vignette|Procession de douze divinités grecques : Hestia, Hermès, Aphrodite, Arès, Déméter, Héphaïstos, Héra, Poséidon, Athéna, Zeus, Artémis et Apollon (de gauche à droite). Bas-relief hellénistique ( au ), Walters Art Museum.
Les dieux et déesses de la Grèce antique sont des êtres immortels et surpuissants, généralement représentés sous forme humaine, auxquels les anciens Grecs adressent un culte, de manière à établir et entretenir une relation bénéfique avec eux. La religion grecque antique est un polythéisme, comprenant une foule de divinités.
Les divinités partagent quelques traits caractéristiques qui peuvent les rapprocher des humains, leur anthropomorphisme physique et aussi comportemental (du moins dans certains récits), mais d'autres éléments font que la barrière entre la nature divine et la nature humaine est infranchissable. Les dieux sont immortels alors que les humains sont mortels, ils disposent d'une puissance supérieure qui leur permet d'influer sur les vies humaines et explique que les humains les honorent pour s'attirer leurs faveurs. Ils sont généralement présentés comme plus forts, plus beaux et plus intelligents que les humains. La vision des divinités dans la Grèce antique n'a jamais été unifiée et il n'y a jamais eu de tentative d'imposer une seule manière de les envisager. Coexistent donc des visions qui peuvent être vagues, divergentes et contradictoires. Les poètes (en premier lieu Homère et Hésiode) et les philosophes ont proposé diverses approches la divinité qui ont pu pour certaines avoir une grande influence, d'autres cherchant au contraire à prendre à rebours le discours dominant (par exemple sur l'anthropomorphisme). Les représentations visuelles des divinités sont également une composante essentielle de la manière dont elles sont perçues.
redresse|vignette|Athéna du Varvakéion, copie d'époque romaine de la statue chryséléphantine du Parthénon de Phidias. Musée national archéologique d'Athènes.
Les plus importantes sont un groupe de divinités majeures présentes dans tout le monde grec (Zeus, Héra, Apollon, Athéna, Aphrodite, Dionysos, Poséidon, Héphaïstos, Artémis etc.), mais vénérées sous une pluralité de formes, distinguées par leur épithète divine (ou épiclèse), identifiées notamment par leur lieu de culte et leur champ de compétence spécifique, qui constituent dans une certaine mesure chacune une divinité singulière faisant l'objet d'un culte spécifique. Selon les situations, des divinités portant un même nom divin peuvent donc avoir des champs de compétences différents, tandis que plusieurs divinités peuvent se partager un même champ de compétences. Les récits poétiques, avant tout ceux d'Homère et d'Hésiode, ont néanmoins contribué à donner une forme d'unité aux principales figures divines grecques. Ils ont également eu une grande influence sur la représentation des divinités grecques à l'époque moderne, mais celles-ci simplifient souvent les réalités antiques en les présentant comme des personnages avec des champs de compétences bien délimités et des traits de caractère spécifiques.
Le polythéisme grec ne s'arrête pas à la vénération de ces figures principales : une myriade de divinités dites « secondaires » ou « mineures », aux attributs moins complexes, sont évoquées dans les textes et honorées par des fidèles : des divinités de la nature, des astres, du monde infernal, des abstractions divinisées, etc.
D'autres figures situées à la charnière du monde divin et du monde humain, qui disposent d'une puissance supra-humaine sans pour autant être immortelles, reçoivent également des cultes : les héros et héroïnes, ainsi que des humains divinisés, notamment des monarques.
Étymologie
En grec ancien, le terme signifiant « dieu » est theós / θεός (féminin theá / θεά), qui existe déjà en mycénien (te-o sur les tablettes en linéaire B). Son étymologie est discutée. Ce terme se distingue de celui signifiant « dieu » dans les langues indo-européennes, qui dérive du mot *dyew de la langue proto-indo-européenne originelle reconstituée, qui renvoie à la notion de « ciel (diurne) » et de « jour », et est resté en grec ancien pour désigner le dieu Zeus. Le terme proto-indo-européen à l'origine du grec theós serait *d(e)hs‑. Pour certains spécialistes, il dériverait du mot renvoyant à l'idée de « poser, placer », qui aurait évolué vers la désignation d'un objet ou d'une construction rituelle placée dans un lieu sacré ou par le sacré ou le divin, et en fin de compte vers la notion de « sacré » et de « divin ». Quoi qu'il en soit, parmi les langues indo-européennes seuls le phrygien et l'arménien ont opté pour le même terme pour désigner le divin..
Croyances et absence d'orthodoxie
Les anciens Grecs entretiennent des rapports avec une multitude de divinités, régis par un ensemble de principes que révèlent notamment l'étude de leur vocabulaire religieux, et celle des différentes pratiques rituelles assurant les contacts et les échanges avec le monde divin. Leur religion a pu être qualifiée de « ritualiste » : Leurs croyances se passent dès lors de dogme et d'orthodoxie, et de textes sacrés :
Un autre aspect des croyances antiques (et modernes) mis en avant par certains spécialistes du sujet est qu'il ne faut pas forcément y rechercher un ensemble monolithique et cohérent. P. Veyne, dans son célèbre Les Grecs ont-ils crus à leurs mythes ?, a rappelé la banalité de la pluralité des croyances. H. Versnel a travaillé sur les « inconsistances », contradictions et ambiguïtés, vus comme une caractéristique de la pensée religieuse antique (2 t.), not. t. I . À propos des dieux, il considère qu'il y a des exceptions aux idées généralement admises à leur propos, et qu'en fin de compte
Cela n'empêche pas pour autant de déceler des tendances et des traits généraux au-delà de la diversité et des exceptions :
Plus spécifiquement sur la conception des divinités par les anciens Grecs, le poids de l'héritage d'Homère et d'Hésiode est certes considérable, mais ces poètes développent des visions des divinités qui leur sont propres, que d'autres poètes et penseurs ne manquent du reste pas de critiquer et de modifier. L'existence de multiples cultes locaux entraîne quant à lui de nombreux particularismes régionaux. Cela implique de nuancer la conception « générale » des divinités.
Les caractéristiques du statut divin
Les anciens Grecs envisageaient les divinités comme des êtres supérieurs aux humains, ce qui se manifestait en premier lieu par leur immortalité et leur puissance. Il en découlait également diverses autres caractéristiques physiques et intellectuelles. Néanmoins, si à première vue il paraît assez simple de répondre à la question , en partant notamment des représentations communes, les mythes et les œuvres d'art, mais dès que l'on s'aventure au-delà de ces sources l'affaire devient plus complexe. Plusieurs auteurs antiques ont d'ailleurs reconnu leur incapacité à se figurer précisément ce que sont ces êtres invisibles et inaccessibles dont les actions sont bien souvent mystérieuses, Protagoras allant jusqu'à proclamer qu'il ne saurait dire s'ils existent ou pas et à quoi ils ressemblent.
A. Henrichs a distingué trois traits fondamentaux caractérisant les divinités grecques antiques : l'immortalité, la puissance et l'anthropomorphisme Albert Henrichs, « What is a Greek God? », dans .. De ces trois points, le dernier (et plus généralement l'étude du corps des divinités) est celui qui fait l'objet de plus de discussions..
La puissance et les pouvoirs
La puissance (dynamis), la force supérieure des divinités, est une qualité divine qui les place au-dessus des hommes. Elle est complexe à définir. Elle se voit surtout par les actions surnaturelles accomplies par les dieux lors de leurs diverses interactions avec les humains, qui confirment leur statut supérieur et font que ceux-ci recherchent leurs faveurs : récompenses et punitions divines, interférences dans l'ordre naturel des choses, miracles, visions, épiphanies, etc. Albert Henrichs, « What is a Greek God? », dans ..
La puissance divine se caractérise aussi par un savoir et une clairvoyance qui dépassent celles des humains, s'étendant à la connaissance de l'avenir, ainsi que par le fait qu'ils s'expriment dans une langue supérieure à celle des mortels, caractérisée notamment par l'emploi de mots plus corrects mais difficiles à comprendre pour les humains.
Les divinités interviennent constamment dans les affaires humaines, et leur présence est éprouvée par les humains de différentes manières. Elles ne semblent pas pour autant « toutes puissantes » : elles ne sont pas présentées comme des êtes infaillibles dans les mythes ; et si la puissance d'une divinité est considérée comme absolue dans son champ de compétence, elle ne l'est pas en dehors. Il y a néanmoins des situations dans lesquelles il arrive qu'il soit proclamé qu'une divinité a des qualités d'omnipotence et d'omniscience (souvent Zeus). Les grandes divinités se singularisent encore plus par le fait que leur puissance se manifeste dans différentes sphères : elle est multi-dimensionnelle.
Du reste, les dieux grecs ne sont généralement pas perçus comme ayant le pouvoir de décider du destin (moira) des individus, notion qui en général renvoie au moment et aux circonstances de la mort et est personnifiée par un trio de divinités, les Moires. La relation de Zeus au destin a été débattue aussi bien dans l'Antiquité que dans la recherche moderne, en prenant pour point de départ ses actions dans les épopées homériques : il a pu être argumenté qu'il était parfois présenté comme son maître ; mais en dépit de son statut de dieu suprême, il ne peut apparemment pas s'y opposer, au mieux repousser temporairement une échéance funeste, ou la guider Noel Robertson et B. C. Dietrich, « Fate », dans .. Selon P. Veyne :
L'immortalité
L'immortalité est une caractéristique majeure des dieux, au point qu'on les désigne couramment comme les Immortels (athanatoi). Ils ne meurent pas, bien qu'ils ne soient pas éternels puisqu'ils ont une naissance et une enfance (qui font l'objet de mythes), avant d'atteindre leur maturité pour l'éternité. Un dieu grec a donc un début, mais pas de fin. Cela les distingue évidemment des humains, qui sont éphémères, mais également des héros qui sont des défunts Albert Henrichs, « What is a Greek God? », dans .. C'est en conférant l'immortalité à Héraclès que Zeus fait de lui un dieu.
Ils sont immuablement dans la force de l'âge, la plupart d'entre eux naissant en pleine possession de leur puissance et leur vitalité est inépuisable.
Là encore il y a des exceptions et des nuances, car la mort d'une divinité est envisagée dans quelques cas. Elle apparaît aux marges de la religion courante, dans l'Orphisme, dont le récit central est celui du meurtre de Dionysos. Elle doit avoir un sens : s'il renaît périodiquement (le Zeus crétois), ou dans le cadre d'un culte à mystères (Dionysos, Osiris), ou de rites annuels la commémorant (Adonis). Certaines catégories de Nymphes peuvent mourir avec l'élément naturel qui les abrite, comme les Hamadryades qui meurent quand leur arbre est abattu Irad Malkin, « Nymphs », dans ..
L'anthropomorphisme et le corps divin