Francis Delaisi (de son vrai nom François-Almire DelaisiIl s'est appelé légalement François Délaisi pour l'état civil, au lycée de Laval, Francis Delaisis, et Francis Delaisi pour les livres et nombreux articles de revue qu'il a écrits.), né le à Bazougers (Mayenne) et mort le à Paris, est un écrivain, journaliste, syndicaliste, militant pro-européen et économiste français.

Biographie Origine et parcours Francis Delaisi naît le à Bazougers, ., .. D'origine modeste, ses parents sont Marie-Julie Maignan, originaire de Bazougers en Mayenne, et Parfait Delaisi, républicain, et charron de campagne.

Francis Delaisi est envoyé à l'école communale, puis entre comme pensionnaire au lycée de Laval en octobre 1885. Il effectue un parcours scolaire brillantIl a comme condisciple Carle Bahon, et Emmanuel de Martonne.. Il quitte le lycée de Laval, en 1895, pour poursuivre des études à Rennes. Il est aussi un militant socialisteSans doute depuis sa rencontre au lycée de Laval avec Gustave Hervé..

À la sortie du lycée, il adhère au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de Jean Allemane. Delaisi compte parmi les étudiants dreyfusards, dans la ville où s'instruit le deuxième procès d'Alfred Dreyfus. Il s'engage dans le camp dreyfusard avec l'instituteur Francis Leray, traducteur de Pierre Kropotkine.

Il fonde avec Victor BaschFrançoise Basch, Victor Basch ou la passion de la justice, Paris, Plon 1994., Georges Dottin et Henri SéeUn de ses professeurs., la section de la Ligue des droits de l'homme de Rennes, dont il est secrétaire. Il agit alors en agent de liaison entre les professeurs et le milieu ouvrier. Il sera aussi actif avec Basch dans l'université populaireIl prend ensuite ses distances au nom des ouvriers avec l'Université populaire en 1904..

Il est licencié ès lettres. En 1898, il est révoqué de sa boursePour ses prises de position. Il écrira en 1904 un article Ouvriers et boursiers d'étude dans Pages libres, . Il y raconte qu'une fois obtenu sa bourse de lycée, son père lui « indique qu'il a de la chance. Tu seras un homme instruit, peut-être un fonctionnaire. Tu ne connaîtras pas les fatigues que j'ai subies. Mais tu as vu de près la vie des ouvriers, et si jamais par ton instruction tu peux faire quelque chose pour améliorer leur sort, eh bien, n'oublie pas que ton père fut ouvrier. », et quitte Rennes pour venir poursuivre ses études comme étudiant libreÀ ses frais. à Paris. Pourvu de son diplôme d'études supérieures d'histoire en 1900, il entre dans le journalisme.

Il se marieUn des témoins du mariage est Gustave Hervé. le , Paris, , avec Anna-Eugène Le Rest (1874-1939), de Rennes.

Journaliste Avant la Première Guerre mondiale La Guerre sociale Il fait une brillante carrière de journaliste entre les deux guerres ; par l'étendue de ses connaissances, son besoin d'apprendre, son talent d'orateur, et d'écrivain. Ses préférences politiques vont vers le socialisme. Il participe au premier numéro, le , du journal La Guerre sociale, de Gustave Hervé. Il publia dans La Guerre sociale des étudesSous forme de feuilletons. En 1910, dans La démocratie et les financiers, il conclut que le parlementarisme était une mascarade, le vrai pouvoir revenant aux hommes d’argent. En 1912, dans Les maîtres de la France, il enquête sur les trusts capitalistes qui se partageaient les différents secteurs économiques..

À partir de 1906, il collabora en parallèle à divers journaux révolutionnaires sous divers pseudonymes : ZSimon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation.En » (zêta) est l'initiale du mot grec « / », qui signifie « il vit » ou « il est vivant ». à La Guerre sociale et à L'Action directe ; Crisis à La Révolution ; CratèsEn référence à l'auteur comique grec. à La Vie ouvrière et aux Hommes du jour. Il collabora également à La Grande Revue et à Pages Libres, et à La Bataille syndicaliste à partir d’.

En 1907« La deuxième conférence de la Haye », Pages libres, , 8 février 1908, ., il dénonce à la suite de la seconde conférence de La Haye les illusions des partisans d'une paix par le droitSelon lui, aucun droit international ne peut s'émanciper des relations de force qui régissent les rapports internationaux. A tous les pacifistes au lendemain de la deuxième conférence de la Haye un choix : militarisme ou hervétisme.. Observateur, il dénonce la guerre à venir dès 1911 dans ce journal, et il préconise dans son ouvrage sorti la même année La guerre qui vientIl prévoit la violation de la neutralité de la Belgique, et indique, selon lui, les moyens permettant de sauver la paix. Il rejette la responsabilité de cette guerre future sur l'Angleterre et sa volonté de détruire l'économie de l'Allemagne. l'opposition unie de la classe ouvrière à toute guerre. Elle peut seule sauvegarder les intérêts du peuple face à une oligarchie industrielle qui a confisqué l'intérêt général à son profit.

Critique de L'Humanité Il critique aussi L'Humanité de Jean JaurèsDelaisi sera aussi violemment hostile au projet d'armée nouvelle présentée par Jaurès en 1912. Hors le désaccord politique, il accusera ce dernier en 1912 de tromper le prolétariat. dont il remet en cause l'indépendance financièreCritique du positionnement de l'organe de la SFIO pendant l'échec de la grève des cheminots en 1910, il l'explique sous son pseudonyme Z par les contributeurs à l'origine du financement du journal : par exemple la famille Rothschild, commanditaire de la Compagnie ferroviaire du Nord. Fin novembre 1910, son identité est dévoilé par L'Humanité de Jean Jaurès. Il est alors soutenu par quatre dirigeants de la CGT : Victor Griffuelhes, Alphonse Merrheim, Léon Jouhaux et Pierre Monatte. Chaque camp accusant l'autre d'être infiltré par le ministère de l'Intérieur.. Les faits révélés sont exacts, et seront utilisés par la suite des campagnes antisémites ouvertes ou camouflées.

La Bataille syndicaliste Le procédé utilisé est dénoncé en 1912 par Gustave Hervé qui rompt avec Delaisi, qui rejoint alors La Bataille syndicaliste. Ce départ correspond au virage nationalisteLa «rectification de tir». de Gustave Hervé à partir de 1912 : Francis Delaisi rejoint la frange de gauche du pacifisme juridique. Avec Émile Pouget et Paul Vigné d'Octon, il refuse de s’associer au manifeste8 mai 1912. annonçant que La Guerre sociale renonce à l’antiparlementarisme. Au contraire, il participe très activement à la campagne abstentionniste conduite par la Fédération révolutionnaire communiste à l'occasion des élections municipales de 1912.

Presse syndicaliste Son influence s'exprime dans les études publiées dans La Vie ouvrièreDans le Maitron, on indique qu'il était un conseiller apprécié « insistant sur la nécessité de considérer les luttes ouvrières contre le patronat comme des entreprises sérieuses et dont le succès était conditionné par la connaissance approfondie des milieux capitalistes et ouvrier au moment où est lancée une grève. Il estimait que les ouvriers ont à acquérir les capacités économiques indispensables s'ils veulent transformer un jour la société. », organe de la CGT, avant la Première Guerre mondiale. Spécialisé dans les questions économiques, il travaille en relation avec les syndicats révolutionnaires et tout particulièrement avec Alphonse Merrheim. Édouard Sené, son ami, reproche au « Delaisisme » de refroidir les ardeurs révolutionnaires spontanées en soulignant trop la puissance de l’organisation patronaleLe Delaisisme dans Le Réveil anarchiste ouvrier du 15 mai 1913.. Il sert d'intermédiaire en 1913 avec le gouvernement de Joseph Caillaux pour acheminer des subventions gouvernementalesCes fonds sont proposés par un de ses amis radicaux : Pascal Ceccaldi. à La Bataille syndicaliste, en vue d'affaiblir l'influence croissante de L'Humanité, et le poids de la SFIO. Alphonse Merrheim s'y oppose et refuse le procédé le . Néanmoins, des fonds étranges sont toujours injectés furtivement. Alphonse Merrheim et Pierre MonatteLa Vie ouvrièredemandent à Delaisi de quitter leurs deux journaux après cet épisode.

Son rôle dans cette affaire lui vaut l’inimitié de plusieurs personnalitésChristian Gras, Alfred Rosmer et le mouvement révolutionnaire international, thèse pour le doctorat d'état, Paris, Maspero, 1971, . dont Charles PéguyPéguy le raye de ses abonnés aux Cahiers de la quinzaine.Charles Péguy, Œuvres en prose complètes, tome 3, 1992, , 1908..

Anarchiste Il se rapproche, à la même époque, de la Fédération révolutionnaire communisteEn mai 1911, il est annoncé à une réunion de cette fédération en faveur de la Révolution mexicaine, aux côtés d'Hubert Beaulieu et de Victor Griffuelhes. À la suite du Coup d'Agadir, il figure à la tribune de plusieurs meetings contre la guerre. Jusqu'en 1914, il est ensuite régulièrement aux tribunes des meetings de cette organisation anarchiste.. En , il participe comme observateur au congrès anarchiste nationalDans Les Temps nouveaux du 23 août 1913, il donne son sentiment sur le débat sur le syndicalisme tenu au congrès et défendit la ligne confédérale de la CGT, dans laquelle il ne voyait nul « assagissement »..

Ouvrages, œuvres vignette|La Democracia y los hacendistas (Valence, 1911), une édition espagnole de l'ouvrage La Démocratie et les financiers. Dans ses ouvrages, il est le pourfendeur des oligarchies financières et des dirigeants de la Banque de France, dont il dénonce en 1910 dans La Démocratie et les financiers le rôleIl explique aussi pourquoi, selon lui, la démocratie est le régime idéal du capitalisme du début du .. En 1911, dans Les Maîtres de la France, il dénonce à travers Saint-Gobain, les nouvelles féodalités, puis en 1913, l'international du capital et les profits obtenus par les vendeurs d'armes dans Le Patriotisme des plaques blindées (Krupp, Schneider et Compagnie)Le Patriotisme des plaques blindées, La Paix par le droit, volume 23, janvier-décembre 1913, , 369-382.. Il dénonce les dysfonctionnements d'une politique internationale dirigée par des industriels, impliqués dans l'industrie d'armement, contrôlant la presse, les gouvernants, et favorisant les attitudes nationalistes.

Il fonde et dirige pendant la Première Guerre mondiale Les orphelins de la guerre, qui réunit environ 450 enfants en 1915Dans une lettre qu’il adresse le 21 avril 1915 à Jean Grave. Il lui disait consacrer alors ses loisirs à amasser des documents et à consigner ses observations : « À quoi bon tenter de parler à des sourds avec un bâillon sur la bouche », ajoutait-il. Et il précisait : « La crise actuelle ne m’a pas surpris, c’est sans doute pour cela qu’elle ne m’a [pas] changé ; comme tant d’autres. ».

Après la Première Guerre mondiale République syndicale Après l’armistice, il suit la trajectoire de Léon Jouhaux et de la direction de la CGT. Il s’éloigne définitivement de l’anarchisme et après 1919, il évolue vers les milieux réformateurs et défend une république syndicale censée introduire dans le corps politique les capacités techniques pour lutter contre l'influence larvée des intérêts économiques et pour garantir la représentation des « intérêts généraux de tous les citoyensLe Progrès civique, Les institutions politiques vont-elles déchoir et faire place aux institutions économiques ? La CGT fait l'ébauche d'un gouvernement syndicaliste.. Il se rapproche des milieux néo-saint-simoniens autour des Compagnons de l'intelligence dont il signe le manifeste en 1920Faits et documents : manifestes et ordres du jour, Le Producteur, volume 1, juin-août 1920, . », et où il signe plusieurs articlesEsquisses d'une méthode, Le Producteur, volume 2, octobre-décembre 1920, ..

Pan-européen Économiste reconnu, il fut reçu par le roi des Belges Albert , et éprouve une amitié réelle avec Anatole France, qui le reçoit souvent.