vignette|Camp de réfugié de Laâyoune.
Les camps de réfugiés sahraouis sont des installations humanitaires provisoires accueillant les peuples nomades sahraouis rescapés de la zone de territoire du Sahara occidental, fondées entre 1975 et 1976 en Algérie, aux environs de Tindouf, à la suite des accords de Madrid et de la marche verte qui marque le début des affrontements entre le Maroc et la Mauritanie d'une part et le Front Polisario d'autre part durant la guerre du Sahara occidental, ainsi que la constitution le de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).
Les camps rassemblent 173’600 réfugiés sahraouis selon les chiffres du HCR en 2018; leurs habitants sont pour la plupart des personnes âgées, des femmes et des enfants. Les possibilités limitées de subsistance dans l'environnement hostile du désert ont forcé les réfugiés à dépendre de l'aide humanitaire internationale pour leur survie : cette partie du désert appelée Hamada est réputée inhabitable. Cependant, les camps de Tindouf diffèrent de la majorité des camps de réfugiés du point de vue de l'organisation. La gestion de la vie du camp est prise en main par les réfugiés eux-mêmes, avec peu d'ingérence extérieure. vignette|Réfugiées sahraouies transportant de la farine de l'aide humanitaire. Les femmes tiennent un grand rôle dans l'administration quotidienne des camps ; leur action prend appui notamment sur les structures de l'Union nationale des femmes sahraouies.
Les principaux camps sont ceux de : Laâyoune, Smara, Aousserd, Dakhla, Rabouni, Boujdour.
La situation de ces camps est particulière en raison de la durée du déplacement des populations, durée qui s'étend sur plus de en 2023, mais également du au fait que le Polisario refuse toute sortie des réfugiés de ce camp afin de garder une position légitime vis-à-vis de l’ONU. Les sahraouies demandent depuis 1976, au nom du droit à l'autodétermination, l'indépendance du Sahara occidental, qui est considéré par le Maroc comme un territoire d'allégeance tribal historique. De 1978 à 1980 le Maroc fait ériger un mur de sable pour protéger les intérêts miniers du Maroc des incursions du Front Polisario.
Les indépendantistes sahraouis, et tout particulièrement les journalistes font l'objet d'intimidations, d'arrestations et de persécutions de la part des autorités marocaines, au point de susciter l'opprobre des ONG et de la communauté européenne.
Les indépendantistes sahraouis et le Front Polisario ont développé une culture de poésie et de chant à travers des artistes notoires comme Al Khadra Mabrook, Aziza Brahim et Mohamed Mustafa Mohamed Salem dit « Badi ».
Contexte historique Les tribus mauritaniennes et sahraouies partagent la même histoire ancienne, l'arrivée des Arabes dans la région est datée du . On trouve alors dans la région des peuples berbères nomades maures partageant la même culture et la même langue, dont les descendants parlent un dialecte arabe appelé hassanya.vignette|Carte schématique du conflit entre le Maroc et le Front Polisario selon l'ONU. Les Sahraouis sont un peuple de nomades qui migre en suivant la pluie, ce qui leur a valu le surnom d'enfants des nuages. À la suite de la décolonisation et au retrait des autorités espagnoles du Sahara espagnol après la signature des accords de Madrid en 1975, les territoires traditionnels de migration ont été investis par l'armée marocaine. Le Sahara occidental reste un territoire où le processus de décolonisation n'est pas achevé selon l'ONU qui le considère comme non autonome.
Point de vue marocain gauche|vignette|Photo de la marche verte de 1975. Pour le Maroc l'affaire du Sahara occidental est une affaire de décolonisation inachevée (c'est la France qui a dessiné les frontières entre l'Algérie et le Maroc en amputant la région de Tindouf) et les
À la suite d'une demande du Maroc, le la Cour internationale de justice publie un rapport déboutant le Maroc de ses prétentions en reconnaissant des liens d'allégeance de certains chefs de tribus a plusieurs Sultans de la famille des Alaouites, mais aucune souveraineté quelconque du Maroc sur le territoire, reconnaissant aussi le droit à l'autodétermination et donc indépendance du peuple sahraoui, ce qui confirme les résolutions de l'ONU passées dès 1966 sur l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental. Hassan II n'abandonne pas pour autant son ambition de récupérer ses terres. Il organise donc le une Marche verte, qui part du Maroc vers le Sahara espagnol dans le but de récupérer pacifiquement le territoire. La marche rassemble sur plus de 600.000 inscris qui marchent sur El-Ayoun. Derrière les civils l'armée marocaine intervient au nord du territoire, et l'armée mauritanienne au sud, provoquant la fuite d’une partie de la population sahraouie qui finira par rejoindre les différents camps. Les populations civiles sont bombardées avec du napalm et l'eau des puits est empoisonnée.
Point de vue du Polisario Ceci va à l'encontre des objectifs du Front Polisario, formé pour lutter contre l'occupation espagnole et qui se retourne contre la Mauritanie et le Maroc après la signature des accords de Madrid entre l'Espagne, le Maroc et la Mauritanie, signature qui a eu lieu sans que les populations sahraouies soient consultées. Le début de la guerre du Sahara occidental conduit en 1976 à l’exode de centaines de milliers de personnes qui se réfugient dans la « hamada » de Tindouf au sud ouest du territoire algérien, après avoir subi des attaques au napalm dans le désert. Les gens arrivent affamés et sans leurs troupeaux sur le plateau calcaire de la Hamada, qui est l'endroit avec les températures à la fois les plus chaudes et les plus froides du Sahara. L’Algérie leur ouvre ses frontières et les aide à s'installer, accueillant près de dans les environs de Tindouf.
On observe par la suite une construction politique de la notion de peuple influencée par l'indépendance algérienne et libyenne, . Dans ce contexte la réalité de l'existence de différentes tribus est peu à peu gommée par les dirigeants du Polisario pour pouvoir fonder la revendication auprès des instances internationales du statut autonome au nom du droit à l'autodétermination des peuples.
Durant les accords de cessez-le-feu en 1991, Hassan II, roi du Maroc et le Front Polisario reconnaissent le principe de la tenue d'un référendum d'autodétermination mais celui-ci n'a jamais lieu les deux parties ne s'entendant pas sur les modalités.
Selon Sophie Caratini, la résistance sahraouie du Polisario suit de 3 phases temporelles : une phase révolutionnaire jusqu'en 1991, une phase post-révolutionnaire, et une phase d'anomie provoquée par la situation de l'exode et la lente disparition de sa culture traditionnelle. Caratini affirme .
Mur des sables ou Berkem - 1987
Le mur des Sables, également appelé « mur marocain », « mur de défense » ou « mur de sécurité » au Maroc et « mur de la honte » par le Front Polisario, est une barrière de séparation érigée au Sahara occidental par le Maroc à partir d'août 1980 et achevée en 1987. Les autorités marocaines construisent un mur pour protéger leurs « territoires utiles » où ils ont des intérêts miniers pour l'exploitation et l'exportation de phosphate. Le mur est constitué de deux rangées de dunes de sable infranchissables. Il sert aussi au Maroc, à se protéger d'attaques du Polisario, ceci allant de pair avec l'affirmation de sa souveraineté sur l'ancienne colonie du « Sahara espagnol », en opposition aux revendications d'indépendance portées par le Front Polisario. Ce mur est gardé par environ marocains et sédentarise les soldats du Front Polisario qui vivent dans les camps de personnes réfugiées avec un accès unique à la mer dans le port de Guerguerat (sous contrôle marocain).
Situation dans les années 2000 Harcèlement et intimidation des personnes militant pour l'autodétermination vignette|Aminatou Haidar et un groupe de femmes sahraouies.|gauche Des tensions entre l'Europe et le Maroc interviennent en 2022 à la suite du Marocgate et concernant la question de l'emprisonnement de journalistes sahraouis. Aminatou Haydar une militante des droits humains du Sahara occidental et Mahjoub Mleiha, d'un collectif sahraoui en Belgique ont été espionnés par les autorités marocaines via le logiciel espion Pegasus dans le cadre du Marocgate. Sultana Khaya militante du droit à l'autodétermination sahraouïe vivant au Maroc a été harcelée, molestée, et assignée à résidence depuis à Boujdour. Selon un communiqué de l'ONU publié en , Sultana Khaya a été .
Le Parlement européen programme le une réunion pour les personnes victimes du logiciel Pegasus utilisé par le gouvernement marocain. Le Parlement européen adopte une résolution demandant la libération des journalistes sahraouis détenus au Maroc le .
Exploitation des ressources agricoles et piscicoles vignette|Tapis roulant automatique pour le transport de minerai au Sahara espagnol. Le Maroc contrôle 80% du territoire et en exploite les ressources notamment piscicoles.
Une des raisons de l'intérêt du Maroc pour le territoire du Sahara occidental est sa richesse en ressources minérales et piscicoles: les eaux de l'Atlantique à cet endroit sont parmi les plus poissonneuses du monde et donnent lieu à des contrats entre l'Europe et le Maroc, qui plus est elles sont selon le droit international exploitées illégalement car le Maroc n'est pas souverain sur le territoire. En outre, le Sahara occidental est le producteur mondial de phosphate produisant de tonnes par an dans les mines de Boukraa, une commune sous contrôle marocain. La possibilité d'y trouver du pétrole dans des gisements offshore est également une donnée importante. Selon Yahia H. Zoubir .
Plan d'autonomie du Maroc En , le Maroc propose un plan d’autonomie à l’ONU après avoir bénéficié d'une aide des États-Unis pour la rédaction. Le plan est accueilli favorablement par Nicolas Sarkozy. Ce plan d'autonomie est également soutenu par l'Allemagne et Espagne.
Reconnaissance de la souveraineté du Maroc Le Maroc met la question de la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara occidental au cœur de sa politique étrangère. Le Maroc a par exemple refusé de vendre du phosphate au Pérou parce que ce dernier ne reconnaissait pas sa souveraineté sur le territoire.
Fin 2020 le président des États-Unis Donald Trump reconnaît la souveraineté du Maroc après d'autres pays ; en contrepartie, le Maroc accepte de normaliser ses relations avec Israël. l'Espagne entre autres pays européens lui emboîte le pas. Le secrétaire d' État des États-Unis Antony Blinken souligne la nécessité de respecter le droit international.
Organisation et administration des camps vignette|Emplacements des camps de réfugiés à Tindouf. En général, les camps de personnes réfugiées dans le monde sont dirigés par des ONG. Ce n'est pas le cas des camps sahraouis qui sont gérés et contrôlés par le Front Polisario depuis leur création. Ce dernier les présente également comme des expériences d'autogestion et de démocratie participative, fait relevé également par la recherche académique qui s'est intéressée au modèle particulier de gestion de ces territoires. Le Polisario, fait administrativement partie de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Le gouvernement en exil et l'administration de la RASD sont situés dans le camp de Rabouni. Les camps de Tindouf sont divisés en sous-unités administratives élisant leurs propres responsables pour représenter les quartiers dans la prise de décision politique. Chacune des quatre wilayas (districts) est divisée en six ou sept daïras (villages), eux-mêmes divisés en hay s ou barrios (quartiers).vignette|200x200px|Atelier sectoriel lors du Congrès de l'Union nationale des femmes sahraouies, dans les camps de réfugiés sahraouis (6 avril 2007). Au départ, les nomades s'installent après leur fuite dans des tentes dans des situations qui ne permettent pas la survie de leurs troupeaux.