Entre 1956 et 1963, le Royaume-Uni a effectué sept essais nucléaires sur le site de Maralinga, en Australie-Méridionale. Les expérimentations ont eu lieu dans la zone interdite de Woomera à environ 800 km au nord-ouest d'Adélaïde.
Deux grandes séries de tests ont été effectuées : l'opération Buffalo en 1956 et l'opération Antler en 1957.
La puissance des bombes nucléaires était comprise entre 1 et de TNT (4 à ). Le site de Maralinga a également été utilisé pour effectuer des essais mineurs et des tests de composants d'armes nucléaires ne nécessitant pas d'explosions nucléaires. Kittens portait sur des essais de générateurs de neutrons ; les expériences Rats et Tims avaient pour but d'évaluer comment le noyau fissile d'une arme nucléaire était comprimé par l'onde de choc explosive. Vixens évaluait les effets du feu nucléaires et des explosions non nucléaires sur les armes atomiques. Les mineurs ont finalement généré beaucoup plus de contaminations que les essais majeurs proprement dits.
L'opération Buffalo a consisté en quatre tests. Les deux bombes One Tree (12,9 kT) et Breakaway (10,8 kT) étaient installées sur des tours alors que Marcoo (1,4 kT) était placées au niveau du sol et Kite (2,9 kT) a été larguée par un bombardier Vickers Valiant de la Royal Air Force d'une hauteur de . Il s'agissait du premier largage d'une arme nucléaire britannique depuis un avion.
En 1957, l'opération Antler a testé des armes nucléaires légères. Trois essais ont été réalisés dans cette série : Tadje (0,93 kT), Biak (5,67 kT) et Taranak (26,6 kT). Les deux premiers étaient effectués depuis des tours, alors que le dernier la bombe était suspendue à des ballons. Tadje a utilisé des pastilles de cobalt comme traceur pour déterminer le rendement, ce qui a donné lieu à des rumeurs selon lesquelles la Grande-Bretagne développait une bombe au cobalt.
Le site a été abandonné alors qu'il était contaminé par des déchets radioactifs. Un premier nettoyage a été tenté en 1967. La Commission royale McClelland chargée d'examiner les effets des essais mineurs et des essais majeurs a rendu son rapport en 1985. Elle a constaté que des risques d'irradiation importants existaient toujours sur de nombreux secteurs de Maralinga et a recommandé un nouveau nettoyage. Celui-ci a été achevé en 2000 pour un coût de 108 millions de dollars australiens. Le débat s'est poursuivi sur la sécurité du site et sur les effets à long terme sur la santé des gardiens aborigènes et des anciens membres du personnel. En 1994, le gouvernement australien a versé des indemnités s'élevant à 13,5 millions de dollars aux propriétaires traditionnels, le peuple Maralinga Tjarutja. La dernière partie du terrain restant dans la zone interdite de Woomera a été rendue libre d'accès en 2014.
À la fin des années 1970, la façon dont les médias australiens couvraient les essais nucléaires britanniques a radicalement changée. Certains journalistes ont enquêté sur le sujet et la critique politique s'est accentuée. Le journaliste Brian Toohey a publié une série d'articles dans lAustralian Financial Review en octobre 1978 qui s'appuyaient en partie sur des fuites ministérielles. En , le journaliste du New Scientist, Ian Anderson, a écrit un article intitulé « Les sales manœuvres de la Grande-Bretagne à Maralinga » "Britain's dirty deeds at Maralinga" et plusieurs autres articles sur le sujet. En 2007, le livre Maralinga: Australia's Nuclear Waste Cover-up écrit par Alan Parkinson a documenté l'échec du nettoyage à Maralinga. Des chansons populaires relatives à l'histoire de Maralinga ont été écrites par Paul Kelly et le groupe Midnight Oil.
Contexte historique Au début de la Seconde Guerre mondiale la Grande-Bretagne avait un projet d'armes nucléaires nommé Tube Alloys. En 1943, l'accord de Québec l'a fusionné avec le projet américain Manhattan dans le but de créer un projet commun entre américains, britanniques et canadiens. Le gouvernement britannique pensait que les États-Unis continueraient à partager la technologie nucléaire après la guerre, mais ce ne fut pas le cas. La loi McMahon sur l'énergie atomique de 1946 a mis fin à la coopération technique. Craignant un retour de l'isolationnisme américain, la Grande-Bretagne, qui risquait de perdre son statut de grande puissance, a décidé de relancer son propre projet d'arme nucléaire nommé High Explosive Research. gauche|vignette| Le ministre britannique de la Défense, Duncan Sandys (au centre) rencontre Howard Beale (à droite), le ministre australien de l'Approvisionnement en août 1957. Dans les années 1950, la Grande-Bretagne était encore le plus grand partenaire commercial de l'Australie (avant qu'elle ne soit dépassée par le Japon et les États-Unis dans les années 1960). La Grande-Bretagne et l'Australie avaient encore des liens culturels forts, et Robert Menzies, le Premier ministre australien de 1949 à 1966, était fortement pro-britannique. La plupart des Australiens étaient d'origine britannique et la Grande-Bretagne était toujours la plus grande source d'immigrants en Australie, principalement parce que les anciens militaires britanniques et leurs familles étaient éligibles à l'immigration gratuite. D'autres migrants britanniques bénéficiaient d'un voyage subventionné sur des navires britanniques vers l'Australie. Les troupes australiennes et britanniques ont combattu ensemble pendant la guerre de Corée de 1950-1953 et contre l'insurrection communiste malaise de 1948 à 1960. En matière de défense, l'Australie entretenait toujours une étroite collaboration avec la Grande-Bretagne au travers de la zone Australie-Nouvelle-Zélande et Malaisie (ANZAM), créée en 1948. Les plans de guerre australiens de cette époque ont continué à être intégrés à ceux de la Grande-Bretagne et impliquaient le renforcement des forces britanniques au Moyen-Orient et en Extrême-Orient.
Le gouvernement australien espérait collaborer avec la Grande-Bretagne dans les domaines de l'énergie nucléaire et des armes nucléaires. L'énergie nucléaire faisait partie de ses priorités car on pensait alors que le pays n'avait pas de pétrole et peu de charbon. Après la guerre, le Snowy Mountains Scheme envisageait le développement de l'énergie nucléaire et de l'hydroélectricité. En 1948, l'accord sur le nucléaire signé entre les États-Unis et le Royaume-Uni a exclu l'Australie du groupe. Les scientifiques australiens ont été privés des informations techniques auxquelles ils avaient auparavant accès. La Grande-Bretagne ne voulait pas partager ses connaissances avec l'Australie de peur que cela ne compromette sa relation avec les États-Unis. De leur côté, les Américains étaient réticents à collaborer avec les Australiens après que le projet Venona ait révélé l'étendue des activités d'espionnage soviétiques en Australie. Enfin, la création de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) en 1949 a exclu l'Australie de l'Alliance occidentale.
Le 3 octobre 1952, le Royaume-Uni a testé sa première arme nucléaire dans les îles de Montebello au large des côtes de l'Australie occidentale, dans le cadre de l'opération Hurricane. Un an plus tard, les premiers essais nucléaires sur le continent australien ont été effectués lors de l'opération Totem à Emu Field dans le Grand désert de Victoria (Australie-Méridionale). Le premier tir a eu lieu le 15 octobre et le second, deux semaines plus tard, le 27 octobre. Le ministre australien de l'approvisionnement, Howard Beale, a déclaré en 1955 : « L'Angleterre a le savoir-faire ; nous avons les grands espaces, beaucoup de compétences techniques et une grande volonté d'aider la patrie. Ensemble, nous devrions aider à construire les défenses du monde libre et faire des progrès historiques dans l'exploitation des forces de la nature ».
Le site de Maralinga
Choix du site Les îles Montebello et Emu Fiels n'ont jamais été considérées comme des sites d'essai permanents. Montebello a bien été à nouveau utilisé en 1956 pour l'opération Mosaic mais il n'était accessible que par la mer. Emu Field avait des problèmes d'approvisionnement en eau et subissait des tempêtes de sable. Le site d'expérimentation préféré du gouvernement britannique restait le site d'essai du Nevada aux États-Unis, mais en 1953, son accès n'était plus aussi sécurisé qu'en 1950. En octobre 1952, le surintendant en chef de l'Armement Research William Penney s'est rendu en Australie-Méridionale et a indiqué au gouvernement australien les caractéristiques indispensables qu'un site d'essais nucléaires devait présenter. En mai 1953, le comité des chefs d'état-major du Royaume-Uni a été informé qu'un tel centre était nécessaire. C'est le maréchal de l'air Sir Thomas Elmhirst, président du Totem Executive (Totex) qui fut choisi pour trouver le lieu adéquat. Il se tourna vers J.E.S. Stevens, le secrétaire permanent du ministère de l'approvisionnement australien et président du Totem Panel - qui coordonna la contribution australienne à l'opération Totem, en lui indiquant les caractéristiques qu'un site de test permanent devait présenter :
Se trouver au centre d'un cercle de 160 km de rayon libre de toute établissement humain ; Être relié à un port par des voies routières et ferroviaires ; Avoir un aéroport à proximité ; Avoir un climat supportable pour le personnel et les visiteurs ; Avoir une faible pluviométrie ; Avoir des conditions météorologiques prévisibles ; Être sous des vents qui emportent les retombées nucléaires en toute sécurité loin des zones habitées ; Avoir un terrain relativement plat ; Être isolé pour des raisons de sécurité.
Elmhirst a suggéré qu'un site pourrait être trouvé à Groote Eylandt dans le golfe de Carpentarie ou au nord d'Emu Field, où il pourrait être relié par route et par rail à Oodnadatta, et où l'eau pourrait être trouvée plus facilement qu'à Emu Field. Stevens a classé les deux comme inadaptés; Groote Eylandt était boisé et rocheux, avec une saison des pluies prononcée, pas d'installations portuaires, et loin des principales colonies les plus proches de Darwin et Cairns ; tandis que la zone au nord d'Emu Field avait peu d'eau, peu de routes et se trouvait sur l'axe du Long Range Weapons Establishment (LRWE), ce qui signifiait qu'il y aurait une revendication concurrente sur l'utilisation de la zone. Le capitaine de groupe George Pither a mené une étude aérienne de la région au nord du chemin de fer trans-Australien entre Ooldea et Cook (Australie-Méridionale). Cela a été suivi par une reconnaissance au sol avec quatre land rover et deux camions à quatre roues motrices par Pither, le commandant d'escadre Kevin Connolly, Frank Beavis (un expert en chimie du sol), Len Beadell et les deux chauffeurs de camion. Une zone a été trouvée au nord d'Ooldea, et une piste d'atterrissage temporaire a été créée en deux jours par des land rovers traînant un morceau de rail afin de la niveler. C'est sur cette piste de fortune que Penney, le lieutenant d'aviation Charles Taplin et le scientifique en chef Alan Butement ont atterri à bord d'un Bristol Freighter le 17 octobre 1953, deux jours après le test du Totem 1 à Emu Field. gauche|vignette| Reconnaissance du puits Emu-Ooldea-Tietkens Le site appelé « X.300 », n'avais pas les qualités du Nevada Test Site, avec ses excellentes communications, mais il était quand même convenable. Son terrain était plat, sec et non sujet aux tempêtes de sable. Les 10 mégalitres d'eau nécessaires pouvaient être obtenus par forage et des réservoirs d'eau de pluie ont été envisagés. On a estimé que si l'eau de forage s'avérait insuffisante il serait possible de poser une conduite d'eau depuis Port Augusta. Le coût a été estimé à £ AU pour la construction et à AU par an pour l'exploitation. Le 25 novembre, Alan Butement a nommé officiellement le site X.300 « Maralinga » lors d'une réunion au Ministère de l'approvisionnement. C'est un mot aborigène signifiant « tonnerre » en Garik, une langue éteinte parlée à l'origine autour de Port Essington dans le Territoire du Nord.