Les Jésuitesses est le nom donné à un ordre de femmes institué d'après les sources anciennes en 1534 au moment de la création de la Compagnie de Jésus par deux Anglaises, Warda et Tuittia, alors installées en Flandre.

Les différentes encyclopédies françaises du siècle (Dezobry et Bachelet, Bouillet, ), basées sur le Grand dictionnaire historique de Louis Moréri (1714, ), reprennent ces noms et cette date mais les sources modernes n'authentifient pas cette fondation ni ces noms. La similitude du nom Warda avec la religieuse Mary Ward semble confirmer leurs confusions. La Compagnie de Jésus n'a jamais accepté les femmes, à l'exception de Jeanne d'Autriche (1535-1573).

Robert Southey en 1850 identifie les deux noms comme Mary Ward et TwittyRobert Southey, Common-place Book Special collections, seconde série, volume 2, 1850, , noms confirmés par Mary Catherine Elizabeth Chambers et en 1882 dans The Life of Mary Ward (1585-1645)Mary Catherine Elizabeth Chambers, Henry James Coleridge, The Life of Mary Ward (1585-1645), 1882, . En 1891 Ebenezer Cobham Brewer remarque que les noms Warda et Tuittia ne sont pas de consonances anglaises sans pour autant remettre en cause la fondationEbenezer Cobham Brewer, The Historic Note-book, with an Appendix of Battles, 1891, .

Vraisemblablement, il s'agit en réalité de la fondation de la congrégation religieuse dite ou JésuitinesLes Jésuites parmi les hommes aux et siècles, 1987, des dames anglaisesLa crise de la civilisation chrétienne, 1945, par Mary Ward en 1616Guy Avanzini, Dictionnaire historique de l'éducation chrétienne, 2001, .

Urbain VIII, conseillé par Valérien Magni la dissout dès 1631Jean Augustin Bost, Dictionnaire d'histoire ecclésiastique, 1884, ..

Description

Comme leurs équivalents masculins de la Compagnie de Jésus, elles faisaient vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance mais elles n'étaient pas cloitrées et elles prêchaient dans les églisesDezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, T. 1, Ch. Delagrave, 1878, .

Histoire

Dès le commencement de la Compagnie de Jésus, se pose la question de l'admission des femmes dans la Compagnie. En 1545, à la demande de Paul III, Ignace de Loyola accepte la création d'une ramification féminine de la CompagnieJ. W. O'Malley, I primi gesuiti, , Vita e pensiero, Milan 1999. .. Plusieurs femmes y prononcent donc leurs vœux, puis Ignace de Loyola présente ses arguments contre cette création et obtient en 1549 une dispense du Pape qui permet de délier de leurs vœux ces quelques religieusesGuerrino Pelliccia e Giancarlo Rocca (curr.), Dizionario degli Istituti di Perfezione, vol. IV (1977), col. 1146-1148, art. M.I. WetterEdizioni paoline, Milano, 1974-2003.. Une seule femme est admise dans la Compagnie, en 1555, sur la recommandation de François Borgia et avec l'accord d'une commission elle-même approuvée par Ignace de Loyola : Jeanne d'Autriche (1535-1573), princesse de Portugal (mère de Sébastien , roi de Portugal), reçue sous le pseudonyme masculin de Mateo SánchezHugo Rahner, Ignace de Loyola et les femmes de son temps, tome I, Paris, Desclée De Brouwer, 1963, ; cité par Annie Molinié-Bertrand, Alexandra Merle et Araceli Guillaume-Alonso, Les Jésuites en Espagne et en Amérique : Jeux et enjeux du pouvoir (), Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2007, 631 p. , ..

Le Dictionnaire portatif des femmes célèbres de 1788 écrit : Dictionnaire portatif des femmes célèbres, volume 2, 1788, ..

Si l'on considère comme erronée la fondation d'un ordre féminin des Jésuitesses au même moment que celle de la Compagnie de Jésus en 1534 par Warda et TuittiaFrancois-Marie Bertrand, Jacques Paul Migne, Encyclopédie théologique, 1850, , il faut trouver l'origine d'une première congrégation dans la communauté, dite Jésuates de saint-JérômePierre Hélyot, Jacques-Paul Migne, Dictionnaire des ordres religieux, 1849, ., basée sur les mêmes principes que la Compagnie de Jésus, qui est fondée en 1545 par Isabelle Rozel à Rome. Ignace de LoyolaRevue du monde catholique, volume 25, 1869, ., ne voulut pas refuser Rozel cette direction en raison de ses bienfaits à Barcelone, mais obtient du pape qu'elle ne soit pas considérée comme un organisme de la Compagnie de Jésus. Elle disparait comme la maison mère en 1631Casimir Bouis, Calottes et soutanes. Jésuites et jésuitesses, 1870, .

La congrégation religieuse des dames anglaises dite Jésuitesses fondée par Mary Ward à Liège en 1616 puis à Rome en 1621Marion Dapsance, Mary Ward, une femme jésuite, in Études , septembre 2020, ., a pour héritière de nos jours deux groupes indépendants : la branche anglaise de la congregatio Jesu et la branche irlandaise de l'institut de la Bienheureuse Vierge Marie dont les sœurs sont couramment appelées sœurs de LoretteL'institut existe aujourd'hui en deux groupes indépendants : la Congrégation de Jésus et les Sœurs de Loreto.. Il s'agit de la première congrégation religieuse féminine de spiritualité ignacienneLaurence Lux-Sterritt, Mary Ward et sa Compagnie de Jésus au féminin dans l’Angleterre de la Contre-Réforme, in A Society of Jesus for Women? The Controversy about Mary Ward’s Project in Early Modern England, Revue de l'histoire des religions , 2008, .

Notes et références

Bibliographie Philippe Annaert, Entre « jésuitesses » et ursulines. Les jésuites et les religieuses enseignantes à l’aube du siècle in Vies , , Margaret Mary Littlehales, Mary Ward, Pilgrim and Mystic, Londres, Burns and Oates, 1998 Heidi Keller-Lapp, Caroline McKenzie, Devenir des Jésuitesses : les missionnaires ursulines du monde atlantique, in Histoire et missions chrétiennes , 2010, Silvia Mostaccio, Sarah Barthélemy, Constructions religieuses du genre. Jésuites et jésuitesses, Université catholique de Louvain, 2013 Marie Coppens, L’affaire des « jésuitesses » dans les Pays-Bas méridionaux (premier tiers du siècle) : débats relatifs à une participation active des communautés féminines à la réforme catholique, Mémoire de master en Histoire, Université catholique de Louvain, 2020

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