vignette| Tableau représentant un soldat noir des Indes néerlandaises par Isaac Israëls. Collection du Rijksmuseum Amsterdam.|alt=Portrait d'un soldat noir avec un bras en écharpe et un bandana rouge autour du front. Il porte deux médailles sur son uniforme militaire.

Belanda Hitam, ou Hollandais noirs, est le nom des soldats africains servant au sein de l'armée royale néerlandaise des Indes orientales () aux dans les Indes orientales néerlandaises (aujourd'hui Indonésie). Les premières vagues de recrutement sont effectuées depuis la ville d'Elmina (maintenant située au Ghana, en Afrique de l'Ouest). Ces recrues sont d'anciens esclaves provenant de l'intérieur du territoire dont les Néerlandais rachètent la liberté auprès du royaume ashanti, à la suite de l'accord passé entre Jan Verveer et l'Asantehene .

Entre 1831 et 1872, plus de sont recrutés sur la Côte-de-l'Or néerlandaise pour servir dans l'armée coloniale des Indes orientales néerlandaises. Ce recrutement est une mesure d'urgence pour maintenir un effectif suffisant sur place. En effet, les Néerlandais accusent de nombreuses pertes de soldats européens et des dizaines de milliers de soldats indigènes dans la guerre de Java menée contre le prince javanais Diponegoro. Les Pays-Bas suivent l'exemple d'autres puissances coloniales comme le Royaume-Uni et la France, en recrutant des soldats en Afrique afin de combattre dans d'autres colonies. En général, les membres des armées étrangères sont peu enclins à sympathiser avec la population indigène dans sa résistance à la domination coloniale. Le recrutement prend fin après la cession d'Elmina au Royaume-Uni par le traité de Sumatra, signé en 1871.

Certains Africains retournent alors dans leur pays d'origine, en Afrique de l'Ouest, mais la plupart s'installent dans les Indes orientales néerlandaises après avoir épousé des habitantes. Leurs descendants sont considérés comme indo ou indo-africains et portent toujours le surnom de Belanda Hitam. Après la Seconde Guerre mondiale et la reconnaissance de l'indépendance de l'Indonésie par les Pays-Bas, le , la plupart d'entre eux s'installent aux Pays-Bas.

Histoire Contexte Politique de recrutement proposée dès 1802 L'idée d'un recrutement d'hommes en Afrique de l'Ouest par le gouvernement néerlandais n'est pas neuve puisque les gouverneurs emploient fréquemment des mercenaires locaux et les intègrent aux garnisons de leurs forts, dès le début de la colonisation de la Côte-de-l'Or néerlandaise, au . En 1802, une proposition de recrutement au sein de l'armée néerlandaise est avancée, à la suite de la paix d'Amiens. Il est question de renforcer les garnisons du cap de Bonne-Espérance. L'objectif est de retirer les hommes de leur région afin d'améliorer leur propension à la fidélité et à l'obéissance dans des missions orientées contre des indigènes. La promesse d'accorder à ces soldats (esclaves affranchis) les mêmes droits que les soldats d'origine européenne est évoquée, afin de fournir à ces soldats un statut particulier.

Cependant, les guerres napoléoniennes mettent un terme au projet, puisque le conflit reprend dès 1803 et que les Britanniques s'emparent du Cap dès 1811, ainsi que des possessions néerlandaises dans les Indes orientales. Le projet de recrutement ne reprend qu'après 1825, avec trois propositions d'initiatives privées adressées au Ministère de la Guerre et des Colonies des Pays-Bas.

Situation dans les Indes orientales Les Britanniques reprennent temporairement le contrôle de l'administration de plusieurs possessions néerlandaises des Indes orientales, dont Java, entre 1806 et 1816 durant les guerres napoléoniennes. En 1824, le traité anglo-néerlandais stipule que les Néerlandais cèdent Malacca, dans la péninsule Malaise, contre les possessions anglaises de Bengkulu à Sumatra. Les frontières territoriales entre les colonies de la Malaisie britannique et des Indes orientales néerlandaises n'évoluent plus et forment encore à ce jour les frontières entre la Malaisie et la république d'Indonésie. La capitale des Indes orientales néerlandaises à cette époque est Batavia (appelée aujourd'hui Jakarta).

Tout au long de l'histoire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (, ou en abrégé VOC) et des Indes orientales néerlandaises, le contrôle néerlandais sur les territoires de l'archipel reste limité. Ce n'est qu'au début du que les Néerlandais parviennent à maîtriser l'intérieur des territoires. De plus, bien que l'île de Java soit gouvernée depuis par les Européens, de nombreuses régions, dont le Sultanat d'Aceh, Lombok et Kalimantan, restent indépendantes au .

La politique expansionniste des Néerlandais soumet les îles à différents conflits et troubles. Les forces néerlandaises sont confrontées à une importante résistance des indigènes indonésiens qui affaiblit la domination et la présence de l'armée néerlandaise. Au , la VOC utilise des armes à feu et obtient le soutien des Bugis (de Sulawesi) et des Amboinaises (des Moluques) pour étendre et protéger ses intérêts commerciaux dans tout l'archipel. Certains conflits notables sont à retenir durant cette période : la guerre des Padri à Sumatra (1821-38), la guerre de Java (1825-30) lancée par le prince Diponegoro et la guerre d'Aceh (1874 à 1903).

Recrutement insuffisant aux Pays-Bas Dans la guerre de Java, menée par Diponegoro, les Néerlandais subissent de lourdes pertes, avec un taux de mortalité pouvant atteindre 45 % par an chez les Européens en 1827 et 1828. Sur toute la période de la guerre, plus de meurent, dont et .

En 1830, l'indépendance de la Belgique vis-à-vis des Pays-Bas entraîne la réduction de la population néerlandaise recrutableLa population du Royaume des Pays-Bas passe de six millions à deux millions et demi., rendant plus difficile pour les Néerlandais de compenser les pertes en vies humaines. De plus, bien que la conscription ait été introduite, la Constitution du royaume des Pays-Bas interdit l'envoi de conscrits en territoires coloniaux : seuls les volontaires peuvent dès lors rejoindre l'armée coloniale.

Un rapport de 1814 sur la réforme des armées indique que le taux de mortalité dans les Indes orientales est particulièrement élevé. Les volontaires doivent également suivre une formation spécifique afin d'augmenter leurs chances de survie. Après deux ans de service, près de la moitié des volontaires envoyés sont morts, se trouvent en incapacité de combattre en raison de maladies ou bien désertent.

Ce rapport précise également que, pour maintenir le contrôle dans les Indes Orientales, une force de est mobilisée, dont la moitié est constituée d'indigènes. Pour s'assurer de la loyauté des soldats indigènes recrutés, ceux-ci ne peuvent excéder ce quota.

Face à ces difficultés, les Néerlandais s'inspirent de la politique britannique qui consiste à recruter des troupes en Afrique pour les envoyer dans les Antilles britanniques afin de contrôler les soulèvements des esclaves travaillant dans les Caraïbes. Ils espèrent également que les troupes africaines résistent mieux que les Européens au climat et aux maladies tropicales dans les Indes orientales néerlandaises. Des officiers néerlandais au Suriname et aux Antilles néerlandaises témoignent de l'action d'un régiment de troupes antillaises britanniques. La chercheuse néerlandaise écrit que les Néerlandais sont influencés par un rapport positif du major Charles Hamilton Smith, un fonctionnaire britannique né à Vroenhoven sous le nom de Karel de Smet, qui est également une connaissance personnelle de membres de la famille royale néerlandaise. En 1831, le gouverneur Frederich Last à Elmina reçoit l'ordre de recruter une compagnie militaire de et de partir combattre dans les Indes néerlandaises.

Recrutement en Afrique Entre 1831 et 1872, principalement originaires de la Côte-de-l'Or néerlandaise et de l'Empire ashanti sont amenés à Java pour combattre aux côtés de l'armée coloniale néerlandaise (ou KNIL). Cet enrôlement se déroule en trois phases : la phase initiale (1831-1836), la phase de recrutement intensif (1837-1841) et la phase de recrutement sélectif à la fin des années 1850.

Accord avec les Ashantis vignette|La KNIL recrute à Elmina.|alt=Photographie d'un soldat africain en uniforme militaire au garde-à-vous. En 1831, le gouvernement néerlandais décide de recruter des soldats dans les colonies néerlandaises d'Afrique de l'Ouest. Sur les prévus par l'ordre de mission, le gouverneur d'Elmina ne parvient à enrôler que . Si certains ont déjà servi dans la garnison des forts coloniaux, la majorité de ces recrues sont des Euro-Africains endettés. Ce premier détachement est envoyé et ne satisfait pas le gouvernement à La Haye qui souhaite un recrutement d'Africains, et non de mulâtres.

En 1836, africains arrivent dans les Indes néerlandaises. Afin d'améliorer le recrutement, le gouvernement néerlandais envisage de nouer un partenariat avec le roi ashanti. À cette fin, à l'automne 1836, le major général Jan Verveer se voit confier la mission de persuader le roi ashanti. Après son arrivée à Elmina le , il en part avec un groupe d'environ (principalement des porteurs transportant des marchandises et des souvenirs) pour Kumasi, la capitale de l'Empire ashanti.

La plan initial d'employer des recrues ashantis est rejeté et les négociations portent alors sur l'achat d'esclaves originaires de l'intérieur des terres, nommés Donko. Cependant, du fait des accords anti-esclavagistes signés avec les Britanniques, cette piste est risquée et ne peut s'envisager qu'avec des conditions particulières.

Après de longues négociations, Verveer conclut un accord pour le recrutement d'Africains avec le roi Kwaku Dua le . Les conditions de traitement des recrues sont clairement définies. L'Asantehene s'engage à fournir en échange de à feu. Cet accord provoque un conflit commercial dans les petits États de la côte et mène au conflit ahanto-néerlandais porté par en 1837.. L'accord prévoit également que Kwaku Dua puisse envoyer deux fils de la famille royale, nommés Kwasi Boachi et Kwame Poku, étudier aux Pays-Bas. Le romancier Arthur Japin écrit à leur sujet, dans son roman Le Noir au cœur blanc, paru en .

Dans son rapport, Jan Verveer rapporte à Batavia qu'après deux ans d'entraînement, les premiers hommes recrutés seront prêts car ils sont . Il promet que seront recrutés et envoyés à Java, courant 1837 et un centre d'enrôlement est mis en place à Elmina afin de faciliter le recrutement, qui est coordonné par J. Huydecoper, un fonctionnaire euro-africain descendant de Jan Huydecoper. Cependant, au terme de l'année 1837, seuls sont effectivement envoyés à Java.

En 1842, le recrutement cesse provisoirement sous la pression des campagnes anti-esclavagistes des Britanniques. Cependant, il reprend en 1855, en raison des résultats positifs des premiers soldats africains postés dans les Indes orientales néerlandaises, tout en se basant exclusivement sur le volontariat à partir de cette époque. En 1860, après les deux premières vagues de recrutement, un détachement complet est envoyé à Java, rapidement suivi par des centaines d'autres recrues qui forment les troisième et quatrième vagues.

Conditions proposées aux recrues À la suite de l'abolition de l'esclavage au Royaume-Uni, le recrutement ne doit plus être présenté comme un achat d'esclaves. Jan Verveer suggère de mettre l'accent sur la portée humanitaire de l'action puisque ces esclaves craignent quotidiennement pour leur vie et risquent d'être utilisés comme offrandes lors de sacrifices humains :

Des sacrifices humains sont en effet signalés en Afrique occidentale, dès le , parmi de nombreux peuples dont les Ashanti, les Mandingues, les Dogons et les Yoruba. Selon l'ethnologue Henri Labouret, la pratique a encore cours au début du , . Il s'agit tantôt de fournir des serviteurs à un défunt dans l'au-delà, tantôt de se prémunir contre une mauvaise récolte ou de remercier les puissances surnaturelles pour une bonne récolte.