Claire Démar (1799-1833) ou Émilie d’Eymard, est une féministe, journaliste et écrivaine, membre du mouvement saint-simonien. La modernité avant-gardiste de ses écrits la fait reconnaîtreChristine Planté, « La Parole souverainement révoltante de Claire Démar », in Femmes dans la Cité, 1815-1871, A. Corbin, J. Lalouette, M. Riot-Sarcey dir., Créaphis, 1997, pp. 481-494, « Oser (parler) est le maître mot de Ma loi d'avenir et il est bien vrai que ce texte frappe par un sentiment d'audace et de modernité » aujourd'hui.
Biographie Enfance et origines Claire Démar, ou peut-être Émilie d’Eymard, est un personnage qui reste encore assez mystérieux. On ne connaît que peu de choses de ses origines et de son enfance. Sa date de naissance, 1799, n'est pas certaine et son identité non plus, ses premières lettres étant signées Émilie d’Eymard et ses publications Claire DémarAlain Corbin, Jacqueline Lalouette, Michèle Riot-Sarcey, Société d'histoire de la Révolution de 1848 et des révolutions du (France), Femmes dans la Cité: 1815-1871, Créaphis, 1997. p. 493 : On ignore sa date de naissance, de même que la graphie de son nom. Elle-même signe certaines lettres Émilie d'Eymard (Google livre). Elle mourut en 1833.
Une hypothèse sur ses origines en ferait la fille du pianiste et compositeur d'origine allemande Sébastien Demar et d'Elisabeth Riesam, d'origine allemande elle aussi. Ils s'étaient installés à Orléans depuis 1791, mais, apparemment, aucun acte de naissance pouvant être considéré comme le sien ne figure dans l'état civil orléanais pour l'année 1799 (An VII-An VIII, pas plus que dans la table décennale correspondante)Thérèse et Claire Demar sur le site du Sophie Drinker Institut. La fille du couple Demar prénommée Theresia (Thérèse), harpiste et compositrice (qui aurait été sa sœur aînée), était née à Gernsbach, « au duché de Bade » (Allemagne) en 1786État-civil d'Orléans. 19 janvier 1858. N° 92. Décès de Thérésia-Elisabeth-Françoise Demar, « professeur de musique », morte le 18, à 71 ans, de feu Jacob-Ignace-Sébastien Demar, « professeur de musique », et Dame Elisabeth Riesam..
Prosélyte saint-simonienne Claire Démar est l'une des femmes les plus combativesCarole Bitoun, La Révolte au féminin. De 1789 à nos jours, Hugo&Cie, 2007 : « La Révolte au féminin réunit vingt portraits de femmes exemplaires. Figures emblématiques de la révolte, elles se sont élevées, à travers leurs actes contre l'ordre établi, parfois au péril de leur vie. Toutes ces femmes ont en commun une révolte individuelle jaillie de la colère et de l'indignation contre l'injustice, qui a transformé leur vie en combat. Olympe de Gouges, Charlotte Corday sous la Révolution, Claire Demar, Flora Tristant dans la première moitié du XIXe siècle » du mouvement saint-simonien. Lors de la période, controversée, où le mouvement devient Église, où les écrits ont comme entête Religion saint-simonienne, et où cette Église est dirigée par Prosper Enfantin, figure emblématique du Père, elle se fait remarquer par son costumeIllustrations présentes dans le fonds Enfantin à la Bnf., qui consistait en un béret rouge, une jupe rouge ou blanche, suivant la saison, avec une ceinture de cuir, croisée sur le devant, et une jaquette bleue, laissant voir un plastron blanc avec son nom patronymique en gros caractères. Cette jaquette se laçait par derrière avec le concours d’un compagnon, en témoignage de l’esprit de solidarité du saint-simonisme.
Féministe Claire Démar utilise le mouvement saint-simonien pour aller plus loin et exprimer des constats et revendications qui sont rejetés par une majorité de ses contemporains, mais qualifiés de féministes au cours des années suivantesNotamment par : Ghenia Avril de Sainte-Croix en 1907, Laure Adler en 1979.. Peu avant sa mort, elle publie un Appel d’une femme au peuple sur l’affranchissement de la femme où elle réclame l’application à la femme de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Elle y qualifie également le mariage de prostitution légale, plus exactement selon ses propres termes : "la prostitution de par la loi".
Journaliste Durant les dernières années de sa courte vie, Claire Démar participe aux revues fémininesValentin Pelosse : « « Peuple, tu ne seras véritablement libre, véritablement grand, que le jour où la moitié de ta vie, ta mère, ton épouse et ta fille, seront elles aussi affranchies de l'exploitation qui pèse sur leur sexe. » Dans le Paris agité de 1830, des groupes s'organisent, partagés entre l'aspiration au bonheur commun et le combat pour la survie. Des femmes participent à ce formidable mouvement et gagnent une certaine autonomie. Parmi elles, la jeune saint-simonienne Claire Démar, qui signe en son Appel d'une femme au peuple sur l'affranchissement de la femme, dans lequel elle qualifie le mariage « de prostitution de par la loi » et let au défi les opposants républicains d'étendre aux femmes la Déclaration des droits de l'homme. Un an, après son suicide à Paris, un autre de ses écrits, Ma loi d'avenir, fera l'objet d'une posthume. Valentin Pelosse, sociologue, éclaire le parcours et la pensée de cette figure héroïque et la modernité qui s'inscrit d'évidence dans la généalogie des « mouvements de femmes ». » (Google livres) créées du fait de la double opportunité offerte par la révolution de 1830, dite des Trois Glorieuses, et la brèche, un instant, entrouverte par le mouvement saint-simonien, dans un pays où la femme n'existe pas en DroitRevue de Paris, Bureau de la Revue de Paris, 1834, p. 7 : « Ce qui l'y révoltait surtout, c'est que nous eussions écrit dans le Code civil que la femme doit obéissance et fidélité à son mari. « Nous marie-t-on, s'écrie-t-elle, on nous applique l'article du Code civil. Mais est-ce que nous avons assisté à sa rédaction ? Le Code est-il bien dans nos goûts et dans notre nature », Ce fut cette sainte indignation contre le Code civil qui poussa Claire Démar à demander au peuple une révision générale de toutes nos institutions. Claire Démar a fait plus à elle seule que n'avait osé l'assemblée constituante, qui s'était bornée à déclarer les droits de l'homme. Elle a proclamé la déclaration des droits de la femme. » (Google livres). Elle publie son Appel d’une femme au peuple sur l’affranchissement de la femme dans La Femme libre et se liant avec Suzanne VoilquinRevue de Paris, Bureau de la Revue de Paris, 1834, p. 6 : « Elle (Suzanne) assume héroïquement sur sa tête toute la responsabilité de la parole neuve et hardie de Claire Demar. Ce n'est pas là faire preuve d'un médiocre courage, je vous assure » (Google livre), elle participe en proposant ou critiquant les articles publiés dans les différents titres dont Suzanne a pris la direction : La Femme nouvelle, L'Apostolat des femmes, et La Tribune des femmes.
Lectrice de James Henry Lawrence Claire Démar rédige son dernier texte, Ma loi d'avenir, en réaction aux réserves émises par Suzanne Voilquin sur l'écrivain anglais James Henry Lawrence, auteur de L'Empire des Nairs, roman utopique qui imagine une société sans mariage ni paternité, où le nom, la filiation et l'héritage passent par les mères. Dans « Considérations sur les idées religieuses du siècle », paru en 1833 dans La Femme nouvelle, la directrice du journal juge que ce système, fondé sur le secret de la conception, conduirait à « un grossier et dégoûtant pêle-mêle », et lui oppose la « publicité » et la « confiance » comme bases de la morale nouvelle. Claire Démar, qui avait jusque-là refusé de collaborer à un journal qu'elle estimait trop modéré, se dit « douloureusement, péniblement affectée » de voir sa directrice « laisser tomber l'improbation sur une parole d'affranchissement » ; elle lui annonce une réponse, qui devient bientôt une brochure..
Elle y prend explicitement la défense de « M. James de Laurence », nom sous lequel Lawrence signe ses publications françaises. Retournant l'argument de la publicité, elle montre que celle-ci règne déjà partout — publication des bans, cérémonie du mariage, « livre rouge de la police », débats judiciaires — et se déclare convaincue de la nécessité « d'une liberté sans règles ni limites […] appuyée sur le mystère », qu'elle érige en « base de la morale nouvelle, quand bien même il nous conduirait au pêle-mêle ». Reprenant la critique du mariage propre à l'auteur anglais, elle en dénonce à sa suite le potentiel criminogène et refuse de voir dans le mariage d'amour un remède au mariage de convenance. Le citant de nouveau sur le « mystère bienfaisant » qui doit envelopper la conception, condition de « l'indépendance des femmes contre les prétentions des hommes », elle lui emprunte l'idée de substituer au « vieux mode d'hérédité » la « succession ombilicale », mais s'en écarte aussitôt en réclamant l'abolition de tout héritage, au nom du « classement suivant la capacité, et [de] la capacité suivant les œuvres »..
De cette discussion naît la proposition la plus originale de Ma loi d'avenir. Si la femme ne doit tenir « son existence, sa position sociale que de sa capacité et de ses œuvres », elle ne peut être condamnée à « absorber une partie plus ou moins longue de sa vie » dans l'éducation de ses enfants : Claire Démar propose donc de confier le nouveau-né « aux bras de la mère sociale, de la nourrice fonctionnaire ». Elle professionnalise ainsi un travail parental que Lawrence, lui, laissait aux seules femmes qui mettent les enfants au monde..
Suicide et ouvrage posthume Claire Démar se disposait à mettre un second volume sous presse, quand conspuée, abandonnée de tous, réduite à la plus grande misère et désespérant de voir l’émancipation des femmes, elle préféra se suicider, rue de la Folie-Méricourt, avec son amant Perret Desessarts, originaire des environs de Grenoble. Lorsque le commissaire vint constater le décès, on les trouva sur le même lit, avec deux lettres et un rouleau de papiers. Claire Démar avait indiqué que le tout devait être lu à la famille saint-simonienne de Paris et déposé ensuite entre les mains du Père Prosper Enfantin, qui remit ces papiers à Suzanne Voilquin, qui les publia dans La Tribune des femmes.
Claire Démar et Perret Desessarts (âgé de 20 ans, selon le registre d'inhumation) sont inhumés ensemble dans la fosse commune aux Amandiers du cimetière du Père-Lachaise, le Registre journalier d'inhumation, , cimetière du Père-Lachaise, Archives de Paris (vue 3/31)..
L'hommage de James Henry Lawrence James Henry Lawrence n'a ignoré ni les écrits de Claire Démar, ni l'admiration qu'elle lui portait. Dans la préface de la dernière édition française de son roman, Plus de Maris ! Plus de Pères ! ou Le Paradis des Enfans de Dieu (1837), il salue les saint-simoniennes qui « discutaient [s]on système avec un talent merveilleux », mais y voit « un triomphe mêlé d'amertume, car c'était alors que l'infortunée Claire Demar, spirituelle comme Héloïse et plus éclairée que Lucrèce, a péri victime de son enthousiasme, et de la fausse organisation de la société ». Il clôt cette préface en citant longuement le passage de Ma loi d'avenir qui l'invoque, tenu par lui pour l'écrit « le plus énergique, le plus fort qui [soit] jamais sorti de la plume d'une femme ». Rien n'indique cependant qu'il l'ait rencontrée : il orthographie son nom « Demar », sans accent, comme sur la couverture de l'ouvrage, et qualifie son compagnon d'infortune d'« amant », qualité que Suzanne Voilquin récusait énergiquement..
Travaux Textes publiés Claire Démar, Appel d’une femme au peuple sur l’affranchissement de la femme, 1833, Valentin Pelosse, Payot, 2001. Claire Démar, Ma Loi d’avenir, posthume, in La Tribune des femmes, Suzanne Voilquin, Paris, 1834.
Lettres Claire Démar, lettres de..., fonds Enfantin ou saint-simonienBibliothèque nationale de France, Direction des collections : Le fonds Enfantin ou fonds saint-simonien.