John Canoe est un prince-marchand ahanta de Pokesu (actuel Princes Town), en Côte de l'Or (actuel Ghana), né vers 1660/70 et mort après 1725. Son nom est une version européanisée de Kɔne Kpole (Conny le Grand en akan) et d'autres variantes existent telles que « January Conny », « Jan Conny » et « John Konny ». On le surnomme également « roi de Prinze Terre », « Prussien Noir » ou « Prince nègre de Prusse » dans la littérature allemande.
D'abord « caboceer » (prince-marchand africain), il devient le chef de Pokesu puis roi (chef suprême) ahanta au début du . C'est un allié du Brandebourg-Prusse à l'époque de la Côte-de-l'Or prussienne (1683–1720) qui agit en tant que marchand, courtier puis gouverneur des forts brandebourgeois. Entre le et le , il prend le contrôle du fort Fredericksburg laissé à l'abandon par les Brandebourgeois. Il étend son contrôle local aux autres forts et comptoirs brandebourgeois, ce qui lui permet d'asseoir son influence commerciale sur le cap des Trois-Pointes.
Grâce à un important jeu d'alliances avec les États africains, en particulier le Royaume ashanti, il parvient à concentrer l'attractivité commerciale vers ses ports. Il devient l'un des plus importants marchands africains du en Côte de l'Or et possède sa propre armée, si bien qu'il mène des attaques contre les forts anglais et néerlandais et parvient à déjouer plusieurs offensives à son encontre. En 1722, il trouve un accord avec les Néerlandais, dont les exigences le poussent à se rebeller. Il perd définitivement le contrôle de la forteresse en 1724.
Le sort de John Canoe est incertain, mais son héritage culturel est important. Des danses et un festival masqué, le Junkanoo, s'exportent avec les premiers esclaves akans dans les Caraïbes. Il fait également l'objet d'un intérêt de la propagande allemande de la fin du .
Biographie
Variation des noms et surnoms Les nombreux noms énumérés en lien avec John Canoe tirent leur origine de multiples déformations linguistiques européennes, à cause des occupations multiples de la Côte-de-l'Or au début du . Plus fréquemment cité sous le nom John Canoe, grâce à la création d'un festival à ce nom, on peut également le retrouver sous les noms suivants : John Kenu, Johann Kuny, John Conrad, Johann Cuny, Jean Cunny, January Konny, Jean Conni ou John Conni. Comme de nombreux Africains nommés par les Européens, son nom trouve son origine dans une dénomination akan. Dans le cas de John Canoe, il est supposé que son nom se compose au moins de Kenu, un nom typique akan. Son allégeance brandebourgeoise lui vaut également des surnoms tels que : le roi de Prinze Terre, Prussien noir ou encore le Prince Noir de Prusse.
Jeunesse vignette|redresse|Représentation de deux Africains et d'un Européen par Otto Friedrich von der Groeben après son expédition au cap des Trois-Pointes.|alt=Trois personnages sont sur l'image. Le premier, à gauche, porte une défense d'éléphant. Le second au centre porte une toge, tient un arc et un panier, ce qui est une tenue de chasseur. Le troisième, probablement européen, porte des vêtements de marchands portugais ainsi qu'une épée fine. La date de naissance de John Canoe n'est pas connue précisément et doit se situer entre 1660 et 1670 car il a probablement plus de cinquante ans lorsqu'il reçoit la lettre de reconnaissance du roi de Prusse en 1717. Il passe sa jeunesse dans la chefferie ahanta de Pokesu., renommée plus tard Princes Town en l'honneur du prince-électeur de Brandebourg, . Il est le neveu lointain du chef local, qui est alors sous protectorat de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales par l'intermédiaire du traité de Butre. En 1662, un navire prussien accoste au cap des Trois-Pointes et rencontre le chef de Pokesu, qui se plaint du non respect du traité selon sa perception. En effet, le traité prévoit l'établissement de structures militaires permettant d'assurer la protection des territoires ahantas, mais seul le fort Batenstein est construit, laissant les chefferies du cap des Trois-Pointes en proie aux attaques des petits États africains voisins de Wassa et d'Apollonia. Les Prussiens offrent à leur tour une alliance similaire que le chef refuse, mais il leur concède un droit de passage.
Aucun texte ne permet de déterminer si John Canoe reçoit une quelconque formation, cependant il est établi qu'il parle de nombreuses langues. Il parle plusieurs dialectes de la langue akan tels que le twi et le fanti. Il connaît également l'anglais, le néerlandais et probablement l'allemand. Il est en mesure de lire et répondre au moins en néerlandais, comme en témoignent plusieurs courriers échangés avec Willem Bosman, et en allemand d'après ses échanges avec Nicholas Dubois. Cependant, il se contente d'apposer une marque stylistique en guise de signature, plutôt qu'un nom.
Prince de jure des Brandebourgeois vignette|redresse|gauche|Drapeau de la Compagnie brandebourgeoise d'Afrique.|alt=Aigle rouge royal, portant la couronne brandebourgeoise, sur croisée d'un sceptre et d'une épée et avec en son centre un blason bleu reprenant le symbole du sceptre. Le contexte diplomatique en Côte-de-l'Or permet à une nouvelle classe sociale intermédiaire d'apparaître au sein des communautés africaines. Ces marchands, nommés caboceers, se chargent de faciliter le commerce entre les compagnies européennes et les royaumes intérieurs d'où proviennent la majorité des marchandises échangées : poivre, or, ivoire et surtout esclaves.
Le , des caboceers réfugiés de Takoradi rejoignent Pokesu et soutiennent la signature d'un traité de protectorat avec les Brandebourgeois. Kɔne Kpole (Conny le Grand), dont le nom européanisé est John Canoe., devient l'intermédiaire privilégié des Prussiens pour l'extension de leur influence commerciale. Le fonctionnement de la Compagnie brandebourgeoise africaine est une anomalie comparée aux autres Compagnies car elle délègue la plupart de ses missions commerciales aux chefferies locales. Par exemple, à Axim, le traité signé par la Compagnie confie la juridiction à trois marchands africains plutôt qu'à des représentants brandebourgeois. Pour les marchands africains, l'alternative commerciale brandebourgeoise permet de renégocier les prix des marchandises à leur avantage.
En effet, le , Otto Friedrich von der Groeben lance une expédition coloniale et s'arrête au cap des Trois-Pointes. Le , le traité est renouvelé et la construction du fort Fredericksburg débute. Cependant, la fièvre sévit parmi les Brandebourgeois et ceux-ci font appel à l'aide des chefferies locales. Trois forts brandebourgeois sont construits à la fin du .. John Canoe assiste et contribue probablement à la construction du fort Fredericksburg.
Prise de contrôle du fort Fredericksburg vignette|Le fort Fredericksburg en 1688.|alt=Dessin du paysage côtier de Pokesu avec en son centre le fort Fredericksburg. Autour, sur la terre, de nombreuses maisons africaines. Sur la mer, plusieurs galions et navires européens et quelques canoës africains. En 1706, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales redouble d'efforts dans sa guerre de Komenda sur le territoire de John Canoe et tente de forcer le passage par le cap des Trois-Pointes, où la présence brandebourgeoise est faible, afin de déjouer le blocus britannique. En 1708, John Canoe devient chef suprême des Ahantas et noue une alliance militaire avec les Fantis, sous juridiction néerlandaise, pour contrer les exactions de ces derniers en bloquant ou freinant les accès fluviaux. Cependant, l'implication prussienne diminue progressivement car la guerre de Komenda réduit la captation d'esclaves en provenance des territoires intérieurs et diminue l'attractivité de la région pour la Compagnie brandebourgeoise d'Afrique. Vers 1710, John Canoe s'est enrichi grâce au commerce et est à la tête d'une petite flotte de canoës. Il est parvenu à mettre en place des alliances dans la région qui consolident sa position et ses relations avec les Wassa (anciennement ennemis) et les Ashantis.
En 1711, les rapports britanniques et néerlandais signalent que John Canoe dirige une révolte au fort Fredericksburg contre le despotisme du général De Lange. Il s'oppose à la réinstallation de tout gouverneur et dirige les trois possessions brandebourgeoises : Akwida, TakremaTakrema est le nom d'un village situé sur la pointe du cap des Trois-Pointes, à proximité immédiate du phare. Le village n'est aujourd'hui constitué que d'une dizaine de bâtiments et appartient à l'entité territoriale du cap des Trois-Pointes. et Pokesu. L'expansion de son influence coïncide avec le déclin de celle de la Compagnie brandebourgeoise d'Afrique à cause de l'implication de la Prusse au sein de la guerre de succession espagnole.
L'historien Ulrich van der Heyden indique que cette altercation aurait impliqué les Brandebourgeois qui occupent encore le fort. Le directeur général, Jan de VisserIl y a divergence et incertitude sur le nom du gouverneur prussien concerné par l'altercation. Selon K. Y. Daaku il s'agit, sur la base des rapports contemporains, d'un certain De Lange précédemment cité. Pour Ulrich van der Heyden, qui s'appuie sur un ouvrage publié par J. A. de Marrée en 1817, il s'agit d'un certain Jan de Visser., est jeté à la mer. La responsabilité retombe sur John Canoe. D'après J. A. de Marrée, il n'aurait pas directement participé à l'altercation sous cette forme. Selon lui, il aurait en réalité accosté un navire, tué ses occupants et volé les armes et canons avec lesquels il assiège le fort Fredericksburg. Ces canons rejoignent plus tard le mur de protection qu'il fait construire autour de Princes Town et dont les traces sont encore visibles.. Cependant, Ulrich van der Heyden souligne que plusieurs points sont inexacts et de l'ordre du mythe. L'altercation avec Axim qu'évoque J. A. de Marrée comme point de départ est avérée et provoque fin 1711 le siège du fort Fredericksburg et son directeur général aurait alors démissionné, laissant la charge de la défense au chef local, John CanoeLes sources ne permettent pas de déterminer si la révolte recensée dans les rapports militaires britanniques, le récit de J. A. de Marrée et, la même année, l'attaque combinée anglo-néerlandaise correspondent à une succession d'événements indépendants ou à un même événement..
Après ces événements, John Canoe devient gouverneur de jure, si bien qu'il est surnommé le roi de Prinze Terre. En tant qu'agent au service de la Prusse, c'est un allié des plus efficace, réussissant à rediriger le commerce vers l'un des forts qu'il occupe, au point que les revenus des forts hollandais d'Axim, de Butre et de Sekondi diminuent. Plus de sont enregistrés comme ayant fait du commerce avec fort Fredericksburg entre 1711 et 1713... Ce contrôle local lui permet d'asseoir son influence commerciale sur le cap des Trois-Pointes.. Il devient l'un des plus importants marchands africains du au Ghana. John Canoe, John Kabes, Thomas Ewusi et un quatrième marchand possèdent chacun une armée privée et une part importante du commerce (et donc aussi de la traite des esclaves) avec les Européens sur la Côte-de-l'Or...
Attaque anglo-néerlandaise