L'assassinat de Fayçal ben Abdelaziz Al Saoud survient le à Riyad, lorsque Fayçal ben Abdelaziz Al Saoud, roi d'Arabie saoudite, est tué par balle par son neveu, le prince Fayçal ben Moussaïd.

Assassinat L'assassinat du roi Fayçal survient lors d'une visite de la délégation koweïtienne, conduite par le ministre du Pétrole, Abdel Mottaleb al-Kazimi, dont l'objectif principal est de coordonner les politiques pétrolières de l'Arabie saoudite et du Koweït. Abdel Mottaleb al-Kazimi a également mandat du Premier ministre Jaber al-Sabah pour aborder le sujet du partage de la zone neutre entre les deux pays. À cette fin, il demande à être reçu en privé par le roi.

Alors qu'il patiente seul dans une salle du palais royal, Abdel Mottaleb al-Kazimi est rejoint par un homme qui lui demande s'il le reconnaît. Il s'agit du prince Fayçal ben Moussaïd, neveu du roi Fayçal et voisin de Abdel Mottaleb al-Kazimi lorsque les deux hommes étudiaient à l'université du Colorado à Boulder, aux États-Unis. Le chef du protocole royal, Ahmed Abdelwahhab, invite ensuite Abdel Mottaleb al-Kazimi à rejoindre le roi Fayçal dans une autre pièce, où il l'attend aux côtés d'Ahmed Zaki Yamani, ministre saoudien du Pétrole. Alors que Abdel Mottaleb al-Kazimi se baisse pour embrasser la main du roi, Fayçal ben Moussaïd, qui l'avait suivi, sort un revolver de calibre .38 de sa robe et tire trois balles en direction du souverain. D'après , la première balle le manque, la deuxième l'atteint à la tête et la dernière au cou, lui sectionnant la moelle épinière. Selon , la première balle l'atteint sous le menton, lui sectionnant la carotide, la deuxième balle pénètre par ses oreilles, et la troisième effleure son front. Al Qabas et Associated Press affirment qu'il est mort sur le coup, tandis que Al Ahdath et la BBC indiquent qu'il succombe à ses blessures à l'hôpital central de Riyad. Le décès du roi est annoncé à la population, peu après midi, sur .

Après son forfait, Fayçal ben Moussaïd est immédiatement maîtrisé par des gardes armés de sabres dorés et de pistolets-mitrailleurs. Ahmed Abdelwahhab, Ahmed Zaki Yamani et le prince , fils aîné du roi Fayçal, s'opposent à ce qu'il soit exécuté sur le champ, le troisième estimant qu'il vaut mieux le juger officiellement, conformément aux usages du Royaume, afin d'éviter une crise au sein de la famille royale.

Dans la confusion suivant l'assassinat, Abdel Mottaleb al-Kazimi est un temps considéré comme un complice potentiel. Sous la menace des armes, il est emmené dans le bureau du secrétaire général du palais pour y être interrogé par le prince Nayef, alors vice-ministre de l'Intérieur, qui le questionne sur ses liens avec Fayçal ben Moussaïd et les opinions politiques de ce dernier. Abdel Mottaleb al-Kazimi lui répond que Fayçal est un ancien camarade d'université et que ses discussions avec lui n'étaient pas de nature politique. Le prince Saoud al-Fayçal, alors vice-ministre du Pétrole, le raccompagne à son hôtel, où deux policiers viennent prendre sa déposition dès le lendemain.

Motivations Hypothèse de la vengeance personnelle Fayçal ben Moussaïd possède plusieurs griefs contre la famille royale saoudienne.

En , la police saoudienne abat son frère , conservateur wahhabite opposé à l'introduction de la , alors qu'il mène une attaque contre la station de diffusion de Djeddah. Selon le prince Soutam ben Abdelaziz, le roi Fayçal refuse de sanctionner le policier responsable du tir sur Khaled, arguant de la conformité de son comportement avec les consignes de maintien de l'ordre. Un document interne au Foreign Office fait état d'une déclaration vengeresse de Fayçal ben Moussaïd au moment de tirer, mais ni Abdel Mottaleb al-Kazimi, ni Zaki Yamani, pourtant principaux témoins de l'incident, ne la relatent.

Près d'une décennie après la mort de Khaled, la cour royale refuse à Fayçal ben Moussaïd l'augmentation de son allocation annuelle, fixée à (environ de 2024, corrigés de l'inflation), et la délivrance d'un passeport pour voyager à l'étranger. Ce dernier refus serait lié à son arrestation, aux États-Unis, pour trafic de LSD.

Hypothèse du complot américano-sioniste

Le soir du , le secrétaire d'État américain, Henry Kissinger, rencontre le roi Fayçal au palais royal de Riyad pour lui demander de mettre fin à l'embargo à l'origine de la crise pétrolière. Pendant leur conversation de trois heuresIbid., p. 921, Kissinger évoque la possibilité d'une intervention militaire occidentale pour prendre le contrôle des puits de pétrole saoudien, ce à quoi Fayçal sourit avant de répondre : . Cette déclaration, rapportée par son petit-fils , peut être aisément comprise comme une menace de sabordage : en cas d'intervention militaire, l'Arabie saoudite détruira ses puits de pétrole avant que les Occidentaux ne puissent mettre la main dessus et ils seront alors les plus grands perdants dans cette affaire.

Malgré la levée de l'embargo arabe sur le pétrole le et la signature d'un accord historique entre le prince Fahd et Kissinger le de la même année, Fayçal continue de s'opposer à certains aspects de la politique étrangère de son allié américain, qu'il juge trop favorables à l'Iran et à Israël. Par exemple, il joue de son influence pour déjouer les tentatives de Kissinger de soustraire l'Égypte au camp antisioniste en lui faisant signer une paix séparée avec Israël, un accord en ce sens échoue d'ailleurs à se concrétiser seulement trois jours avant son assassinat. Kissinger aurait alors cherché à se venger des affronts répétés du roi, tandis que la CIA commençait à s'inquiéter de son leadership grandissant au sein du monde musulman. Quelques semaines avant son assassinat, Fayçal aurait reçu un télégramme d'une agence de renseignement occidentale lui annonçant que les États-Unis prévoyaient de le faire assassiner par un membre de la famille royale afin de le remplacer par le prince Fahd (lui-même associé au complot) comme dirigeant effectif du pays, son demi-frère Khaled ne devant assumer qu'un rôle de monarque en titre.

Les autorités saoudiennes, qui avaient initialement qualifié l'assassin de loup solitaire et de désaxé, prennent un temps cette théorie du complot au sérieux et se mettent alors à enquêter sur le passé américain de Fayçal ben Moussaïd. Elles s'intéressent en particulier à son ex-petite amie de Los Angeles, Christine Surma, cherchant à connaître l'étendue de son influence sur lui, son appartenance ou non à la communauté juive ou encore ses liens avec une éventuelle conspiration sioniste. L'intéressée, élevée dans le luthéranisme à La Porte (Indiana), nie publiquement être Juive ou faire partie d'un complot sioniste. Toutefois, après l'exécution de Fayçal ben Moussaïd, elle dépeint comme une conséquence positive de l'assassinat du roi Fayçal, ajoutant qu'. À l'inverse, selon le biographe d'Ahmed Zaki Yamani, , .

Hypothèse du complot rachidite Une autre théorie du complot soutient que l'assassinat du roi Fayçal s'inscrit dans une vengeance dynastique menée par la branche maternelle des princes Khaled et Fayçal ben Moussaïd. Leur mère, Watfa, étant la fille du dernier émir rachidite de Haïl, Mohammed ben Talal Al Rachid, par Ibn Saoud en 1921, l'acte viserait à régler un contentieux historique entre les Rachidites et les Al Saoud. Cette théorie s'appuie notamment sur la détention prolongée de l'oncle maternel de Fayçal ben Moussaïd, Moutaïb Al Rachid, avant que celui-ci ne soit relâché faute de preuves de son implication Al-Rasheed 2021, p. 62.

Procès Alors qu'un communiqué de la famille royale avait initialement présenté le prince Fayçal ben Moussaïd comme mentalement dérangé, un collège de médecins le déclare finalement maître de ses facultés mentales et apte à être jugé. Il est condamné à mort par un tribunal islamique peu de temps après. Le roi Khaled, demi-frère et successeur du roi Fayçal, approuve le verdict.

Le , en milieu d’après-midi, Fayçal ben Moussaïd, vêtu d'une robe blanche et les mains liées dans le dos, est conduit de la prison située derrière le palais du gouvernement jusqu'à la . Là-bas, un responsable du tribunal lui lit la sentence, avant d'implorer la miséricorde divine en sa faveur. Au moment de s'agenouiller, Fayçal ben Moussaïd reçoit un coup de bâton d'un garde. Une fois à genoux, il est décapité d'un seul coup d'épée par un bourreau afro-saoudien devant une foule de . Le prince Salmane, alors gouverneur de la province de Riyad, est le seul membre de la famille royale à assister à l'exécution, qui a lieu vers . La tête tranchée de Fayçal ben Moussaïd est exposée sur un piquet pendant une quinzaine de minutes, puis placée avec le reste de son corps sur une civière afin d'être enterrée dans une , selon le même rite islamique simple que celui accordé au monarque assassiné.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie

Fayçal Fayçal Fayçal Fayçal ben Abdelaziz Al Saoud Catégorie:Mars 1975 Catégorie:1975 en Arabie saoudite Catégorie:Riyad