Notre-Dame de Vitré est une ancienne collégiale située à Vitré affectée au culte catholique. Paroisse des riches marchands d'Outre-Mer, l'édifice, gothique flamboyant, a été érigé pour l'essentiel aux .

Localisation L’église Notre-Dame, unique église paroissiale conservée de l'ancienne ville close, est située au cœur du secteur sauvegardé de Vitré dont la mise en place, initiée par la municipalité dès 1977, n'a été véritablement formalisée qu'à compter du . Ouvrant à l'ouest sur la place Notre-Dame, longée au sud par la rue éponyme, elle occupe le point le plus élevé de la vieille ville, butant contre le front nord de l'enceinte médiévale qui surplombe la Vilaine.

Seules ses façades nord, ouest et sud sont visibles, le chœur étant enserré au nord dans les bâtiments de l'ancien prieuré des bénédictins, et masqué au levant et au midi par un îlot urbain et la sacristie.

Histoire Généralités L'appréhension de l'histoire religieuse naissante de Vitré aura longtemps été altérée par le nationalisme exacerbé d'Arthur de La Borderie, désireux de faire de la ville une création féodale, et par la même bretonneMichel Brand'Honneur, Manoirs et châteaux dans le comté de Rennes Habitat à motte et société chevaleresque (-s), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2001, 317p., , .. Relayé par le chanoine Amédée Guillotin de Corson et Paul Banéat, il faisait de Robert de Vitré le fondateur, vers 1060, d'une collégiale placée sous l'invocation de Sainte-MarieArthur de La Borderie, Les paroisses de Vitré. Leur origine et leur organisation ancienne., in Association bretonne, tenue à Vitré en 1876, Saint-Brieuc, Imprimerie-lithographie de L. Prud'homme, 1877, 605p., . Disponible sur Gallica.. La densité remarquable d'édifices religieux aux vocables anciens (chapelles Saint-Julien et Saint-Michel, églises Saint-Pierre, Saint-Martin, Sainte-Marie) laisse à penser que Vitré était déjà une entité démographique importante et cohérente aux époques mérovingienne et carolingienne. Si la collégiale Notre-Dame pourrait remonter au , si elle est assurément attestée comme paroissiale en 1070-1075, elle ne constitue cependant pas la paroisse-mère de la ville, ce rôle ayant été dévolu à Saint-Pierre, sanctuaire aujourd'hui disparu qui était situé près de la poterne éponyme. Ces deux derniers édifices, distants d'une centaine de mètres, furent donnés ainsi que l'église Saint-Martin à l'abbaye Saint-Melaine de Rennes en 1116 par Marbode, évêque de Rennes.

Il s'agissait de réformer une institution canoniale à la discipline relâchée, la cohabitation entre séculiers et réguliers ne devant prendre fin qu'en 1158Daniel Pichot, Vitré: une ville et son château, in Des villes à l'ombre des châteaux Naissance et essor des agglomérations castrales en France au Moyen Âge, André Chédeville et Daniel Pichot (dir.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, Collection Archéologie et Culture, 2010, 239p., , .. Le prieuré bénédictin prospéra rapidement tandis que l'église Saint-Pierre, tombant de caducité, vit son culte paroissial réuni à celui de Notre-Dame. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, la paroisse, dédiée à saint Pierre, devait occuper la nef du sanctuaire, le chœur étant dévolu aux moines dont le prieuré était placé sous l'invocation de la ViergeChanoine Amédée Guillotin de Corson, Pouillé historique de l'archevêché de Rennes, Rennes, Fougeray et Paris, René Haton, 1880-1886, 6 vol. in-8°, Tome VI, .. La Révolution saccagea l'intérieur de l'édifice que les curés concordataires s'attachèrent par la suite à doter d'un mobilier néogothique de qualité. L'intérêt architectural et historique de l'édifice fut promptement reconnu, Notre-Dame de Vitré ayant fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840.

Chronologie

1060 : fondation de la collégiale Notre-Dame par Robert de Vitré selon Arthur de la Borderie. 1116 : Marbode, évêque de Rennes remplace les chanoines par des bénédictins de Saint-Melaine de Rennes. 1132 : les chanoines quittent définitivement Notre-Dame de Vitré. 1157 : confirmation par Robert II de la donation de Notre-Dame de Vitré à l'abbaye Saint-Melaine de Rennes. 1440-1442 : la croisée du transept est entreprise. 1467 : le collatéral nord est entrepris. 1469 : fondation de la chapelle Saint-Jean-Baptiste par Pierre Landais dans la quatrième chapelle septentrionale. 1473 : fondation de la Confrérie des Marchands d'Outre-Mer dans la cinquième chapelle septentrionale. 1480-1500 : réalisation du croisillon sud et des trois chapelles mitoyennes. 1491 : construction de la vieille sacristie, de la chapelle seigneuriale et de la chaire extérieure. 1499 : date d'une des marques de marchands située sur le contrefort à l'ouest de la chaire extérieure. 1530-1540 : les trois premières chapelles méridionales sont érigées. 1537 : date portée par la verrière figurant l'Entrée à Jérusalem. 1540-1570 : édification de la façade occidentale. 1578 : construction du portail classique occidental. 1586 : les vantaux de la porte occidentale sont installés. 1569 : placement des vantaux de la Porte d'en Haut. 1609 : millésime figurant sur les vantaux de la Porte du Milieu. 1624 : un mur dressé au droit de la croisée du transept sépare espaces paroissial et prieural. 1639 : construction de la tribune d'orgue. 1666 : édification d'une nouvelle sacristie au sud du chœur. 1704 : la tour centrale est foudroyée. 1791 : les bénédictins sont chassés du prieuré. 1794 : les grandes orgues sont saccagées. 1840 : classement par liste de l'église. 1851 : installation des grandes-orgues actuelles. 1852 : le chœur aux moines est réaménagé. 1855 : érection d'une nouvelle chaire. 1858 : édification de la flèche actuelle par l'architecte Raffray. 1860-1870 : le décor du lambris de la nef est peint. 1868 : la maîtresse vitre du transept sud est dotée d'une nouvelle composition. 1880 : suppression du pourpris. 1958 : le parvis occidental est dégagé par suite de la suppression des halles au beurre. 2007 : découverte d'un cycle de fresques dans l'absidiole septentrionale. 2012 : la croix sommitale du clocher tombe, entraînant dans sa chute un pinacle du clocher, lequel perfore la toiture du transept méridional.

Architecture Extérieur La façade méridionale

Le flanc sud de l'église Notre-Dame n'est que partiellement visible, un îlot de maisons et la grande sacristie construite perpendiculairement à la costale sud du chœur empêchant toute vision du chevet par ailleurs masqué au septentrion par les bâtiments de l'ancien prieuré bénédictin. Nonobstant cette configuration spatiale particulière, l'enfilade des sept pignons visibles de la rue Notre-Dame constitue la partie extérieure de l'édifice la plus intéressante architecturalement, sans conteste l'un des exemples les plus aboutis des églises à pignons multiples fort répandues en Haute-Bretagne comme à Fougères ou La Guerche-de-Bretagne, zone prospère enrichie par le commerce des toiles. Tournée vers la ville, cette façade est la plus ornée du bâtiment. Édifiée d'est en ouest de 1480 à 1540, son vocabulaire architectural flamboyant initial tend à s'enrichir de détails de la première renaissance à mesure que l'on progresse vers la façade ouest. Ainsi, les quatre pignons les plus à droite furent-ils édifiés entre 1480 et 1500, les trois pignons les plus occidentaux leur étant adjoints de 1530 à 1540.

La perception de l'ensemble est quelque peu faussée par la disparition du pourpris qui entourait l’église, l'abaissement du sol vers 1880 et la construction de degrés contribuant à exagérer l'élévation de la façade. Édifiée en pierre de taille, celle-ci, somme toute perçue comme un tout homogène, réussit le tour de force de réunir des éléments aussi divers qu'oratoire privatif, chapelles latérales, sacristie, chaire extérieure, transept et porche d'entrée. La suite de pignons, sensiblement de mêmes hauteurs, les puissants contreforts rythmant la façade, structurent fortement la composition où la variété des remplages des fenêtres et la profusion d'éléments décoratifs permettent d'éviter toute monotonie ou sévérité.

Le dernier pignon correspond au transept méridional. Sensiblement plus large et haut, il est percé d'une vaste baie à quatre meneaux surmontée d'une archivolte à choux frisés. Le rez-de-chaussée renferme une porte dite « du haut » laquelle donne accès au croisillon droit. Précédée d'un degré et désaxée vers la gauche, l'arc en est surbaissé. Elle s'inscrit dans un arc brisé à multiples voussures, délimitant ainsi un tympan timbré des armes de Guy XV de Laval, baron de Vitré de 1486 à 1501Hervé Chouinard, Laissez-vous conter l'église Notre-Dame et le prieuré des Bénédictins, Ville de Vitré, Vitré, 2011, 6p.. Un bénitier couronné d'un dais parachève à l'est cette décoration.

À l'ouest, le pignon suivant présente également une composition à deux étages mais celle-ci n'est pas uniquement décorative. Elle répond à la distribution interne de la travée, superposant sacristie voûtée en plein-cintre et chapelle seigneuriale. La fenêtre du rez-de-chaussée est ornée d'une grille au dessin remarquable. Le contrefort ouest de cette travée porte l'élément le plus intéressant de la façade. Il s'agit d'une chaire extérieure dont l'accès est possible tant par l'église que par une porte ménagée à droite dans le contrefort. Portée par un pédicule, la cuve polygonale s'orne d'une arcature flamboyante, de sculptures diverses dont la figuration de la Trinité, les symboles des quatre évangélistes et deux des péchés capitaux (luxure et gourmandise). Un dais couronne cette composition en grès en la forme d'un pinacle ceinturé de gables festonnés et orné de crochets et d'un fleuron sommital.

Les deux pignons suivants contiennent des chapelles latérales. Le contrefort qui les sépare présente pas moins de cinq marques de marchands.

Vient ensuite le pignon logeant la porte « du milieu ». Correspondant au porche où se tenaient les réunions de la Fabrique, il est percé d'une porte de style Tudor, surmontée d'une arcature et d'une fenêtre à trois meneaux, le tout logé dans une haute embrasure entourée de trois statues et sommée d'une archivolte. Les vantaux de la porte sont classés. De style résolument renaissance, ils présentent les bustes de quatre apôtres et la scène de l'Annonciation.

Les pignons les plus occidentaux renferment également deux nouvelles chapelles latérales. Le plus à gauche offre une baie aux remplages dessinant des fleurs de lys, le contrefort mitoyen affichant un style plus résolument renaissance, lequel se développe plus largement sur la façade occidentale.

La façade occidentale

La façade occidentale de Notre-Dame de Vitré remonte à 1550. En grand appareil, elle est moins ouvragée que celle du côté Sud, présentant une décoration plus empreinte du style Renaissance. Longtemps elle fut masquée par la Grande halle aux draps, en bois, convertie en halle aux viandes au cours du . Disparue dans un incendie en 1886, une halle au beurre en fonte et briques lui succéda, ce dernier édifice étant lui-même démoli en 1958.

La vision d'ensemble offerte aujourd'hui par la place Notre-Dame n'était donc pas prévue à l'origine, ceci expliquant une réalisation lourde et assez sèche où les trois pignons apparaissent comme plaqués contre l'édifice, en totale contradiction avec son organisation interne. En effet, cette division tripartite s'oppose à la segmentation de l'espace intérieur en cinq modules : nef centrale, deux bas-côtés et files de chapelles latérales.

Les espaces latéraux du massif occidental, cantonnés de puissants contreforts, sont aveugles. Les rampants comme les pinacles portent une profusion de crochets peu gracieux, un troisième contrefort médian coupant au surplus de part et d'autre fâcheusement les deux gables périphériques. Dans l'axe des piles de la nef, ces contreforts n'ont d'autre raison que de contrebuter la poussée générée par la voûte de la nef centrale.