Georges Blanchon est un journaliste, dirigeant sportif et entrepreneur français né à Grenoble (Isère) le et mort à Hédé-Bazouges (Ille-et-Vilaine) le Relevé des fichiers de l'Insee.
En tant que « technicien d'organisation », Georges Blanchon a favorisé la création de formes ou de structures nouvelles dans des domaines aussi variés que le ski et le tourisme en montagne, l'architecture et le design, la culture et l'art dramatique.
On le connaît surtout pour avoir fondé en 1937 l'École nationale du ski français.
Biographie Né d'un père outilleur et d'une mère couturière aux Tissages de Vizille, Georges Blanchon quitte l'école à l'âge de 13 ans du fait de la Grande Guerre. Dès 1915, il s'emploie à divers petits métiers dans une boutique grenobloise de bonneterie, mercerie et confection en gros avant de devenir représentant de commerce puis comptable. Il n'a que 16 ans quand, le jour même de l'armistice du 11 novembre 1918, il fonde l'Alpes-Club, une société de sports de montagne dont la devise est « Toujours plus haut »Devise inscrite dans les statuts de l'Alpes-Club déposés en préfecture le 27 novembre 1918 (Archives Alpes-Club)..
Journaliste autodidacte, Georges Blanchon commence par faire des piges pour le quotidien régional Le Petit Dauphinois. De 1925 à 1933, il y anime pendant la saison d'hiver une chronique montagnarde à laquelle succède jusqu'en 1938, et au même rythme hebdomadaire, une autre chronique hivernale intitulée « Sous le pommier blanc ». Les étés 1935 et 1936, c'est « À l'ombre du pommier » que le chroniqueur s'abrite pour parler du tourisme dans les Alpes et le Dauphiné. Durant ces mêmes années 1930, il fait de nombreuses causeries par TSF, pour la radio Alpes-Grenoble, relatives à la pratique des sports de neige et au tourisme régional. À ce sujet, il est dès 1926 le délégué officiel du Touring club de France à Grenoble.
Parallèlement à ses travaux journalistiques et ses reportages radiodiffusés, Blanchon exerce le métier de publiciste. En , il inscrit en effet au registre du commerce de Grenoble une société dénommée « La Vie alpine, La Publicité alpine, La Librairie montagnarde », dont l'objet est la création d'une revue mensuelle illustrée et d'un studio publicitaire, ainsi que la vente d'ouvrages spécialisés. En 1928, il étend son activité au domaine de l'immobilier (« Le Cabinet Georges Blanchon ») et, en 1930, à celui de l'édition d'ouvrages littéraires (« Les Éditions de la Vie alpine »).
En , Grenoble voit la naissance des « Heures alpines », un groupe d'action culturelle dont Georges Blanchon est le très actif promoteur. Il en est le secrétaire général puis le président à partir de 1937. Jamais en peine quand il s'agit de prendre des responsabilités, il accepte la vice-présidence du Ciné-Club des Alpes en , et devient membre du comité directeur de la Fédération française des ciné-clubs pour la saison 1931-32. En 1930, il préside aussi « Arlequin », l'une des sociétés grenobloises d'art dramatique.
Très impliqué dans les instances dirigeantes du ski en Dauphiné (Fédération alpine dauphinoise et Fédération dauphinoise de ski), Blanchon est élu au poste de secrétaire général de la Fédération française de ski en . Il travaille à cette tâche durant sept ans, contribuant à faire prendre au ski français d'avant-guerre un virage sportif décisif, dont l'aboutissement est le titre de champion du monde obtenu par Émile Allais en . Georges Blanchon s'attelle ensuite à l'unification de l'enseignement du ski en France en fondant, à l'automne 1937, l'École nationale du ski français (ENSF) ; il collabore en outre à la rédaction de Ski français, une « méthode officielle d'enseignement de ski de descente de la Fédération française de ski ».
En à Val-d'Isère, à l'occasion du IIe Rassemblement national des moniteurs de l'ENSF, il fait la connaissance de Charlotte Perriand qui le convainc de se lancer dans une nouvelle aventure professionnelle : la construction de bâtiments démontables. Cette résolution l'amène à quitter le journalisme et à démissionner des fonctions qu'il occupe au sein de la FFS et de l'ENSF. Il crée à l'automne 1940 le Bureau central de constructions (BCC), une entreprise générale spécialisée dans le bâtiment préfabriqué et l'habitation équipée pour laquelle il devient partenaire de l'architecte et designer Pierre Jeanneret et du constructeur Jean Prouvé.
Après avoir été membre de la SFIO dès l'âge de 20 ans, Georges Blanchon adhère au Parti communiste français en 1943 puis au Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France. Résistant dans les rangs des Francs-tireurs et partisans français sous le nom de « Rocher », il rejoint le Comité départemental de libération de l'Isère au grade de capitaine. Au titre de ses responsabilités au sein du CDL, notamment dans la commission de l'éducation, il pose les bases de la toute première Maison de la culture de province. Dans le même mouvement, Jean Dasté crée à la demande de Blanchon la Compagnie des comédiens de Grenoble, ce qui constitue le point de départ de la décentralisation théâtrale en France dans l'immédiate après-guerre.
Installé dans ses fonctions de conseiller municipal de Grenoble en , Blanchon quitte définitivement le Dauphiné en 1947 pour s'établir à Paris où il étudie à l'Institut d'urbanisme tout en poursuivant son association avec l'architecte Pierre Jeanneret jusqu'à ce que ce dernier ne parte à Chandigarh, appelé par son cousin Le Corbusier à l'édification de la nouvelle capitale du Pendjab indien. En 1951, Georges Blanchon crée le Bureau de coordination du bâtiment (BCB), un bureau d'études élargi auquel il se consacre pendant près de trente ans.
Le ski et le tourisme en montagne Comme président-fondateur de l'Alpes-Club et président de la commission des sports d'hiver de la Fédération alpine dauphinoise, Georges Blanchon milite très tôt pour la création d'une Fédération nationale de ski, indépendante du Club alpin français – le CAF étant l'autorité qui régissait alors le ski dans l'Hexagone. Mais, si la Fédération française de ski voit statutairement le jour le , le CAF conserve suffisamment de délégués dans son comité exécutif pour en verrouiller la plupart des décisions, au grand dam des dirigeants des fédérations régionales et des sociétés affiliées qui, considérant le ski comme un sport et non comme une pratique à visée utilitaire, sociale et patriotique, réclament l'autonomie de la Fédération française de ski vis-à-vis du Club alpin français. Cette situation de malaise, puis de crise, conduira six ans plus tard au « coup d'état de Saint-Étienne » qui, le lors de l'assemblée générale de la FFS, marquera la rupture entre les deux organismes et entraînera la démission du président Henry Cuënot au profit du Dr Lacq ; une révolution de palais dont Georges Blanchon s'avère être le principal instigateur. À la faveur du renouvellement du bureau directeur de la Fédération française de ski, il s'empare du secrétariat général. Son élection répond non seulement à un désir de décentralisation mais aussi à un besoin de transfuser à la FFS un sang nouveau, un esprit plus jeune et plus au courant des nécessités régionales.
Sous l'impulsion de son secrétaire général Georges Blanchon, la Fédération française de ski prend son essor, passant de 7000 membres en 1930 à 30000 skieurs fédérés trois ans plus tard, et étend son action à de nombreux domaines nécessitant la création de nouvelles commissions qui travaillent en lien avec l'organisme central de liaison qu'est le secrétariat général. Il en va ainsi des commissions : sportive, de l'enseignement, des règlements et tremplins, universitaire et scolaire, médicale, des finances, de propagande générale, de l'équipement national… Ce sont tous les grands problèmes afférents au ski qui sont désormais considérés. Mû par la volonté de relever en permanence le niveau général du ski français et de ses meilleurs représentants dans les compétitions internationales, Blanchon prône en l'adoption d'un plan sportif national et d'une structure de l'équipe de FranceGeorges Blanchon, « Rapport sur la nécessité d'un plan sportif national et d'une structure de l'équipe de France », 2 juin 1936 (Archives BM Grenoble, R. 9773 – 107).. Il plaide aussi en faveur de la création d'une équipe de France féminine, luttant contre des préjugés tenaces au sein même du bureau fédéral de la FFS. Le , ce même bureau le nomme directeur général des Jeux mondiaux du ski qui doivent se dérouler à Chamonix-Mont-Blanc du 11 au . Les succès qu'y obtiennent les skieurs français Émile Allais et Maurice Lafforgue dans le combiné descente-slalom viennent couronner un engagement unanimement reconnu.« Travailleur infatigable, réalisateur audacieux et plein de cran, il a fourni, durant ces sept années, une somme d'activité considérable. (…) Blanchon fut véritablement la cheville ouvrière de la Fédération française de ski, sa volonté, son initiative, son volant. Et quel volant ! Les rapports qu'il fut amené à établir durant son septennat, les projets qu'il coucha sur le papier, de son style net et précis, ont été innombrables. Il créa, créa toujours, avec une sorte de besoin inassouvi d'activité. Une entreprise réalisée, il en commençait immédiatement une autre, attentif à tout, suivant tout, avec une facilité d'assimilation étonnante. Toute son œuvre, à la tête du secrétariat, se résume dans le succès de ces premières sept années d'activité de la FFS. » (Jacques Dieterlen, "Le beau développement du ski français : remerciements à Georges Blanchon", La Revue du ski, n° 6, 5 octobre 1937, p. 184)Georges Blanchon abandonne alors le secrétariat général pour se consacrer exclusivement à la fondation de l'École nationale du ski français pour laquelle, le , le XIIIe congrès national de la FFS lui apporte son adhésion totale. En créant l'ENSF – une école nationale unique et ramifiée dans toute la France – Blanchon veut opérer une véritable réforme organique de l'enseignement du ski qui, si elle s'accomplit dans toute son étendue, représentera un événement sans précédent dans l'organisation du ski en Europe. Il est convaincu qu'il n'y a de développement possible qu'avec de bonnes écoles, avec un enseignement de qualité. S'appuyant sur les victoires françaises aux championnats du monde de la FIS 1937, Blanchon pense que le moment est venu de dégager une méthode pédagogique de l'effort et des résultats mêmes du ski françaisGeorges Blanchon in Émile Allais & Paul Gignoux (en collaboration avec Georges Blanchon), Ski français, B. Arthaud, 1937, p. 7., conjuguant l'enseignement général du ski avec le mouvement purement sportif. Cette méthode française résolument nouvelle est dévoilée en quand paraît Ski français – un manuel technique signé par le champion du monde Émile Allais et son capitaine d'équipe Paul Gignoux, mais que rédige en grande partie Blanchon. Président-fondateur de l'École nationale du ski français, Georges Blanchon en devient délégué général à partir de 1938 à la suite de difficultés financières subies par l'ENSF au cours de sa première année de fonctionnement.
Skieur de niveau honorable, Georges Blanchon pratique aussi l'alpinisme en amateur éclairé. Le , il effectue en compagnie de trois compagnons de cordée la première ascension de la Pointe de l'Armet (2780 m) par son arête occidentale. Il devient la même année membre du Comité de secours en montagne du Dauphiné que ses chroniques montagnardes dans Le Petit Dauphinois ont contribué à réorganiser, puis commissaire général du même Comité en 1934 avant de devenir, de 1935 à 1938, président de la commission technique de la Société dauphinoise de secours en montagne du Dauphiné (SDSM).