Pauline Newman, née dans les années 1890, à Kovno dans le Gouvernement de Kowno, division administrative de l'Empire russe, et morte le à New York est une syndicaliste, féministe, réformatrice, journaliste et socialiste américaine connue pour son rôle dans l'extension et l'organisation de l'International Ladies' Garment Workers' Union et la promotion des femmes au sein des syndicats.

Des années 1920 aux années 1940, Pauline Newman est régulièrement élue vice-présidente de la section new-yorkaise de la Women's Trade Union League.

Biographie

Jeunesse et formation

Une famille juive pieuse gauche|vignette|Clara Lemlich. vignette|Rose Schneiderman. Pauline Newman est née au sein d'une famille juive pieuse, elle est la benjamine de leurs quatre enfants (trois filles et un garçon). Son père gagne sa vie en enseignant le Talmud auprès de personnes riches, tandis que sa mère pourvoit aux besoins de sa famille en achetant des fruits aux paysans de la campagne environnante pour ensuite les vendre sur la place du marché de Kovno (l'actuel Kaunas). Le fait d'être élevée par sa mère qui fait vivre sa famille comme d'autres femmes juives née dans l'Empire russe, comme les mères de Clara Lemlich, Rose Schneiderman ou Fannia Cohn, la conforte dans l'idée que les femmes juives sont intrinsèquement aptes à la vie économique, contrairement aux américaines des classes moyennes qui se cantonnent au rôle de ménagère.

Pauline Newman a appris l'hébreu et à lire le Talmud, grâce à son père. Dès son plus jeune âge, elle ressent un malaise vis-à-vis de la ségrégation des femmes lors des offices. Elle rencontre ce même obstacle lorsque le rabbin de Kovo lui interdit l'accès au Heder, mais face à son insistance, il lui permet d’assister au cours du dimanche où elle approfondit son hébreu et apprend le yiddish. Discriminations que Pauline Newman ne pouvait accepter, lorsqu'elle demande à son père les raisons de la séparation entre hommes et femmes à la synagogue, ses réponses ne lui conviennent pas, elle lui rétorque . Ces rebuffades sont probablement à l'origine de ses engagements dans la lutte contre les discriminations envers les femmes tout au long de sa vie d'adulte.

Pauline Newman fait l'expérience de l’antisémitisme lorsque l'école primaire de Kovno refuse son admission parce qu'elle est juive et issue d'une famille pauvre. Expérience renforcée par la lecture des articles que fait son père de l'affaire Dreyfus.

L'installation à New York gauche|vignette|Fannia Cohn En 1901, après la mort soudaine de son père, sa mère emmène Pauline Newman et ses deux sœurs pour New York rejoindre son frère. Elles s'installent dans le Lower East Side qui à l'époque est le quartier où vivent les Juifs venant de l'Europe de l'Est. Si les nouveaux arrivants sont fascinés par tous les divertissements qu'offre New York avec ses théâtres, salles de concert, grands magasins, parcs, il demeure qu'ils n'ont ni le temps, ni l'argent pour cela et tous doivent travailler dur pour subvenir à leurs besoins et ceux de leur famille respective. C'est ainsi que dès son arrivée à New York, Pauline Newman apprend par elle-même l'anglais américain et à neuf ans, elle commence à travailler dans une usine qui fabrique des brosses à cheveux. En 1902, elle travaille pour la Triangle Shirtwaist Factory, une des pires usines du secteur de la chemiserie. Elle y travaille douze heures par jour et six jours par semaine pour un salaire hebdomadaire d', dans un environnement bruyant, subissant les remontrances des contremaîtres. En plus d'une surveillance sourcilleuse, les pauses des toilettes des ouvrières sont chronométrées et en cas de dépassement peuvent donner lieu à des retenues sur salaire. Sur ces conditions de travail Pauline Newman écrira plus tard .

Carrière

Des engagements précoces gauche|vignette|Portrait de George Eliot par François d'Albert Durade vignette|Photographie de Charlotte Perkins Gilman prise en 1900. Déprimée par ses conditions de travail et de vie dans le Lower East Side, Pauline Newman, comme d'autres immigrants juifs, se tourne vers la lecture de la presse yiddish socialiste tel que le Jewish Daily Forward. Ces lectures lui donnent ses premières connaissances du syndicalisme et du socialisme. Elle lit également les classiques de la littérature russe. À ses , elle adhère à la Socialist Literary Society où elle découvre la poésie américaine et la littérature réaliste, elle découvre à côté de Shakespeare les œuvres de Thomas Hardy, George Eliot, Charles Dickens devient l'un de ses auteurs favoris. Elle assiste à des conférences données à la Socialist Literary Society par Jack London, Charlotte Perkins Gilman et d'autres. Grâce à ses lectures, Pauline Newman approfondit son anglais et obtient une maîtrise du maniement de cette langue qui lui servira dans ses activités syndicales et politiques. Dès ses , elle attire l'attention sur elle en raison des articles qu'elle rédige dans les colonnes du Jewish Daily Forward. En fréquentant le personnel du Jewish Daily Forward, Pauline Newman découvre le « socialisme juif » mariant le prophétisme biblique et les théories révolutionnaires du dix-neuvième siècle, plus spécialement Isaïe et Marx. En 1906, elle adhère à la section new-yorkaise du Parti socialiste d'Amérique, dirigée par Theresa Serber Malkiel qui devient son mentor ; grâce à cette dernière elle se fait connaitre, juchée sur une caisse de savon, allant de carrefour en carrefour, elle harangue les passants aussi bien en yiddish qu'en anglais pour diffuser les idées du socialisme. Son style la rend populaire auprès des new-yorkais.

Première grève vignette|Photographie de Theresa Serber Malkiel prise en 1909. Lorsqu'éclate la panique bancaire américaine de 1907, des milliers de personnes de New York sont menacées par des avis d'expulsions. Les personnes concernées sont essentiellement des pauvres migrants du quartier du Lower East Side de Manhattan. Pauline Newman, qui n'a que seize ans, mobilise un groupe de « femmes autonomes » composé de jeunes veuves et mères pour qu'elles se rassemblent sur les Palissade au-dessus de l'Hudson et y dressent un campement durant l'été. Dans ce camp, les femmes réunies partagent la nourriture, la boisson, font des randonnées aux alentours et la nuit tombée, elles se rassemblent autour d'un feu pour chanter des chansons russes ou yiddish. Ce groupe planifie une manifestation contre le coût élevé de la vie. Quand vient l'hiver, Pauline Newman, organise une grève des loyers suivie par plus de du Lower Manhattan. C'est la plus grande grève des loyers jamais vue à New York, même si les revendications n'ont pas été satisfaites, ce mouvement a galvanisé le mouvement des locataires. Ce coup d'éclat fait l'objet d'un article du New York Evening Journal, qui fait connaître Pauline Newman auprès du grand public new-yorkais et attire l'attention de Lillian Wald, et de , leaders du Settlement movement new-yorkais et celle du Parti socialiste qui l'engage sa jeune militante en 1908 comme secrétaire de la section de l'État de New York. Cette expérience de partage et de solidarité inspirera les actions futures de Pauline Newman et servira de modèle pour d'autres figures féminines du syndicalisme comme Fannia Cohn, Rose Schneiderman et Clara Lemlich. Expérience où ces jeunes ouvrières ont démontré qu'elles ne sont pas seulement des « esclaves d'atelier » mais qu'elles aspirent à vivre, aimer, danser, se faire belle comme toutes les autres femmes de leurs âges. Pauline Newman, Fannia Cohn, Rose Schneiderman et Clara Lemlich feront tout pour que ces jeunes ouvrières puissent réaliser leurs rêves.

Seconde grève, le soulèvement des vignette|Leonora O'Reilly. gauche|vignette|Margaret Dreier Robins. Pauline Newman organise les ouvrières qui travaillent dans les ateliers et usines du vêtement du Lower Manhattan préparant en cela la grève dite du Soulèvement des 20 000, la plus importante grève des États-Unis. Le , elle est présente dans le grand hall de l'université Cooper Union quand Clara Lemlich s'adresse aux jeunes ouvrières du textile en yiddish afin de lancer une grève générale frappant le secteur de l’industrie textile. Lorsque la grève éclate, celle-ci est dirigée et organisée par Clara Lemlich, Leonora O'Reilly, Rose Schneiderman, Margaret Dreier Robins, Mary Dreier, Fannia Cohn et Pauline Newman, qui apportent le soutien de l'International Ladies Garment Workers Union et de la Women's Trade Union League. Pour mobiliser l'opinion en faveur des grévistes, Pauline Newman tient des conférences auprès des femmes de la bourgeoisie où elle expose comment sont fabriqués les robes, chemisiers et autres vêtements de textile qu'elles portent, dans quelles conditions les ouvrières confectionnent leurs habits, ce qui entraîne le soutien financier et politique de deux femmes de la haute bourgeoisie new-yorkaise Anne Morgan et Alva Belmont cette dernière paiera systématiquement les cautions permettant de faire sortir de prison les manifestantes. Lors de ces conférences, Pauline Newman convainc ses auditrices en utilisant des figures littéraires qu'elle doit grâce à sa connaissance de la littérature réaliste, images connues également par les femmes aisées de New York et qui ont un pouvoir d'évocation qui suscite la sympathie et chez certaines la solidarité allant jusqu'à la participation aux piquets de grève et à des manifestations pour faire cesser les brutalités policières. Rose Schneiderman et Mary Dreier mobilisent pour une marche vers la mairie afin que le maire George McClellan commande de la retenue envers les forces de police.

L'International Ladies Garment Workers Union Les capacités d'organisatrice de Pauline Newman sont reconnues, aussi est-elle nommée au poste de déléguée à l'organisation syndicale pour mener à bien la réorganisation de l’International Ladies Garment Workers Union ( ILGWU ) après les grèves du « ». Cette nomination est l'occasion de quitter son emploi de la Triangle Shirtwaist Factory. C'est dans le cadre de ce nouvel emploi que Pauline Newman sillonne les États-Unis de 1909 à 1913 pour organiser plusieurs grèves au nom de l'ILGWU comme celle de Philadelphie qui mobilise du secteur du vêtement, puis celles de Cleveland, Boston, Kalamazoo, Muscatine. Quand elle intervient dans les camps miniers de l'Illinois du sud elle est écoutée avec perplexité, alors elle change son fusil d'épaule et fait alors campagne pour le droit de vote des femmes et pour la Women’s Trade Union League.

Ces années lui font prendre conscience que la direction de l'ILGWU porte peu d'intérêt à la syndicalisation des femmes que leurs actions sont sous-évaluées, voire déniées. Bien que déçue par l'ILGWU, elle continue d'y travailler et qu'il n'y aura pas un puissant syndicat représentant les ouvrières, l'attitude des hommes de l'ILGWU lui rappelle les rebuffades de son enfance à Kovno.

La journaliste Pauline Newman, depuis ses premiers articles publié dans les colonnes du Jewish Daily Forward, publie de nombreux articles dans diverses revues et journaux comme , le , The Progressive Woman, le Life and Labor revue de la Women’s Trade Union League, Justice organe officiel de l’International Ladies Garment Workers Union et bien d'autres.

L'incendie de l'usine Triangle Shirtwaist de 1911 vignette|Photographie de l'incendie de l'usine Triangle Shirtwaist du 25 mars 1911 gauche|vignette|Photographie de Lillian Wald prise en 1920. Comme tant d'autres, Pauline Newman est épouvantée par l'incendie de l'usine Triangle Shirtwaist qui a eu lieu le 25 mars 1911 à New York et est l'une des catastrophes industrielles les plus meurtrières de l'histoire de la ville. Le bilan fait état de et parmi les ouvrières dont la plupart d'entre elles étaient des immigrantes juives et italiennes. Elle est d'autant plus affligée qu'elle y a travaillé pendant sept ans et qu'elle connaissait bon nombre des victimes.