Alexandre Millerand, né le à Paris et mort le à Versailles, est un homme d'État français. Il est président du Conseil du au , puis président de la République du au .
Avocat et journaliste au quotidien La Justice de Georges Clemenceau, il s’engage d’abord au sein des radicaux. Il est élu conseiller municipal de Paris en 1884 et député de la Seine en 1885 ; constamment réélu, il siège pendant à la Chambre des députés. Durant la crise boulangiste, il s'éloigne des radicaux, maintenant sa volonté de réviser les lois constitutionnelles de 1875 et ses revendications sociales.
Dans les , devenu la principale figure des socialistes indépendants, il prône un socialisme réformiste. De 1899 à 1902, dans le gouvernement Waldeck-Rousseau, il est ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes : premier ministre socialiste en France, il réglemente et réduit le temps de travail, garantit un repos hebdomadaire dans les établissements dépendant de l'État et fait voter un projet sur les retraites ouvrières. Mais jugé trop modéré, il est exclu du Parti socialiste français en 1904.
Ministre des Travaux publics dans le premier cabinet Briand, il doit gérer la crue de la Seine et une importante grève des cheminots. Il est ensuite ministre de la Guerre dans le premier gouvernement Poincaré et dans le second gouvernement Viviani : il revient alors sur les mesures libérales de ses prédécesseurs, soutient le général Joffre et adopte des vues résolument nationalistes, rompant ainsi définitivement avec la gauche. En 1919, nommé commissaire général de la République à Strasbourg, il administre le rattachement de l’Alsace-Lorraine à la France.
Après la victoire aux élections législatives de 1919 du Bloc national, qui regroupe les partis du centre et de droite soutiens de l’Union sacrée, il devient président du Conseil et ministre des Affaires étrangères. Disposant d'une importante majorité parlementaire, il se montre ferme face aux grèves et au communisme, tout en faisant voter des mesures sociales. Il gère le début de l'application du traité de Versailles, s’engage dans les guerres soviéto-polonaise et franco-syrienne et lance le rétablissement des relations avec le Vatican.
À la suite de la démission de Paul Deschanel pour cause de maladie, Alexandre Millerand est élu à la présidence de la République face au socialiste Gustave Delory. Défendant une application à la lettre des lois constitutionnelles, il s'implique assez activement dans les affaires du pays, contrairement à la pratique en vigueur sous la Troisième République, et continue d’appeler à une révision constitutionnelle visant à renforcer les prérogatives du chef de l’État. Mais avec les élections législatives de 1924, qui se soldent par la victoire du cartel des gauches , il est contraint de quitter l’Élysée, près de quatre ans après son élection.
Souhaitant unifier les formations du centre et de la droite (y compris sa frange la plus nationaliste), il fonde la Ligue républicaine nationale, qui regroupe principalement le PRDS et la Fédération républicaine. Entre 1925 et 1940, il est sénateur (de la Seine puis de l’Orne), mais ne retrouve pas de fonction d’envergure. Mettant en garde contre une volonté de revanche de l’Allemagne et la possibilité d’un nouveau conflit militaire d’envergure, il s'oppose en particulier à l’idéologie pacifiste, en vogue à l’aube de la Seconde Guerre mondiale.
Situation personnelle Origines gauche|vignette|Vue de Roche-et-Raucourt (Haute-Saône), où vivait la famille Millerand. La famille Millerand est originaire de la petite commune de Roche-et-Raucourt, en Haute-Saône.
Le premier ancêtre connu d’Alexandre Millerand est Nicolas Millerand (1602-1689), marchand et propriétaire terrien : . Les Millerand, aux , figurent parmi les du village de Roche(-et-Raucourt). Cependant, la Révolution et l'Empire entraînent un déclassement des Millerand. Le grand-père paternel d'Alexandre Millerand est bougnat et s'installe à Paris sous la Restauration..
Du côté maternel, Alexandre Millerand a des origines juives alsaciennes, ce qui sera utilisé contre lui par ses adversaires antisémites pendant sa carrière politique., même si sa mère juive est convertie au catholicismeAlexandre Millerand : un combattant à l'Élysée, op. cit., ..
Né le au 5, boulevard de Strasbourg, alors situé dans le de Paris, Étienne Alexandre Millerand est le fils de Jean-François Millerand (1826-1897), petit négociant.. en drap travaillant rue de la Jussienne (), et de Mélanie Caen (1835-1917). Celle-ci se fait baptiser en 1860 en même temps que son fils Alexandre. Le couple Millerand a deux autres enfants : Amélie, née en 1862, et Marthe, née en 1864 et morte à l'âge de six ans, événement qui marquera toute la famille dont AlexandreAlexandre Millerand : un combattant à l'Élysée, op. cit., ..
Formation Alexandre Millerand est éduqué dans un catholicisme traditionnel et est animé d'une « foi naïve et sincère » durant les dix premières années de sa vie.
Il suit des études secondaires au lycée de Vanves, puis au lycée Louis-le-Grand ainsi qu'au lycée Henri-IV. En 1875, il obtient un accessit au concours général de version latine.. Après avoir échoué à obtenir un baccalauréat ès sciences, il devient titulaire d'un baccalauréat ès lettres en 1877. Étudiant à la faculté de droit de Paris, où il côtoie notamment Raymond Poincaré, il obtient un baccalauréat universitaire en 1879 et une licence en droit en 1881.
De 1879 à 1880, il effectue son service militaire au de ligne, basé à Guingamp (Côtes-du-Nord). Il est à cette occasion décrit comme un homme d', aux yeux gris, aux cheveux châtains, avec un front bas, un visage ovale et un menton rond. Ayant obtenu une mention « très bien » à l'examen de fin d'année, il sort avec le grade de sergent. Par la suite, il continue de s'impliquer dans l'armée et devient lieutenant en 1903.
Vie familiale vignette|gauche|redresse|alt=Photo en noir et blanc et de trois-quarts d'une femme aux cheveux relevés et grisonnants, portant une robe de couleur sombre|Jeanne Levayer, épouse d'Alexandre Millerand.
En 1886, il se fiance à Laure Donnat, qui fait partie de la famille de Léon Donnat, un homme politique radical parisien ayant succédé à Alexandre Millerand au conseil municipal de Paris. Mais cette relation ne plaît pas à l'entourage de Millerand, qui rompt finalement ses fiançailles au bout de deux semaines.
Il commence ensuite une liaison avec Jeanne Levayer, fille d'un marchand de bois de la Sarthe et belle-fille de l'homme politique Jehan de Bouteiller, dont Alexandre Millerand est un proche. En 1889, ils emménagent ensemble et Millerand obtient à sa compagne le poste de déléguée de l'Administration générale de l'Assistance publique à Paris. Ils se marient le à la mairie du de Paris. et ont quatre enfants : Jean (1899-1972)., industriel, marié à Andrée Lebert (fille d'Albert Lebert, ingénieur des manufactures de l’État, directeur général de la Société de construction des Batignolles, commandeur de la Légion d'honneur) ; Alice (1902-1980), restée célibataire ; Jacques (1904-1979)., avocat, puis magistrat, marié à Marie-Christine « Miquette » Lazard (fille de Christian Lazard, associé de la banque Lazard, et petite-fille d'Ernest May) ; Marthe (1909-1975), mariée à Jean-Paul Alfassa, docteur en droit., petit-fils d'Eugène d'Eichthal. Carrière professionnelle Le , un mois après avoir quitté l'université, il prête serment comme avocat auprès de la cour d'appel de Paris. L'année suivante, s'étant classé dans les douze premiers du concours d'éloquence organisé par le barreau de Paris, il devient secrétaire de la Conférence des avocats du barreau et vice-président de la Conférence Molé-Tocqueville. De telles fonctions sont généralement considérées comme étant un prélude à une entrée au Parlement..
vignette|gauche|redresse|alt=Caricature de profil d’un homme aux cheveux et moustache blancs et aux épais sourcils noirs, portant des lorgnons, vêtu d’une robe d’avocat et tenant une feuille dans sa main droite|Caricature d’Alexandre Millerand lors d'une plaidoirie(Jean Prunière, ).
Il est proche de Georges Laguerre, avec lequel il plaide dans plusieurs procès médiatisés.. Avec une éloquence froide semblable à celle de Pierre Waldeck-Rousseau, il défend dans les années 1880-1890 des mineurs, en correctionnelle et aux assises, à la suite de grèves comme celles de Montceau-les-Mines, à Decazeville (il plaide ainsi pour Ernest Roche) ou à Carmaux. Pour leur défense, il adopte une approche sociologique, insistant sur leurs difficiles conditions de vie et de travail, et obtient des verdicts relativement cléments. Alors qu'il est devenu député, il continue d'exercer et a pour clients les socialistes Jules Guesde, Paul Lafargue et Jean Baptiste Clément. Il est aussi l'avocat de membres de l'organisation terroriste russe Narodnaïa Volia comparaissant en correctionnelle à Paris le et qui pour certains sont condamnés à trois ans de prison.
En parallèle, il commence en 1882 une carrière de journaliste en participant de façon intermittente à la chronique judiciaire La Justice, où l'a appelé son directeur politique, Georges Clemenceau, en raison de son opposition résolue à tout compromis avec les républicains modérés. Après l'élection de Laguerre comme député, Alexandre Millerand devient le principal contributeur à la chronique judiciaire du journal, où il exprime ses convictions sociales et anticléricales. Il continue d'écrire dans le quotidien jusqu'en 1889, traitant de sujets plus variés après son élection à la Chambre des députés. Par la suite, il collabore à La Voix (1889), à La Petite République (1893-1898) et à La Lanterne (1898-1899).. Il écrit également de façon occasionnelle dans le journal régional radical Le Petit Troyen.
Après une interruption lors de ses fonctions au sein du gouvernement Waldeck-Rousseau (1899-1902), il reprend son activité d'avocat, mais se tourne vers le droit des affaires, qui lui permet de développer un nouveau réseau et de se constituer une fortune personnelle. Au déclenchement de la Grande Guerre, son cabinet compte huit collaborateurs. Il pratique à nouveau après sa présidence, plaidant cependant moins qu'auparavant, et se voit élu membre du conseil de l’ordre des avocats de Paris deux semaines après son départ de l’Élysée.. Du fait de sa notoriété d'ancien chef de l'État, il participe au conseil d'administration de plusieurs sociétés, à l'instar des Grands Magasins de La Samaritaine, donne des conférences et écrit pour des journaux français et étrangers, principalement sur les questions extérieures, notamment dans le New York Herald Tribune et La Liberté.
Ascension politique Du radicalisme au socialisme Militant et élu radical à Paris (1883-1885) Il exprime ses premières considérations politiques en 1870, lorsqu'il s'indigne de l'acquittement de Pierre-Napoléon Bonaparte et se montre enthousiaste à la proclamation de la République. Ses plaidoiries judiciaires et ses écrits à La Justice le placent ensuite parmi les radicaux les plus à gauche. Au début des , il adhère à un mouvement radical, la Ligue républicaine pour la révision de la Constitution, dont il devient l'un des secrétaires tandis que Georges Clemenceau en est vice-président.
À la suite de la démission du député modéré Pierre Marmottan, il est secrétaire de campagne du radical Jehan de Bouteiller à l'élection législative partielle de dans le de Paris.. Mais le candidat radical est mis en cause dans des scandales financiers et doit faire face au second tour à une candidature dissidente, qu'Alexandre Millerand tente de discréditer.. Jehan de Bouteiller est finalement devancé de par le conservateur Louis Calla. Cette campagne électorale permet cependant à Alexandre Millerand de gagner en notoriété. Par la suite, il fait campagne pour l’autonomie communale dans différents arrondissements de Paris et préside l’Union de la jeunesse républicaine de Paris.