La culture de la céramique cardiale ou simplement Cardial est une culture néolithique datée du qui se développe sur une partie du pourtour méditerranéen (sud de la France, nord-ouest de l'Italie, côte orientale de l'Espagne) et sur la côte atlantique du Maroc. Elle tire son nom de la décoration caractéristique des poteries, des empreintes réalisées sur l'argile fraîche grâce à un coquillage appelé Cardium eduleDon le nom évoque sa forme de cœur..

L'apparition du Cardial dans le Sud de la France correspond probablement à une évolution locale de la culture de la céramique imprimée, elle-même issue de la migration de populations d'agriculteurs-éleveurs qui atteignent l’ouest du bassin méditerranéen à partir de 6 000 Les études génétiques montrent une origine balkanique de ces populations Olalde I. et al., A Common Genetic Origin for Early Farmers from Mediterranean Cardial and Central European LBK Cultures, Molecular Biology and Evolution, vol. 32, n° 12, p.3132-3142, 2015. Le Cardial succède au Castelnovien.

Archéologie du Cardial

Principaux sites Oullins (Rhône) Baratin (commune de Courthézon, Vaucluse) Pendimoun (Alpes-Maritimes) Caucade (Alpes-Maritimes) Les Bréguières (Mougins, Alpes-Maritimes) Renaghju (Sartène, Corse-du-Sud) Campu Stefanu (Corse) Santa Caterina di Pittinuri (province de Cagliari, Sardaigne) Sant Pau de Camp (province de Barcelone)

Historique des fouilles

Chronologie et aire de développement vignette|redresse=1.4|Expansion du Néolithique en Europe vignette|redresse=1.4|Les cultures néolithiques d'Europe vers 5000 . En vert foncé : la culture cardiale

Débuts Le Cardial se développe à partir de 5700 avant J.-C. environ, après la culture à céramique imprimée, et correspond en partie à une évolution de cette dernière à laquelle elle succède dans certaines régions, comme la Ligurie..

Cependant, dans plusieurs zones géographiques, notamment dans certaines parties du sud de la France et du nord-ouest de l'Espagne, l'apparition de la culture à céramique cardiale correspond à celle des premières sociétés agropastorales.. Leur développement s'effectue aux dépens ou avec la contribution des derniers chasseurs-cueilleurs, par exemple dans la péninsule ibérique..

Diversité régionale Le Cardial n'est pas homogène, plusieurs régions se distinguent notamment par les styles de poteries mais aussi par l'exploitation de l'obsidienne. Le Cardial tyrrhénien se développe entre de la Ligurie à la Toscane en passant par la Corse... On retrouve des sites de cette culture jusque dans la région de Rome..

En Corse, cette culture se caractérise par une variante locale appelée Basien..[Costa 2006] Laurent-Jacques Costa, Description typo-technologique des industries lithiques taillées de Corse, du Mésolithique au Chalcolithique, British Archaeological Reports, International Series 1501, Archaeopress, Oxford, 2006, 100 p...

Dans un des niveaux du site de Campu Stefanu, la poterie typique de cette culture est associée à de la céramique de style poinçonné..

Le Cardial franco-ibérique apparaît dès . En France, il se limite à la Provence et au Languedoc. En Espagne, il pénètre jusque dans le centre de la péninsule Ibérique., même si les sites les plus importants, comme Sant Pau de Camp, sont situés dans la région de Barcelone..

L'influence du Cardial se fait sentir au-delà de ces régions, jusque dans le nord de la France où certains décors céramiques ont visiblement été inspirés de ceux des poteries des communautés méditerranéennes.. Pour certains chercheurs, l'hypothèse de la migration de groupes Cardial jusque dans le nord de la France est possible.. On retrouve des éléments assimilables au cardial en Auvergne, dans la région lyonnaise, et dans la vallée de la Saône qui se présente comme une zone de contact entre les deux néolithisations du cardial et du rubané, ..

Phases Cette culture se développe en deux phases : le Cardial ancien, dès 5700-5600 av. J.-C. jusqu'à 5400 av. J.-C., le Cardial récent, entre 5400 et 5000 av. J.-C.

Son apogée se situe vers 5300-5200 av. J.-C..

Sa disparition prend des formes très différentes selon les régions. Dans beaucoup de cas, on observe une évolution progressive vers les cultures suivantes. On parle même d'Épicardial dans plusieurs cas, notamment dans le sud de la France. Dans plusieurs sites, il est possible que les derniers sites du Cardial soient contemporains des sites attribués à l'Épicardial ancien.

Mode de vie Agriculture L'agriculture et l'élevage étaient très développés. Les moutons et les chèvres étaient les principales espèces élevées, mais les bœufs et les porcs étaient également nombreux. De manière générale, l'élevage était beaucoup moins spécialisé que dans la culture de la céramique impriméeVigne J.-D., 1998, Faciès culturels et sous-systèmes techniques de l’acquisition des ressources animales. Application au Néolithique ancien méditerranéen, in D’Anna A., Binder D. (dir.), Production et identité culturelle, Rencontres méridionales de Préhistoire récente, deuxième session, Arles, novembre 1996, éditions APDCA, Antibes, p. 27-45. En outre, la chasse, notamment au sanglier, était beaucoup plus importante puisqu'elle représentait 40 % des apports alimentaires. Différentes céréales (blé, orge) et légumineuses (lentilles) étaient cultivées.

Dans certaines régions, l'exploitation du territoire était parfaitement structurée : le centre du territoire se caractérisait par la présence de villages de plein air occupés de manière continue et autour desquels l'agriculture et l'élevage étaient pratiqués. Dans la périphérie de cette zone principale, on trouvait des sites saisonniers occupés par des pasteurs et/ou des chasseurs venus des villages. La population cardiale ne se rendait qu'exceptionnellement au-delà de cette zone périphérique, par exemple pour pratiquer des chasses très spécialisées. C'est aussi dans cette zone éloignée que pouvaient être fondés de nouveaux villages. L'exploitation de l'environnement provoque dès cette période un net recul de la forêt.

Habitat À ce jour, les villages du Cardial sont relativement méconnus.

Lors des fouilles du site du Baratin, à Courthézon dans le Vaucluse, de grands amoncellements de galets portant des traces d'exposition au feu ont été trouvés. Il pourrait s'agir de grandes structures de cuisson collective, comparables par leur fonctionnement et leur structure aux fours polynésiensSénépart I., 2009, L'habitat néolithique ancien cardial du Baratin à Courthézon (Vaucluse), in Beeching A., Sénépart I. (Eds), De la maison au village - L'habitat néolithique dans le Sud de la France et le Nord-Ouest méditerranéen - Actes de la table ronde des 23 et 24 mai 2003, Marseille, Mémoire de la Société préhistorique française XLVIII, Société préhistorique française, Paris, p. 61-72.

Pratiques funéraires L'extrême rareté des sépultures mises au jour indique que l'inhumation ne constituait pas la pratique funéraire la plus fréquenteZemour A., 2014, Gestes, espaces et temps funéraires au début du Néolithique (VIe millénaire et première moitié du Ve millénaire cal. BC) en Italie et en France méridionale. Reconnaissance des témoins archéologiques de l’après-mort, Résumé de thèse, Bulletin de la Société préhistorique française, tome 111 n. 1, p. 143-144. Les autres pratiques sont inconnues à ce jour.

Production matérielle Poteries Le Cardium est un coquillage à cannelures et bords dentelés de la famille des coques. Il a été utilisé pour imprimer des décors dans la terre à cuire. Les décors présentent des formes assez élaborées (lignes, triangles) qui couvrent une partie du corps des vases.

Types de décor cardial

Outillage lithique Dans le sud de la France, les outils en roche taillée et leur mode de réalisation sont dans la continuité de ceux de Culture de la céramique imprimée. On retrouve des pointes de projectile trapézoïdale, des longs perçoirs ou des pointes, des faucilles sur lame au bord finement denticulé.

Ces outils sont réalisés sur les roches disponibles localement mais pas seulement. Ainsi, dans le site d'Oullins une lame de très bonne qualité débitée par percussion indirecte est réalisée dans un silex blond des formations Crétacé du Vaucluse. Sa présence dans le site s'explique par des raisons sociales car il y avait de très bonnes matières premières localement. D'autre part, les obsidiennes de Palmarola et de Lipari, bien que très rares, parviennent jusque dans le sud de la FranceLugliè C., 2009, L’obsidienne néolithique en Méditerranée occidentale, in Moncel M.-H., Fröhlich F., L’Homme et le précieux, Matières minérales précieuses, BAR International Series 1934, Oxford, p. 213-224. Celle du Monte Arci n'est quasiment pas distribuée au-delà de la Sardaigne et de la CorseVaquer J., 2007, Le rôle de la zone nord tyrrhénienne dans la diffusion de l’obsidienne en Méditerranée nord-occidentale au Néolithique, in D'Anna A., Cesari J., Ogel L., Vaquer J. (Dir.), Corse et Sardaigne préhistoriques : relations et échanges dans le contexte méditerranéen, Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques 128e, (Bastia 2003) colloque « la Corse dans les relations et échanges en Méditerranée occidentale pendant la préhistoire et la protohistoire », Éditions du CTHS - Association des Chercheurs en Sciences humaines - Domaine corse, Documents préhistoriques n. 22, Paris, p. 99-119. Sur ces deux îles, elle est beaucoup plus fréquemment utilisée, par exemple dans les sites sardes de Santa Caterina di PittinuriTykot R. H., 2007, Early Neolithic Obsidian Trade in Sardinia: the Coastal Site of Santa Caterina di Pittinuri (Cuglieri – OR), in Tozzi C., Weiss M. C., Préhistoire et protohistoire de l’aire tyrrhénienne/Preistoria e protostoria dell’area tirrenica, Felici Editore, Ghezzano, p. 217-220 et de Su CarroppuLugliè C., Le Bourdonnec F.-X., Poupeau G., Atzeni E., Dubernet S., Moretto P., Serani L., 2007, Early Neolithic obsidians in Sardinia (Western Mediterranean): the Su Carroppu case, Journal of Archaeological Science, vol. 34, p. 428-439.

Les caractéristiques de l'outillage en roche taillée, notamment les techniques employées (utilisation de la percussion indirecte, absence de la technique du microburin), suggèrent qu'il est issu d'un possible métissage des traditions techniques des derniers chasseurs-cueilleurs du Castelnovien et celles des premiers agropasteurs de l'ImpressaPerrin T., Binder D., 2014, Le Mésolithique à trapèzes et la néolithisation de l’Europe sud-occidentale, in Manen C., Perrin T., Guilaine J. (eds), La transition néolithique en Méditerranée. Actes du colloque Transitions en Méditerranée, ou comment des chasseurs devinrent agriculteurs, Toulouse, 14-15 avril 2011, Éditions Errance, Arles, p. 268-282.

Autres Les haches en roche verte sont rares dans la plupart des sites comme Pendimoun et Caucade (Alpes-Maritimes), mais certaines occupations se distinguent par leur abondance, par exemple les Arene Candide. Ces haches sont réalisées dans des roches locales mais aussi en jadéite.

Résultat des études génétiques récentes