Les élections législatives néo-zélandaises de 2023 ont lieu le en Nouvelle-Zélande afin d'élire les députés de la cinquante-quatrième législature de la Chambre des représentants.
Le gouvernement mené par le Parti travailliste du Premier ministre Chris Hipkins fait face à une importante baisse de popularité face au Parti national mené par Christopher Luxon, sans qu'aucune des deux formations ne paraisse en mesure de former seule le prochain gouvernement.
La défaite annoncée des travaillistes se confirme dans les urnes, amenant Chris Hipkins à la reconnaitre dès le soir du scrutin. Arrivé largement en tête, le Parti national forme un gouvernement de coalition avec le parti ACT et le parti Nouvelle-Zélande d'abord. Mené par Christopher Luxon, le gouvernement prend ses fonctions le 27 novembre 2023.
Contexte
vignette|gauche|redresse=0.7|Jacinda Ardern Le Parti travailliste est au pouvoir depuis l'alternance politique produite par les élections législatives de 2017, d'abord sous la forme d'une coalition avec le parti Nouvelle-Zélande d'abord et le Parti vert, puis seulement avec ce dernier après la victoire déterminante des travaillistes aux élections législatives de 2020.
vignette|gauche|redresse=0.7|Chris Hipkins Les travaillistes sont alors portés par des sondages d'opinions particulièrement favorables en raison de la gestion jugée excellente de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement de la Première ministre Jacinda Ardern, cette dernière grimpant elle même à 66 % d'opinion favorables. Eleanor Ainge Roy et Charlotte Graham-McLay, « New Zealand's opposition leader Simon Bridges dumped after crash in popularity », The Guardian, .. Le parti remporte ainsi sa plus importante victoire depuis 1946 avec plus de 50 % des voix et la majorité absolue des sièges, une première depuis l'introduction du système de représentation proportionnelle-mixte en 1996.. Le Parti national, opposition officielle, subit sa défaite la plus sévère depuis 2002 avec moins de 26 % des voix et seulement trente-trois sièges. Devant cette défaite, sa dirigeante Judith Collins est par la suite remplacée à la tête du parti par Christopher Luxon. Nouvelle-Zélande d'abord perd quant à lui toute représentation au Parlement au bénéfice du parti ACT New Zealand de David Seymour, qui connait une forte hausse. Les Verts connaissent une poussée moindre, mais atteignent la troisième place en termes de suffrages. Forte de sa majorité, Jacinda Ardern est reconduite au poste de Première ministre, à la tête d'un gouvernement qui continue à bénéficier du soutien des Verts, sans que ces derniers n'obtiennent cependant de postes de ministres membres du cabinet. Les deux co-chefs du Parti vert, Marama Davidson et James Shaw sont ainsi nommés ministres, en-dehors du Cabinet Deal done: Greens accept ministerial portfolios, New Zealand Herald, ..
Le deuxième mandat de Jacinda Arden est cependant marqué par une forte baisse de la popularité des travaillistes en raison de la crise économique et énergétique mondiale, qui voit la population reprocher au gouvernement de ne pas suffisamment réagir face à l'augmentation du coût de la vie. La Première ministre se voit également reprocher plusieurs promesses non tenues, dont surtout l'échec du programme KiwiBuild de construction de logement, par lequel les travaillistes s'étaient engagés à construire abordables, contre seulement réalisés début 2023.. Le 19 janvier 2023, Jacinda Arden annonce sa démission de la direction du gouvernement et du parti travailliste, effectives le 7 février suivant. Elle déclare alors et que sa décision n'est pas liée aux sondages défavorables pour les prochaines élections. Son ministre de l'Éducation et ancien ministre chargé de la réponse au Covid-19, Chris Hipkins, lui succède à la tête du parti travailliste le 22 janvier, puis comme Premier ministre trois jours plus tard.
Système politique et électoral vignette|Bâtiment de la chambre à Wellington.
Généralités La Nouvelle-Zélande est une démocratie multipartite et une monarchie parlementaire. C'est un royaume du Commonwealth : un État indépendant reconnaissant symboliquement le roi Charles comme chef de l'État. Le Parlement est élu au suffrage universel. À la suite des élections, les nouveaux députés renouvellent leur confiance dans le Premier ministre sortant, ou bien choisissent un nouveau Premier ministre, en application du système de Westminster.
La Nouvelle-Zélande est dotée d'un parlement unicaméral, la Chambre des représentants, composé d'un minimum de pourvus pour trois ans selon un mode de scrutin mixte à finalité proportionnelle. Soixante-douze députés sont ainsi élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans autant de circonscriptions électorales tandis que les quarante-huit restants sont élus au scrutin proportionnel plurinominal dans une unique circonscription nationale avec listes bloquées. Les sièges sont répartis de manière compensatoire selon la méthode de Sainte-Laguë entre tous les partis ayant franchi le seuil électoral de 5 % ou obtenu au moins un siège au scrutin majoritaire..
Chaque électeur dispose ainsi de deux voix : une pour élire un député dans sa circonscription, et une pour une liste de candidats soumise par un parti politique au niveau national. Les sièges attribués via ces deuxièmes voix ont pour but de rééquilibrer les résultats des circonscriptions majoritaires de manière à rapprocher le total des sièges des résultats obtenu à la proportionnelle. Si un parti remporte un nombre de circonscriptions inférieur à la proportion de voix qu'il a obtenue au niveau national, des candidats de sa liste obtiennent des sièges jusqu'à ce que la proportion de députés de ce parti corresponde à la proportion de ses secondes voix.. Le ratio de sièges majoritaires et proportionnels peut être amené à différer de quelques sièges, la part des circonscriptions variant en fonction du dernier recensement officiel. Il est ainsi de 71/49 depuis les élections de 2014, contre 70/50 auparavant.
En raison de ce système, il est possible qu'un parti remporte un nombre de circonscriptions supérieur à la proportion de voix qu'il devrait obtenir au scrutin de liste. Dans un tel cas, le nombre de sièges obtenus par ce parti dépasse le nombre de sièges qui lui serait normalement alloué à la proportionnelle. Ce cas de figure engendre la création de « sièges excédentaires » (), portant le nombre de sièges au Parlement au-delà de cent-vingt. Les autres partis se voient en effet attribuer des sièges complémentaires afin qu'ils conservent un total proportionnel à leurs secondes voix.. Cela n'a toutefois pas été le cas pour la législature 2017-2020.
Le pays est divisé en soixante-cinq circonscriptions uninominales dites « circonscriptions générales » (), auxquelles sont superposées sept circonscriptions uninominales dites « circonscriptions maoris » (), pour un total de soixante-douze. « Flat Bush was proposed as New Zealand's new electorate, but Takanini triumphed », NewsHub, .. Les sièges maoris existent depuis 1867, afin de garantir que les Maoris soient représentés au Parlement. Les citoyens maoris peuvent néanmoins choisir de s'inscrire sur les listes générales..
Particularité en 2023 Le candidat du parti ACT dans la circonscription de Port Waikato meurt quelques jours avant le scrutin. En conséquence, l'élection pour le siège de cette circonscription est reportée, et la commission électorale ajoute un siège au scrutin de liste pour qu'il y ait bien 120 élus à l'issue du vote du 14 octobre. Les électeurs de la circonscription votent ainsi au scrutin de liste en même temps que le reste du pays. L'élection partielle qui suit dans la circonscription de Port Waikato le 25 novembre produit ainsi un élu en plus, pour un total de 121 parlementaires "ACT Party Port Waikato candidate Neil Christensen dies", Radio New Zealand, 9 octobre 2023..
Forces en présence +Principaux partis.PartiIdéologieChef de fileRésultats en 2020Parti travaillisteNew Zealand Labour Party Centre gaucheSocial-démocratie, socialisme démocratique, progressisme, troisième voieChris Hipkins50,01 % des voixParti national New Zealand National PartyCentre droit à droiteLibéralisme, conservatisme, libéralisme économiqueChristopher Luxon25,58 % des voixParti vertGreen Party of Aotearoa New ZealandGaucheÉcologie politiqueJames Shaw et Marama Davidson7,86 % des voixACT New ZealandDroiteLibéralisme classique, libertarianismeDavid Seymour7,59 % des voixNouvelle-Zélande d'abordNew Zealand FirstCentre à droiteNationalisme, protectionnisme, démocratie directe, conservatisme sociétalWinston Peters2,60 % des voix
Campagne vignette|redresse|Chris Hipkins en campagne à Lower Hutt le 13 août La campagne électorale voit le Parti travailliste fortement affaibli dans les sondages d'opinion, en raisons notamment du bilan de l'ancienne Première ministre Jacinda Ardern, accusée d'avoir failli à ses promesses dans les domaines du logement, des infrastructures et du coût de la vie au profit d'une politique centrée sur l'égalité des races et des genres. Son successeur, Chris Hipkins, tente ainsi de se démarquer de l' dès son accession au pouvoir, sans parvenir à gommer l'image d'un parti .. Hipkins fait ainsi campagne sur le coût de la vie, promettant d'étendre l'éducation gratuite aux enfants de deux ans, de rendre gratuit les soins dentaires pour les moins de trente ans et d'instaurer de nouvelles aides pour les plus démunis..
Dans l'opposition, le Parti national, mené par Christopher Luxon, fait campagne en attaquant les travaillistes sur leur gestion du budget, la dette extérieure du pays étant passé de 5 à 100 milliards de dollars au cours des quatre dernières années. Promettant de mettre fin à plusieurs des projets mis en place par le gouvernement sortant, Luxon promeut l'image d'un parti attaché à la rigueur budgétaire, à la baisse des impôts et de la dette, et à la protection fiscale des entreprises néo-zélandaises face à la crise économique. Le parti réitère ses promesses de soutenir le secteur agricole, un secteur qui lui est traditionnellement favorable, et promet de se montrer plus ferme en matière sécuritaire dans un contexte de hausse des violences de la part des gangs..
Au cours de la campagne, le parti Nouvelle-Zélande d'abord de Winston Peters remonte dans les sondages, après son échec à franchir le seuil électoral en 2020. Considéré comme un faiseur de rois en raison de sa capacité à s'allier avec l'un ou l'autre des bords politiques, Peters promet pourtant en 2023 de ne pas s'allier aux travaillistes. Cette promesse est accueillie avec scepticisme par une majorité de la population selon un sondage conduit quelques jours avant le scrutin, le dirigeant de Nouvelle-Zélande d'abord ayant déjà conclu des accords de coalition en 1996, 2005 et 2017 sans respecter un tel engagement...