidentes - souvent influencées par le jansénisme ou la théologie augustinienne. - voient ainsi le jour en France parmi lesquelles : les basnieristesDu nom de l'abbé Rémy Basnier, curé à Dangy ; cf. . dans la Manche, les blancs en Bourgogne, les bleus en Saône-et-Loire., les blanchardistesAinsi désignés par leurs opposants, ils tirent leur nom de l'abbé Jean-Louis Blanchard (1758-1829) qui rompra avec Rome ; cf. . dans le Calvados, les clémentinsdisciples de l'abbé François Clément, né en 1750 et Grand Vicaire à Rouen ; cf. . en Seine-Inférieure, les enfarinés dans l'Aveyron, les filochois de Château-du-Loir dans la Sarthe, adeptes de Gervais Philoche, apothicaire, les illuminés en Lot-et-Garonne, les louisets dans la région de Fougères, les purs à Montpellier...

Un groupe janséniste convulsionnaire lyonnais dirigé par les abbés Jean-Dominique Chaix puis Claude Germain. refuse également le Concordat et prend le nom de Petite Église, une dénomination qui servira progressivement à désigner la plupart de ces communautés locales pourtant non uniformes et qui généralement s'ignorent les unes les autres. Dans les Départements réunis, un mouvement appelé stevenistes apparaît dans le Brabant à l'instigation de l'ecclésiastique Corneille Stevens..

Ces communautés schismatiques ont perduré après la Restauration et ont pu compter ensemble jusqu'à fidèles. Leur déclin s'est pourtant fait sentir dès le sous les pressions conjointes des autorités politiques et de l'Église catholique mais surtout consécutivement à la disparition progressive du clergé non concordataire dont le dernier représentant meurt en 1852. En effet, aucun de ces évêques n'avait consacré de successeur susceptible d'ordonner de nouveaux prêtres.

Ces communautés sans plus de prêtre à leurs côtés depuis lors, survivent néanmoins par l'organisation laïque de l'enseignement religieux et du culte sans messe, les prières étant désormais dites à la maison ou dans des chapelles (comme en Poitou ou en Belgique). La dénonciation du concordat en 1905 et différentes tentatives de rapprochement ne modifieront pas la situation de ces communautés vis-à-vis de l'Église catholique.

Une quarantaine de ces groupes ont été identifiés dans toute la France et en Belgique (française à l'époque)Guy Janssen, La Petite Église en 30 questions, La Crèche, Geste Éditions, 1999, , cité dans Jean-Pierre Chantin, « Anticoncordataires ou Petite Église ? Les oppositions religieuses à la loi du 18 germinal an X », .. Ces groupes rassemblaient quelque fidèles au début du . Ce sont les derniers survivants du gallicanisme de la France d'Ancien Régime qui refusent l'ultramontanisme, le concordatisme et la Révolution française. Leurs missels continuent d'utiliser les formulations en latin du rite gallican que lisaient le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette en captivité, le rite de saint Pie V n'ayant été introduit en France qu'au milieu du .

De nos jours, seules quatre communautés subsistent qui rassemblent environ fidèles : la Petite Église des Deux-Sèvres ( fidèles), les « stévenistes » belges (300 fidèles), les « Blancs » en Bourgogne (300 fidèles) et la Petite Église du Lyonnais (400 fidèles).

La « messe » de la Petite Église Il ne s'agit pas de la messe à proprement parler mais de la récitation de celle-ci, donc sans sacrement, avec quelques aménagements spécifiques. : Les fidèles commencent par réciter le chapelet. Le Miserere et le De profundis sont ensuite chantés. Puis viennent le chant de lintroït, le Kyrie, le Gloria et le Credo issus de la Messe des catéchumènes. Le Sanctus, l'''Agnus Dei et le chant de communion viennent compléter l'office. Enfin, les lectures de l'épître et de l'Évangile concluent la réunion, parfois suivie d'un nouveau chapelet.

Petite Église des Deux-Sèvres

Petite Église du Lyonnais

Petite Église de l'Aveyron : les Enfarinés Les renseignements suivants concernent l'histoire de la Petite Église de l'Aveyron, mais sont très significatifs de l'histoire de nombreux autres groupes de ce mouvement.

L'évêque de Rodez, Seignelay Colbert de Castlehill, s'oppose au concordat. À la suite de l'action du vicaire Bernard Souquières, réfractaire particulièrement convaincu qui se cache dans la vallée du Lot, plusieurs communautés de l'Aveyron le suivirent, notamment Notre-Dame-d'Aynès, Grand-Vabre, Villecomtal et de l'autre côté du Lot dans le Cantal, Cassaniouze, Vieillevie, Ladinhac, Saint-Projet, et plus loin dans le Cantal Saint-Illide.

Les membres de ces communautés, menés par les abbés Delhom et Régis, sont surnommés les enfarinés' parce qu'ils gardaient les cheveux longs et poudrés à la mode de l'Ancien Régime.

À partir de 1810, par manque de prêtres, les communautés s'étiolent. Certaines cependant se maintiennent longtemps hors de la « grande Église », se réunissant les dimanches, se baptisant entre eux, refusant d'entrer dans les églises ou bien d'accueillir un prêtre pour le sacrement des malades. Le plus ancien des enfarinés présidait les obsèques.

La Petite Église se maintient à Cassaniouze, dans le hameau de La Bécarie, jusqu'en 1911, année où l'évêque de Saint-Flour, Paul Lecœur, reçoit l'abjuration des derniers fidèles, dès lors réintégrés au siège de Pierre.

Petite Église en Bretagne : les Louisets En Bretagne les résistants à l'Église constitutionnelle, puis concordataire, sont appelés les .

Ce nom provient de celui du dernier lieu de culte public où se réunissaient les catholiques qui résistaient à la constitution civile du clergé, la chapelle de l'hôpital Saint-Louis de Fougères. Ils étaient particulièrement nombreux dans les paroisses de Parigné, Landéan et La Bazouge-du-DésertJoseph Chardonnet, "Rennes et la Haute-Bretagne", éditions France-Empire, 1980.

Le des Louisets était l'abbé Joseph Goret des Martinais (1753 - 1816), un prêtre issu d'une famille illustre du pays fougeraisOn peut trouver de nombreux détails sur ce prêtre et sur sa famille dans E. Aaubrée Les Louisets, Ed. Perrin, Paris, 1943, ; ou Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, art. « Goret des Martinais », vol. 3 La Bretagne, , Ed. Beauchesne, Paris, 1990.

Peu de mois après la promulgation du Concordat en , l'abbé Goret des Martinais quitta la chapelle Saint-Louis pour ne plus célébrer avec ses fidèles que dans l'enceinte de son hôtel particulier situé impasse de l'Aumaillerie (aujourd'hui rue Chateaubriand).

D'autres prêtres suivirent cet exemple comme l'abbé Jacques-Pierre Fleury (1758-1832), ou son successeur l'abbé de Juvigny, le dernier prêtre des Louisets qui resta présent à Fougères où il mourut en 1843. Ces derniers célébraient chez de la Lézardière, une autre personnalité de l'aristocratie localeJob de Roincé, Figures de Chouans, Ed. Fernand Lanore, 1980, ..

Sous l'Empire, les autorités civiles ne tracassèrent guère les Louisets. Ils formaient un milieu relativement nombreux, mais très fermé, et ils n'ont jamais été perçus comme un groupe susceptible de menacer l'ordre public, comme ce pouvait être le cas dans d'autres régionsOn trouve ces informations et une évaluation des rapports des Louisets face au reste de la société du temps dans André Chédeville, Jean Delumeau, Histoire des diocèses de France, nouvelle série, vol. 10, diocèse de Rennes, Ed. Beauchesne, 1979, ..

C'est avec la Restauration qu'ils subirent les plus fortes persécutions sous la pression du clergé, bien décidé à faire rentrer toutes les ouailles dans les rangs et soucieux d'imposer pleinement son autorité. Cette position prit de multiples formes : encouragement des tracas policiers qui allèrent jusqu'à des arrestations, défense de commercer avec les Louisets ou de leur donner du travailSur cette question on trouve par exemple un compte rendu d'un procès devant le tribunal de Rennes dont a été l'objet l'abbé de Juvigny dans Archives du christianisme au , année, février 1827, ; Lib. Servier, Paris, 1828.

En conséquence, le petit monde des Louisets devint suspicieux et secret envers toute personne externe à son milieu. Cette défiance fait qu'il est très rare qu'un Louiset se reconnaisse publiquement comme tel. De cette période naît l'usage de ne jamais parler de religion hors du cercle familial et de limiter le plus possible les contacts sociaux surtout vis-à-vis des (sobriquet donné à l'origine aux prêtres qui avaient accepté de prêter serment de « haine à la monarchie » pendant la Révolution, puis attribué à l'ensemble des catholiques qui admettent le « nouvel ordre des choses »).

Ces pressions poussèrent enfin un certain nombre de ces familles, acculées à la misère ou simplement soucieuses d'échapper aux tracasseries pour pouvoir suivre en paix leur conscience, à quitter la Bretagne pour rejoindre la capitale où elles pouvaient plus facilement passer inaperçues, ou parfois même à émigrer à l'étranger, en particulier au Canada. Cette persécution poussa à son paroxysme un dégoût viscéral pour le clergé acquis au nouvel ordre politique et religieux, sentiment qui passe de génération en génération : un des comportements classique du Louiset est de ne jamais admettre le moindre contact avec le clergé issu de la Révolution, ni de mettre les pieds dans une église pendant le déroulement d'une célébration religieuse. Peu communautaire dès l'origine, il n'existe aucune volonté de mettre en place une quelconque organisation ou une forme associative pour structurer ce courant religieux ou fédérer les familles. Les Louisets ne demandent rien et n'aspirent qu'à être invisibles pour être laissés en paix. De plus, à l'horreur que suscite chez eux le clergé héritier de la Révolution et de l'Empire, ainsi que ses orientations actuelles (le n'est pour eux que le dernier avatar de l'inacceptable esprit de compromission de l'Église de France manifesté dans l'acceptation du concordat napoléonien) s'ajoute celui pour les groupes ou mouvements qui se situent aux frontières du catholicisme, catalogués sans appel comme des dérives schismatiques ou sectaires.