L’élection présidentielle équatorienne de 2023 a lieu les et afin d'élire le président et le vice-président de la république de l'Équateur. Le premier tour a lieu en même temps que des élections législatives et un référendum.

Le scrutin intervient deux ans avant la date prévue sur décision du président sortant Guillermo Lasso. Confronté à une procédure de destitution initiée par l'Assemblée nationale, celui-ci a en effet recours à la procédure dite de , qui entraine la fin anticipée de son mandat et de celui de l'Assemblée. Bien qu'éligible, il décide de ne pas se présenter à sa réélection. Le vainqueur du scrutin n'occupe la fonction présidentielle que jusqu’à la fin du mandat constitutionnel de Lasso, en .

La campagne est marquée par l'assassinat, onze jours avant le premier tour, de l'un des favoris du scrutin, Fernando Villavicencio, un proche du président Lasso ayant fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Sa mort entraîne l'instauration de l'état d'urgence pendant deux mois, mais l'élection n'est ni annulée ni reportée.

Héritière affirmée de l'ancien président Rafael Correa, la candidate Luisa González arrive largement en tête du premier tour, comme le laissaient entendre les sondages. Déjouant ces derniers, Daniel Noboa provoque quant à lui la surprise en se qualifiant pour le second tour. Le collègue journaliste et remplaçant de Fernando Villavicencio, Christian Zurita, arrive quant à lui troisième.

Le second tour organisé le voit la victoire de Daniel Noboa, qui réunit un peu moins de 52 % des suffrages. Luisa González reconnait quant à elle sa défaite le jour même. Contexte Cohabitation sortante

vignette|gauche|redresse|Guillermo Lasso. L'élection présidentielle de 2021 voit la victoire au second tour du candidat du Mouvement CREO, Guillermo Lasso, après deux tentatives infructueuses. Le président sortant, Lenín Moreno, n'est alors pas candidat à sa réélection du fait d'une impopularité record dans un contexte de dissensions avec son influent prédécesseur Rafael Correa et d'un programme d'austérité ayant provoqué d'importantes manifestations en 2019....

Soutenu par Correa ., l'ancien directeur de la banque centrale Andrés Arauz échoue au second tour face à Guillermo Lasso, mais c'est sa formation, l'Union pour l'espérance, qui arrive largement en tête des élections législatives organisées simultanément. Le Mouvement CREO n'arrive que cinquième du scrutin, tandis que l'Alianza País de Lenín Moreno s'effondre et perd toute représentation à l'Assemblée nationale. Le double scrutin place ainsi en situation de cohabitation le nouveau président, libéral-conservateur, face à une Assemblée largement dominée par les forces de gauche. Celle-ci comporte notamment le parti Pachakutik, dont le candidat Yaku Pérez avait manqué de très peu de se qualifier pour le second tour en lieu et place de Guillermo Lasso, ainsi que le Parti de la gauche démocratique de Xavier Hervas, arrivé quatrième..

Le nouveau président fait rapidement face à l'hostilité marquée des parlementaires, à laquelle s'ajoutent des grèves et de violentes manifestations d'Amérindiens protestant contre les conditions des classes défavorisées et l'expansion des activités minières et pétrolières sur leurs terres ancestrales. Ces manifestations font six morts et des centaines de blessés, avant la conclusion d'un accord avec le gouvernement fin ... L'opposition lance à cette occasion une première tentative de destitution, qui échoue faute de soutien suffisant.. Fragilisé, Lasso tente fin 2022 de reprendre la main en convoquant un référendum constitutionnel le afin de soumettre au vote populaire huit amendements relatifs à la sécurité, l'organisation des pouvoirs publics et l'environnement. Cette mise à référendum intervient dans la lignée de nombreux recours au vote populaire sous les gouvernements précédents, notamment en 2017 par Rafael Correa et en 2018 par Lenín Moreno.. À l'inverse de ses prédécesseurs, la tentative du président Lasso s'avère cependant un échec, aucune des propositions ne recueillant le soutien d'une majorité des suffrages. Il s'agit d'une sévère défaite pour le président, qui la reconnait le lendemain. L'échec dans les urnes se manifeste également aux élections locales organisées le même jour, qui voient la défaite du Mouvement CREO au profit du Mouvement de la révolution citoyenne...

Procédure de destitution de 2023 vignette|Guillermo Lasso témoignant devant l'Assemblée lors du procès en destitution, le 16 mai 2023. Entretemps, en pleine campagne référendaire, le journal en ligne La Posta publie le un article intitulé El Gran Padrino () dans lequel est dénoncé l'existence d'un réseau de corruption impliquant des compagnies publiques, l'entrepreneur Rubén Cherres Faggioni et le banquier . Beau-frère et associé de Guillermo Lasso, ce dernier avait largement financé ses campagnes électorales avant de le remplacer à la tête de la banque Guayaquil après l'élection de Lasso à la présidence.. Danilo Carrera Drouet est accusé d'avoir organisé en échange de pot-de-vin l'attribution à grande échelle de contrats publics à des entreprises de Rubén Cherres Faggioni dans plusieurs secteurs dont celui de la distribution d'électricité. Danilo Carrera Drouet aurait agi avec la complicité de fonctionnaires de haut rang dont Hernán Luque Lecaro, président de la Société coordinatrice des entreprises publiques (EMCO), pour falsifier des documents afin de favoriser des entreprises sans aucune expérience. Selon Leonardo Cortázar, à l'origine de divulgations ayant conduites à l'article El Gran Padrino, ces pratiques auraient été héritées des gouvernements précédents de Rafael Correa et Lenín Moreno. L'affaire prend initialement le nom de l'article, avant d'être connue sous le nom d'...

Est notamment mis en cause un contrat entre une entreprise publique de transport maritime et une compagnie de transport pétrolier. Le président l'ayant approuvé malgré des irrégularités, il est accusé de l'avoir fait en connaissance de cause afin de couvrir son beau-frère. Bien que ne détenant pas de position officielle au sein du gouvernement, ce dernier aurait tenu une position de conseiller de l'ombre auprès du président, l'accompagnant dans plusieurs déplacements officiels..

Le , l'Assemblée nationale ouvre une commission d'enquête sur ces allégations de corruption. Considéré comme un témoin clé de l'enquête, Rubén Cherres disparaît trois jours plus tard. Le , le procureur général annonce l'ouverture d'une enquête sur les liens entre Danilo Carrera et Rubén Cherres, ainsi qu'entre ce dernier et un réseau de trafic de drogue surnommé la . Le procureur accuse dans la foulée Guillermo Lasso d'avoir exercé des pressions sur les dirigeants de la police nationale et de celle spécialisée dans la lutte contre les trafics de drogue afin de faire enterrer le rapport d'une précédente enquête...

Le rapport de la commission, approuvé par 104 des 137 membres de l'Assemblée mais non contraignant, conclut finalement à l'implication du président dans des crimes contre la sûreté de l'État et de l'administration publique.. L'opposition vote par ailleurs la déclassification des documents liés à l'enquête, sans que ces derniers n'impliquent toutefois le président ni les membres de sa famille.. Le rapport permet néanmoins à 59 députés de lancer le une procédure de destitution à l'encontre du président de la République pour corruption et détournement de fonds, la procédure requérant le vote en ce sens d'au moins un tiers du total des députés, soit 47.. Le , la Cour constitutionnelle rejette la mise en accusation pour corruption, mais valide celle pour détournement de fonds. Pour aboutir, la procédure de destitution nécessite le vote à la majorité qualifiée des deux tiers du total des membres de l'Assemblée, soit 92 voix sur 137. L’Équateur n'a connu qu'une seule fois une telle destitution de son chef de l’État, avec celle en 1933 du président ..

L'affaire s'aggrave avec la découverte fin avril du corps de Rubén Cherres. L'Assemblée nationale débute le les audiences du procès en destitution, au cours desquelles le président nie en bloc les accusations portées à son encontre, qu'il juge politiquement motivées.. Devant la probabilité très élevé du vote de sa destitution par l'alliance de l'opposition pro-Correa et du Pachakutik, le président a recours le lendemain même à la procédure de , qu'il justifie par l'existence d'une . Ce recours à la dissolution simultanée des institutions met automatiquement fin à la procédure de destitution...

Recours à la

vignette|redresse|Guillermo Lasso annonçant le décret de mort croisée. C'est la première fois que la procédure de mort croisée (en espagnol, ) est utilisée. Inscrite dans l'article 148 de la Constitution équatorienne de 2008, celle-ci permet au président de la République de dissoudre l'Assemblée nationale tout en lui imposant de mettre également fin à son propre mandat par la convocation d'élections législatives et présidentielle anticipées. Il ne peut recourir à cette procédure qu'une seule fois, dans les trois premières années de son mandat. Le décret présidentiel de dissolution est suivi dans les sept jours par la convocation des élections à une date conjointe par le Conseil électoral national (CNE). Comme toutes élections anticipées en Équateur, ces dernières doivent être organisées dans les 90 jours... Le CNE évoque rapidement la date du pour le premier tour, et celle du pour un éventuel second tour.. Si le président sortant ainsi que les députés de la législature sortante sont rééligibles, ces élections ne visent cependant à les remplacer que pour la durée restante du mandat de quatre ans en cours au moment de la dissolution. Des élections ont donc lieu comme prévu en 2025 à l'issue du mandat commencé en 2021.

Le président sortant assure l'intérim. Ses pouvoirs sont cependant fortement réduits, celui-ci devant se cantonner à des décrets-lois dans des domaines économiques urgents, qui sont soumis à l'approbation de l'Assemblée. Le , Lasso annonce ne pas être candidat à sa réélection..

L'utilisation de la mort croisée par Lasso est vivement contestée par l'opposition, qui introduit le un recours auprès de la Cour constitutionnelle, arguant de l'absence d'une crise urgente justifiant l'utilisation de l'article 148.. Le recours est rejeté le soir même par la cour à l'unanimité..

Référendum simultané

vignette|redresse=1.2|Vue sur la forêt amazonienne et le centre d'écotourisme communautaire de la lagune Añangu. L'élection présidentielle est organisée le même jour qu'un référendum d'initiative populaire sur la fin de l'exploitation pétrolière dans le parc national Yasuni. Portée notamment par les communautés indigènes pendant plus de dix ans avant d'être finalement validée en par la Cour constitutionnelle, la proposition s'invite dans la campagne électorale pour la présidentielle, poussant les candidats à prendre position sur cette question..

Les partisans de l'interdiction mettent en avant la protection de l'environnement, le parc Yasuni possédant l'une des plus importantes biodiversités au monde, ainsi que celle des indigènes y vivant, menacés par la poursuite de l'exploitation.. Les opposants à l'interdiction rappellent l'importance économique de cette ressource, dont la coupure soudaine des revenus mettrait en difficulté l’État équatorien... L'importance que prend le sujet dans la campagne présidentielle témoigne alors de celle grandissante accordée aux questions environnementales dans le pays, le parc Yasuni s'étant désormais dans l'agenda politique..

Système électoral